Famille Pictet

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BlasonnementDe sinople à un mur non crenelé d’argent, maçonné de sable, accompagné en chef d’un lion naissant d’or, mouvant du mur
DeviseSustine et Abstine
Bien faire et laisser dire[1]
PériodeDepuis le XVe siècle
OrigineNeydens (actuelle Haute-Savoie)
Famille Pictet
Image illustrative de l’article Famille Pictet
Armes de la famille

Blasonnement De sinople à un mur non crenelé d’argent, maçonné de sable, accompagné en chef d’un lion naissant d’or, mouvant du mur
Devise Sustine et Abstine
Bien faire et laisser dire[1]
Période Depuis le XVe siècle
Origine Neydens (actuelle Haute-Savoie)
Pays Drapeau de la Suisse Suisse

La famille Pictet est une famille de Genève. Issue à l'origine d'un milieu paysan de la région de Neydens (actuelle Haute-Savoie), elle accède à la bourgeoisie de Genève en 1474. Au fil des siècles suivants, les Pictet jouent un rôle important dans la vie politique, religieuse, scientifique, militaire et économique de Genève et de la Suisse.

Depuis la première moitié du XVIIe siècle, la famille Pictet est divisée en trois branches distinctes : la branche aînée (aujourd'hui éteinte), la branche puinée et la branche cadette, cette dernière étant de nos jours la plus nombreuse[2].

Parmi les membres les plus illustres de la famille Pictet se trouvent notamment Charles Pictet de Rochemont (1755-1824), qui a négocié les frontières actuelles du canton de Genève et la reconnaissance du statut de neutralité perpétuelle de la Suisse, ainsi que son frère Marc-Auguste Pictet (1752-1825), grande figure scientifique et intellectuelle en l'honneur duquel a été donné le nom Pictet à l'un des cratères de la Lune. Amé Pictet (1857-1937), chimiste, a donné son nom à la réaction de Pictet-Spengler, tandis que Raoul Pictet (1846-1929) fut le premier à liquefier l'oxygène en 1877. Lucien Pictet (1864-1928), ingénieur, a donné la moitié de son patronyme aux automobiles Pic-Pic et Jean (1914-2002), son fils, fut l'un des artisans des quatre Conventions de Genève de 1949.

Au cours des siècles, de nombreux membres de la famille ont siégé au Petit Conseil de Genève ou comme conseillers d'État, dont douze syndics sous l'ancienne République de Genève. La famille compte enfin de nombreux professeurs ayant enseigné à l'Université de Genève (anciennement Académie de Genève), notamment en théologie, en droit et en sciences naturelles.

De nos jours la famille Pictet est directement associée à la banque Pictet, l'une des plus grandes banques privées de Suisse, et principalement dirigée depuis 1841 par des membres de sa branche cadette. La famille dispose enfin d'une fondation (Fondation des Archives de la Famille Pictet) vouée à la préservation des archives familiales pouvant servir de base documentaire pour des chercheurs, des expositions ou l'édition d'ouvrages consacrés à l'histoire des grandes familles suisses[3],[4].

Les plus lointains ancêtres connus de la famille Pictet étaient des paysans propriétaires de cinq hectares de terre à Neydens, à partir de 1344[1]. Il est à noter que le nom de famille Pictet s'écrivait initialement « Pitet » ou « Pittet » : au XVe siècle apparaît la graphie Pictet, le « c » servant à marquer le double « t »[5]. Si l'orthographe Pictet s'impose durablement dans la famille, la prononciation sans le « c » est longtemps restée répandue à Genève et demeure occasionnellement usitée[1],[5]. Les sources anciennes attestent toutefois que les membres de la famille signent eux‑mêmes systématiquement « Pictet » dès le XVIe siècle[5].

Le premier ancêtre marquant l'histoire familiale est Pierre Pictet, qui acquiert la bourgeoisie de Genève le , événement marquant le début de l'ascension sociale de la famille dans la cité[1],[2]. Cela les distingue des familles huguenotes ou italiennes qui recevront la bourgeoisie après la Réforme[6]. Les premières générations urbaines de la famille s'installent dans le faubourg de Saint‑Gervais au début du XVIe siècle en exerçant des professions liées à l'artisanat[2],[7]. En 1575, Ami Pictet (notaire), arrière-arrière-petit-fils de Pierre Pictet, participe à son tour à cette ascension en étant le premier membre de la famille Pictet à être élu syndic de la République de Genève, marquant l'entrée de la famille dans le domaine politique genevois[1],[2].

Au début du XVIIe siècle, la famille se divise en trois branches correspondant à la descendance de Jaques Pictet (1576-1629) : son fils André Pictet (1609-1669) est à l'origine de la branche aînée (aujourd'hui éteinte), son fils Jérémie Pictet (1613-1669) est à l'origine de la branche puînée ; enfin son cadet Pierre Pictet (1626-1690) est à l'origine de la branche cadette[8]. Pour autant, chaque branche s'illustre au fil des siècles dans des domaines communs, notamment politiques, militaires, économiques et religieux. Au fil des siècles, la famille reste implantée dans la région de Genève où elle se constitue un important patrimoine foncier, souvent par alliances matrimoniales, principalement situé sur la rive droite du lac Léman et le long du Rhône (notamment à Pregny-Chambésy, Saconnex, Troinex et Sergy dans le Pays de Gex)[2].

Branche aînée

La branche aînée de la famille descend du syndic André Pictet (1609-1669)[8]. Elle compte notamment parmi ses membres des figures politiques, ainsi qu'une figure religieuse de premier plan avec Bénédict Pictet. Cette branche est éteinte depuis 1876[2].

Bénédict Pictet (1655‑1724) en 1720.
  • Bénédict Pictet (1655‑1724)[9], fils du fondateur de la branche aînée André Pictet, est un important pasteur et théologien genevois. À partir de 1686, il enseigne la théologie à l'Académie de Genève, dont il est recteur à deux reprises[9]. Figure majeure du protestantisme genevois, il dirige plusieurs institutions civiles et ecclésiastiques et est membre de l'Académie des sciences de Berlin[9]. Défenseur d'une orthodoxie réformée ouverte à la philosophie cartésienne, il joue un rôle central dans la réforme liturgique genevoise[9]. Auteur prolifique, il publie des traités théologiques et moraux largement diffusés, ainsi que des sermons et des cantiques[9].
  • Catherine Pictet (1726-1795), fille du conseiller et secrétaire d’État Isaac Pictet (1693-1769), et amie intime de la mère d’Albert Gallatin (1761-1849), qu'elle élève lorsqu'il se retrouve orphelin. Emigré à l’âge de 18 ans, Gallatin réalise une brillante carrière politique, diplomatique et bancaire qui le mènera jusqu’au poste de Secrétaire du Trésor du président Thomas Jefferson. Albert écrit ainsi, en 1844 « Vous n’ignorez pas les grandes obligations que j’ai envers Catherine Pictet, la tante de votre père et qui nous a élevés tous les deux (..). C’est à elle que je dois ce que je vaux et les succès de la carrière dans laquelle j’ai été jeté. »[10],[11]
  • François Pierre Pictet (1728-1798), dit « le Géant »[1], petit-fils de Bénédict, réalise des études de droit à Genève avant de devenir avocat en 1752[12]. Il devient un proche de Voltaire pendant les années que celui-ci passe dans la région de Genève[12]. Il s'installe en 1761 à Saint-Pétersbourg où il entre dans l'entourage de Catherine II[12]. Par ses relations, il initie la correspondance entre le philosophe et l'impératrice[12]. Son parcours l'amène à devenir informateur de l'ambassade de France en Russie et à recruter des colons pour peupler Kazan et Saratov. Compromis dans une affaire de contrebande, il doit quitter la Russie en 1776 et s'installe alors à Paris[12]. Antirévolutionnaire, il émigre à Londres puis à Reading et à Berne, avant de revenir à Genève où il décède[12],[13].

Branche puînée

La branche puînée de la famille (aussi dite « branche seconde »[14]) descend de Jérémie Pictet (1613-1669)[8]. La branche puînée fournit à la famille certaines de ses figures les plus marquantes sur le plan politique, diplomatique et scientifique. Cette branche connaît un déclin démographique progressif à partir du XIXe siècle mais subsiste de nos jours[1].

Jacques Pictet-Thellusson (1705‑1786), vers 1740.
  • Jacques Pictet-Thellusson (1705-1786)[1] se tourne vers une carrière militaire en étant officier au service du royaume de Piémont-Sardaigne, où il atteint le grade de lieutenant-général[1]. Par la suite, il représente à Genève le roi Charles-Emmanuel III, qui le fait comte en 1756[1]. Héritier du domaine du Reposoir, à Pregny-Chambésy, il y fait édifier une maison de maître, toujours dans la famille de nos jours[1]. Il a trois fils : Isaac, Louis et Marc-Louis.
  • Charlotte Pictet (1734-1766) habite la propriété que son père fait construire à proximité des « Délices », domaine dans lequel réside le célèbre philosophe français avec qui elle se lie d'amitié. Troublé par ce voisinage et afin de préserver sa tranquillité, Voltaire fait planter entre les propriétés des marronniers qu’il baptise « cache-Pictet ». L’expression connait une popularité inattendue grâce à Stendhal, qui la cite dans ses Mémoires d’un touriste publiées en 1854. Charlotte épouse en 1757 le vaudois Samuel Constant, futur oncle de l’écrivain et homme politique Benjamin Constant. Ayant suivi de près les préparatifs, Voltaire écrira au sujet de ce mariage : « Nous marions l’un des fils du général Constant avec la belle demoiselle Pictet et nous unissons Lausanne à Genève »[15],[16].
  • Isaac Pictet de Pregny (1746-1823)[17], fils aîné de Jacques Pictet-Thellusson, s'oriente très tôt vers la politique et la diplomatie après des études à l'Académie de Genève[17]. Correspondant de puissances étrangères (notamment du roi de Sardaigne) et proche des milieux diplomatiques européens, il ne tarde pas à accéder aux plus hautes magistratures[17]. La Révolution de 1792 le prive brutalement de ses charges, de sa fortune et de son épouse, l'obligeant à une longue retraite[17]. Il consacre ces années à la gestion et à l'embellissement de son domaine du Reposoir ainsi qu'à des travaux historiques et généalogiques[17]. À la Restauration, il retrouve un rôle central dans la vie politique genevoise et meurt syndic en charge[17]. De son premier mariage avec Lucrèce Lullin, Isaac Pictet a trois enfants : Gabriel, mort en bas âge, Jacques dit James, et Louis, qui lui survit et devient son héritier ; son second mariage avec Julie-Madeleine Bertrand ne donne pas de descendance[17].
Louis Pictet du Bengale (1747-1823), vers 1780.
  • Louis Pictet, dit « du Bengale » (1747-1823)[18], deuxième fils de Jacques Pictet-Thellusson, se forme au commerce en Angleterre avant d'entrer au service de la Compagnie britannique des Indes orientales[18]. Envoyé au Bengale, il y séjourne près de neuf ans, occupant des fonctions administratives et dirigeant le comptoir de Cossimbazar, ce qui lui permet de constituer une solide fortune[18]. Revenu en Europe pour raisons de santé, il s'établit à Genève, puis au pays de Vaud durant la Révolution[18].
Marc-Auguste Pictet (1752-1825).
  • Marc-Auguste Pictet (1752-1825)[19],[20], fils de Charles Pictet, est l'une des grandes figures scientifiques et intellectuelles de Genève. Astronome, physicien, naturaliste et cartographe, il enseigne la physique à l'Académie de Genève pendant près de quarante ans[19]. Collaborateur et ami d'Horace-Bénédict de Saussure, il contribue de manière décisive à la cartographie alpine et aux débuts de la météorologie moderne[19]. Cofondateur et directeur scientifique de la Bibliothèque britannique (périodique genevois), il joue un rôle majeur de passeur entre la science anglaise et l'Europe francophone[19],[21]. Dignitaire de l'Empire napoléonien tout en restant profondément attaché à Genève, il préside durablement la Société des Arts et s'impose comme un savant, pédagogue et médiateur d'influence internationale[20].
  • Charles Pictet de Rochemont (1755–1824), fils de Charles Pictet et frère de Marc-Auguste, est une figure majeure de l'histoire genevoise et suisse, considéré comme l'un des pères de la patrie[22],[23]. Formé à la carrière militaire, il trouve sa véritable vocation comme publiciste et agronome. Installé à Lancy, il devient un pionnier de l'élevage des mérinos, du développement de l'agriculture moderne et de l'industrie lainière, tout en diffusant largement les innovations britanniques par ses publications, notamment au sein de la Bibliothèque britannique[22]. Appelé tardivement à la vie publique, il joue un rôle décisif lors de la Restauration, représentant Genève puis la Confédération suisse aux congrès de Paris et de Vienne[22]. Son action diplomatique assure l'intégration de Genève à la Suisse et la reconnaissance internationale de la neutralité perpétuelle de la Suisse (1815)[22]. Il négocie également le Traité de Turin (1816) qui finalise la cession des communes sardes au canton.
  • Adélaïde Sara Pictet de Rochemont (1767-1830), épouse de Charles, celui-ci joint son nom au sien selon l'usage genevois de l'époque. Outre la gestion de la ferme-modèle que le couple possède à Lancy et où les dernières innovations agricoles sont appliquées, elle crée avec son mari une école pour les enfants des environs. Un parc lui est désormais dédié dans le quartier lancéen de Pont-Rouge[24],[25].
  • James Pictet-Menet (1777–1816), fils aîné d'Isaac Pictet de Pregny, mène une carrière militaire au service des armées sarde puis française durant les guerres de la Révolution et de l'Empire[26]. Engagé dès l'adolescence, il participe à la plupart des grandes campagnes européennes, est présent à Austerlitz, Wagram, en Espagne, en Russie et lors des combats de 1813–1814, et se distingue par son courage, étant plusieurs fois grièvement blessé[26]. Capitaine aux dragons de la Garde impériale, décoré de la Légion d'honneur et fait chevalier d'Empire, il accède au grade de chef d'escadron après la campagne de Russie[26]. Grièvement atteint lors de la campagne de France en 1814, il épouse la même année Mary Menet, malgré les réticences initiales de son père, et s'établit à Sécheron[26]. Élu membre du Conseil représentatif de Genève sous la Restauration, il meurt des suites de ses blessures en 1816, à trente-neuf ans, sans postérité[26].
  • Louis Pictet-Achard (1778-1852), fils d'Isaac Pictet de Pregny et frère de James, il effectue pour sa part une carrière militaire au service de la Prusse, où il participe notamment à la campagne de 1806 contre Napoléon[27]. Après la capitulation de l'armée prussienne, il revient à Genève et se consacre à la gestion de son patrimoine familial, le domaine du Reposoir à Pregny[28]. Marié tard à Victoire Achard, il n'a pas de descendance directe[27]. Louis poursuit ses voyages en Europe, en particulier en Prusse, qu'il considère comme sa seconde patrie. Il meurt à Lübeck en 1852[27].
Charles-René Pictet de Rochemont (1787–1856) en 1818.
  • Charles-René Pictet de Rochemont (1787–1856)[29], fils aîné de Charles Pictet de Rochemont, mène comme son père une carrière mêlant agronomie, diplomatie et vie publique. Très jeune, il joue un rôle actif dans la création des établissements ovins fondés par son père dans l'Empire russe, notamment dans la région d'Odessa, où il séjourne plusieurs années et dirige des exploitations de grande ampleur destinées à l'élevage du mérinos[29]. À partir de la Restauration, Charles-René s'oriente vers la diplomatie[29]. Attaché au duc de Richelieu, puis au service du royaume de Bavière, il est nommé conseiller de légation, chambellan et chargé d'affaires à Paris, poste qu'il occupe de 1816 à 1825[29]. Il se retire par la suite à Genève, où il mène une vie de notable, siégeant de longues années au Conseil représentatif, exerçant la charge de maire de Lancy et participant au Consistoire[29]. Propriétaire foncier, il administre ses domaines genevois et tente de maintenir les exploitations russes, qui finissent toutefois par être liquidées à perte. Homme attaché à l'ordre social traditionnel, sensible aux honneurs et aux titres, il obtient l'adjonction du nom de Rochemont au sien en 1835 et reçoit des distinctions du royaume de Sardaigne. Hostile au radicalisme et inquiet des évolutions démocratiques, il s'engage du côté conservateur lors des troubles politiques genevois des années 1840. De son mariage avec Julie Cazenove naissent quatre enfants, dont deux fils, Théophile et Auguste[29]. Théophile Pictet de Rochemont embrasse une carrière militaire au service du Piémont puis de l'Italie, atteignant le grade de colonel, avant de se tourner vers un engagement ecclésiastique à Genève[29]. Auguste Pictet de Rochemont-Debrit, officier de l'armée suisse, gravit les échelons jusqu'au grade de colonel, exerce des fonctions de commandement à Genève et se fait également connaître pour ses talents musicaux. Le rameau Pictet de Rochemont, dans sa lignée masculine, disparaît en 1948 avec le décès de Maurice Pictet de Rochemont (1870-1948), fils unique d'Auguste Pictet de Rochemont, qui se consacre quant à lui au sport et à la musique, présidant durant vingt ans la Société d'escrime de Genève tout en soutenant activement la création de l'Orchestre de la Suisse romande, dont il préside le Conseil d'administration de 1918 à 1928[30],[31].
Adolphe Pictet (1799-1875), en 1824.
  • Adolphe Pictet-Cazenove (1799–1875)[32], quatrième fils de Charles Pictet de Rochemont, se distingue au XIXe siècle comme philosophe, linguiste et savant, tout en menant parallèlement une carrière militaire. Formé à Genève, à Paris, en Allemagne et en Grande-Bretagne, il fréquente les grands centres intellectuels européens et se lie avec des figures majeures de la pensée de son temps comme Victor Cousin, Schelling, Hegel et Goethe[32]. Il relate d'ailleurs dans Une course à Chamouni (1838) le voyage qu'il fit avec Franz Liszt, Marie d'Agoult et George Sand dans la vallée de l'Arve et en Suisse. De retour à Genève, il dirige la section littéraire de la Bibliothèque universelle, et réalise des travaux couvrant l'esthétique, la philosophie et surtout la linguistique comparée[32]. Son ouvrage De l'affinité des langues celtiques avec le sanscrit (1836) lui vaut le prix Volney de l'Institut de France et fait de lui l'un des pionniers de la philologie indo-européenne[32]. Il poursuit cette œuvre majeure avec Les Origines indo-européennes, qui assoit sa réputation internationale et lui apporte un second prix Volney[32]. Parallèlement, il mène une longue carrière militaire dans l'armée suisse, atteignant le grade de colonel fédéral, et consacre plusieurs décennies à la mise au point de fusées de guerre, qu'il tente sans grand succès de faire adopter par divers États européens. Malgré des distinctions honorifiques nombreuses, dont la Légion d'honneur, il demeure une personnalité discrète. De son mariage avec Emma Cazenove naît un fils parvenu à l'âge adulte, Adolphe Pictet-de Fernex (1830–1893)[32]. Ingénieur et officier d'état-major, établi à Turin après son mariage, il fait carrière en Italie et reçoit le titre de chevalier de la Couronne d'Italie. Sa descendance, établie successivement en Italie puis en Algérie, s'éteint dans la lignée masculine au début du XXe siècle, marquant la disparition de ce rameau familial.
  • Jean-François-Louis Pictet-Calandrini (1790-1858)[33], fils unique de Louis Pictet du Bengale, réalise ses études à l'Académie de Genève avant de rejoindre la banque Calandrini & Cie[33]. Il en devient rapidement l'unique dirigeant avant d'être ruiné par sa liquidation[33]. En 1829, il fonde sa propre banque, la maison Pictet-Calandrini, qu'il dirige jusqu'à sa mort ; l'établissement est toutefois sans lien avec le groupe Pictet développé au sein de la branche cadette de la famille[33]. Parallèlement, il s'investit dans la vie civique et militaire en devenant lieutenant puis capitaine de grenadiers, conseiller administratif et membre du Grand Conseil de Genève[33]. Il soutient plusieurs institutions religieuses et éducatives, tout en cultivant un goût pour les arts, notamment en commandant des paysages à Alexandre Calame[33].
  • Peter Pictet-Micheli (1794–1850)[34] est le deuxième fils de Marc-Louis Pictet-Micheli de Dully et l'un des derniers représentants d'une longue tradition militaire familiale. Après un début dans les milices vaudoises lors de la chute de l'Empire napoléonien, il poursuit une carrière au service du royaume de Sardaigne[34]. Il se distingue notamment lors des troubles carbonaristes de 1821. Sa progression est régulière : capitaine, major, lieutenant-colonel, puis général honoraire, il est décoré à plusieurs reprises de l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare[34]. Revenu à Genève au début des années 1830, il s'établit à Landecy par son mariage avec Louise-Pauline Micheli et mène une existence de gentilhomme campagnard[34]. Attaché aux principes conservateurs, il siège brièvement au Grand Conseil de Genève avant la Révolution fazyste de 1846. Son fils unique, Albert (1833–1879)[35], formé par un long voyage d'études en Grande-Bretagne et en Europe du Nord, s'intéresse à l'agriculture, aux sciences naturelles et à l'organisation des domaines ruraux[35]. De retour à Genève, il se consacre à la gestion et à l'agrandissement du domaine de Landecy, tout en mettant son temps et ses compétences au service d'œuvres philanthropiques, notamment comme cofondateur et administrateur de la maison de santé de la Métairie, près de Nyon[35]. Actif dans la vie publique, il exerce les fonctions de maire de Bardonnex pendant plus d'une décennie et siège au Grand Conseil, où il s'affirme comme une figure du camp indépendant et conservateur[35]. Passionné d'histoire, il constitue d'importantes collections qu'il lègue en partie à la Bibliothèque de Genève[35]. Marié sans descendance et marqué par un veuvage précoce, il meurt à 44 ans[35].
  • Ferdinand Pictet (1796–1862)[36], né au château de Dully en 1796, est le troisième fils de Marc-Louis Pictet-Micheli. Engagé très jeune dans l'armée britannique, il sert comme officier d'infanterie aux Antilles, en Amérique du Sud et au Canada avant de quitter le service en 1819[36]. Revenu à Genève, il mène une carrière civile remarquée : membre de la Chambre des tutelles, administrateur de l'Hôpital pendant quinze ans et député au Conseil représentatif de 1831 à 1841, il s'acquitte de ses fonctions avec rigueur et désintéressement[36]. Son mariage avec Adèle Martin lui apporte une aisance financière durable et l'ancre dans la bourgeoisie genevoise[36]. De ses trois fils, Arthur poursuit une carrière bancaire malheureuse qui le conduit à s'établir en France, fondant le rameau Pictet-Sévène ; William réussit dans le commerce des eaux minérales à Genève ; Edward, enfin, se distingue par une brillante carrière militaire et politique, devenant une importante figure municipale de Genève[36].
  • Armand Pictet (1798-1861)[37], quatrième fils des Pictet-Micheli de Dully, est à l'origine d'un rameau britannique puis australien de la famille. Engagé très jeune dans l'armée de la Compagnie puis de la Couronne britannique, il sert aux Indes et se distingue durant la première guerre de Birmanie, ce qui lui vaut la médaille militaire[37]. Après douze années de service, il quitte l'armée en 1827 avec le grade de capitaine[37]. Revenu à Genève, il épouse sa cousine Anna Pictet, fille de Louis Pictet du Bengale[37]. Grâce à ses relations à Londres, Armand est nommé agent consulaire britannique à Genève en 1846, puis consul de Grande-Bretagne en Suisse en 1853, fonction qu'il exerce jusqu'à sa mort[37]. Il joue un rôle actif dans la fondation de l'église anglicane de Genève[37].
  • Auguste Pictet-de Bock (1804–1874)[38], cinquième et dernier fils de Marc-Louis Pictet-Micheli de Dully, ouvre une nouvelle lignée familiale par son mariage avec Julie-Cécile de Bock, issue de l'ancienne noblesse balte, première étrangère épousée par un Pictet à Genève depuis le XVe siècle[38]. Destiné comme ses frères au service étranger, il sert successivement dans les troupes suisses au service de la France, puis dans l'armée piémontaise, où il atteint le grade de capitaine avant de quitter définitivement les armes en 1842[38]. Installé à Genève, Auguste se consacre à des fonctions civiles et ecclésiastiques, notamment comme adjoint à l'Hôpital général puis comme diacre et membre du Consistoire[38]. Établi à Plainpalais, alors commune indépendante, il joue un rôle majeur dans la vie municipale : adjoint au maire pendant douze ans, puis maire de 1862 à 1874, il accompagne la transformation du village en faubourg urbain en développant l'éclairage public, les infrastructures, les écoles et les équipements communaux[38]. À sa retraite, son nom est donné à une rue de Plainpalais. De son union avec Julie-Cécile naissent cinq fils : Théodore, mort prématurément ; Oswald et Léonce, qui mènent des carrières discrètes ; Raoul, futur physicien de renom et figure marquante de la famille ; et Eugène, dont la descendance assure la pérennité du rameau Pictet-de Bock[38].
  • Raoul Pictet (1846-1929)[39], troisième des cinq fils d'Auguste Pictet-de Bock, est un physicien et inventeur, pionnier des basses températures et de la réfrigération industrielle[39]. Formé à Genève puis à Paris, il conçoit dès 23 ans sa première machine frigorifique[39]. Entre 1871 et 1874, il séjourne en Égypte, où il enseigne la physique, dirige des travaux publics, construit des usines de glace et contribue à la création d'institutions ophtalmologiques[39],[40]. De retour en Europe, il développe et brevète de nombreux procédés de réfrigération et réussit en 1877 la liquéfaction de l'oxygène, exploit qui lui vaut une reconnaissance internationale et la création d'une chaire de physique industrielle à l'Université de Genève[39]. Marié en premières noces à Hélène Roget, puis à Louise Reiche, il a douze enfants, dont sont de nos jours issus les derniers descendants masculins de la branche puînée des Pictet[39].

Branche cadette

Références

Voir aussi

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