Féminisation des noms de métiers en français
nom d'emploi qui spécifie ou implique le genre de la personne qui exécute cet emploi
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La féminisation des noms de métiers est une politique linguistique, née dans le dernier quart du XXe siècle, pour rendre plus visible le rôle des femmes dans la vie publique et professionnelle. En fonction des différents pays de la francophonie, elle peut remettre en honneur des noms de métiers féminins tombés en désuétude, faire évoluer des noms masculins vers des formes féminisées, créer de nouveaux mots.

La construction de cette féminisation pour certains mots en -eur est encore hésitante dans le premier quart du XXIe siècle par manque de consensus.
On distingue, d'une part la féminisation de la terminologie, par l'usage ou la création de termes désignant au féminin des métiers, titres, grades et fonctions, et d'autre part la féminisation des textes, ou techniques d'introduction explicite des marques du féminin lors de la rédaction (de textes législatifs, notes de service, articles de journaux, etc.) qui concernent ces métiers et fonctions.
Présentation
En français, tous les substantifs (les noms) ont un genre grammatical, qu'ils désignent un être sexué ou non, et il n'existe pas de forme grammaticale spécifique pour le neutre. Le genre d'un nom est censé être un attribut arbitraire du mot, il impose un accord des adjectifs et des pronoms qui se rapportent à lui. Exemple : une chenille mâle, un colibri femelle. Cependant, les substantifs qui désignent un être animé dans son aspect sexué ont un genre qui correspond toujours au sexe. Par exemple en français, « fille » est féminin et « garçon » masculin, « brebis » est féminin et « bélier » masculin[Information douteuse]. De là, la représentation de l’opposition des genres masculin-féminin comme renvoyant à la répartition des sexes. Dans les langues indo-européennes, dont le français est une branche, les plus anciennes n'avaient que deux genres : l'un pour les substantifs désignant des êtres animés (qui est devenu le masculin), et un genre pour désigner les choses inanimées (devenu neutre). Le neutre n'est donc pas issu de la fusion de deux genres masculin et féminin préexistants dans la langue, il est le genre des choses inanimées, donc asexuées. L'origine du genre féminin donne lieu à deux hypothèses, celle selon laquelle le genre féminin serait issu d'un dédoublement du genre animé pour distinguer les êtres selon leur sexe ; l'autre, émise par le linguiste Jean Haudry, partant d'une hypothèse formulée depuis 1889 par Johannes Schmidt et de la découverte récente de la langue hittite, retrouve que le féminin est un dédoublement du genre neutre à partir de ses formes plurielles désignant un collectif d'objets identiques, et, à partir de là, une qualité générale abstraite qui leur est commune. Ce troisième genre, formé comme l'avait remarquée Antoine Meillet sur la morphologie du neutre-pluriel, a été assigné aux noms des catégories abstraites communes à ces choses (force/faiblesse, clarté/obscurité, grandeur, beauté, fécondité, divinité, prudence, etc.), parmi lesquelles la féminité qui a fait de ce troisième mode un genre des choses spirituelles, analogues au féminin. Ce serait donc pour une raison historique très ancienne que le masculin est en français le genre non marqué sexuellement[1]. Mais cette hypothèse est très discutée, comme l'indique la linguiste Silva Luraghi[2].
L'anti-sexisme dans la langue dénonce le fait que les genres attribués aux mots désignant des choses asexuées, véhiculent des préjugés qui défavorisent et dévalorisent les femmes[réf. nécessaire]. Dans une émission d'Apostrophes[3], une féministe[Laquelle ?] fit remarquer qu'on disait le soleil (chaud, rassurant) et la lune (froide, inquiétante). Bernard Pivot lui demanda alors comment elle expliquait qu'en allemand on dise la soleil (die Sonne) et le lune (der Mond). L'association analogique du couple d'opposition homme/femme à d'autres couples d'opposition d'objets ou de notions représentant des valeurs pour former analogiquement des chaines axiologiques (du type homme/femme :: soleil/lune :: dehors/dedans :: clair/obscur :: sec/humide, etc.) est bien une réalité qui a été observée dans les sociétés traditionnelles[4], mais elle est indépendante du genre grammatical qui est donné aux mots dans une langue.
Dans la langue anglaise, les genres sont plus discrets. Si on considère comme le fait Corbett[5] que les genres s'expriment à travers l'accord, notamment avec les pronoms, l'anglais à trois genres : masculin he, féminin she et neutre it. La plupart des mots d'animaux et d'inanimés sont de genre neutre, sauf exception (« ships, tornadoes, heavy artillery, military companies, and cars »[6]).
Aux yeux des partisans de la féminisation, l'invisibilisation des femmes dans le discours est lourde de conséquences sur le plan social. Toutes les féministes ne sont pas partisanes de la féminisation des noms, la philosophe et écrivaine féministe Monique Wittig essaye plutôt de « détruire le genre (ou au moins de modifier son usage) »[7]. Et Claire Michard, linguiste et féministe matérialiste, écrit dans un article[8] : « la pratique langagière antisexiste n'est pas aisée, mais je suis sûre qu'elle repose plus sur la transformation du discours (choix du vocabulaire, syntaxe, contrôle de la référenciation des génériques) que sur la création de féminins. »
Pour l'Académie française, le masculin tient lieu de genre neutre (« un professeur » peut désigner indifféremment un homme ou une femme), au pluriel ce serait toujours le genre d'un groupe constitué d'individus des deux sexes. Au contraire, pour des linguistes comme la grammairienne Anne Abeillé, « le masculin n’est pas un genre neutre mais un genre par défaut »[9].
Cependant, cette règle grammaticale a été perçue par des chercheuses féministes comme occultant le rôle des femmes sur la scène publique et pouvant notamment produire des résistances psychologiques à l'acceptation de femmes à certains postes[10],[11]. La question du genre des mots désignant les êtres humains dans leur statut ou leurs activités professionnelles n’est donc pas simplement une question formelle de grammaire, mais une question de sociolinguistique intimement liée aux images qu'une société se fait des relations entre sexes, et pouvant même influer sur ces relations.
Le féminin conjugal

Outre le nom de métier concrètement exercé par les femmes existe celui qui appartient au féminin conjugal : la forme féminine d'une profession, d'un titre ou d'un grade exercé par un homme et attribué à son épouse ou à sa veuve sans pour autant que l'usage n'en ait été exclusif car « l'usage majoritaire d'un féminin en féminin conjugal n'empêchait pas son usage en féminin professionnel »[12]. Le féminin conjugal exposé dans bien des dictionnaires de la langue française dissimule le fait que des métiers, même réputés salissants ou dégradants comme bourreau ou équarrisseur, pouvaient être réellement pratiqués et assumés par les femmes elles-mêmes. Les bourrelles aidaient physiquement leurs maris mais étaient aussi personnellement chargées des supplices (flagellations jusqu'au sang, mise à feu du bûcher) applicables aux pécheresses[13],[14],[15] et Claude Bernard évoque une équarrisseuse manifestement célèbre : « Tout le monde connaît l'histoire de cette équarrisseuse citée par Magendie, qui mettait une robe blanche et arrivait à dépecer un cheval sans se faire une seule tache de sang » [16].
Thomas Linard considère comme probable que ce féminin conjugal découle d'« conception ancienne du couple où celui-ci forme une unité sociale, et, si l'homme est mis en avant, son épouse n'en partage pas moins la dignité de son mari »[12]. Ainsi, « l'épouse du fermier » s'appelle « la fermière », comme celle du roi s'appelle « la reine », titre qui n'est pas purement honorifique mais correspond à l'exercice conjugal du métier, avec un versant masculin et un versant féminin : le boulanger travaillant par exemple à l'atelier et la boulangère dans la boutique.

Et si « orfèvresse » est l'ancien féminin conjugal d'orfèvre[17], le cas d'orfèvresses veuves se faisant insculpter un poinçon à leur nom de veuve ou parfois même à leur nom patronymique[18]) et reprenant l'activité de leur défunt mari est bien documenté[19].
Le féminin conjugal a parfois été appliqué familièrement en France à des jeunes femmes célibataires, qualifiées de grisettes car travaillant sans qualification dans le domaine de la mode où l'on usait d'un tissu bon marché qui tirait sur le gris au premier lavage ; chichement payées, logeant dans des mansardes, mais coquettes et sensibles aux charmes des étudiants qui en faisaient un temps leurs amies, elles furent, selon Théophile Gautier (repris par Pierre Larousse[20]), aussi nommées « étudiantes ».

Si le terme étudiante s'est imposé naturellement lorsque les femmes ont accédé à l'université[21], il n'en a pas toujours été ainsi dans tous les métiers : « le rejet de l’extension des féminins conjugaux à un emploi professionnel apparaît dès le XVIIe siècle, mais devient nette (sic) surtout au XIXe siècle, avec des grammairiens comme Charles-Pierre Girault-Duvivier et Louis-Nicolas Bescherelle », ce dernier condamnant les termes féminins professeuse, graveuse, compositrice, traductrice au profit des mêmes mais masculins, pour la raison que « ces mots n’ont été inventés que pour les hommes qui exercent ces professions »[12].

Certains de ces métiers prétendument réputés masculins, pourtant, sont exercés par des femmes : au XVIIe siècle, lorsque Renée Crespin du Bec, maréchale de Guébriant, est chargée de mener au roi de Pologne la princesse Louise-Marie de Gonzague qu’il a épousée à Paris par procuration, elle est nommée « ambassadrice extraordinaire »[22] et Alexandrine de Rye, nommée Maîtresse Générale des Postes (titre de fonction le plus haut dans l'administration postale du Saint-Empire romain germanique où travaillaient des femmes comme tenan poste (maîtresses de poste) et messagères à son époque comme au XVIIIe siècle[23]), tient les rênes de la poste impériale, 18 ans durant, pendant la difficile période de la Guerre de Trente Ans[24] ; au XVIIIe siècle, les sœurs qui tiennent un service pharmaceutique sont des « pharmaciennes »[25], et la sœur converse qui fait le pain XVIIIe siècle est la « boulangère »[26].
Mais l'habitude s'installe de donner à l'épouse ou la veuve, sans métier personnel, de certains hommes d'importance le nom féminisé de la fonction de ceux-ci (par exemple « la préfète » ou « l'ambassadrice » pour l'épouse du préfet ou de l'ambassadeur, « la générale » pour « l'épouse du général », etc.[27],[28],[29]).
Le langage épicène
Épicène est l'adjectif qualifiant un mot qui peut avoir plusieurs genres et ne varie pas en genre, comme le substantif journaliste ou l'adjectif apte. Le langage épicène est une façon de formuler, en évitant une discrimination sexiste, des idées et des faits par le choix des mots (eux-mêmes épicènes ou non — comme le terme personne, grammaticalement féminin mais hyperonyme utilisé dans le langage courant —), de la syntaxe, de la double-flexion ou de la typographie ; il est utilisé au Québec comme en Suisse.
Par exemple, plutôt que d'écrire les étudiants ou les chefs de service, il y est recommandé d'utiliser la formule les étudiants et étudiantes ou les cheffes et chefs de service alors qu'aucun de ces substantifs ne sont eux-mêmes des unités épicènes[30].
Alors que l'utilisation systématique du masculin générique constitue un frein au droit légal d'égalité des chances, ce langage épicène instaure la neutralité du point de vue du genre et répond, mieux que la seule féminisation des termes, au prescrit de la législation[31] : en Suisse, « les collectivités publiques se doivent de réaliser le mandat constitutionnel de pourvoir à l’égalité de droit et de fait entre les femmes et les hommes. Le langage, écrit ou parlé, fait partie des outils permettant l’accession à cette égalité. C’est pourquoi les textes législatifs ou émanant des administrations cantonales ou de toute la Romandie devraient être désormais rédigés de manière à respecter le principe d’égalité[31]. »
En 2002, l'Académie française considérait que la féminisation pouvait introduire un déséquilibre dans les structures mêmes de la langue et rendre malaisée la formulation des phrases les plus simples[32]. La récente féminisation de certains noms existant déjà dans la langue française au genre féminin, par exemple « chercheure » pour « chercheuse » ou « instituteure » pour « institutrice », montre également que la modification de la grammaire française pour des motifs idéologiques avec l'introduction de ce qui sont des néologismes pour les uns, des barbarismes pour les autres, touche à des problématiques fondamentales et dépassant l'argutie linguistique. La controverse divise parfois les Français et les Québécois[33].
À propos des titres professionnels désignant des fonctions de femmes, l'historienne Éliane Viennot préconise d'utiliser les formes où le genre féminin est audible[34]. Elle prône par exemple l'emploi du terme « professeuse » plutôt que « professeure », estimant que le -e final ne s'entend pas à l'oral[35]. Dès 2004, une recherche pionnière d'Aurore Evain sur l'histoire du mot "autrice" [36],[37] permit de prendre conscience des mécanismes d'effacement de certains "féminins" portant sur des titres et métiers conférant de l'autorité, depuis l'antiquité[38]. Elle y montre combien ces attaques ont été particulièrement virulentes contre ce terme au XVIIe siècle, lors de la création de l'Académie française, au point d'empêcher son entrée dans les premiers dictionnaires de français. Dès lors, elle considère qu'il est plus correct de parler de "démasculinisation" [39] de la langue plutôt que de "féminisation". L'autrice Sarah Pèpe s'inspire de cette histoire pour en créer une pièce, Presqu'illes[37]. L'artiste Typhaine D quant à elle emploie, dans sa pièce de théâtre Contes à rebours, le mot autrice[40], en rendant « femmage » (équivalent féminisé du terme « hommage » quand il est destiné à une femme) à la chercheuse Aurore Évain.
À l'inverse, d'autres dénoncent le sexisme inhérent à la langue qui « donne une valeur différente aux deux parties constitutives de l'humanité et légitime la hiérarchie entre les sexes »[41]. C'est ainsi que des féminisations comme « Doctoresse », en vigueur par le passé, ont été rejetées dans les années 1980 pour affirmer linguistiquement l'égalité professionnelle entre les sexes. Mais les femmes ne sont pas pour autant invisibilisées ; toute la force de la féminisation résidant dans l'article féminin : la maire, la professeure, une mannequin, etc.
Rappel historique des professions féminines et de leurs dénominations


Au Moyen Âge, l'usage est d'employer systématiquement formes masculines et féminines. Ainsi on trouvera dans le Mesnagier de Paris[42] (livre d'économie domestique qu'on ne peut taxer d'un parti pris en faveur de l'émancipation des femmes) en 1393 les termes suivants : « Premièrement d'orgueil j'ai esté orgueilleux ou orgueilleuse et ay eu vaine gloire de ma beauté, de ma force de ma louenge, de mon excellent aournement, et de l'abilité de mes membres et en ay donné matière et exemple de péchier à moult de hommes et de femmes qui me regardoient si orgueilleusement[42] » (p. 32), « Certes, belle seur, je ne voy mie que, se la benoite vierge Marie sa mère ne nous sequeurt comme advocate[42] » (p. 23).
Le Registre de la taille parisienne pour l'année 1292, étudié par Hercule Géraud en 1837[43], comporte de nombreux noms féminins de profession. On y relève[44] : « Afeteresse de touèles[N 3], aiguillère, archière[N 4], blaetière[N 5], blastière[N 6], bouchère, boursière, boutonnière, brouderesse, cervoisière, chambrière, chandelière, chanevacière, chapelière, coffrière, cordière, cordoanière, courtepointière, couturière, crespinière[N 7], cuisinière, escuelière, escuière, estuveresse, estuvière, feronne, foacière, fournière, fromagière, fusicienne[N 8], garnisseresse d’espée[N 9], gastelière, heaulmière, lainière, lavandière, linière, miresse, marchande, mercière, oublaière, ouvrière, pevrière, portière, potière, poulaillère, regratière, serreurière, tainturière, tapecière, tavernière, etc. »

Des registres de paie des cathédrales du XIIIe siècle indiquent l'existence de femmes employées employées dans la construction, comme mortellière pour celle qui gâchait du mortier. Elles constituent dans certains cas jusqu'à 50 % de la main-d'œuvre, transportant pierres et briques dans des paniers, démolissant les murs, creusant les fossés. Le Livre des métiers d'Étienne Boileau nous informe sur de nombreuses artisanes de cette époque qui travaillent dans l'industrie textile (fileresses, tisserandes, teinturières, peigneuses, tondeuses), dans celle de la cordonnerie (cordouanières, savetières, courroyères), dans la fabrication des petits objets en métal (fonderesses, fermaillières, gainières, potières d'étain) ; ce livre cite cent métiers dont vingt-six sont ouverts aux femmes, outre ceux que les veuves exercent en continuation de celui de leur époux. Certaines font partie des jurandes au même titre que des hommes[45].
Femmes du peuple ou dames, les femmes acquièrent des connaissances médicinales car il leur revient de soigner les malades et les blessés ; un tiers de celles qui en font profession sont matrones (parfois jurées, expertes devant les tribunaux) ou ventrières (sage-femmes), les deux autres tiers barbières (faisant de la petite chirurgie), chirurgiennes ou miresse (médecin)[46].
Au XIVe siècle cependant, par une sorte de pré-malthusianisme économique, les femmes perdent des emplois, les veuves sont soumises à des interdictions car considérées comme concurrentes des travailleurs et non plus comme aidantes de leurs époux. « D'où des interdictions. Un statut de 1381 stipule que la veuve d'un boucher peut seulement vendre les viandes livrées du vivant de son époux ! »[47].

À la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle apparaissent les premières grammaires de la langue française écrites par des hommes pour des hommes, destinée à donner les bases du français aux étrangers. Elles établissent le lien d'origine entre le latin qui compte sept genres (« masculin, féminin, neutre, commun [au masculin et au féminin], complet [omne, au masculin, au féminin et au neutre], épicène [signification masculine et féminine sous une seule forme], et douteux [utilisation possible de plusieurs genres] ») selon l'éminent latiniste flamand Jan de Spouter et le français qui en utilise trois à cette époque : le masculin, le féminin et le commun (qui convient indifféremment au masculin et au féminin)[48] .
La règle est simple cependant pour les « Noms concrets d'offices, charges, functions, dignitez, arts & meſtiers, appartenans à hommes » : le masculin s'y applique, et pour les « Noms concrets d'offices, dignitez, functions & arts appropriez aux femmes », c'est le féminin ; les exemples donnés sont clairs (conseiller conseillere, marchand marchande, mercier merciere et autres curateur curatrice, maistre maistresse, clerc clergesse, serviteur servante, lieutenant lieutenande, gouverneur gouvernante)[49] qui indiquent par conséquent l'existence de ces fonctions féminines.

Certaines de ces appellations pour femmes existent sous deux ou même trois formes comme emperiére et imperatrice (empereur au masculin), inventeresse, inventeuse et inventrice (inventeur au masculin), larronnesse et larronne (larron au masculin), menteresse et menteuse (menteur au masculin), nourriciere et nourrice (nourricier au masculin), procuresse, procuratrice et procureuse (procureur au masculin)[49]. Par comparaison avec ses collègues, le Français Charles Maupas (de) « semble présenter un état de langue en voie de changement en choisissant d'exemplifier des mots en cours d'évolution », les différences se marquant entre la première édition de sa grammaire de 1607 et la seconde de 1618. Il précise qu'« Il faut que l'uſage appréne quelle forme est la plus receuë, car en d'aucuns c'est l'une, en d'autres, c'est l'autre »[48], ce qui explique que différentes appellations vont continuer d'exister pour un même métier féminin jusqu'au XXe siècle. Sophie Piron remarque, d'autre part, que les grammaires de l'époque « ont pu proposer des formes féminines que les dictionnaires n'attestent pas [et que] sur l'échantillon étudié, les grammaires déploient un ensemble de variantes du féminin plus important que ce que ne font les dictionnaires »[48]. Antoine Oudin (floruit 1633-1656) reprend les mêmes règles, qui sont largement appliquées[50] mais avec des exceptions puisqu'une sentinelle, une estafette, une vigie, désignent des soldats qui ont longtemps été exclusivement des hommes.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, toutes les Françaises ne sont pas libres d'exercer un métier : en témoignent les écrits d' Anne Robert Jacques Turgot, le contrôleur général du roi de France Louis XVI : « l'esprit de monopole, qui a présidé à la confection de ces statuts [ceux des corporations], a été poussé jusqu'à exclure les femmes des métiers les plus convenables à leur sexe, tels que la broderie, qu'elles ne peuvent exercer pour leur propre compte ». Son édit du 12 mars 1776 rétablit l'égalité des femmes et des hommes dans les métiers : « Nous voulons en conséquence abroger ces institutions arbitraires, qui ne permettent pas à l'indigent de vivre de son travail, qui repoussent un sexe à qui sa faiblesse a donné plus de besoins et moins de ressources, et semblent en les condamnant à une misère inévitable seconder la séduction et la débauche (…) A ces causes, ordonnons, voulons et nous plaist ce qui suit : 1. Il sera libre à touttes personnes, de quelque qualité et conditions qu'elles soient, même à tous étrangers (…) d'embrasser et d'exercer, dans tout notre royaume, et notamment dans notre bonne ville de Paris, telle espèce de commerce et telle profession d'arts et métiers que bon leur semblera, même d'en réunir plusieurs (…) »[51].

La résistance du Parlement et des corporations à cet édit est telle que le gouvernement doit rétablir les groupements professionnels, mais en nombre réduit et avec de nouvelles règles. L'égalité des sexes reste cependant de mise : le nouvel édit du mois d'août de la même année rappelle à différentes reprises que les règles s'appliquent indistinctement aux hommes, aux filles et aux femmes ; les termes « maitres et maitresses / ceux ou celles »[52] y sont souvent employés et des phrases enfoncent le clou : « Les filles et femmes n'en seront pas exclues (…) », « Les marchands et artisans de l'un et l'autre sexe (…) »[53], « Les filles et femmes seront admises et reçues dans lesdits corps et communauté (…) »[53]. L'égalité est donc de mise, sauf pour être admis à la maitrise, ce qui est permis aux filles à partir de leurs dix-huit ans et aux garçons à partir de leurs vingt ans seulement[54]. Quelques professions sont rendues libres, comme les bouquetières, les coiffeuses de femmes, les linières-filassières, échappant au regroupement en communautés[55].

C'est à cette époque que le terme apprentive (ou apprentisse) qui désigne une fille en apprentissage sort quasiment de l'usage (il ne subsiste qu'à l'échelon régional[56]) tandis que celui de boudinière, qui nomme la faiseuse de boudin depuis le Moyen Âge, commence à définir aussi un outil en forme d'entonnoir utilisé pour remplir le boyau formant le boudin ; au XIXe siècle, Pierre Larousse citera les deux sens du mot (métier et outil)[57] alors qu 'Émile Littré ne mentionnera que l'objet ; l'appellation de ce métier disparaitra dans les Dictionnaires Le Robert & Larousse, au XXe siècle.

Dans la 2e moitié du XIXe siècle, le métier de nourrice se délocalise partiellement à cause de la bourgeoisie d'affaires et d'industrie qui choisit d'installer chez elle, « sur lieu », la nourrice recrutée dans un bureau pour pouvoir la surveiller et l'utiliser comme signe extérieur de richesse alors que, précédemment, les nouveau-nés et enfants en bas âge (des aristocrates, bourgeoises comme des ouvrières des villes) étaient remis à des femmes de la campagne dites nourrices « à emporter »[58].
Au XXe siècle, la féminisation de noms de métier se produit assez naturellement avec la création de nouveaux emplois dans l'industrie et les services créant l'augmentation du nombre de travailleuses par la migration des campagnardes vers les centres urbains ou industriels. Certaines vont utiliser les compétences acquises en famille pour conduire les chariots ; elles passeront les examens habituellement réservés aux hommes et permettant d'exercer leurs métiers : les cochères et chauffeuses d’autotaxi apparaissent[59].
- Eugénie Charnier, cochère, ca 1906.
- Des houilleuses belges portant la culotte (au sens propre), ca 1910.
- Colleuse d'affiche vers 1908[60].
- La « receveur de tramways », Paris, 1914-1918.
La diminution du nombre d'hommes disponibles pendant les guerres oblige aussi l'emploi de femmes dans des secteurs nouveaux pour elles, comme « receveur des tramways » ou « colleur d'affiches » (qui suscitent parfois la curiosité du public).
Bien que le développement de l'industrialisation et de l'enseignement obligatoire amène la création de métiers plus spécialisés, ceux-ci restent confinés dans l'espace déterminé par le stéréotype ou le rôle de genre jusqu'à la fin du XXe siècle incluse : « moindre disponibilité professionnelle, incompétence technique et qualités relationnelles du côté des femmes ; habiletés techniques, créativité, capacité à commander du côté des hommes »[61].

Par l'enseignement technique, les jeunes filles de la petite et moyenne bourgeoisie accèdent à des emplois traditionnellement masculins au point qu'un nom de métier épicène (dactylographe) devient dans les faits genré et abrégé, s'appliquant au métier de bureau qui sera une profession féminine par excellence pendant des décennies au XXe siècle : le dactylo disparait devant la dactylo, la femme envahissant les métiers du secrétariat traditionnellement occupés par les hommes et devenant sténodactylo, sténotypiste ou secrétaire — ce qui la confine dans un rôle subalterne sans possibilité d'ascension au sein des administrations, alors que la presse, les romanciers, les publicitaires donnent de sa profession une image de rêve à laquelle, souvent, elle croit : « un travail peu fatigant, la nécessité de quelques toilettes et peut-être à l'aide d'un frais minois — leur esprit est si romanesque — la demande en mariage du patron fortuné »[62]. L'expansion de ce métier connait cependant un retour de balancier en Belgique où « une décision du Conseil des ministres (12 avril 1934) réserve désormais aux hommes les emplois administratifs, y compris ceux de dactylo et de sténo, à une seule exception près : « il va de soi que l’interdiction de recrutement des femmes ne vise pas le personnel affecté au nettoyage des bureaux ». »[63].
Avec la féminisation dans l'administration publique d'emplois précédemment tenus par des hommes, l'habitude s'installe de distinguer le nom de la fonction, qui est chose permanente et impersonnelle, indépendante du sexe, de la personne sexuée qui l'occupe à un moment donné, afin de conserver aux actes la même forme de signature : « Le préfet du Calvados » ou « Marie Dupont, préfet du Calvados », « Le président du Tribunal », « Le ministre de l'Agriculture », comme il y a « La Ville de Marseille », « L'Administration des Eaux et Forêts ». Le sexe n'est alors marqué que dans la formule de civilité, ce qui donne des locutions comme « Madame le secrétaire général », « Madame le ministre », « Madame le gouverneur », etc.)[50].
L'Académie française désigne le masculin comme genre « non marqué » ou « neutre »[32].
En 1899, la féministe Hubertine Auclert déclarait : « L'omission du féminin dans le dictionnaire contribue plus qu'on ne le croit à l'omission du féminin dans le droit. L'émancipation par le langage ne doit pas être dédaignée »[64].
C’est cette dernière situation qui est dénoncée à partir des années 1960 par les mouvements féministes en Amérique d’abord, puis en Europe, à un moment où la morphologie sociale s’est largement remodelée, les femmes étant désormais plus nombreuses à occuper des postes à responsabilités. Ces mouvements pensent que les étiquettes masculines occultent ces réalités nouvelles et qu'elles font par conséquent peser une hypothèque sur la promotion des femmes en confortant l’idée que la qualification et le prestige sont liés à la masculinité. Dans le cadre de leurs politiques sociales, les États démocratiques ont dès lors souhaité imposer à leurs administrations l’usage d’une terminologie équitable et ont prôné des techniques non sexistes de rédaction des textes. Ce mouvement, qui affecte toutes les langues, s’observe aussi dans les grands organismes internationaux comme l’ONU, l’UNESCO et le Conseil de l'Europe[réf. nécessaire].
En francophonie, c’est le Québec qui, stimulé par la proximité des États-Unis, fut le premier à intervenir : dès 1979, la Gazette officielle du Québec adressait aux administrations des recommandations visant à féminiser les noms de métiers. En France, la première initiative allant dans le même sens remonte à 1984 avec la création d'une « Commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes »[65] suivie de la publication d'une circulaire du Premier ministre Laurent Fabius en 1986[66]. Mais un changement de majorité politique condamna cette initiative. Le mouvement reprit sous le gouvernement Jospin, ce qui donna lieu à une nouvelle circulaire en 1998[67]. En Suisse, la Confédération n’a pas formellement légiféré — à la différence du canton de Genève où une loi de 1988 féminise les noms de profession — mais elle a donné des instructions pour l’adoption de dénominations non discriminantes. En Belgique francophone, un décret de 1993 étudié par le Conseil supérieur de la langue française impose la féminisation aux administrations de la Communauté et aux institutions qu'elle subventionne[réf. nécessaire].
La féminisation s’est implantée rapidement dans le grand public québécois et canadien touchant à la fois la terminologie (notamment grâce à l'utilisation très large du féminin en « –eure » autrefois très rare — il concernait principalement des fonctions religieuses : prieure, supérieure, etc.), mais aussi la rédaction des textes. En Suisse, et dans une moindre mesure en Belgique, la féminisation terminologique s’est largement répandue quoique moins spectaculairement. C’est sans doute en France qu’elle s’impose avec le moins de vigueur : les controverses y ont été plus vives et les résistances plus fortes. Mais ces dernières se sont manifestées ailleurs encore, notamment en Belgique et en Suisse où certains ont parfois exprimée l’idée que le droit d’initiative en matière de langue était un monopole français[réf. nécessaire].
Ces différences dans les pratiques « féminisantes » ne sont pas que nationales : on peut aussi les corréler avec la sensibilité politique des parties prenantes autant qu’avec des phénomènes proprement linguistiques ; et certaines réticences ont pu être le fait de féministes militantes, désireuses d’affirmer l’identité de leur travail avec celui des hommes. En dépit de ces différences de rythme, le mouvement de féminisation est, dans toute la francophonie, profond et rapide[réf. nécessaire] eu égard à la lenteur habituelle des innovations linguistiques[réf. nécessaire].
Du troisième quart du XIXe siècle au premier du XXIe siècle, des noms de métier féminin, soit repris dans le vocabulaire des siècles précédents soit nés de l'ouverture de métier masculins aux femmes ont suscité des controverses entre linguistes et commentaires parfois humoristiques dans le public en raison des homonymies et de l'ambiguité qui pouvait en découler.

De même qu' étudiante appliquée à la grisette a rapidement perdu sa connotation péjorative pour entrer dans le langage courant avec l'augmentation du nombre de femmes aux études, de nombreux termes de métiers masculins, féminisés, étaient passés aisément dans les habitudes langagières. D'autres ont fait gloser car désignant à la fois un métier féminisé et des « objets du quotidien » (aumônière, cafetière [N 10], chevalière, crêpière, fourrière, jardinière, plombière, portière, etc.) sans pourtant qu'on interroge « le statut des masculins professionnels qui sont dans le même cas (avocat, cadre, cultivateur, financier, pompier, routier, etc.) »[12].
Il n'empêche que de vifs débats se sont produits, allant jusqu'à proposer en exemple de formes « une assassine[68], une bébé, une imposteuse ou une témoine », qui n'ont jamais été noms de métiers[69].
Le Conseil des Langues et des Politiques linguistiques (de Belgique) rappelle en 2023 que « c’est par la force de l’habitude et de l’usage que les mots nouveaux ou nouvellement formés perdent ce qui pourrait apparaitre comme une incongruité liée à la nouveauté ». De nouvelles formes devraient suivre encore ; sans celles-ci, « pas d’usage, et sans usage, pas d’habitude de représentation »[70].
Par pays

Afrique
Amérique
Canada
Le Québec a entrepris la féminisation de tous les titres de métier, de profession et de fonction à la suite d'un avis de recommandation officielle de l’Office québécois de la langue française (OQLF) publié en 1979. La féminisation s'est d'abord manifestée dans les textes administratifs et dans les conventions collectives, pour ensuite passer dans l'usage dans les journaux, puis pour finalement être adoptée par la société québécoise[71].
Europe
Belgique

Au plan linguistique
Le décret pris en 1993 par la Communauté française de Belgique résulte des travaux du Conseil supérieur de la langue française, alors sous la présidence du professeur Jean-Marie Klinkenberg, pour « éviter les créations sauvages ou anachroniques du type autoresse ou ministresse »[72]. Il s'ensuit, en 1994, la publication à l'intention du grand public de l'ouvrage Mettre au féminin. Guide de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre portant sur 1 500 entrées ; les 45 000 exemplaires n'ayant pas suffit à répondre à la demande du public, une réédition en est réalisée la même année[73]. La parution de ce guide fait « souffler un vent de panique sur l'Académie française »[74].
En 2005, une nouvelle édition parait à la suite des travaux de Michèle Lenoble-Pinson qui a récolté, avec les étudiants en Philosophie et Lettres des Facultés universitaires Saint-Louis, des attestations de formes féminines de métiers dans la presse belge, et à la compulsation de cinq dictionnaires et lexiques majeurs de la langue française ; une centaine de termes sont ainsi ajoutés.
Une troisième édition rédigée par Marie-Louise Moreau et Anne Dister sort en 2014, constituant une remise à jour de la liste et proposant des textes explicatifs sur la façon de féminiser les termes, de les utiliser, de désigner les ensembles composés d'hommes et/ou de femmes, sur la disparition administrative de l'appellation Mademoiselle, sur l'aspect arbitraire du genre, et sur une brève comparaison entre allemand, néerlandais et français dans l'usage du pronom[75].
Le est promulgué le Décret relatif au renforcement de la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre et aux bonnes pratiques non discriminatoires quant au genre dans le cadre des communications officielles ou formelles, applicable dans toutes les administrations belges francophones du Parlement aux communes et aux institutions subventionnés par la Communauté française de Belgique[76]. L'arrêté d'exécution parait en et, dans ce cadre, le Conseil des langues et des politiques linguistiques dépendant de la Direction de la Langue française élabore et publie en 2023 en version papier et au format électronique le guide Quand dire, c'est inclure. Pour une communication officielle et formelle non discriminatoire quant au genre, qui rappelle les règles grammaticales et les principes d'utilisation des formes et donne à nouveau la liste (actualisée) des termes féminins désignant les personnes par leur titre, métier, grade ou fonction, outre quelques autres vocables qui sont régulièrement utilisés dans les communications officielles ou formelles. Le Conseil insiste sur le fait qu'il n'agit pas en censeur, que les usagers de la langue gardent leurs « prérogatives de copropriétaires » et que le guide propose un usage de référence.
Il précise toutefois que « lorsque plusieurs formes féminines sont en concurrence, on recommande d’utiliser la forme la plus visible (à l’écrit) ou la plus audible (à l’oral). Les nouvelles formes en -eure ont permis de faire progresser la féminisation. Cependant, ces formes féminines ne sont pas audibles dans la langue parlée, car elles se prononcent comme les formes masculines correspondantes (ingénieur [ɛ̃ʒenjœʁ], ingénieure [ɛ̃ʒenjœʁ]). Aujourd’hui, le besoin se fait sentir de recourir à des formes qui visibilisent et rendent audible la féminisation. Le retour dans les usages de l’ancien nom autrice, qui était tombé en désuétude, illustre ce phénomène, de même que la diffusion de formes en -euse qui étaient jusqu’à présent peu utilisées : la successeuse, la prédécesseuse, la proviseuse, la professeuse, etc. » et recommande fermement « autrice plutôt que auteure »[77].
Au plan de l'emploi
Ce n'est qu'en 2002 que le Pouvoir constituant modifie l'article 10 de la constitution belge en y ajoutant « un troisième alinéa qui consacre l’égalité des femmes et des hommes : « L’égalité des femmes et des hommes est garantie ». Dans la foulée, est également ajouté un article 11bis qui commande au législateur, au besoin en recourant à la discrimination positive, d’assurer l’effectivité de l’égalité des sexes »[78].
Des textes légaux antérieurs se sont cependant préoccupés de l’égalité de traitement entre hommes et femmes. Un Arrêté royal du a fixé les cas dans lesquels un employeur peut mentionner le sexe de la personne qu'il veut engager : il faut que le sexe des candidats constitue une condition déterminante pour l'emploi ou l'activité professionnelle proposé. Ainsi, l'employeur peut préciser qu'il désire engager un acteur ou une actrice, une chanteuse ou un chanteur, un danseur ou une danseuse en fonction un rôle de personnage masculin ou féminin à interpréter ; de même il peut exiger une mannequine ou un mannequin selon que cette personne présentera des vêtements à des femmes ou des hommes ; il peut également exprimer son choix pour les modèles travaillant pour les peintres, les sculpteurs, les photographes, les instituts de beauté et le personnel pénitentiaire (dans une fonction de surveillance). Il garde la même liberté pour les emplois ou les activités professionnelles « qui s'exercent à l'étranger dans des pays tiers aux pays membres de la Communauté économique européenne et où les lois et coutumes imposent qu'ils soient exercés par des personnes d'un sexe déterminé »[79].
L'obligation de mention du sexe dans une offre d'emploi, pour tous les autres cas, est confirmée par l'une des trois lois du , qui transposent la Directive européenne 2000/78/CE du de façon à créer un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail dans le droit belge. Cette « loi genre » intègre la lutte contre la discrimination entre les femmes et les hommes ; prévoyant une indemnisation du dommage moral et matériel subi par la personne discriminée, elle oblige l'employeur mis en cause à prouver qu’il n’y a pas eu discrimination sous peine de sanction. Par conséquent, hormis les cas précités (acteur, danseuse, etc.), le nom du métier proposé dans les offres d'emploi, souvent énoncé au masculin pour des raisons de longueur de texte, est toujours suivi de la mention H/F rappelant qu'il est destiné aux deux sexes[80] (la mention H/F/X étant recommandée depuis 2002[N 11]).
France
Le gouvernement français intervient pour la première fois afin de modifier le processus d'évolution de la langue française avec la volonté de renforcer le rôle des femmes dans la vie publique et de permettre aux femmes d'accéder plus facilement à des fonctions jusqu'alors réservées de fait aux hommes[81]. Il crée en 1984 une « Commission de féminisation des noms de métier et de fonction » présidée par Benoîte Groult[65].
La Circulaire du 11 mars 1986 relative à la féminisation des noms de métiers, grades et titres publiée par Laurent Fabius, Premier ministre, constatant l'accès de femmes à de nombreux métiers, demande aux différentes administrations publiques « de traduire cette évolution dans le vocabulaire », en particulier dans leur correspondance et dans les différents documents qu'elles produisent. À cet effet, il est recommandé d'utiliser le rapport de la Commission de féminisation des noms de métier et de fonction créée en 1984 par Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme, et présidée par Benoîte Groult, intitulé Règles de féminisation des noms de métiers, grades ou titres, donné en annexe de la circulaire. Il y est remarqué deux fois que le suffixe féminin « -esse » n'est plus utilisé en français moderne car désuet (en donnant comme exemple de désuétude poétesse, ce qui est contestable car cela ignore des formes courantes comme maîtresse d'école, de conférence ou de recherche mais fait allusion au fait que la terminaison en « -esse » était censée désigner l'épouse d'un personnage exerçant une fonction[82] : par exemple, la notairesse comme femme du notaire) et il est recommandé pour les noms masculins terminés en « -teur » de les féminiser en « -teuse » si le « t appartient au verbe de base », et en « -trice » si le « t n'apparient pas au verbe de base », mais lorsque la forme « -trice » n'est pas aujourd'hui acceptée, il est conseillé d'employer un féminin identique au masculin, par exemple une auteur[83].
L'Académie française proteste contre cette initiative gouvernementale, qui usurpe selon elle sa compétence et qu'elle juge arbitraire. D'autre part, la doctrine de l'Académie a toujours été de recueillir l'usage établi, mais pas de le faire changer.
Une autre Circulaire du 6 mars 1998 relative à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre, publiée par Lionel Jospin, Premier ministre[84], constate que la précédente circulaire, bien que n'ayant pas été appliquée par les administrations, n'a pas été abrogée, et décide « de poursuivre le mouvement » « afin que la féminisation des appellations professionnelles entre irrévocablement dans les mœurs », et « pour accélérer l'évolution en cours » charge la Commission de terminologie et de néologie déjà existante d'étudier la question et à l'Institut national de la langue française d'établir pour les usagers un guide qui a été publié l'année suivante à la La Documentation française[85]. En attendant sa sortie, il recommande à toutes les administrations de recourir aux appellations féminines, dès lors qu'il existe déjà des formes féminines d'usage courant, par exemple directrice ou conseillère[84]. Cette préconisation a eu pour effet d'introduire puis de systématiser le redoublement des appellations au masculin puis au féminin, notamment dans les annonces d'offres d'emploi et elle aboutira à l'écriture inclusive.
Lionel Jospin préface le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions[86], publié sous la responsabilité du professeur Bernard Cerquiglini, linguiste alors vice-président du Conseil supérieur de la langue française. Ce guide contient une liste de métiers, titres, grades et fonctions qui indique quel nom utiliser lorsque la personne concernée est une femme.
Le ministère de l'Éducation nationale française a publié le une circulaire particulière relative à la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres[87], de même que celui du Québec[88] et de l'Ontario francophone.
En 2002, l'Académie française publie un arrêt rédigé par Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss, qui précise que « l’application ou la libre interprétation de « règles » de féminisation édictées, de façon souvent arbitraire, par certains organismes français ou francophones, a favorisé l’apparition de nombreux barbarismes »[32]. En particulier, Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l'Académie française de 1985 à 1999, condamne la féminisation par la publication de plusieurs articles[89],[90]. L'Académie souligne également que « le choix systématique et irréfléchi de formes féminisées établit […] à l’intérieur même de la langue, une ségrégation qui va à l’encontre du but recherché »[32],[89],[90].
En 2005, une étude sur la féminisation des noms de métiers et des titres dans la presse française (1988-2001) fait apparaître un retard de féminisation pour les noms de métiers académiques tels que « professeur » ou « auteur », contrairement aux métiers appartenant au monde politique ou de l’entreprise tels que « présidente » et « députée » où le nombre d’occurrences est supérieur à 90 %. L’auteur, Itsuko Fujimura, attribue ce décalage au « conservatisme linguistique propre au monde académique, qui joue d’ailleurs un rôle dans la conservation du système de genre lui-même en français » et en premier lieu aux objections de l’Académie française[91]. En 2012, le ministère de la Culture se félicite de l'accélération du processus de féminisation, non seulement dans les administrations, mais aussi dans la langue courante, notamment dans les médias[92].
Le , dans un texte intitulé « La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres – Mise au point de l'Académie française »[93], l'Académie rappelle les règles qui s'imposent dans la langue française, à la suite d'un incident de séance à l'Assemblée nationale où un député, Julien Aubert, a persisté à nommer la présidente de séance « madame le président » au lieu de « madame la présidente »[94],[95]. L'Académie indique accepter dans son principe la forme féminine des noms de métiers et fonctions qui seraient entrée dans l'usage (se rapprochant en cela de la position que Vaugelas avait prise au XVIIe siècle) ou qui serait expressément demandée par les personnes concernées :
« (…) L’Académie française n’entend nullement rompre avec la tradition de féminisation des noms de métiers et fonctions, qui découle de l’usage même : c’est ainsi qu’elle a fait accueil dans la 8e édition de son Dictionnaire (1935) à artisane et à postière, à aviatrice et à pharmacienne, à avocate, bûcheronne, factrice, compositrice, éditrice et exploratrice. Dans la 9e édition, en cours de publication, figurent par dizaines des formes féminines correspondant à des noms de métiers. Ces mots sont entrés naturellement dans l’usage, sans qu’ils aient été prescrits par décret : l’Académie les a enregistrés pourvu qu’ils soient de formation correcte et que leur emploi se soit imposé[93]. »
— Extrait de la déclaration de l'Académie française du .
« (…) conformément à sa mission, défendant l’esprit de la langue et les règles qui président à l’enrichissement du vocabulaire, elle rejette un esprit de système qui tend à imposer, parfois contre le vœu des intéressées, des formes telles que professeure, recteure, sapeuse-pompière, auteure, ingénieure, procureure, etc., pour ne rien dire de chercheure, qui sont contraires aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables barbarismes. Le français ne dispose pas d’un suffixe unique permettant de féminiser automatiquement les substantifs. S’agissant des métiers, très peu de noms s’avèrent en réalité, du point de vue morphologique, rebelles à la féminisation quand elle paraît utile. Comme bien d’autres langues, le français peut par ailleurs, quand le sexe de la personne n’est pas plus à prendre en considération que ses autres particularités individuelles, faire appel au masculin à valeur générique, ou « non marquée »[93]. »
— Extrait de la déclaration de l'Académie française du .
« Cependant, la Commission générale de terminologie et de néologie considère — et l’Académie française a fait siennes ces conclusions — que cette indifférence juridique et politique au sexe des individus « peut s’incliner, toutefois, devant le désir légitime des individus de mettre en accord, pour les communications qui leur sont personnellement destinées, leur appellation avec leur identité propre. » Elle estime que, « s’agissant des appellations utilisées dans la vie courante (entretiens, correspondances, relations personnelles) concernant les fonctions et les grades, rien ne s’oppose, à la demande expresse des individus, à ce qu’elles soient mises en accord avec le sexe de ceux qui les portent et soient féminisées ou maintenues au masculin générique selon le cas ». La Commission générale conclut justement que « cette souplesse de l’appellation est sans incidence sur le statut du sujet juridique et devrait permettre de concilier l’aspiration à la reconnaissance de la différence avec l’impersonnalité exigée par l’égalité juridique »[93]. »
— Extrait de la déclaration de l'Académie française du 10 octobre 2014.
Donc, selon l'Académie française, dans la vie quotidienne (correspondances, entretiens), la féminisation des grades ou des fonctions peut avoir lieu à la demande expresse des personnes concernées[93].
La circulaire du Premier ministre Édouard Philippe prise le , relative aux règles de féminisation et de rédaction des textes publiés au Journal officiel de la République française appelle à féminiser les titres, les métiers et les fonctions dans les textes publiés au Journal officiel[96] : « s'agissant des actes de nomination, l'intitulé des fonctions tenues par une femme doit être systématiquement féminisé sauf lorsque cet intitulé est épicène »[97],[96].
La troisième édition du Guide de légistique (« mise à jour 2017 »)[98] rappelle qu'il y a trois sources de référence concernant la féminisation des noms de métiers, grades ou titres à observer pour la rédaction du Journal officiel de la République française :
- Les orientations fixées par le Premier ministre en matière de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre dans la circulaire du , qui « doivent être scrupuleusement respectées » ;
- Le rejet des « pratiques rédactionnelles et typographiques visant à substituer à l’emploi du masculin, lorsqu’il est utilisé dans un sens générique, une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine », précisé par une circulaire du Premier ministre du ;
- La circulaire du Premier ministre du insistant sur l’emploi de la civilité « Madame » en lieu et place de la civilité « Mademoiselle », de « nom de famille » en remplacement des termes « nom de jeune fille » et « nom patronymique », de « nom d’usage » au lieu des mentions « nom d’époux » ou « nom d’épouse ».
Le , l'Académie française approuve un rapport énonçant qu'il n'existe aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions[99],[100].
Grand-Duché de Luxembourg
En 1998, le ministère de l’Égalité des chances publie le guide féminin-masculin - Métiers, Titres et Fonctions pour les langues luxembourgeoise, française et allemande. La réédition de 2002 y ajoute « des désignations des grades de l’armée luxembourgeoise et de la Police grand-ducale, des dénominations des métiers auprès des Postes et Télécommunications, des professions dans le domaine des nouvelles technologies et des différentes professions de la justice ».
À la 3e édition de 2006 s'ajoute la mise en ligne d'un dictionnaire-traducteur trilingue[101].
Suisse
À l'exemple de la Suisse alémanique qui a féminisé les noms de métier « en accord avec le reste du monde germanophone »[réf. nécessaire], la féminisation des noms de métiers est entrée dans les mœurs en Suisse romande.
Un groupe de travail mandaté par le Bureau de l'égalité des droits entre hommes et femmes et deux autres bureaux officiels (l'un du Jura, l'autre de Genève) a publié en 1991 le Dictionnaire féminin-masculin des professions des titres et des fonctions. Les termes agente, auteure, députée, écrivaine, professeure, mairesse y sont devenus courants dans la presse et l'administration, et des formes féminisées par les féminins en -eure sont nés spontanément dans l'usage romand[74].
Dans l'usage officiel, les grades sont uniquement féminisés si leur forme féminine est utilisée dans la loi[N 12],[102].