Emilio Altés Safont
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Verónica Altés Gerin (d) |
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Emilio Altés Safont, né le à Barcelone et mort à Castelldefels le , est un danseur, chorégraphe et professeur de danse de nationalité espagnole qui a exercé en Belgique.
Emilio Altés Safont nait dans une maison de la Carrer dels Escudellers, dans la partie ancienne de Barcelone où s'est installée la famille, grands-parents maternels inclus, originaire de Castellón de la Plana. La mère d'Emilio travaille dans une ancienne école de religieuses ouverte par la Generalitat et s'occupe des enfants du quartier. Elle aime théâtre et danse, assister aux spectacles du Grand théâtre du Liceu, aux zarzuelas ; plus tard, elle emmènera son fils faire de la danse de salon. Chez son grand-père maternel, qui a été torero et qui est un ami du guitariste et compositeur Francisco Tárrega, l'enfant écoute beaucoup de musique flamenco, et chante volontiers des tonadillas. Le dimanche, ils vont au cinéma ; Emilio y découvre Fred Astaire et l'imite. Il fait des petits numéros de variétés dès l'âge de 12 ans et, à 15 ans commence à suivre les leçons du danseur Sacha Goudine[N 1], en cachette de son père qui n'éprouve pas d'attirance pour les arts de la scène et lui interdit de poursuivre les cours de danse dès qu'il apprend le loisir de son fils — considérant, comme beaucoup à l'époque, que les danseurs sont des homosexuels et ne l'acceptant pas dans sa famille. Ce père, issu d'une famille de la grande bourgeoisie qui, avec le temps, a perdu sa fortune, est opticien et va ouvrir en 1935, dans l'Eixample, une boutique où l'enfant, n'ayant pas de bons résultats à l'école, doit travailler dès sa douzième année comme apprenti puis, vers quatorze ou quinze ans, comme vendeur de lunettes[1].
De à fin , la guerre civile espagnole a ravagé le pays où des actions de collectivisation ont eu lieu, notamment en Catalogne ; la lunetterie de la famille Altés n'échappe à la mise sous tutelle et à l'expulsion du lieu que parce que le père d'Emilio est militaire de réserve. Bavardant avec la fille d'une cliente, le jeune homme découvre qu'elle danse avec Paul Goubé et son épouse Yvonne Alexander qui ont monté une petite compagnie à Barcelone. La ville attire effectivement de nombreux artistes étrangers qui cherchent à poursuivre leur carrière professionnelle en dehors de leur zone habituelle de travail bouleversée par les opérations de la Deuxième Guerre mondiale. Cet afflux de danseurs bouleverse le paysage chorégraphique barcelonais : le ballet classique se diffuse plus largement, la scène créative se transforme par la collaboration des étrangers avec les compositeurs, scénographes et concepteurs catalans , les académies privées offrent des solutions de travail aux danseurs exilés [2].
Emilio Altés Safont entre donc en contact avec le groupe Goubé. Il y rencontre Joan Tena, formé à la méthode Dalcroze et en danse classique, élève de Mary Wigman[N 2],[3], qui lui demande pourquoi il ne veut pas danser : « Mais écoutez, Monsieur Juan, comment puis-je danser si je travaille tous les jours de huit heures du matin à sept heures du soir ! »[N 3] Le danseur lui présente alors Montserrat Costa del Río, élève de Joan Magrinyà San Román[N 4] et de Marina Noreget, qui le fait travailler trois fois par semaine, chez elle, le soir.
Les débuts professionnels
En 1948, il intègre la compagnie de ballet de Nina Verchinina[N 5], aux côtés de Rosita Segovia (ca), Aníbal Navarro et Joan Tena. L'année suivante, il suit les cours d'une artiste qu'il héberge : Marina Noreg qui fut formée à l'école de Saint-Pétersbourg en danse classique, de caractère et moderne, et devenue une professeure hors pair. En 1950, Emilio Altés est engagé par Joan Magriñà, comme soliste, au Ballet de Barcelone (es) ; il danse avec Emma Maleras, Maria de Avila (ca), Rosita Segovia. Deux ans plus tard, il est soliste au Théâtre du Liceu et participe aux tournées à Saragosse et Madrid[4].
Il rencontre Lutys de Luz qui lui propose de participer au groupe qu'elle forme, Los Romanceros, pour se produire en 1953 pour 30 représentations au théâtre Marigny de Paris accompagné par quatre pianistes concertistes jouant Manuel de Falla, Joaquín Turina, Enrique Granados, Isaac Albéniz, Joaquín Nin — ce qui ne s'est jamais fait jusqu'alors. La même année, il danse avec le Ballet Pedro de Córdoba[4].
Après un passage par Bruxelles, où il donne des cours de danse classique et espagnole dans l'école de Jane Périphanos[N 6] et où il se produit avec son propre groupe au Palais des Beaux-Arts, il rejoint le Ballet de l'Étoile de Maurice Béjart à Paris, puis celui de de María López et Léon de Lara. Il retravaille avec Joan Magriñà puis est engagé comme soliste, professeur et codirecteur en 1956 par Roberto Iglesias[5] pour une tournée aux États-Unis et en Amérique centrale, ce qui lui permet de suivre les cours de Fernando Alonso à Cuba et d'André Eglevsky et José Limón à New York. En 1958, il travaille avec Florencia Pérez Padilla (es), dite Rosario, dans le sud de l'Espagne, puis rejoint la compagnie de Mariemma. Pour l'Exposition universelle de Bruxelles de 1958, il danse avec l'International Ballet of the Marquis de Cuevas[4].
En Belgique
En 1958, Hanna Voos créant le Ballet du Hainaut, engage Emilio Altés comme danseur principal et chorégraphe ; après avoir dansé les chorégraphies de de Valentine Belova pour La Valse et Le Cid, il crée sa première pièce en Belgique avec Boléro (musique de Maurice Ravel) dont la première est donnée le à Mons et sera plusieurs fois reprogrammée (notamment en première partie d'un spectacle de Line Renaud). Il enchaine en 1959 avec la création des danses de Carmen, en réglant Capriccio espagnol mais aussi les danses d'opérettes (comme L'inconnue de Saint-Tropez) et en dansant dans les ballets classiques comme Le Lac des cygnes, chorégraphie de George Skibine d'après Marius Petipa[6].

Pour Capriccio espagnol, il a fait appel à au décorateur et costumier Ramon Trabal Alté qui, après ses études à l’Institut del Teatre de Barcelone, a travaillé avec Joan Tena, avec le Théâtre de l'Étoile de Paris, les télévisions française et cubaine, le Carnegie Hall. Le spectacle, dans lequel Emilio Altés danse aussi avec pour partenaire principale la bruxelloise Paula Brent (dont la sœur jumelle fait une carrière de danseuse à l'opéra d'Anvers), remporte un franc succès ; il est choisi pour le gala de la presse de auquel assiste le roi Baudouin[7]. Le Ballet du Hainaut va se transformer en Ballet de Wallonie dont Emilio Altés est membre fondateur[8].

Il a repris contact avec Jane Périphanos, qui travaille toujours avec Sana Dolsky dans la galerie Porte Louise, et lui propose de reprendre l'école et de l'agrandir ; la recherche d'un nouvel espace en 1960 débouche sur le 150 avenue Louise dont l'arrière-bâtiment permet de créer deux studios, vestiaire, sanitaires ; ils y donnent principalement des cours de danse classique (pour amateurs et professionnels) et de danse espagnole, et vont lancer en 1967 le Ballet Théâtre de Bruxelles pour lequel Sana Dolsky règlera plusieurs chorégraphies avant d'ouvrir son propre studio rue Royale[9]. Les spectacles se donnent alors au Théâtre 140. Odette Collon (nl) dessine les costumes de leurs spectacles pendant plusieurs années ; Germinal Casado crée ceux de Pavane pour une infante défunte dansée par Kyra Kharkevitch et Nicole Hanot.
En 1963, Emilio Altés Safont participe à la création et à la tournée de La traviata du Théâtre royal de la Monnaie, dans une chorégraphie de Monique Querida[10]. Lorsque Maurice Béjart crée son École Mudra, il lui demande d'y enseigner[11]. En 1977, Emilio Altés Safont collabore avec Rosella Hightower à la création des premières journées internationales de danse à Tarragone. Deux ans plus tard, il commence à rédiger des articles de critique de danse classique pour une revue espagnole. En 1987, il participe à la création de la première formation d’Enseignants en Danse, créée à l'initiative de Lydie Willems à l'UCLouvain, y enseignant la méthodologie de la danse classique[12].
De son mariage en avec la belge Andrée Gérin sont nés deux filles et un garçon — le couple en adoptera un second. La cadette des filles, Verónica Altés Gerin, devient danseuse aux Ballet Royal de Wallonie, Ballet Royal des Flandres et au Ballet Nacional de España. Emilio Altés Safont a formé notamment les artistes Nicole Hanot, Ninon Pollet, Kyra Kharkevitch (Ballet du XXe siècle, Béjart Ballet Lausanne), Guy Mathys (Ballet du XXe siècle), Elisabet Ros (Ballet de Saragosse, Béjart Ballet Lausanne), Kim Cassiman, Thierry Parmentier[13], Mercedes Suárez Rodríguez (devenue, notamment, directrice du Centre chorégraphique de Galice), Héctor Navarro (chorégraphe, Ballets de Tenerife).
À l'heure de la retraite, il s'installe à Castelldefels où il meurt en 2012.
Emilio Altés Safont est l'un des artistes que l'asbl LiceXballet, fondée en 2012 et reconnue d'intérêt culturel par la Generalitat de Catalogne depuis 2019, a interviewés dans le cadre de son objet social : la préservation de l'histoire du Ballet du grand théâtre du Liceu[14].