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Fantômas

personnage fictif, créé vers 1910 par Pierre Souvestre et Marcel Allain From Wikipedia, the free encyclopedia

Fantômas est un personnage de fiction français créé en 1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain. Sévissant dans la France de la Belle Époque, ce criminel est l'archétype du génie du mal, insaisissable et mystérieux. Défiant les forces de l'ordre, et en particulier le commissaire Juve et le journaliste Jérôme Fandor, Fantômas poursuit ses activités criminelles grâce à son art du déguisement et de l'évasion.

AliasGénie du crime
Maître de tout et de tous
L'Homme aux cent visages
OrigineFrance
ActivitéCriminel
Faits en bref Alias, Origine ...
Fantômas
Couverture du premier volume de la série Fantômas coécrite par Pierre Souvestre et Marcel Allain, éditions Arthème Fayard, 1911.Artiste anonyme ; les illustrations de couverture des volumes suivants seront l'œuvre de Gino Starace,,.
Couverture du premier volume de la série Fantômas coécrite par Pierre Souvestre et Marcel Allain, éditions Arthème Fayard, 1911.
Artiste anonyme ; les illustrations de couverture des volumes suivants seront l'œuvre de Gino Starace[n 3],[n 4],[3].

Alias Génie du crime
Maître de tout et de tous
L'Homme aux cent visages
Origine France
Sexe Masculin
Activité Criminel
Ennemi de Jérôme Fandor
Commissaire Juve
Hélène Gurn

Créé par Pierre Souvestre
Marcel Allain
Interprété par René Navarre (1913–1914)
Edward Roseman (1920–1921)
Jean Galland (1932)
Jean-Michel Smet (1937)
Marcel Herrand (1947)
Maurice Teynac (1949)
Jean Marais (1964–1967)
Helmut Berger (1979)
Voix Paul Bernard (1946–1947)
Raymond Pellegrin (1964–1967)
Roger Carel (1973–1974)
Philippe Clay (1984)
Med Hondo (1991)
Première apparition Fantômas (1911)
Dernière apparition Fantômas mène le bal (1963)
Épisodes 43
Éditeurs Arthème Fayard (1911–1963)
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Lancée à grand renfort de publicité en , les aventures de Fantômas connaissent un immense succès littéraire. Entre 1911 et 1913, les deux auteurs publient en étroite collaboration dans la collection « Le Livre populaire » des éditions Fayard, trente-deux volumes à raison d'un par mois, chaque couverture étant illustrée par Gino Starace.

Le rythme effréné et l'écriture quasi-automatique, presque industrielle, produisent des incohérences et des inventions poétiques qui impressionnent les avant-gardes littéraires, et notamment les Surréalistes. Rapidement, Fantômas s'impose comme un mythe littéraire, dont les aventures reprennent tous les procédés du roman populaire, allant jusqu'à relever du Grand-Guignol où l'horreur et la violence se mêle à l'humour noir.

Après la mort de Pierre Souvestre survenu en 1914, Marcel Allain reprend seul la série et publie onze romans inédits entre 1926 et 1963.

Dès 1913, le succès littéraire de la série entraîne la production de cinq adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade, avec René Navarre dans le rôle de Fantômas. Les aventures du criminel sont à nouveau adaptées au cinéma durant les années 1930–1940, avant de faire l'objet d'une libre adaptation humoristique par André Hunebelle avec Jean Marais et Louis de Funès durant les années 1960.

Cette comédie populaire, qui connaît un grand succès, imprime durablement l'image d'une série burlesque auprès du public, bien éloignée du style sombre des romans. Malgré une apparition à la télévision en 1979 le temps de quatre épisodes qui tentent de revenir au ton d'origine, les aventures de Fantômas changent de support pour principalement se poursuivre en bande dessinée à partir de la fin du XXe siècle.

Histoire éditoriale

Contexte littéraire

Le personnage-titre s'inscrit dans la tradition littéraire des génies du mal, « perversions du surhomme romantique » imaginées par divers auteurs sous le Second Empire. Parmi ces personnages fictifs, on distingue notamment Rocambole (avant sa reconversion héroïque) et son mentor Sir Williams, conçus par Pierre Ponson du Terrail, ainsi que le colonel Bozzo-Corona, « parrain » prétendument immortel de la société secrète criminelle des Habits noirs, une création de Paul Féval[4].

Ce type de protagoniste criminel s'acclimate ensuite « sans difficulté aux nouveaux contextes » de la fin du XIXe siècle, observe l'historien Dominique Kalifa[4]. Ainsi, Fantômas compte d'immédiats prédécesseurs littéraires apparus à la Belle Époque, tel Zigomar, criminel encagoulé créé par Léon Sazie, ou comme Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc, hors-la-loi moins terrifiant mais non dénué d'ombres[5].

Le Fantôme de l'Opéra inspire également un passage du Fiacre de nuit (1911), un volume où Fantômas fait s'écraser un énorme luminaire sur la clientèle du grand magasin « Paris-Galeries », à l'instar du lustre qu'Erik le Fantôme précipite sur les spectateurs de l'Opéra-Garnier dans le roman de Gaston Leroux, paru un an plus tôt[6],[n 5].

Fantômas se fonde aussi sur des antécédents historiques, en particulier la figure de Ravachol, un terroriste anarchiste de l'Ère des attentats (1892-1894). Sujet de complaintes populaires, Ravachol est alors transfiguré en hors-la-loi incarnant « simultanément les deux figures du héros de la littérature populaire, l'ignoble crapule et le vengeur, le bandit et le justicier ». Ce criminel est ainsi perçu comme le successeur de Louis Mandrin et de Rocambole, tout autant que comme un prédécesseur de Fantômas[7].

Genèse de Fantômas

Pierre Souvestre et Marcel Allain composent Le Rour (1909), un roman-feuilleton où apparaît déjà un génie du mal, pourvu d'ailes artificielles[8].

Les deux créateurs de Fantômas se rencontrent en 1907, alors que Pierre Souvestre, journaliste mondain, embauche Marcel Allain comme secrétaire pour l'aider à gérer son magazine Le Poids lourd, consacré à l'automobile. Efficace, Marcel Allain devient rapidement son prête-plume, puis finit même par co-signer leurs articles communs. Les deux hommes débutent leur association littéraire avec Le Rour, un roman-feuilleton sportif et policier publié dans les colonnes du journal L'Auto entre janvier et . Ce récit, qui connaît un grand succès, est suivi entre janvier et d'un second feuilleton policier toujours dans L'Auto, intitulé L'Empreinte, dans lequel ils introduisent les personnages de Juve et Jérôme Fandor[9].

Pierre Souvestre et Marcel Allain.

Deux mois plus tard, Pierre Souvestre signe le un contrat avec Joseph-Arthème Fayard dans lequel il s'engage à lui livrer mensuellement vingt-quatre volumes d'une série policière[10]. Le contrat stipule une rémunération de 2 000 francs par récit, augmentée de 3 centimes par volume en cas de tirages supérieurs à 50 000 exemplaires[11]. Quelques jours plus tard, Pierre Souvestre et Marcel Allain proposent à leur éditeur une première trame et le nom du protagoniste, « Fantômus », que Joseph-Arthème Fayard aurait transformé par inadvertance en Fantômas, selon Allain[n 6].

Portraits photographiques des comédiens incarnant Juve et Jérôme Fandor, protagonistes de La Royalda de Pierre Souvestre et Marcel Allain (journal culturel Comœdia, et ).

Entre juillet et , Pierre Souvestre et Marcel Allain publient dans la revue culturelle Comœdia La Royalta présenté comme un grand roman théâtral et policier. Dans ce roman-feuilleton, les auteurs mettent à nouveau en scène le commissaire Juve et le journaliste Jérôme Fandor[n 7]. Pierre Souvestre remet le manuscrit du premier volume de la série Fantômas en à Fayard[18].

Le premier volume de la série est publié en dans la collection « Le Livre populaire » — collection à très bon marché de romans policiers et sentimentaux lancée en 1905 par Fayard — au prix de 65 centimes[19].

Publicité pour le phonographe Edison.

Selon Marcel Allain, à cause du rythme de production exigé par Arthème Fayard, les volumes du roman ont été initialement dictés par lui et Pierre Souvestre à l'aide d'un dictaphone, puis saisis la nuit par des dactylos[n 8]. Par ce procédé, Fantômas impose un style débridé (qui évoquera aux surréalistes l'écriture automatique) ainsi que des intrigues sombres et tortueuses construites autour des crimes de son (anti)héros à l'imagination sans limite, intrigues animées par des courses poursuites échevelées qui font appel à toutes les ressources de la technologie de l'époque (automobile, train, paquebot — et même fusée dans les années 1960) et baignées dans une atmosphère poético-fantastique[27].

Représentation emblématique d'un « apache » à la une du Petit Journal, .

Fantômas ressuscite par ailleurs, pour les lecteurs contemporains, la société de la Belle Époque et notamment un Paris disparu, dans la lignée des feuilletonistes du XIXe siècle (en particulier Eugène Sue et ses Mystères de Paris), les apaches succédant aux mohicans d'Alexandre Dumas dans la jungle urbaine européenne. L'insaisissable bandit, l'« armée du crime »[n 9] dont il dispose ainsi que ses adversaires font également de brèves échappées en Afrique et en Amérique, jusque dans l'espace dans le dernier épisode rédigé par Marcel Allain seul.

Pierre Souvestre et Marcel Allain collectionnent les faits divers qui émaillent la presse française mais aussi anglo-saxonne, participant à la psychose d'insécurité relayée par cette presse[27]. Les deux auteurs compilent les coupures de journaux dans un dossier intitulé « l'armoire aux trucs », où ils puisent leur inspiration[30],[31]. Pour protéger Juve de l'attaque de l'« exécuteur muet » ophidien dans Juve contre Fantômas (), Souvestre et Allain revêtent le policier d'une ceinture et de brassards cloutés similaires à l'attirail de Jean-Jacques Liabeuf, un « tueur de flics »[32]. Fantômas endosse une panoplie similaire afin d'échapper à Juve dans le volume Le Train perdu ()[33],[34].

L'actualité trouve ainsi sa place dans la saga. Le Train perdu évoque une importante grève maritime internationale survenue l'année même de la publication du volume, qui empêche Fantômas et les apaches de quitter l'Angleterre[35]. Le naufrage du Gigantic dans La Fin de Fantômas () fait écho à celui du Titanic[36].

Personnages

Fantômas

Couvertures de Gino Starace représentant Fantômas sous deux de ses déguisements emblématiques : à gauche, la tenue noire de « rat d'hôtel », composée d'une cagoule et d'un collant ; à droite, un loup et un costume de soirée.

Fantômas relève de la figure du surhomme qui, dans certains cycles de romans populaires, incarne une volonté de puissance et de domination dépassant le seul crime crapuleux. Le personnage apparaît ainsi comme une personnification du mal, caractérisée par une violence meurtrière associée à la vengeance et à la mort, note l'historien Dominique Kalifa[37].

« Génie du crime » affublé de plusieurs surnoms (le « maître de l'effroi », le « tortionnaire », « l'insaisissable », etc.), le visage et la véritable identité de Fantômas demeurent inconnus.

Dans des indications rédigées en 1958 à l'intention des illustrateurs de bande dessinée[38],[39], Marcel Allain décrit le terrible bandit sous trois apparences, sans compter les nombreux et habiles déguisements qui le rendent totalement méconnaissable.

Au naturel, il apparaît comme un quadragénaire athlétique, élégant et courtois (bien qu'assassin impitoyable), « glabre, avec un visage long et distingué, l'air autoritaire, les traits un peu américains ».

Fantômas vêtu de son maillot noir et de sa cagoule. Affiche du film Le Mort qui tue réalisé par Louis Feuillade, Gaumont, 1913.

Pour accomplir ses forfaits, il adopte parfois l'apparence traditionnelle du « gentleman coupable »[38] popularisé par Arsène Lupin, dont les aventures inspirent fortement le volume initial de la série fantômassienne[40] : vêtu d'un smoking, coiffé d'un haut-de-forme et le visage dissimulé par un loup de velours, conformément à l'illustration anonyme de la couverture du premier roman[41].

Toutefois, aux yeux de son cocréateur, la silhouette « légendaire » de Fantômas demeure celle du criminel portant un collant noir (sans cape) ainsi qu'une cagoule ne laissant voir que ses yeux, « en somme, la tenue du rat d'hôtel »[38],[42].

Juve

Juve et Fandor se réfugient dans un tonneau pour échapper à l'incendie des entrepôts de Bercy. Couverture de Gino Starace pour le 2e volume : Juve contre Fantômas, Fayard, .

Inspecteur de la Sûreté de Paris, « d'aspect énergique, actif, remuant, resté jeune malgré la quarantaine, […] intelligent, persévérant, volontaire, audacieux »[43], Juve est l'ennemi acharné, voire obsessionnel, de Fantômas. Il réside au 142 de la rue Bonaparte à Paris. Sa vie est vouée à la capture — ou à la destruction — du monstre.

À la fin du trente-deuxième volume, lors du naufrage du paquebot Gigantic, le génie du crime révèle à Juve qu'il n'est autre que son propre frère, suscitant l'indignation puis la stupeur du policier. Les deux ennemis jurés sont ensuite engloutis dans les flots avant d'avoir pu sceller leur réconciliation. Lorsque Marcel Allain reprend seul l'écriture de la série à partir de 1926, il dédaigne cette révélation dramatique : se réveillant sur un toit avec Fandor, l'inspecteur se contente de ridiculiser ce prétendu lien familial par une brève allusion, selon le principe de la continuité rétroactive.

Jérôme Fandor

Anciennement Charles Rambert, fils d'Étienne Rambert et d'Alice, deux victimes de Fantômas. Impliqué malgré lui dans un meurtre commis par le génie du crime, Fandor devient l'allié et l'ami indéfectible de son « père spirituel » Juve. De fait, l'inspecteur lui fournit une nouvelle identité afin de le protéger du criminel ayant décimé sa famille.

Jeune, sportif, gouailleur et tête brûlée, Charles Rambert se mue en Jérôme Fandor, journaliste intrépide œuvrant au périodique La Capitale, conformément à la figure héroïque du jeune reporter prisée par la fiction populaire, de Rouletabille à Tintin[44],[45]. Fandor devient également le fiancé d'Hélène, que Fantômas tente de lui arracher.

Hélène

Hélène sous le déguisement masculin de « Teddy » (La Fille de Fantômas, 1911). Hélène et Fandor ligotés (La Cravate de chanvre, 1913). Couvertures de Gino Starace.

Belle, intelligente et intrépide, Hélène est fiancée à Fandor et affronte à ses côtés Fantômas, son père présumé. Dévoré par un amour paternel jaloux et exclusif, le génie du crime veille constamment sur elle, tout en s'acharnant à la séparer de son fiancé.

Conformément à la tradition feuilletonnesque des mystérieuses origines exotiques, le volume La fin de Fantômas révèle qu'Hélène est la petite-fille de l'empereur des Indes[46],[47]. Marcel Allain néglige cet élément lorsqu'il reprend l'écriture de la série en 1926, après la mort de Souvestre (à qui il attribuera plus tard l'idée indienne). Désormais, Fantômas apparaît comme le véritable père de la fiancée de Fandor[n 10].

Lady Maud Beltham

Lady Beltham sort de son cercueil (La Guêpe rouge, 1912)[51]. Couverture de Gino Starace.

Lady Maud Beltham est dépeinte comme une femme blonde, belle et distinguée, appartenant à la haute société. Ses origines sont imprécises, mais elle est présentée comme une Anglaise possédant des terres en Écosse et finançant un sanatorium à Glasgow[52].

Elle rencontre Fantômas pour la première fois en Afrique, durant la guerre du Transvaal, alors qu'il sert comme sergent d'artillerie sous le nom de Gurn. À son retour en Europe, celui-ci assassine Lord Beltham, l'époux de Maud. Devenue veuve, Lady Beltham poursuit sa relation amoureuse avec le criminel. Décrite comme foncièrement honnête, mais partagée entre ses sentiments et ses scrupules moraux, elle devient occasionnellement la complice de Fantômas, tout en intervenant parfois en faveur de ses adversaires, Juve et Fandor[52].

Le personnage se caractérise principalement par la force de ses sentiments, sa jalousie et son courage[53]. À l'image des principaux protagonistes, Lady Beltham apparaît sous diverses identités d'emprunt[54], notamment celles d'une mère supérieure de couvent ou d'une grande-duchesse russe. Elle participe à plusieurs enlèvements et affrontements, mais demeure guidée par un sens de l'honneur qui la conduit au suicide après avoir commis un meurtre qu'elle estime injuste. Malgré son importance dans certaines intrigues, elle apparaît essentiellement dans la première partie du cycle et y occupe généralement un rôle secondaire, en dépit de la notoriété acquise plus tard par le personnage en tant que compagne de Fantômas[53].

Les apaches

Sur ordre de Fantômas, les apaches Fumier et Dégueulasse volent le revêtement en or du dôme des Invalides (Le Voleur d'or, 1913)[55].

Solitaire par nature, le surhomme maléfique — Zigomar ou Fantômas — s'entoure néanmoins de complices « minables, truands misérables, pierreuses et rôdeurs de barrière, des pieds nickelés sans envergure »[56],[57]. Par son sang-froid et sa distinction, le génie du mal se démarque de ces « petits artisans » du crime, auxquels il impose fermement son autorité dès qu'ils manifestent quelque velléité d'indépendance[58]. Fantômas obtient leur obéissance par l'argent ou la menace, néglige parfois de les payer et n'hésite pas à les tuer s'ils le trahissent[59],[60].

Reflets de la figure mi-pittoresque, mi-inquiétante de l'apache, incarnation médiatique des « classes dangereuses » urbaines de la Belle Époque[61], les hommes de main de Fantômas sont étroitement liés à l'imaginaire de la pègre des bas-fonds parisiens[62]. Ce milieu interlope est alors mis en chanson sur le registre tragique et pathétique dans les cabarets et cafés-concerts, notamment par Eugénie Buffet et Aristide Bruant[63].

Les Bas-fonds de Paris, un roman d'Aristide Bruant, est republié en cinq volumes chez Fayard entre et , tandis que la série Fantômas commence à paraître le mois suivant, également dans la collection « Le Livre populaire »[62],[66].

Selon le chercheur Gabriel Thoveron, les apaches de Fantômas « sortent tout droit » de l'inframonde dépeint par Bruant, d'abord dans son répertoire, puis dans Les Bas-fonds de Paris[62], un roman qui reprend le thème en vogue des liaisons clandestines entre la haute société et les bas quartiers, particulièrement à travers le personnage du souteneur Raquedalle, « répugnant produit des trottoirs parisiens »[67]. La « poésie de la pègre » atteint son apogée à Paris entre 1900 et 1930, une mode illustrant le « goût manifeste pour l'encanaillement qui affecte alors les avant-gardes du temps », observe l'historien Dominique Kalifa[68]. Celui-ci voit dans le cycle romanesque écrit par Pierre Souvestre et Marcel Allain une vaste « encyclopédie de l'apacherie »[69], où les « arsouilles » se conforment aux figures codifiées du roman populaire[70].

Les apaches de la paralittérature sont qualifiés par la chercheuse Anne-Marie Thiesse de « tribu parisienne spécialisée dans le crime et la relance de l'action[71] ». Dans Fantômas, ils sont caractérisés comme de jeunes personnages paresseux, vicieux et débraillés, reconnaissables à leur casquette, leur foulard et leurs « bottines criardes ». Leurs compagnes, décrites comme des « reines du trottoir » à la poitrine non corsetée et aux jupons dégrafés, font elles aussi l'objet d'un portrait moral dépréciatif. Cette contre-société criminelle n'est pas circonscrite à la Zone et aux « fortifs », puisque le cycle transpose les bas-fonds dans les faubourgs ouvriers de Paris. Les apaches se réunissent ainsi au bistrot Le Marronnier bleu, situé avenue de Saint-Ouen, et principalement Au rendez-vous des Aminches, le cabaret borgne du père Korn sis rue de la Charbonnière, dans le quartier de la Goutte-d'Or. Ils y commandent des « saladiers de rouge » et usent volontiers d'un argot feuilletonnesque[72],[62],[73],[74],[75],[76].

Abandonné par Fantômas dans le clocher d'une église avec le produit de ses rapines, l'apache Ribonard meurt écrasé par la grosse cloche, tandis que son sang et les bijoux volés tombent sur l'assistance (Le Magistrat cambrioleur, 1912)[77].

Les « mauvais garçons » dépeints par Souvestre et Allain s'inscrivent ainsi dans la filiation textuelle des Mystères de Paris, en reprenant le motif de son estaminet mal famé, le Tapis-Franc[78]. Les apaches prolongent plus largement une représentation littéraire des milieux louches parisiens héritée de la première moitié du XIXe siècle, telle que l'a étudiée l'historien Louis Chevalier dans son ouvrage sur les « classes laborieuses et classes dangereuses » de la capitale[76],[56]. Cette tradition s'illustre en particulier dans le roman-feuilleton d'Eugène Sue, dans certaines œuvres de La Comédie humaine de Balzac et dans Les Misérables. Victor Hugo y met en scène les « escarpes » Claquesous, Gueulemer, Babet et Montparnasse, quatuor formant la bande criminelle de Patron-Minette[79],[80],[81], « polype monstrueux » jailli de la « fosse des ténèbres »[82].

Dans le cycle Fantômas, leurs descendants littéraires se mettent régulièrement au service du maître du crime, qui apparaît davantage comme l'employeur occasionnel des apaches que comme leur chef en titre. Par ailleurs, ses sbires agissent souvent pour leur propre compte, se livrant au vol, à l'assassinat, à la contrebande et à des actes de vengeance[83]. Dans le premier volume, leur association de malfaiteurs est appelée « bande des Chiffres »[84] (dont chaque membre adopte pour pseudonyme un nombre correspondant au total des meurtres qu'il a personnellement commis)[85], puis « bande des Ténébreux » dans le douzième volume (Le Magistrat cambrioleur)[84]. Toutefois, ces appellations restent occasionnelles et ne désignent jamais durablement le groupe[83].

La Toulouche remet à Juve, que les apaches prennent pour Fantômas, un coffret de pièces d'or dissimulé dans un cadavre (Le Policier apache, 1911)[86].

Au sein de la bande d'apaches, le sinistre Bedeau, « d'âge mûr, mais déjà vieilli par la débauche », doit son surnom à sa manière d'agresser les passants : il les « sonne » en leur heurtant la tête contre le bord du trottoir, comme un bedeau faisant sonner les cloches d'une église. D'autres « gouapes » et « marlous » portent également des sobriquets évocateurs, parmi lesquels figurent le myope et trapu Œil-de-Bœuf, son compère longiligne Bec-de-Gaz, le laideron Beaumôme, l'élégant Mort-Subite, le Barbu, le lugubre Bébé et Ma Pomme. À leurs côtés se tiennent leurs « marmites », des prostituées telles que la Grande Ernestine, Fleur de Rogue (qualifiée de « porte-poisse » en raison de la fin tragique de ses amants), la Panthère et la belle Adèle. Ancienne femme de chambre[87],[62], cette dernière devient gigolette et forme un ménage à trois avec Œil-de-Bœuf et Bec-de-Gaz, avant d'accéder au statut de demi-mondaine et de s'établir finalement dans le monde sous le nom d'Adèle de Rivoli[88].

La mère Toulouche est une vieille receleuse associée aux apaches[89]. Elle tient une boutique miteuse de bric-à-brac à l'enseigne de « L'Amateur de curiosités », quai de l'Horloge, entre le Pont-Neuf et la rue de Harlay. L'arrière-boutique lui sert de logement. Avec la complicité du gardien de prison Nibert, elle se livre à un trafic d'objets d'art volés, évacués par voie fluviale depuis la cave humide de son échoppe, qui communique avec la Seine[90],[91]. Réminiscence de la Chouette dans Les Mystères de Paris et de la mère Flipart dans Les Drames de Paris[62], la Toulouche est décrite comme une mégère corpulente, coutumière de méfaits grand-guignolesques. Elle extrait ainsi sans rechigner un magot de la poitrine du cadavre décomposé de Tom Bob[86], un détective américain qu'elle a assassiné en lui déchiquetant la gorge à coups de dents, avant de laper son sang pour éviter de tacher le plancher[89].

Bouzille

Affiche représentant le chemineau éponyme d'un drame de Jean Richepin. L'œuvre de ce dramaturge exalte les « gueux » et les vagabonds[92].

Bouzille est un chemineau âgé d'une cinquantaine à une soixantaine d'années, présenté comme un personnage sympathique, grand buveur, toujours vêtu d'éléments dépareillés : chapeau d'épouvantail, large pantalon d'équitation, bottines de modèles différents. Entre deux séjours en prison, qu'il effectue de préférence durant l'hiver afin de bénéficier gratuitement du chauffage, il exerce une multitude de petits métiers, notamment ceux de fripier, d'employé de la morgue, de marchand de coco ou de colporteur. Bouzille s'improvise aussi « noyé professionnel », feignant à plusieurs reprises de se noyer dans la Seine afin d'empocher une partie de la prime versée à ses sauveteurs[93],[94].

Contre rémunération, ce trimardeur rend régulièrement service à Juve et à Fandor, tout en acceptant à l'occasion de travailler pour Fantômas. Grâce à son opportunisme et ses agissements aux marges de la légalité, « côtoyant les pires crimes, sans jamais y prendre part, risquant le bagne à tout moment et, malgré tout, demeurant honnête et toujours souriant », Bouzille préserve ses intérêts et parvient à conserver de bonnes relations avec les parties adverses. Le maître du crime va même jusqu'à l'empaqueter comme un colis postal afin de lui éviter de tomber sous les balles lors d'une fusillade entre les apaches et la police dans le cabaret du père Korn[93],[95],[96],[97].

Le personnage serait en grande partie inspiré d'un clochard que le père de Pierre Souvestre hébergeait dans ses remises pendant l'hiver[31]. Jouant fréquemment un rôle comique dans le cycle Fantômas[98], Bouzille relève du type du « vieux roulant », figure pittoresque et inoffensive qui se distingue des représentations criminalisées des vagabonds et des nomades alors répandues dans la presse, la littérature médicale et certains romans populaires, notamment Zigomar[99].

Médias

Romans

Pierre Souvestre et Marcel Allain

La Main coupée (1911), couverture illustrée par Gino Starace.
L'Arrestation de Fantômas (1911), couverture illustrée par Gino Starace.
La Livrée du crime (1912), couverture illustrée par Gino Starace.
Les Amours d'un prince (1912), couverture illustrée par Gino Starace.
La Fin de Fantômas (1913), couverture illustrée par Gino Starace.
  • Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
  • Juve contre Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Adapté au cinéma par Louis Feuillade en 1913.
  • Le Mort qui tue, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas se venge en 1932.
    Adapté au cinéma par Louis Feuillade en 1913.
  • L'Agent secret, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Une Ruse de Fantômas en 1932.
  • Un Roi prisonnier de Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
  • Le Policier apache, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le Policier… Fantômas en 1932.
    Adapté au cinéma par Louis Feuillade en 1914 sous le titre Fantômas contre Fantômas.
  • Le Pendu de Londres, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Aux Mains de Fantômas en 1932.
  • La Fille de Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
  • Le Fiacre de nuit, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le Fiacre de Fantômas en 1932.
  • La Main coupée, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas à Monaco en 1932.
  • L'Arrestation de Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
  • Le Magistrat cambrioleur, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le Juge Fantômas en 1933.
    Adapté au cinéma par Louis Feuillade en 1914 sous le titre Le Faux Magistrat.
  • La Livrée du crime, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient La Livrée de Fantômas en 1933.
  • La Mort de Juve, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas tue Juve en 1933.
  • L'Évadée de Saint-Lazare, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas roi du crime en 1933.
  • La Disparition de Fandor, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fandor contre Fantômas en 1933.
  • Le Mariage de Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
  • L'Assassin de Lady Beltham, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Les Amours de Fantômas en 1933.
  • La Guêpe rouge, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Un défi de Fantômas en 1933.
  • Les Souliers du mort, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas rôde en 1933.
  • Le Train perdu, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le Train de Fantômas en 1933.
  • Les Amours d'un prince, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas s'amuse en 1933.
  • Le Bouquet tragique, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le Bouquet de Fantômas en 1934.
  • Le Jockey masqué, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas roi du turf ! en 1934.
  • Le Cercueil vide, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le cercueil de Fantômas en 1934.
  • Le Faiseur de reines, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas contre l'amour en 1934.
  • Le Cadavre géant, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le spectre de Fantômas en 1934.
  • Le Voleur d'or, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Prisonnier de Fantômas en 1934.
  • La Série rouge, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas s'évade en 1934.
  • L'Hôtel du crime, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas accuse en 1934.
  • La Cravate de chanvre, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Le domestique de Fantômas en 1934.
  • La Fin de Fantômas, Fayard, coll. « Le Livre populaire »,
    Devient Fantômas est-il mort ? en 1934.

Depuis 1987, les douze dernières aventures sont régulièrement rééditées dans le texte intégral et original aux éditions Robert Laffont dans la collection « Bouquins »[100]. Dans cette même collection, les premiers épisodes sont à nouveau publiés depuis 2013 sous la direction de Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux, en incluant des préfaces de Dominique Kalifa et Robin Walz[101].

Nouvelle série par Marcel Allain seul

Marcel Allain vers 1920.

À partir de 1926, Marcel Allain reprit seul, après la mort de son collègue, l'écriture de Fantômas. Cette série fut publiée dans trente-quatre fascicules hebdomadaires de seize pages par la Société parisienne d'édition entre avril et , puis en livres par Arthème Fayard, sauf, semble-t-il, le dernier. Les nouveaux titres publiés par Fayard comportent quasi systématiquement le nom « Fantômas », plus vendeur.

À compter de 1932, les rééditions — désormais abrégées — de la précédente série de trente-deux volumes (par Souvestre et Allain) n'échappent pas à la règle puisque les titres d'origine sont modifiés afin d'inclure également le nom « Fantômas ». En outre, la couverture de chacun des trente-deux volumes réédités entre 1932 et 1934 s'orne d'une photographie en noir et blanc en remplacement de l'illustration originelle de Gino Starace.

Compositions photographiques remplaçant les couvertures illustrées par Gino Starace à l'occasion de la réédition de la série des trente-deux volumes par Souvestre et Allain (Éditions Fayard, 1932-1934). Compositions photographiques remplaçant les couvertures illustrées par Gino Starace à l'occasion de la réédition de la série des trente-deux volumes par Souvestre et Allain (Éditions Fayard, 1932-1934). Compositions photographiques remplaçant les couvertures illustrées par Gino Starace à l'occasion de la réédition de la série des trente-deux volumes par Souvestre et Allain (Éditions Fayard, 1932-1934).
Compositions photographiques remplaçant les couvertures illustrées par Gino Starace à l'occasion de la réédition de la série des trente-deux volumes par Souvestre et Allain (Éditions Fayard, 1932-1934).
  • Est-il ressuscité ?, Fayard, 1926, Roman
  • Fantômas roi des receleurs, Fayard, 1926, Roman
  • Fantômas en danger, Fayard, 1926, Roman
  • Fantômas prend sa revanche, Fayard, 1926, Roman
  • Fantômas attaque Fandor, Fayard, 1926, Roman
  • Si c'était Fantômas ?, Fayard, 1933, Roman
  • Oui, c'est bien Fantômas !…, Fayard, 1934, Roman
  • Fantômas joue et gagne, Fayard, 1935, Roman
  • Fantômas rencontre l'amour, Fayard, 1946, Roman
  • Fantômas vole des blondes, Fayard, 1948, Roman
  • Fantômas mène le bal, Constellation[102], 1963, Roman

Films

Affiche d'E. Villefroy pour l'adaptation cinématographique de Fantômas, réalisée par Louis Feuillade, Gaumont, 1913.
Afin d'éviter des problèmes avec la censure, le poignard sanglant dans la main droite du maître du crime n'est pas reproduit sur cette variante de l'illustration anonyme de la couverture du premier volume[103],[n 11].

Dès 1913, Louis Feuillade adapte cinq romans au cinéma. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale vient cependant interrompre sa série d'adaptations cinématographiques[105] :

Les aventures de Fantômas en version en noir et blanc et muette sont à nouveau adaptées après-guerre :

Des adaptations en noir et blanc et parlantes ont également été réalisées et incluent :

Les films en couleurs et parlants incluent :

Dans ces trois derniers films, le personnage de Fantômas est incarné par Jean Marais, mais c'est Raymond Pellegrin qui lui prête sa voix.

Une nouvelle adaptation, Fantômas de Frédéric Tellier, est prévue en 2027.

Téléfilms (mini-série)

En 1979, quatre épisodes de Fantômas sont produits pour la télévision par Antenne 2 (France) et Hamster Films (Allemagne). Chaque épisode de 90 minutes est basé sur l'un des 32 romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain. La série a été produite par Claude Barma et écrite par Bernard Revon. Les musiques sont de Georges Delerue. Le casting principal recense Helmut Berger (Fantômas), Jacques Dufilho (le commissaire Juve), Pierre Malet (Jérôme Fandor) et Gayle Hunnicutt (Lady Beltham).

Ces téléfilms ont été édités en DVD par l'INA en 2011 dans sa collection « Les Inédits fantastiques ».

Bandes dessinées

  • Fantomas : bande dessinée mexicaine de Julio Cortázar, scénario de Alfredo Cardona Peña. Il n'y a pas de faute au nom, Fantômas a perdu son accent circonflexe « ^ » sur le « o ».
  • Fantômas contre les Nains (1941) : comics
  • Fantômas et l'enfer sous-marin : suite du précédent, jamais publié.
  • Fantômas ( à ) : un strip dessiné journalièrement par Pierre Tabary pour Opera Mundi (192 strips au total), adaptant les deux premiers romans.
  • Fantômas (1962-63) : magazines en histoire photo adaptant les numéros 1, 2, 3 et 5 des livres de la série et publié par Del Duca entre 1962 et 1963.
  • Fantômas (1969) : une page couleur hebdomadaire, écrite par Agnès Guilloteau et dessinée par Jacques Taillefer, diffusée (= syndiquée aux États-Unis) par Opera Mundi en 1969 et publiée dans « Jours de France ».
  • Fantômas (bande dessinée, 1980) : publiée dans Télé Junior, adaptation de Sacha, dessin de Pierre Frisano. 6 épisodes présentant des versions très résumées de certains romans : Un crime mystérieux, La malle sanglante, Fantômas contre Juve, Le tueur de l'ombre, Le portefeuille rouge, Mieux vaut « Tsar » que jamais.
  • Fantômas (1990-95) : une série de bandes dessinées de Fantômas écrite par Luc Dellisse et dessinée par Claude Laverdure, publiée par l'éditeur belge Claude Lefrancq dans la collection de bande dessinée BDétectives.
  • Fantômas (2002-2003) : une série au ton surréaliste en 3 volumes, écrite et dessinée par Damien Cabiron : Le double rêve de Lady Beltham, Fandor au paradis, La dame qui aimait la foudre, Osmose Éditions.
  • L'auteur Benoît Preteseille a consacré deux ouvrages au personnage de Fantômas : Fantômas, le Dernier Geste[108], en 2008 aux éditions Warum, et L'Art et le Sang aux éditions Cornélius en 2010[109]. Esthétiquement, le Fantômas de Preteseille emprunte autant à la version cinématographique des années 1960 (visage bleu, costume noir) qu'à la Belle Époque qui a vu la naissance du Fantômas originel, ainsi qu'à d'autres figures horrifiques de la littérature populaire de l'époque. Dans L'Art et le sang, les personnages n'ont plus leurs noms originaux : Fantamas, Juvet et Fandore ont remplacé Fantômas, Juve et Fandor[110].
  • La colère de Fantômas - tome 1 les bois de justice (2013) - tome 2 Tout l'or de Paris (2014) - tome 3 À tombeau ouvert (2015) : écrit par Olivier Bocquet et dessiné par Julie Rocheleau. Cette série est librement inspirée de l'œuvre de Marcel Allain et Pierre Souvestre[111],[112],[113].

Feuilleton radiophonique

Quelques émissions radiophoniques ont été diffusées. Fantômas (-) a été diffusé sur RTF en 60 épisodes et dirigé par René Guignard, écrit par Georges Janin avec la voix de Paul Bernard (Fantômas). Un autre feuilleton radiophonique également intitulé Fantômas (-) a été diffusé sur RTF de 256 épisodes, dirigé par Claude Mourthé et écrit par Henri Béhar ; cette émission reprend les voix de Roger Carel (Fantômas), Alain Mottet (Juve), Claude Nicot (Fandor), Catherine Rich (Lady Beltham) et Jean Rochefort (narrateur).

La Fin de Fantômas () a été diffusé sur France Culture, durée de 130 minutes, et dirigé par Arlette Adrian, Claude Calvez, Anna Sibert, Jean-Jacques Vierne, écrit par Pierre Dupriez et Serge Martel ; elle inclut les voix de Philippe Clay, Jean-Marc Thibault, Yves Rénier, Claude Piéplu, Marie-Hélène Breillat et Germaine Montero. La Naissance de Fantômas (13- a été diffusé sur France Culture, 10 épisodes, dirigé par Claude Guerre, écrit par Cécile Wajsbrot et Didier Jouault. Version fictionnelle d'évènements réels avant la création et la publication de Fantômas ; elle reprend les voix de Fred Personne (Pierre Souvestre), Daniel Dublet (Marcel Allain), Raymond Jourdan (Louis Feuillade), C. Sauvage, J. Kircher, D. Massa, J.-C. Durand et Jean-François Delacour.

Un dernier feuilleton intitulé Fantômas () a été diffusé sur France Culture et reprend la voix de Med Hondo en tant que Fantômas.

Postérité

Fantômas et les avant-gardes artistiques

Fantômas (1918) par Josef Čapek.

Dès les années 1910, Fantômas exerce une influence importante sur les milieux d'avant-garde[114]. La diffusion des films de Louis Feuillade à partir de 1913 contribue à faire connaître le personnage au-delà du public de la littérature populaire et attire l'attention d'écrivains et d'artistes tels que Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars et Max Jacob[115]. Cendrars voit notamment dans la série une « Énéide des temps modernes », tandis qu'Apollinaire et Max Jacob participent en 1913 à la création de la Société des amis de Fantômas[115].

L'intérêt de ces écrivains tient notamment aux caractéristiques du héros de Pierre Souvestre et Marcel Allain. Maître du déguisement, capable d'emprunter une multitude d'identités, Fantômas échappe aux catégories ordinaires et évolue dans une société transformée par l'automobile, le chemin de fer, le téléphone et les autres innovations techniques. Son aptitude à utiliser ces moyens au service du crime, tout en déjouant constamment les institutions chargées de le poursuivre, en fait une incarnation de certaines inquiétudes liées à la grande ville et à la modernité industrielle[115].

Fantômas (1918) par Josef Čapek.

Louis Aragon reprend cette matière dans Anicet ou le Panorama (1921), où Fantômas apparaît aux côtés d'autres éléments issus de la culture populaire. Le personnage intéresse également les futurs surréalistes, qui voient dans ses aventures une forme de fantastique propre à la vie quotidienne. Les déguisements, les coïncidences, les apparitions soudaines et les bouleversements de situations font entrer l'insolite dans un environnement familier et contribuent à brouiller la séparation entre le réel et l'imaginaire[115].

Cette lecture conduit à une véritable mythification de Fantômas. Son univers souterrain, ses déplacements dans les profondeurs de Paris et son caractère insaisissable favorisent son rapprochement avec le Minotaure et le motif du labyrinthe. Le criminel n'est plus seulement celui que la police doit capturer : il devient celui qui connaît les passages secrets d'un monde dont les apparences dissimulent une réalité plus obscure. Les surréalistes peuvent ainsi voir dans ses aventures une exploration symbolique de l'inconscient et des forces que la raison cherche à maintenir hors du champ de la conscience[115].

Fantômas (1925) par Yves Tanguy.

Cette réinterprétation accompagne l'intérêt des avant-gardes pour les productions de la culture populaire. Le roman-feuilleton, le cinéma et les faits divers fournissent à ces artistes des matériaux susceptibles de renouveler les formes littéraires et picturales. Fantômas présente à cet égard une particularité supplémentaire : son identité constamment changeante lui permet de passer d'un média à l'autre sans perdre son caractère reconnaissable[115].

L'influence du personnage se manifeste également dans les arts plastiques. En 1915, Juan Gris réalise Pipe et journal (Fantômas), une nature morte cubiste dans laquelle un exemplaire d'un roman de Fantômas est intégré à la composition. Le personnage apparaît ensuite explicitement dans une œuvre d'Yves Tanguy intitulée Fantômas, réalisée en 1925[115]. Chez ces peintres, la référence au criminel populaire s'inscrit dans des recherches qui remettent en question les modes traditionnels de représentation et les rapports entre les objets, les images et les mots.

Pipe et journal (Fantômas) (1915), par Juan Gris.

L'intérêt de René Magritte est plus directement lié au cinéma de Feuillade. Son tableau L'Assassin menacé, peint en 1926-1927, reprend notamment la composition d'une scène de Fantômas et transpose dans la peinture une situation caractéristique de l'univers du feuilleton : un personnage menacé, des témoins dont les intentions demeurent incertaines et une violence qui peut surgir à tout moment[115],[116],[117]. Magritte s'intéresse ainsi moins à la représentation littérale du criminel qu'aux mécanismes d'étrangeté et d'incertitude associés à son univers.

La fascination pour Fantômas se prolonge en Belgique chez le poète et cinéaste Ernst Moerman, qui fait du personnage le double poétique de Jean Cocteau, son principal modèle artistique. Dans son recueil Fantômas 1933, dédié à Cocteau, Moerman mêle ainsi les deux figures : le criminel devient le véhicule d'une poésie et d'une vie placées sous le signe de l'aventure, de la métamorphose et de l'imaginaire cinématographique[115],[118] Cette identification se prolonge dans Monsieur Fantômas, réalisé en 1937, où Moerman transpose l'univers du criminel dans un registre poétique et surréaliste[115].

« Allongeant son ombre immense / Sur le monde et sur Paris, / Quel est ce spectre aux yeux gris / Qui surgit dans le silence ? / Fantômas, serait-ce toi / Qui te dresses sur les toits ? »

— Robert Desnos, Complainte de Fantômas, in Fortunes, Gallimard, 1953

La réception de Fantômas ne se limite toutefois ni à la peinture ni au premier surréalisme. Robert Desnos lui consacre une complainte radiophonique, interprétée sous la direction d'Antonin Artaud, tandis que son apparition dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme d'André Breton et Paul Éluard, publié en 1938, consacre définitivement Fantômas comme l'une des figures de l'imaginaire du mouvement[115].

Au fil de ces réappropriations, Fantômas change donc de statut. Créé comme un criminel de roman-feuilleton, il devient pour les avant-gardes un symbole de la ville moderne, de l'identité instable et de la transgression. Son univers permet en outre de rapprocher la culture populaire des recherches menées par les écrivains et les peintres sur le rêve, le hasard et l'irrationnel. Cette capacité d'adaptation explique en partie la longévité du mythe et sa circulation entre littérature, cinéma et arts plastiques[115].

Jean Cocteau déclare dans Le Figaro littéraire, en 1961 :

« Fantômas nous enchante d'un bout à l'autre par sa désobéissance aux règles et par le courage instinctif avec lequel il survole l'intelligence si dangereuse par le contrôle qu'elle oppose à l'audace et par son frein qui paralyse le cours vertigineux du génie. (…) Notre époque éprouve, dirait-on, les angoisses de la vieillesse qui se retourne vers son passé. (…) Bref, on réédite les fables modernes : Arsène Lupin, Rouletabille, Chéri-Bibi sortent de leur tombe. (…) Mais Fantômas les surclasse sous le masque et la cape que Rastignac eût aimé porter pour vaincre ce Paris que le monstre légendaire tient sous son pied comme un dragon qui terrasserait saint Georges. »

La dimension subversive de Fantômas connaît une nouvelle actualisation avec Julio Cortázar. Dans Fantomas contra los vampiros multinacionales, publié en 1975, l'écrivain argentin reprend le personnage dans le contexte politique des dictatures latino-américaines et lui attribue cette fois une fonction de résistance aux pouvoirs autoritaires[115]. Pour ce faire, Cortázar met en scène le héros masqué de la bande dessinée mexicaine Fantomas, la amenaza elegante (es), l'un des nombreux avatars du criminel créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain.

Descendance culturelle

Irma Vep (Musidora) dans une scène du film Les Vampires réalisé par Louis Feuillade, et affiche de Guy Arnoux représentant l'actrice dans ce même rôle.

Après le succès des films Fantômas en 1913-1914, Louis Feuillade réalise Les Vampires (1915), un film à épisodes qui met à nouveau en scène des malfaiteurs aux aventures rocambolesques. Le cinéaste reprend la silhouette noire et encagoulée du génie du mal, mais en la généralisant à l'ensemble des membres de la bande des Vampires. Parmi eux se distingue leur égérie Irma Vep, interprétée par Musidora. Compagne du chef de la bande, cette femme fatale s'impose comme la figure emblématique du serial, devant les différents « Grands Vampires » (Satanas, Vénénos...) qui se succèdent à la tête de l'organisation criminelle. Pendant féminin de Fantômas, Irma Vep doit une grande part de sa notoriété à son costume noir moulant de « souris d'hôtel », qui renforce l'attrait érotique du personnage[119],[120],[121],[122],[123].

Parallèlement, la tradition littéraire des génies du crime de la Belle Époque — tels Zigomar, Fantômas, Ténébras d'Arnould Galopin ou Miramar de Guillaume Livet — se prolonge durant l'entre-deux-guerres. Cette période voit l'apparition de plusieurs personnages du même genre, parmi lesquels Barrabas de Maurice Level (dans une mise en roman d'un film de Feuillade), Diabolos de F.-J. Janin (dans la mise en roman du serial américain Fantômas), Démonios de Roger-Henri Jacquart, Démonax de Robert Lortac, ainsi que Férocias de Marcel Allain[4],[124],[125]. Ce dernier, pressé par ses éditeurs de livrer de nouveaux volumes de Fantômas, tente de reproduire la recette de son plus grand succès avec d'autres criminels, comme Tigris ou Fatala, avatar féminin du Tortionnaire[126],[127].

Judex, le justicier français interprété par René Cresté, et The Shadow, le ténébreux vengeur américain.

Cette lignée de malfaiteurs ne compose pas l'unique descendance culturelle de Fantômas. En réaction aux critiques qui l'accusent d'exalter le crime, Louis Feuillade tourne Judex (1916), long-métrage dont le protagoniste est un redresseur de torts. Ce vengeur, coiffé d'un chapeau de feutre à large bord et drapé d'une grande cape noire, est délibérément conçu comme une version positive de Fantômas. Le film Judex, exploité aux États-Unis, constitue une inspiration manifeste du personnage américain The Shadow, justicier de pulp et prototype de super-héros, qui devient ensuite lui-même l'une des sources d'inspiration de Batman[128].

La parodie s'empare du personnage dans Spectras contre Loufock-Holmès (1926), où l'humoriste Pierre Henri Cami met en scène un affrontement entre le maître du crime et le roi des détectives, dépeint ici comme un imbécile[129]. Signé Furax, un feuilleton radiophonique de Pierre Dac et Francis Blanche, raconte les méfaits d'un génie du crime répondant au nom d'Edmond Furax[130].

Créée en 1961, Fantomette est une héroïne de la littérature enfantine[131],[132].

Diabolik et sa compagne Eva Kant.

Fantômas a notamment inspiré Diabolik, une série de bande dessinée italienne, créée en 1962 par les sœurs Angela et Luciana Giussani. Tout de noir vêtu, Diabolik est un criminel masqué qui se joue de la police. Accompagné dans ses aventures par sa maîtresse Eva Kant, il est pourchassé par son adversaire attitré, l'inspecteur Ginko. Le succès de Diabolik en Italie a suscité de nombreuses imitations dans d'autres fumetti « pour adultes », dont les titres emploient également la lettre « K » : Kriminal, Satanik, Sadik ou Demoniak[133].

Toujours dans cette veine italienne, Paperinik (« Fantomiald » en français), alter ego de Donald Duck, est un super-héros créé par Guido Martina et Giovan Battista Carpi en 1969. Initialement dépeint comme un « vengeur diabolique », le personnage s'inspire notamment de Fantômas et de Diabolik, deux archétypes de l'anti-héros criminel, dont il détourne les codes sur un mode parodique. Donald devient Fantomiald après avoir découvert, dans une villa abandonnée, le journal et l'équipement d'un ancien voleur masqué surnommé Fantomius. Le pseudonyme et le masque bleu de ce prédécesseur de Fantomiald évoquent la représentation cinématographique de Fantômas dans les films réalisés par André Hunebelle[134].

Outre les fumetti, Fantômas influence également les comics. Convoquant tous les héros du patrimoine littéraire au sein d'un vaste univers intertextuel, le scénariste Alan Moore et le dessinateur Kevin O'Neill intègrent ainsi le criminel français à leur série La Ligue des gentlemen extraordinaires, où il devient membre des « Hommes Mystérieux » (en français dans le texte), l'équivalent tricolore de la Ligue britannique[135],[136]. Par ailleurs, un super-héros nommé Fantomex apparaît dans la série New X-Men publiée par Marvel Comics en 2002 ; créé par le scénariste Grant Morrison et le dessinateur Igor Kordey, son nom s'inspire directement de Fantômas, tandis que son apparence et son caractère empruntent davantage à Diabolik, un personnage lui-même dérivé du criminel français[137].

En 1999, Mike Patton nomme son groupe de metal avant-gardiste Fantômas d'après le personnage de fiction[138].

Oubli littéraire, succès au cinéma

Fantômas est davantage connu aujourd'hui dans l'imaginaire populaire par le biais des comédies d'aventures avec Louis de Funès et Jean Marais. Le masque caractéristique et les gadgets technologiques (dont la Citroën DS volante) du bandit, le Juve hystérique et maladroit et le Fandor ambigu (pour cause puisque le même acteur — Jean Marais — interprète le criminel et son irréductible ennemi, le journaliste Fandor) de cette trilogie cinématographique n'entretiennent aucun rapport avec la saga littéraire de Pierre Souvestre et Marcel Allain, le seul élément fidèle demeurant la propension au déguisement des personnages principaux.

Contrairement à son rival Arsène Lupin, Fantômas semble être désormais cantonné à cette série cinématographique, malgré la télésuite de Claude Chabrol et Juan Bunuel dans les années 1970, avec Helmut Berger en Fantômas, Gayle Hunnicutt et Jacques Dufilho et les divers projets d'adaptations annoncés depuis.

Notes et références

Voir aussi

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