Docteur de l'Église
personne ayant contribué de façon remarquable à la doctrine de l'Église catholique
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Un docteur de l'Église (en latin : Doctor Ecclesiae) est une personne baptisée dont l'Église catholique reconnaît l'autorité exceptionnelle dans le domaine de la théologie (eminens doctrina)[a].

Tous les docteurs de l'Église ont été soit formellement canonisés, soit officiellement considérés comme saints pour les plus anciens d'entre eux. Jusqu'en 1970, le titre n'avait été conféré qu'à des hommes, mais à la suite du concile Vatican II, des femmes peuvent être proclamées docteurs de l'Église.
En 2025, les docteurs de l'Église sont au nombre de 38.
Définition
La Conférence des évêques de France précise que les docteurs de l'Église sont « des théologiens auxquels elle reconnaît une autorité particulière de témoins de la doctrine, en raison de la sûreté de leur pensée, de la sainteté de leur vie, de l'importance de leur œuvre »[1].
Deux papes ont reçu le titre de docteur de l'Église, Léon Ier le Grand et Grégoire Ier le Grand. Une thèse particulière, proposée par le cardinal Umberto Betti et le jésuite Giandomenico Mucci, est de reconsidérer ce titre. Selon eux, « Les documents de leur magistère font autorité non pas du fait de la eminens doctrina qu'il possède comme don de grâce personnel, mais en vertu de la charge qui fait d'eux le suprême pasteur et Docteur de tous les fidèles[2]. »
Cette décision relève de l'autorité du Magistère de l'Église catholique, qui les considère officiellement comme docteurs universels.
Parmi les trente-huit docteurs reconnus par l'Église catholique, la grande majorité sont des hommes[3]. Seules quatre femmes ont été reconnues docteurs, après le deuxième concile œcuménique du Vatican.
Doctorat féminin : reconnaissance du charisme et du travail doctrinal
Les débats ont commencé pour Thérèse d'Avila en 1923, puis pour Thérèse de Lisieux en 1932. Les causes ont été repoussées par le pape Pie XI par la formule sexus obstat, qui repose sur une tradition excluant de fait les femmes de l'enseignement doctrinal depuis Paul de Tarse, bien que dépourvue de source normative[4].
L'ouverture du titre aux femmes date des années 1970 et commence à la fin du deuxième concile œcuménique du Vatican (1962–1965)[2],[5]. Paul VI proclame Thérèse d'Avila « Docteur de l'Église », en même temps que Catherine de Sienne, en 1970. Certains y voient un geste de reconnaissance envers les femmes[4].
Le projet du doctorat de Thérèse de Lisieux commence en 1932, et aboutit en 1997, lorsque le pape Jean-Paul II la proclame docteur de l'Église. L'événement se déroule dans le cadre particulier de la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ) à Paris[4].
Le doctorat féminin questionne l'évolution des relations entre femmes et catholicisme, la théologie au XXe siècle, l'accès des femmes au savoir théologique universitaire[4]. Il contribue à l'histoire intellectuelle de l'Église.
Pour faire connaître l'actualité de leurs travaux, en 2022, une conférence internationale interuniversitaire intitulée « Femmes Docteurs de l'Église et patronnes de l'Europe en dialogue avec le monde d'aujourd'hui » est organisée à l'Université pontificale urbanienne de Rome en collaboration avec l'université spécialisée dans la formation du clergé missionnaire, l'université catholique d'Avila et l'institut d'études avancées sur les femmes de l'Athénée pontifical Regina Apostolorum. La démarche est appuyée par le pape François[6],[7].
- Les quatre femmes docteurs de l'Église en 2023
Liste chronologique
L'Église catholique reconnaît 38 docteurs de l'Église[8]. Ce titre ne doit pas être confondu avec celui de « Pères de l'Église » désignation traditionnelle, et non pas issue de l'autorité ecclésiastique, pour des personnalités des tout premiers siècles du christianisme.
Certains des Pères de l'Église furent également déclarés docteurs. Le titre de docteur a d'ailleurs été créé officiellement en 1295 par le pape Boniface VIII pour conférer une dignité spécifique à quatre Pères de l'Église latine.
Avec Pie V, la liste s'élargit pour comporter quatre Pères de l'Église d'Orient et Thomas d'Aquin. À partir du XVIIIe siècle, le Saint-Siège accorde le titre de manière relativement plus fréquente.
Entre 354 et 367, dix docteurs de l'Église ont vécu simultanément.
Docteurs proclamés au XIIIe siècle
En 1295, pour la première fois, Boniface VIII confère officiellement le titre de « docteur de l'Église » à quatre pères latins. Il souhaite ainsi élever leurs célébrations et commémorations liturgiques au rang de celles des apôtres et évangélistes.
| no | Portrait | Nom et titre | Proclamation | Activités | Œuvres principales |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Grégoire le Grand (540–604) | par Boniface VIII | Pape et religieux bénédictin | ||
| 2 | Ambroise (340–397) | par Boniface VIII | Évêque de Milan | ||
| 3 | Augustin d'Hippone (354–430) Doctor gratiae (« docteur de la grâce ») | par Boniface VIII | Évêque d'Hippone | ||
| 4 | Jérôme (347–420) | par Boniface VIII | Prêtre et moine |
Docteurs proclamés au XVIe siècle
Après le concile de Trente, en 1568, cette première liste est ouverte par Pie V aux pères orientaux, quatre d'entre eux étant proclamés docteurs de l'Église en même temps que Thomas d'Aquin.
| no | Portrait | Nom et titre | Proclamation | Activités | Œuvres principales |
|---|---|---|---|---|---|
| 5 | Thomas d'Aquin (1225–1274) Doctor angelicus (« docteur angélique ») Doctor communis (« docteur commun ») | par Pie V | Prêtre et théologien dominicain | Liste des œuvres, dont : | |
| 6 | Jean Chrysostome (345–407) | par Pie V | Archevêque de Constantinople | ||
| 7 | Basile le Grand (330–379) | par Pie V | Évêque de Césarée |
| |
| 8 | Grégoire de Nazianze (329–390) | par Pie V | Archevêque de Constantinople |
| |
| 9 | Athanase (330–379) | par Pie V | Archevêque d'Alexandrie |
| |
| 10 | Bonaventure (1221–1274) Doctor seraphicus (« docteur séraphique ») | par Sixte V | Cardinal-évêque d'Albano, théologien franciscain |
|
Docteurs proclamés au XVIIIe siècle
| no | Portrait | Nom et titre | Proclamation | Activités | Œuvres principales |
|---|---|---|---|---|---|
| 11 | Anselme de Cantorbéry (1033–1109) Doctor magnificus (« docteur magnifique ») Doctor Marianus (« docteur marial ») | par Clément XI | Archevêque de Cantorbéry Bénédictin | ||
| 12 | Isidore de Séville (vers 560 – 636) | par Innocent XIII | Archevêque de Séville |
| |
| 13 | Pierre Chrysologue (vers 380 – 450) | par Benoît XIII | Évêque de Ravenne |
| |
| 14 | Léon le Grand (406–461) Doctor unitatis Ecclesiae (« docteur de l'unité de l'Église ») | par Benoît XIV | Pape |
Docteurs proclamés au XIXe siècle
| no | Portrait | Nom et titre | Proclamation | Activités | Œuvres principales |
|---|---|---|---|---|---|
| 15 | Pierre Damien (vers 1007–1072) | par Léon XII | Cardinal, religieux camaldule |
| |
| 16 | Bernard de Clairvaux (1090–1153) Doctor mellifluus | par Pie VIII | Moine cistercien |
| |
| 17 | Hilaire de Poitiers (315–367) | par Pie IX | Évêque |
| |
| 18 | Alphonse de Liguori (1696–1787) Doctor zelantissimus (« docteur très zélé ») | par Pie IX | Évêque | ||
| 19 | François de Sales (1567–1622) Doctor caritatis (« docteur de la charité ») | par Pie IX | Évêque | ||
| 20 | Cyrille d'Alexandrie (vers 380–444) Doctor Incarnationis (« docteur de l'Incarnation ») | par Léon XIII | Patriarche |
| |
| 21 | Cyrille de Jérusalem (?–387) | par Léon XIII | Patriarche |
| |
| 22 | Jean Damascène (vers 675 – vers 749) | [9] par Léon XIII | Moine d'Orient |
| |
| 23 | Bède le Vénérable (672/673 – 735) Doctor Anglorum (« docteur des Anglais ») | par Léon XIII | Moine |
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Docteurs proclamés au XXe siècle
| no | Portrait | Nom et titre | Proclamation | Activités | Œuvres principales |
|---|---|---|---|---|---|
| 24 | Éphrem le Syriaque (306–373) | par Benoît XV | Diacre | ||
| 25 | Pierre Canisius (1521–1597) | par Pie XI | Jésuite, auteur d'un catéchisme populaire | ||
| 26 | Jean de la Croix (1542–1591) Doctor mysticus | par Pie XI | Carme | ||
| 27 | Robert Bellarmin (1542–1621) | par Pie XI | Jésuite et cardinal | ||
| 28 | Albert le Grand (vers 1193–1280) Doctor universalis | par Pie XI | Dominicain |
| |
| 29 | Antoine de Padoue (vers 1195–1231) Doctor evangelicus | par Pie XII | Franciscain |
| |
| 30 | Laurent de Brindes (1559–1619) Doctor apostolicus | par Jean XXIII | Capucin |
| |
| 31 | Thérèse d'Avila (1515–1582) Doctor orationis | par Paul VI | Carmélite, première femme proclamée docteur de l'Église | ||
| 32 | Catherine de Sienne (1347–1380) | par Paul VI | Tertiaire dominicaine | ||
| 33 | Thérèse de Lisieux Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face (1873–1897) Doctor amoris Doctor synthesis | par Jean-Paul II | Carmélite |
Docteurs proclamés au XXIe siècle
| no | Portrait | Nom et titre | Proclamation | Activités | Œuvres principales |
|---|---|---|---|---|---|
| 34 | Jean d'Avila (1499–1569) | par Benoît XVI[10] | Prêtre espagnol |
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| 35 | Hildegarde de Bingen (1098–1179) | par Benoît XVI[10],[11] | Religieuse bénédictine |
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| 36 | Grégoire de Narek (951–1003) | par François[12] | Moine arménien |
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| 37 | Irénée de Lyon (vers 120 – 202) Doctor unitatis | par François[13] | Évêque et martyr | ||
| 38 | John Henry Newman (1801-1890) | par Léon XIV[14] | Prélat anglais, converti au catholicisme en 1845, cardinal |
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Causes de doctorat en cours d'étude
Les dossiers concernant les nouveaux docteurs de l'Église sont examinés conjointement par la Congrégation pour les causes des Saints et celle pour la Doctrine de la foi. Au début du XXIe siècle, la proclamation de Bernardin de Sienne[15] est attendue ; parmi les autres causes de doctorat examinées, on compte cinq femmes : Véronique Giuliani, Gertrude de Helfta, Brigitte de Suède, Marguerite-Marie Alacoque et Julienne de Norwich, et neuf hommes : Jean Bosco, Cyrille et Méthode, Laurent Justinien, Antonin de Florence, Thomas de Villeneuve, Ignace de Loyola, Vincent de Paul, et Louis-Marie Grignion de Montfort[2].
D'autres noms sont parfois proposés par des conférences épiscopales, telle la Polonaise Faustine Kowalska le dimanche à l'occasion du deuxième congrès mondial de la divine miséricorde[16] et Jean-Paul II, proposé lui aussi par la Conférence épiscopale polonaise[17]. C'est aussi le cas de Jean Eudes, poussé par l'épiscopat français et les Eudistes[18], et de Césaire d'Arles, dont les évêques de France ont soutenu la candidature le [19].
En , le cardinal Angelo Bagnasco a proposé que le pape Benoît XVI soit déclaré docteur de l'Église « dans les plus brefs délais »[20],[21]. En , l'archevêque Georg Gänswein a également exprimé son souhait que Benoît XVI soit ainsi reconnu[22].