Ethel Sands
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Ethel Sands, née le à Newport aux États-Unis et morte le à Londres, est un artiste peintre et un mécène qui a vécu en Angleterre dès son enfance.
Elle fait ses études artistiques à Paris, où elle rencontre sa compagne de vie, Anna Hope Hudson. Son travail, principalement constitué de natures mortes et de scènes d'intérieur, s'inspire souvent du château d'Auppegard, qu'elle partage avec Hudson. Membre du Fitzroy Street Group et du London Group, ses œuvres sont intégrées à plusieurs collections publiques, notamment à la National Portrait Gallery de Londres. Devenue citoyenne britannique en 1916, elle s'inscrit durablement dans le paysage artistique britannique. Si elle joue un rôle important en tant que mécène et artiste, elle est surtout connue pour son activité d'hôtesse, accueillant dans son cercle des figures majeures telles que Henry James, Virginia Woolf, Roger Fry ou Augustus John.
Jeunesse et famille
Ethel Sands naît le à Newport dans l'état du Rhode Island, de Mary Morton (née Hartpence) et de Mahlon Day Sands[1],[N 1], mariés en 1872[6]. Mahlon Sands occupe le poste de secrétaire de l'American Free Trade League, une organisation qui, dès 1870, défend la réforme de la fonction publique et le libre-échange[7]. Il est également associé dans l'entreprise familiale d'importation pharmaceutique A.B. Sands and Company, fondée par son père[8]. Ethel a deux frères cadets, Mahlon Alan et Morton Harcourt Sands, respectivement de cinq et onze ans plus jeunes[9].

En 1874, la famille quitte les États-Unis pour l'Angleterre pour ce qui devait être un séjour provisoire[1]. Rapidement, ils décident de s'y établir de façon permanente, tout en parcourant l'Europe. Malgré ce changement, ils continuent à traverser l'Atlantique chaque année et séjournent aux États-Unis entre 1877 et 1879, tout en conservant leur résidence de Newport[9],[8].
Fortunée, la famille Sands évolue dans les cercles de la haute société londonienne et fréquente des personnalités telles que l'écrivain et homme politique John Morley, le Premier ministre William Ewart Gladstone, l'écrivain Henry James, l'artiste John Singer Sargent, la famille Rothschild ainsi que Henry Graham White. La sœur de Mahlon, Katherine, est mariée au journaliste et directeur de presse Edwin Lawrence Godkin. Leurs relations sociales s'étendent également au cercle d'Édouard VII, alors prince de Galles[10].
John Singer Sargent peint le portrait de Mary Sands, mère d'Ethel, reconnue comme une « célèbre beauté mondaine » de son temps[1],[6]. Mary suscite l'admiration de Henry James, qui la décrit comme « une dame gracieuse » et s'inspire d'elle pour créer le personnage de « Madame de Mauves »[6],[N 2].
Ethel grandit dans un foyer bourgeois respecté, où ses parents vivent un mariage heureux[11]. Si son père est considéré pas ses proches comme un homme séduisant[8] et sa mère comme « une belle femme », certains témoignages issus de journaux intimes et de correspondances évoquent une apparence plus ordinaire pour Ethel[1]. Dans ses dernières années, l'écrivain Anthony Powell la rencontre et souligne que son élégance, son charme et son esprit vif, sans prétention, laissent penser qu'elle a été autrefois très belle[11]. En 1888, son père meurt accidentellement après une chute de cheval dans Hyde Park[6]. Veuve, Mary Sands élève seule Ethel et ses frères jusqu'à son décès, le [1],[6].
Carrière
Formation
À partir de 1894, encouragée par l'artiste John Singer Sargent[12], Sands entreprend des études de peinture à l'Académie Carrière de Paris, où elle suit l'enseignement d'Eugène Carrière pendant plusieurs années[13]. C'est au sein de cette institution artistique qu'elle rencontre Nan Hudson, née Anna Hope Hudson, également étudiante en art, qui devient sa compagne de vie[14],[15]. Parallèlement à son parcours académique, Sands assume la tutelle de ses deux frères cadets à la suite du décès de leur mère en 1896[1].
Peinture
Ethel Sands se consacre principalement à la peinture de natures mortes et de scènes d'intérieur. Selon la Tate, son travail s'inspire de la technique de pinceau sec d'Édouard Vuillard, de sa palette de couleurs et de sa représentation de scènes « intimes »[1]. Sa première exposition a lieu au Salon d'Automne à Paris[1] en 1904[16].
En 1907, sur invitation de Walter Sickert, elle rejoint le Fitzroy Street Group où elle expose ses œuvres et acquiert également des œuvres d'autres artistes. Elle est l'une des fondatrices du London Group[1],[17]. Selon l'auteure Kate Deepwell, les œuvres de Sands, comme celles de Vanessa Bell et d'autres femmes artistes, sont évaluées différemment de celles des hommes à cette époque : la meilleure critique qu'une femme puisse recevoir est que son travail témoigne d'individualité, sans pour autant être considéré comme innovant ou moderne, des qualificatifs réservés aux œuvres masculines[18].
En 1911, Sands bénéficie de sa première exposition personnelle à Paris. En 1912, elle expose avec Hudson à la Carfax Gallery. L'année suivante, elle participe à l'exposition English Post-Impressionists, Cubists and Others à Brighton. Ses œuvres sont également présentées à la Goupil Gallery, et en 1922, elle tient sa première exposition individuelle. Elle expose régulièrement au Women's International Art Club et au New English Art Club[1].
En 1920, Hudson acquiert le Château d'Auppegard près de Dieppe en France[15], qui devient le sujet de plusieurs tableaux de Sands. Parmi ses peintures d'intérieur figurent A Spare Room, Château d'Auppegard[19] et Double Doors, Château d'Auppegard[20]. D'autres exemples incluent le paysage Auppegard Church from Château, France[21] et un portrait de sa compagne, Nan Hudson Playing Patience at Auppegard[22]. Les œuvres de Sands font partie des collections du musée Tate[23], de la Government Art Collection[24] et du Fitzwilliam Museum[25].
Socialité mondaine et patronage
À l'instar de Sibyl Colefax et de Ottoline Morrell, Ethel Sands accueille des artistes et des écrivains pour favoriser l'échange et la discussion d'idées pertinentes à leurs carrières. Ottoline Morrell utilise la maison de Sands à Chelsea pour organiser des réceptions, après avoir dû quitter sa résidence londonienne de Bedford Square[26]. Affiliée au Bloomsbury Group[27], Sands est reconnue comme l'une des principales socialites de son époque. Ses somptueuses réceptions sont rendues possibles grâce à la fortune considérable héritée de ses parents. Elle réside principalement à Oxford, dans la maison de Newington, jusqu'en 1920[14]. Lorsqu'elle est en Angleterre, elle reçoit également dans sa maison de Lowndes Street à Londres, et entre 1913 et 1937, au 15 Vale à Chelsea[1], où elle vit près de l'ami de sa mère, Henry James[6]. Parmi les artistes notables qui la visitent figurent Augustus John et Walter Sickert. Henry James, Virginia Woolf, Roger Fry et Arnold Bennett comptent parmi les écrivains de l'élite culturelle qui fréquentent ses réceptions[1]. Ses amis incluent l'artiste Jacques-Émile Blanche, l'écrivaine Edith Wharton, le poète William Butler Yeats, l'essayiste et critique Logan Pearsall Smith et le romancier Howard Overing Sturgis[6].
Lytton Strachey, un des fondateurs du Bloomsbury Group, rencontre ses pairs chez Sands[14],[28]. Son oncle, Edwin Lawrence Godkin, écrivait à propos d'une prochaine visite chez Sands dans l'Oxfordshire : « Là-bas, une quinzaine, puis retour aux guerres saintes, au patriotisme et aux balivernes... »[6],[29].
Ethel Sands était une mécène influente et une collectionneuse d'œuvres d'art contemporain. Elle a notamment commandé à Boris Anrep, un artiste russe émigré, la réalisation de mosaïques et de fresques pour sa résidence située à Vale, Chelsea[1]. Sands a continué à accueillir des amis éminents, tels que Duncan Grant ou Desmond McCarthy, jusqu'au décès de ce dernier en 1952[10].
Dépeinte dans le Dictionary of Real People and Places in Fiction comme « une femme simple d'un charme immense, cultivée et perspicace, et une peintre de talent considérable », elle aurait également inspiré Henry James pour le personnage de Nanda dans L'Âge difficile[30].
Durant les deux Guerres mondiales
Pendant la Première Guerre mondiale, Ethel Sands et Nan Hudson créent un hôpital militaire près de Dieppe pour les soldats blessés. Malgré la fermeture forcée de l'établissement, les deux femmes continuent à servir comme infirmières en France et en Angleterre[15]. Sands travaille également comme contremaîtresse dans une usine britannique de confection de blouses de travail, contribuant ainsi à l'effort de guerre industriel. En 1916, elle obtient la nationalité britannique. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle reprend son activité d'infirmière[1],[14]. Les conflits détruisent une grande partie de son patrimoine : une mine parachutée anéantit sa maison de Chelsea lors du Blitz, et sa résidence française est pillée. Ces destructions entraînent la perte de la plupart des œuvres de Sands et Hudson[15].
Vie privée
Sands et Hudson partagent leur temps entre l'Angleterre et la France, adaptant ainsi leur mode de vie à leurs préférences respectives. Hudson privilégie une existence paisible en France, tandis que Sands s'investit dans la vie sociale dynamique de Londres et d'Oxford[31],[15].
« Her mind was like her room, in which lights advanced and retreated, came pirouetting and stepping delicately, spread their tails, pecked their way; and then her whole being was suffused, like the room again, with a cloud of some profound knowledge, some unspoken regret, and then she was full of locked drawers, stuffed with letters, like her cabinets. »
« Son esprit ressemble à sa chambre, où les lumières avancent et reculent, tournoient et progressent avec délicatesse, déploient leurs traînes, picorent leur chemin ; puis tout son être s'imprègne, à l'instar de la pièce, d'un nuage fait d'un savoir profond et indicible, d'un regret silencieux. Elle se trouve alors emplie de tiroirs verrouillés, remplis de lettres, à l'image de ses meubles de rangement. »
Au cours de sa vie, Sands accueille régulièrement des invités issus aussi bien de l'élite culturelle que d'autres milieux[32]. Lorsque la santé de Hudson se détériore, Sands assume son rôle de soignante jusqu'au décès de cette dernière en 1957. Après cette perte, Sands poursuit ses activités d'hôtesse jusqu'à son propre décès, survenu le [1].
Virginia Woolf, amie proche, consacre à Sands un portrait littéraire intitulé The Lady in the Looking Glass, sous-titré A Reflection. Ce texte évoque un instant précis où Woolf observe Sands « revenir du jardin sans consulter son courrier ». Le miroir y apparaît comme un symbole puissant, illustrant la « capacité de l'art à figer un moment dans le temps tout en exerçant une fonction incisive ».
L'historienne de l'art et auteure Wendy Baron a rédigé une biographie consacrée à Sands, qui s'appuie notamment sur la correspondance qu'elle entretient avec Hudson et d'autres personnalités. Ces échanges épistolaires, conservés dans les archives de la Tate, constituent une source précieuse pour l'étude de leur vie et de leur époque[1],[33].
Œuvres
- A Dressing Room, huile sur carton entoilé, 46 x 38 cm, The Ashmolean Museum of Art and Archaeology. Avant d'entrer dans les collections de l'Ashmolean, l'œuvre appartenait à Logan Pearsall Smith. Le musée a souligné la similarité de cette œuvre avec les peintures d'Édouard Vuillard[34],[35].
- A Spare Room, Château d'Auppegard, vers 1925, huile sur panneau, 44,5 x 53,5 cm, Government Art Collection[19]. L'œuvre a été exposée au British Council, au Caire et à Alger, en 1944[36].
- Auppegard Church from the Château, France, huile sur toile, 60 x 48 cm, City of London Corporation[21].
- Bedroom Interior, Auppegard, France, huile sur toile, 60 x 48 cm, City of London Corporation[37].
- Double Doors, Auppegard, France, huile sur toile, 53 x 45 cm, City of London Corporation[20].
- Figure Seated by an Open Window, huile sur toile, 60 x 48 cm, City of London Corporation[38].
- Girl Reading on a Sofa, Auppegard, France, huile sur toile, 53 x 46 cm, City of London Corporation[40].
- Girl Sewing, Auppegard, France, huile sur toile, 49 x 60 cm, City of London Corporation[41].
- Interior at Portland Place, London, huile sur toile, 43 x 58 cm, City of London Corporation[42].
- Interior with Mirror and Fireplace, huile sur toile, 65 x 53 cm, City of London Corporation[43].
- Interior with Still Life and the Statuette of the Madonna, huile sur toile, 67,3 x 58,5 cm, Amgueddfa Cymru – National Museum Wales[44].
- (Lloyd) Logan Pearsall Smith, 1932, huile sur toile, 61,4 x 49,8 cm, National Portrait Gallery, Londres[45].
- Nan Hudson Playing Patience at Auppegard, France, huile sur toile, 64 x 52 cm, City of London Corporation[22].
- Still Life with a View over a Cemetery, huile sur panneau, 45 x 37,5 cm, Fitzwilliam Museum[46].
- Still Life with Books and Flowers, huile sur toile, 36 x 44 cm, City of London Corporation[47].
- The Bedroom at Auppegard, France, Girl Reading, huile sur toile, 51 x 61 cm, City of London Corporation[49].
- The Open Door, Auppegard, France, huile sur toile, 54 x 45 cm, City of London Corporation[51].
