Fatima Zahra
fille de Mahomet
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Fatima Zahra (en arabe : فاطمة الزهراء, Fāṭima az-Zahrāʾ, « Fatima la Resplendissante ») ou Fatima bint Muhammad (en arabe : فاطمة بنت محمد, « Fatima fille de Mahomet »), née entre 604 et 615 à La Mecque et morte en 632 ou 633 à Médine, est une personnalité religieuse et morale de l'islam primitif. Fille préférée de Mahomet, prophète majeur de l'islam, et épouse malheureuse du calife Ali ibn Abi Talib, cousin de son père, Fatima joue un rôle important dans le contexte fondateur de la formation de la communauté musulmane.
فاطمة الزهراء
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
Bayt al-Ahzan |
| Nom dans la langue maternelle |
فاطمة ابنة محمد الهاشمية القريشية |
| Nom de naissance |
Fatima bint Muhammad al-Hashimiyya al-Qurayshiyya |
| Activité | |
| Famille | |
| Père | |
| Mère | |
| Fratrie | |
| Conjoint |
Ali ibn Abi Talib (v. 624 – 632/633) |
| Enfant |
| Religion | |
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| Vénérée par | |
| Membre de | |
| Maître |
Élevée dans un milieu marqué par les débuts de la révélation islamique, Fatima est associée très tôt aux épreuves traversées par les premiers musulmans. Elle voit les transformations sociales et religieuses qui conduisent à l'établissement de la communauté musulmane à Médine, en 622. Après la mort de Mahomet en 632, Fatima intervient dans plusieurs questions importantes pour la jeune communauté, notamment autour de la succession de son père et de la légitimité d'Ali. Les récits évoquent ses prises de position et ses discours, qui témoignent de son engagement et de son rôle dans les débats de son temps. Bien qu'elle n'exerce pas de fonction politique institutionnelle, elle apparaît comme une voix influente dans un moment de transition politique et religieuse majeure.
Fatima occupe également une place essentielle dans la mémoire et la construction des traditions islamiques. Sa piété, son exemplarité et son autorité morale en font un modèle spirituel important. Dans le chiisme en particulier, elle est considérée comme une figure fondatrice, liée à la lignée des imams chiites, et investie d'une dimension sacrée, étant souvent comparée à Maryam bint Imrân (la Vierge Marie).
Nom
Son ism (prénom) est Fatima. Son nasab (filiation) est Fatima bint Muhammad ibn Abd-Allah ibn Abd-al-Muttalib ibn Hashim. Ses nisba-s (origines) sont al-Hashimiyya (« l'Hachémite ») et al-Qurayshiyya (« la Quraychite »). Fatima reçoit de nombreux kunya-s (surnoms), les principaux sont Umm al-Ḥasan wa-l-Ḥusayn (« mère d'al-Hassan et d'al-Hussein »), Umm al-aʾimma (« mère des imams ») et Umm abīhā (« mère de son père »). Son lakab (nom honorifique) le plus connu est celui d'az-Zahrāʾ (« la Resplendissante »).
Sources
En 2000, l'islamologue allemand Harald Motzki juge que reconstruire la vie de Mahomet et de ses proches est une « impasse », en raison de la tardiveté et de la partialité des sources[C 1]. Il ne subsiste aujourd'hui aucun témoignage sur la vie de Fatima, fille de Mahomet, dont l'authenticité est certaine. Les ressources datent du VIIIe siècle et de la première partie du IXe siècle, c'est-à-dire des IIe et IIIe siècles A. H. Il s'agit de recueils de hadiths, tels que ceux de Boukhârî ou de Muslim, ainsi que les ouvrages biographiques d'Ibn Saad, d'al-Balâdhurî ou d'al-Yaqubi. Fatima occupe une place assez négligeable dans la Biographie du Prophète, écrite par Ibn Ishaq et révisée par Ibn Hichâm, premier ouvrage du genre. Les historiens se sont peu intéressés à elle en raison de l'obscurité des informations sur sa vie, dont les récits sont pleins de lacunes et de contradictions. Elle se trouve régulièrement au centre des disputes entre musulmans : si Fatima jouit d'une grande renommée parmi les sunnites et les chiites, ces derniers ont davantage élaboré une hagiographie autour d'elle et de sa famille. Les ouvrages d'Ibn Shahrashub et al-Madjlessi témoignent du développement des légendes autour de Fatima et de l'importance du culte qui lui est rendu[V 1].
Les premières recherches pour distinguer la Fatima historique de la Fatima légendaire ont été écrites par des auteurs occidentaux, au début du XXe siècle. Le prêtre et orientaliste belge Henri Lammens, S. J., présente une étude pionnière en 1912, Fāṭima et les filles de Mahomet. Cette esquisse érudite mais féroce dresse un portrait terne, voire négatif de Fatima. Il sera critiqué par les orientalistes Giorgio Levi Della Vida et Carl Heinrich Becker en 1913, puis particulièrement par l'islamologue catholique Louis Massignon. Auteur de plusieurs études sur Fatima, il la décrit comme idéale et sublime, l'élevant au même degré que la Vierge Marie, reprochant à Lammens une islamophobie savante. En 1999, Mohammad Ali Amir-Moezzi, spécialiste du chiisme, juge que l'article de Laura Veccia Vaglieri, écrit pour la seconde édition de l'Encyclopédie de l'Islam (1991), « a démontré que la réalité historique se situait entre ces deux visions », et qu'elle « demeure la meilleure synthèse sur Fāṭema » à l'époque contemporaine[V 1],[1].
Naissance
Selon les sources musulmanes, Fatima naît entre 604 et 615 à La Mecque. Elle est la fille de Mahomet et de Khadija fille de Khuwaylid, couple de marchands locaux. Elle appartient au clan hachémite de la tribu de Quraych, qui dirige la ville. Sa famille est aussi composée de plusieurs frères (Qasim et Abd-Allah[n 1]) et sœurs (Zaynab, Ruqayya et Oumm-Kalsoum). Les garçons meurent en bas âge et les filles parviennent toutes à l'âge adulte, mais seule Fatima survit à ses parents[2].
M. A. Amir-Moezzi, Arthur F. Buehler, spécialiste du soufisme, et Tahera Qutbuddin, universitaire chiite, pensent que Fatima est la plus jeune des filles de Mahomet et Khadija[1],[3],[4]. Qutbuddin avance qu'elle naît « probablement peu après le commencement de la mission prophétique, en 609-610 »[4]. Jean Moncellon, spécialiste de Louis Massignon, favorise une date de naissance en 604 ou 609, avant le début de la mission, bien que 615 soit aussi proposé par d'autres sources[5]. L. Veccia Vaglieri et d'autres sources académiques donnent l'année 605 ou environ[V 2],[6],[7],[8],[9],[10], voire 606[11].
Une chronologie difficile

La date de naissance de Fatima n'est pas connue avec précision et les sources divergent de plusieurs années, mais elles ne présentent jamais Oumm-Kalsoum comme l'aînée, ni Zaynab comme la cadette. Certaines sources proposent que Fatima est la plus jeune des filles car la dernière à être mariée, mais la théorie que Mahomet marie ses filles selon leur naissance engendre plusieurs problèmes chronologiques. Les auteurs sont aussi confrontés à la question de la ménopause de Khadija : si Fatima naît après les premières visions de Mahomet dans la grotte de Hira, en 610, sa mère est sexagénaire. Afin de répondre à cette incongruité, le sunnite al-Mas'ûdî et d'autres historiens affirment que les dames de Quraych ont le privilège d'accoucher jusqu'à un âge avancé par rapport aux autres femmes. Henri Lammens suggère que les auteurs favorisent un accouchement tardif pour le synchroniser avec les naissances du calife Muʿawiya et d'Abou-Horaïra, compagnons de Mahomet, ainsi qu'avec celle d'Aïcha, belle-mère et rivale de Fatima[2].
De nombreuses sources sunnites font naître Fatima vers 605, année durant laquelle la Kaaba est restaurée après une inondation ; Khadija a environ cinquante ans[3]. Cette date est notamment soutenue par Ibn Saad, at-Tabari, al-Balâdhurî, al-Khwârizmî, Ibn al-Jawzi, Ibn Kathir et Ibn Hajar al-Asqalani. La majorité des auteurs sunnites soutiennent que Fatima est la plus jeune des filles, mais d'autres disent qu'elle est la troisième de six enfants. Ibn al-Kalbi affirme qu'elle est née avant Ruqayya, qu'il présente comme la cadette, tandis qu'Ibn Abd el-Barr dit que Zaynab est l'aînée de Fatima, semble-t-il afin d'expliquer son long célibat[2],[C 3]. La question de la position de Fatima parmi les filles de Mahomet ne se pose pas vraiment dans le chiisme : selon un hadith transmit par Ibn Shahrashub et al-Madjlessi, Khadija est vierge jusqu'à son mariage avec Mahomet, aussi les auteurs chiites supposent que Zaynab et Ruqayya sont les filles de sa sœur, Helâ bint Khuwaylid. D'autres avancent que Khadija avait des enfants issus de précédents mariages[C 4].
Le chiisme insiste sur une naissance tardive, après la naissance de l'islam, et al-Hasan at-Tabrisî a compilé plusieurs dates divergentes. Il rapporte une tradition attribuée au cinquième imam Muhammad al-Bâqir, arrière-petit-fils de Fatima, disant qu'elle meurt à vingt-trois ans[n 2], quatre mois après son père. Ce hadith se rapproche de récits sunnites, la faisant naître avant les visions prophétiques. Tabrisî cite aussi un hadith de Jafar as-Sâdiq, le sixième imam, disant que Fatima aurait été conçue durant la nuit du « voyage nocturne » de Mahomet, datée traditionnellement du 27 rajab 2 av. H.[n 3]. Les musulmans considèrent que cet évènement a lieu après la mort de Khadija, en 3 av. H. / 619, mais des auteurs chiites comme al-Yaqubi le situent de son vivant. Les sources musulmanes ne sont pas unanimes pour déterminer s'il s'agit seulement d'une « ascension » (miradj) au Paradis au cours d'un voyage (isra) ou bien de deux événements distincts. Les chiites affirment qu'il y eut plusieurs « voyages nocturnes » et que Fatima fut conçue au retour de l'un d'eux. Un large consensus se dégage des sources pour l'année 615[3],[C 5]. Tabrisî juge que la tradition la « plus vraisemblable » (al-aẓhar) est rapportée par al-Madjlessi : Fatima serait née un 20 joumada ath-thania à La Mecque, avant de mourir à l'âge de dix-huit ans et sept mois[12]. Sa naissance aurait eut lieu cinq ans après le début de prophétie et trois ans après le « voyage nocturne »[n 4], année où la Kaaba aurait été reconstruite. La tradition d'al-Madjlessi s'harmonise avec les récits d'al-Yaqubi et d'al-Mas'ûdî, mais bouscule la datation traditionnelle des événements. Les chiites accusent les sunnites d'avoir falsifié la biographie de Fatima, notamment en la vieillissant, afin de favoriser Aïcha, qui a une place importante dans leur courant[C 5].
Ascendance
| 32. Abd Manaf (v. 430 – ap. 480) fils de Qusay | |||||||||||||||||||
| 16. Hachem (v. 464 – v. 497) fondateur du clan hachémite |
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| 8. Abd al-Muttalib (v. 481 – v. 578) | |||||||||||||||||||
| 4. Abd-Allah (v. 545 – v. 570) |
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| 2. Mahomet (v. 570 – 632) prophète de l'islam | |||||||||||||||||||
| 40. Zuhrah (Ve siècle) frère de Qusay | |||||||||||||||||||
| 20. Abd Manaf | |||||||||||||||||||
| 10. Wahb | |||||||||||||||||||
| 5. Amina | |||||||||||||||||||
| 44. Othman (VIe siècle) petit-fils de Qusay | |||||||||||||||||||
| 22. Abd al-Uzza | |||||||||||||||||||
| 11. Barrah | |||||||||||||||||||
| 1. Fatima (v. 604/15 – 632/33) | |||||||||||||||||||
| 48. Qusay (400 – 480) fondateur de la tribu de Quraych | |||||||||||||||||||
| 24. Abd al-Uzza | |||||||||||||||||||
| 12. Asad (v. 470 – v. 550) | |||||||||||||||||||
| 6. Khuwaylid (v. 395 – v. 360) | |||||||||||||||||||
| 3. Khadija (v. 555 – 619) |
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Jeunesse
Les sources sont peu disertes sur l'enfance et la jeunesse de Fatima à La Mecque[13]. Le décès de Khadija marque Fatima, qui est décrite comme accablée de chagrin. La voyant ainsi, Mahomet serait venu lui dire qu'il reçu la visite de l'ange Gabriel, l'informant que Khadija est au Paradis. Toujours selon l'ange, elle réside dans un pavillon de perles éclatantes, demeure que Dieu lui avait fait construire, libérée de la fatigue et du bruit. Un autre hadith de son enfance est rapporté plusieurs fois par Boukhârî, certaines versions sont très détaillées : alors que Mahomet est prosterné pour la prière, son parent éloigné Uqba ibn Abi Mu'ayt lui jette des ordures camelines sur le dos. Avertie, Fatima accourt pour nettoyer son père et maudit Uqba pour son acte islamophobe. Mahomet se relève et maudit des chefs quraychites à son tour. Selon le même hadith, ils seront tués durant la bataille de Badr (624) et leurs corps finiront jetés dans un puits[V 2],[C 6].
En 622, Oumm Kalsoum et Fatima sont escortées à Médine par leur frère adoptif Zayd ibn Harithah, ainsi que Sawda bint Zama, deuxième épouse de Mahomet.
Vie à Médine
Mariage avec Ali ibn Abi Talib

Fiançailles
Abou-Bakr as-Siddiq et Omar ibn al-Khattâb, pères d'Aïcha et de Hafsa, demandent la permission d'épouser Fatima, mais Mahomet l'aurait déjà secrètement réservée pour Ali. Les sources sunnites et chiites racontent que Mahomet les éconduisit l'un après l'autre, leur indiquant d'attendre une décision au sujet de sa fille. Ali ibn Abi Talib hésite d'abord en raison de sa pauvreté, mais sa famille l'incite à se proposer comme fiancé et Mahomet accepte[V 2],[C 6].,[14]. Le très riche Abd ar-Rahmân ibn `Awf est aussi mentionné comme un prétendant[1]. Le sunnite An-Nasa'i rapporte un hadith où Mahomet éconduit Abou-Bakr et Omar en raison de la jeunesse de Fatima. Les hadithologues chiites, tels que l'historien al-Qazwini, le rejettent en faisant remarquer que Mahomet lui-même a épousé Aïcha alors qu'elle était extrêmement jeune[C 7].
Les hadiths ne sont pas unanimes quant à la réaction de la fille de Mahomet : certains la présente comme silencieuse à cette nouvelle, ce que son père considère comme un consentement tacite, alors que d'autres disent qu'elle est bouleversée et proteste en larmes. Selon Roger Arnaldez, Fatima « fut sans doute la première femme en Islam dont le « silence » fut considéré comme un consentement au mariage »[15]. Les hadiths sunnites et chiites rapportent que l'état d'indigence d'Ali provoque les murmures des femmes quraychites contre ce mariage inégal. Mahomet rejette ces critiques et répète que Dieu le veut. Il loue à Fatima qu'Ali fut le premier homme à se convertir à l'islam et qu'il est très cultivé. Ayant du mal à constituer la dot (mahr) demandée par Mahomet, Ali vend plusieurs de ses possessions pour en tirer de l'argent, tel qu'un chameau, ou la compose en partie de plusieurs objets modestes, tel qu'un bouclier ou une vieille peau de bélier. Selon le sunnite Ibn Hanbal, Mahomet donne à sa fille une robe de velours, un oreiller de peau garni de fibres de palmier, deux meules, une outre et deux jarres. Dans les hadiths chiites tardifs, le trousseau de Fatima est sa capacité d'intercession auprès de Dieu (tawassoul) pour les musulmans pécheurs[V 2],[C 6].
Date et déroulé du mariage
L'année du mariage de Fatima à Médine n'est pas connue avec certitude. Elle aurait eu lieu l'an 1 ap. H. (623) selon les chiites, mais l'an 2 (624) est aussi proposée[13] : Ali aurait constitué une partie de la dot de Fatima avec une vieille armure, que certains hadiths précisent avoir été récupérée après la bataille de Badr (). A. F. Buehler date le mariage en 624 ou 625[14]. Hela Ouardi place le mariage vers et ajoute qu'un hadith sous-entend que Fatima est plus âgée Ali[O 2016 1]. La nuit de noces aurait été reportée plusieurs jours ou plusieurs mois après la cérémonie, parfois au retour d'Ali de la bataille. Plusieurs auteurs disent que leur fils al-Hassan naît en 2 ou 3 ap. H., naissance suivie cinquante jours plus tard par la conception d'al-Hussein. Les sources sunnites donnent dix-huit ans à Fatima[C 6]. Selon L. Veccia Vaglieri, qui soutient un mariage en 624, Ali a vingt-cinq ans et Fatima a entre quinze et vingt-et-un ans[V 2].
Mahomet aurait dit à Ali qu'il est nécessaire de préparer un banquet de mariage. Ses épouses Aïcha et Oumm Salama aident à la préparation du festin et à l'aménagement de la maison maritale. Les Ansârs offrent du maïs (dhura) et le marié tue un mouton. Mahomet aurait inauguré un nouveau cérémoniel pour la nuit de noce : il fait demander une jarre pleine d'eau, dont il asperge les épaules et les avant-bras des mariés, après s'être lavé les mains. Selon d'autres sources, il aurait plutôt craché dedans, ou recraché l'eau utilisée pour se laver la bouche. Après cela, il invoque la bénédiction divine sur le couple[V 2]. La tradition musulmane va décrire cette union de manière grandiose, avec la présence d'anges et de houris près des mariés, ce que H. Ouardi interprète comme une manière de contrebalancer qu'elle est arrangée[O 2016 2].
Conquête de La Mecque
Selon les sources, Fatima semble être familière des champs de bataille, ayant l'habitude de panser les plaies de son père et de laver les épées. Il lui est coutumier d'aller visiter les tombes de Hamza ibn Abd al-Muttalib, oncle de Mahomet, et d'autres morts au combat. En 630, elle est présente durant la conquête de La Mecque par l'armée de son père. Abou-Sofiane, chef des Quraychites et cousin de Mahomet, vient implorer protection à Ali, qui refuse de la lui donner. Il se serait alors tourné vers Fatima, qui porte al-Hassan dans ses bras. Selon les sources musulmanes, Abou-Sofiane lui implore d'ordonner à son fils d'intercéder pour lui. Mais elle répond qu'il « n'est pas assez âgé pour faire la paix parmi les gens, et personne ne peut la faire contre la volonté du Messager de Dieu »[C 8].
Incident de la mubahala
Les exégèses coraniques (tafāsīr) lient plusieurs passages du Coran avec des événements de la vie de Fatima. La sourate LXXIII commence par l'interpellation : « Ô toi, qui est enveloppé d'un manteau ! »[n 5]. L'interprétation de l'arabe المزمل (al-muzzammil) a donné lieu à plusieurs hypothèses, l'une d'elles étant que le « manteau » est une manière d'appeler la charge de prophète dont Mahomet est métaphoriquement « vêtu ». La tradition chiite associe le manteau avec une légende sur les « gens de la maison » (ahl al-bayt) : à l'aube d'un matin, Mahomet aurait rencontré Fatima et Ali, accompagnés d'al-Hassan et d'al-Hussein, et les auraient recouverts de son manteau avant de réciter le verset 33 de la sourate XXXIII : « Ô vous, les gens de la Maison ! Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement. » Selon Guillaume Dye, les « Gens du Manteau » (ahl al-kisāʾ) reçoivent ainsi l'investiture et la légitimité prophétiques […] Il est probable que les sourates 73-74 aient été un élément déclencheur dans l'invention de cette histoire[16]. » Les chiites vénèrent Mahomet, Ali, Fatima et leurs fils comme les « Cinq Purs »[n 6], personnes desquelles Dieu a retiré toute corruption[17].
Le Coran parle plusieurs fois des « gens de la maison » des prophètes, celles de Mahomet étant mentionnées verset 33 de la sourate XXXIII. Par analogie, la majorité commentateurs sunnites et chiites comprennent cela comme désignant Mahomet, Ali et Fatima, ainsi que leurs fils al-Hassan et al-Hussein. Des commentateurs sunnites rapportent un hadith interprétant le terme comme désignant uniquement les épouses de Mahomet. Selon d'autres hadiths, Mahomet couvre Fatima et sa famille sous son manteau durant l'incident de la mubahala : il aurait explicitement identifié les « gens du manteau » aux « gens de la maison ». Mahomet les prend comme témoins et garants de ses affirmations théologiques devant la délégation chrétienne de Najran, venue vérifier ses prétentions au statut de prophète. Selon les exégètes, cela aurait été la circonstance du verset 61 de la sourate III : « Venez ! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes : nous ferons alors une exécration réciproque en appelant une malédiction de Dieu sur les menteurs »[18],[C 9],[n 7]. Les chiites entendent par « nos fils », « nos femmes » et « nous-même » comme désignant les quatre « gens du manteau », incluant parfois Mahomet. Des traditions rapportent qu'il désigne al-Hassan et al-Hussein comme « mes fils », ajoutant : « Ô Dieu, voici ma famille. »
Succession de Mahomet
Derniers jours de Mahomet
En / dhou al-hijja 10, Mahomet réalise son dernier pèlerinage à La Mecque, appelé le « pèlerinage d'adieu », puis retourne à Médine. À mi-chemin entre les deux villes, il s'arrête au lieu-dit Ghadir Khumm (« étang (ou marais) [du val] de Khumm ») et fait son sermon d'adieu le / 18 dhou al-hijja. Le « dit de l'étang » (hadith al-ghadîr) a été retenue par les sources musulmanes : « Celui dont je suis le mawlâ, Ali est le mawlâ[n 8]. » Dans son Grand commentaire, le chiite Fakhr ad-Dîn ar-Râzî affirme qu'Omar prêtre serment à Ali immédiatement après cette déclaration. Plusieurs sources sunnites ne parlent pas de la station à Ghadir Khumm, soit y font vaguement allusion, soit encore rapportent le « dit des thaqalayn » : « Pour vous protéger de l’égarement, dit Mahomet, je vous ai laissé deux biens précieux (ath-thaqalayn) : le Livre de Dieu et les gens de ma famille[n 9]. » Un propos similaire aurait été dit par Mahomet, qui prenait personnellement toute insulte envers Ali : « Ali fait partie de moi et je fais partie de lui ; il est le mawlâ de tout croyant après moi. » Le sens donné à mawlâ est la source de la division postérieure entre les sunnites et les chiites : les premiers l'interprètent comme un titre honorifique et lui donnent le sens d'« ami » ou « proche », tandis que les seconds l'entendent comme « seigneur » ou « maître »[O 2016 3],[20],[21],[22].
Selon la tradition musulmane, Mahomet meurt à Médine, après une courte agonie. Les traditions divergent sur le déroulé et la date de sa mort[O 2016 4] : les sunnites affirment qu'il décède le lundi ou — le 2 ou 10 rabiʿ al-aouel 11 —, tandis que les chiites préfèrent la date du / 26 safar 11. Le choc de l'annonce de la mort de Mahomet est tel que le corps est laissé entre deux et quatre jours. Certains, comme Omar, espèrent une résurrection. L'odeur devient si pestilentielle qu'Ali et la famille proche s'occupent finalement des funérailles selon le rite musulman[O 2016 5]. Plusieurs élégies en sa mémoire attribuées à Fatima sont réunies dans un mince divan[17]. Selon un hadith d'Aïcha, Mahomet aurait déjà annoncé à Fatima qu'il allait mourir, car les visites de l'ange Gabriel sont plus rares et il ne le verrait bientôt plus. Malade et alité, il aurait consolé sa fille en prédisant : « Ô Fâtima, sache que tu seras la première de ma famille à venir me rejoindre dans l’autre monde[O 2016 6]. » La voyant pleurer, Mahomet lui assure qu'elle est la « maîtresse des femmes du Paradis » (sayyidat nisa’ al-Janna). Ce hadith est notamment reconnu authentique (sahih) par Boukhari et Muslim[17].
Assemblée de la saqîfa

Élection d'Abou-Bakr
Abou-Bakr ordonne aux fidèles de se réunir, afin d'élire un nouveau chef. Les Ansârs, formés par les tribus d'Aws et de Khazraj, se réunissent dans la saqîfa (« tonnelle, cour ») du jardin du clan de Sâ‘ida, appartenant aux Khazrajites. Les Émigrants rassemblés derrière Omar sont avertis par des espions et les y retrouvent, accompagnés d'Abou-Bakr. Les Émigrants s'opposent longuement et violemment aux Ansars prêts à faire allégeance (bay‘a) à Saʽd ibn ʽUbâda, chef khazrajite et compagnon très estimé par Mahomet[O 2019 1]. Les textes de la tradition musulmanes sont assez équivoques sur l'élection d'Abou-Bakr comme nouveau chef de l'oumma : des récits placent son élection par Omar et les Émigrants immédiatement après l'annonce de la mort de Mahomet, mettant les Ansars de la saqîfa devant le fait accompli. D'autres racontent qu'Abou-Bakr répète ne pas se porter candidat, mais Omar force la fin des débats en affirmant que Mahomet l'a nommé comme successeur (خليفة, khalifa). La date de la saqîfa et de l'élection d'Abou-Bakr sont mal connues : certaines sources affirmant que retiré à Sunh, Abou-Bakr arrive à Médine trois jours après la mort de Mahomet, alors que d'autres disent qu'il arrive le jour même. Après son élection, les sources disent qu'Abou-Bakr dispose les mercenaires de la tribu d'Aslam pour veiller à l'ordre, tandis qu'Omar ordonne de faire sortir tout le monde des maisons et d'utiliser la force sur les plus réfractaires. Une foule lui fait ensuite allégeance dans la mosquée du Prophète, puis Ali et al-Abbas, oncle de Mahomet, sont avertis par le khazrajite al-Barâ' ibn ‘Âzib[O 2019 2].
Ali refuse le califat
Désavoué, Saʽd s'isolera et ne prêtrera jamais allégeance à Abou-Bakr, avant de quitter Médine au début du califat d'Omar. La légitimité du premier calife est mal assurée, de nombreux Ansars et une partie des Émigrants continuent de refuser sa chefferie. Ils estiment que lui et ses partisans profitèrent de l'absence d'Ali pour trahir la confiance de Mahomet, et appellent ceux n'ayant pas encore prêté allégeance à Abou-Bakr à soutenir Ali. Des heurts éclatent entre Ansars et Émigrants, ainsi qu'entre anciens et nouveaux musulmans ; le Quraychite Amr ibn al-As, dont la sincérité de la conversion a toujours parut douteuse, insulte copieusement les Ansars. Ali doit publiquement intervenir à la mosquée pour les défendre et calmer la situation[O 2019 3].
Durant l'assemblée de la saqîfa, Abou-Bakr, Omar et Abû Dhuʾayb al-Hudhalî avancent l'ancienneté de la conversion, la proximité familiale avec Mahomet et l'importance tribale dans le choix d'un nouveau chef. Ils ajoutent que, selon Mahomet : « L'imam doit être de Quraych », leur donnant préséance devant les Médinois. Le khazrajite Thâbit ibn Qays avait fait remarquer qu'Ali est le meilleur prétendant[O 2019 4]. La vieille aristocratie quraychite méprise la basse extraction d'Abou-Bakr, mais certains clans voient une occasion de gagner en puissance. Abou-Sofiane multiplie les propos injurieux et méprisants envers Abou-Bakr, qu'il surnomme ironiquement Abû Fassîl[n 10]. Il tente de persuader Ali en lui assurant que les Quraychites se rallieraient au clan d'Abd Manaf et que Médine serait rapidement conquise. Ali se méfie des ambitions d'Abou-Sofiane et craint une guerre civile. De plus, il ne veut pas avoir la charge d'une communauté et estime qu'Abou-Bakr a les qualités d'un chef. Ibn Bakkâr raconte qu'al-Abbas se voit aussi tenté de prendre le pouvoir, mais il aurait décliné la proposition. Déçu, Abou-Sofiane fait allégeance à Abou-Bark en échange d'un généralat pour ses fils Yazid et Muʿawiya[O 2019 6].
Attaque de la maison familiale
Malgré l'indifférence d'Ali, un noyau dur d'une quarantaine de personnalités influentes continue de soutenir sa candidature et de refuser de prêter allégeance à Abou-Bakr, parmi lesquelles Fatima. Outre l'argument religieux donnant préséance aux « gens de la maison », les Hachémites menés par Abou-Lahab font preuve de solidarité clanique, n'approuvant pas que le pouvoir de Mahomet sorte de sa famille directe. Ils se barricadent dans la maison de Fatima en signe de protestation. Après être venu dans pour essayer de discuter, Abou-Bakr envoie Omar chercher Ali pour l'amener à la mosquée du Prophète. Ibn Abi Talib se plaint d'avoir été écarté de l'élection précipitée du successeur de Mahomet, alors que celui-ci n'était pas encore enterré, dénonçant le comportement des compagnons[O 2019 7].
Abou-Bakr laisse d'abord à Ali et à ses partisans le temps de réfléchir, mais le calife et Omar finissent par choisir de les contraindre[C 10],[O 2016 7]. Les sources sunnites et chiites affirment qu'Omar attaque la maison de Fatima avec un équipage d'Émigrants armés. Il menace de brûler la maison avec tous ses habitants, à moins qu'Ali ne reconnaissait Abou-Bakr comme calife[17],[C 10],[O 2016 7]. Fatima sort et reproche à Omar d'oublier qu'elle est la fille de Mahomet. Omar répond qu'il respecte l'ordre « que l’on assassine celui qui cherche à diviser la communauté quel que soit le rang de cet homme »[O 2016 7]. Les récits de l'attaque sont fragmentaires et ne s'accordent pas sur tous les détails[C 10] Selon certains récits, Omar brise les épées d'Ali et d'az-Zubayr, sorti armé et passé à tabac après avoir trébuché. Les sources sunnites sont prudentes et ne mentionnent souvent que la menace d'Omar, tandis que les sources chiites sont plus développées. Ces dernières affirment notamment qu'Omar fouette Fatima, provoquant l'avortement spontané d'un garçon appelé Muhsin[C 10],[O 2016 7].
Wilferd Madelung admet que la maison de Fatima est perquisitionnée comme l'indique les sources, mais estime que l'utilisation de la violence à l'égard d'Ali et de ses partisans « demeure incertaine » : le clan d'Abd Manaf, avance-t-il, se serait immédiatement montré solidaire d'eux. Après l'événement, Ali aurait déclaré « que s'il avait été accompagné de quarante hommes, il aurait résisté »[23]. Durant la Grande discorde, Muʿawiya fait allusion aux pressions exercées sur Ali dans une lettre précédant la bataille de Siffin (été 657) : « Ali, à chaque calife, il fallait te faire prêter serment d'allégeance comme on fait marcher un chameau avec un bâton dans le nez »[24].
Nationalisation de Fadak
Rencontre avec Abou-Bakr

Fatima rencontre Abou-Bakr dans sa maison, réclamant sa quote-part du butin de l'oasis de Khaybar et la propriété de Fadak, très riche oasis située à trois kilomètres de la précédente. Accompagnée par al-Abbas dans certains récits[O 2019 8], Fatima aurait aussi fait une démarche seule ou aurait envoyé un porte-parole (Ali ?) à Abou-Bakr. La tradition musulmane suggère donc que Fatima a rencontré en personne le calife deux fois pour faire valoir ses droits sur Fadak. Selon les sources, Ali va demander à Omar ce qu'Abou-Bakr refuse, ou Fatima adresse sa demande aux deux hommes[C 11]. Dans sa reconstitution de l'événement, H. Ouardi mentionne aussi la présence d'Abu Ubayda ibn al-Djarrah[O 2019 8].
Le calife affirme que Mahomet a déclaré qu'un prophète de Dieu ne jouis de biens qu'en viager. Ils échoient aux croyants et à son successeur, en l'occurrence Abou-Bakr, qui décrète la nationalisation de Fadak. Il assure à Fatima que sa rente sera équitablement répartie entre les musulmans, ajoutant que Mahomet avait dit que : « nous ne laissons pas d'héritage ; ce que nous laissons, c'est l'aumône. » Le calife veut bien donner Fadak si Fatima une preuve écrite que Mahomet la lui a cédé. Fatima répond par plusieurs versets coraniques, dont deux au sujet du roi David et du prêtre Zacharie, mais Abou-Bakr les trouve trop vagues pour soutenir ses prétentions[n 11],[O 2016 8]. Le point de vue califal est cependant contredit par un hadith de Mahomet adressé à Fatima, à laquelle il dit qu'elle peut réclamer toute richesse de son père[C 12]. Des oulémas sunnites et chiites, dont as-Suyūtī, soutiennent que Mahomet a donné Fadak lors que la révélation du verset : « Donne à tes proches parents ce qui leur est dû… » (XVII, 26) Ils avancent que cela faisait partie du traité de paix signé entre Mahomet et les Juifs de l'oasis. Al-Madjlessi est d'accord sur les mêmes mots, mais soutient que c'est le verset XXX, 38[C 13].
Selon certains récits, Omar propose à Abou-Bakr de lui laisser Fadak si Fatima peut présenter deux témoins attestant que Mahomet lui a donné l'oasis. Elle présente Ali et Oumm Ayman, nourrice de Mahomet, mais leurs témoignages sont jugés irrecevables : Ali est impliqué dans la succession et Oumm Ayman est jugée comme une « femme ignorante », d'une part ; il faut deux femmes pour que leur témoignage soit équivalent à celui d'un homme, d'autre part[O 2016 8],[C 14]. En défendant les prétentions de sa femme, Ali s'aliène un peu plus Abou-Bakr. Ce dernier garde un ton paternel et ferme, assurant à Fatima qu'une rente convenable serait donnée à la famille de Mahomet[25].
Sermon de Fatima
L'histoire musulmane raconte que Fatima aurait prononcé un discours à la mosquée du Prophète, afin de protester publiquement contre la décision d'Abou-Bakr. Il est appelé « sermon de Fadak » (al-khuṭba al-Fadakiyya), « sermon d'az-Zahra » (al-khuṭba az-Zahrā’) ou « discours de Fatima » (kalām Fāṭima)[K 1],[O 2019 10].
Fatima entre dans la mosquée accompagnée d'amies et de ses suivantes. Habillée d'un khimar, elle monte au minbar tandis que les dames dressent un grand rideau entre elle et l'assistance masculine. Après avoir longuement rendu louange à Dieu et à Mahomet, elle reproche à l'auditoire de s'être réunis sans attendre l'enterrement de son père et sans prévenir tout le monde, au prétexte d'éviter la discorde après sa mort. S'adressant directement à Abou-Bakr, elle lui reproche d'inventer des propos pour la déshériter et de contredire le Coran, ce que Mahomet n'aurait jamais fait. Fatima reprend ses arguments énoncés devant Abou-Bakr en privé, afin de soutenir publiquement ses prétentions à la succession de Mahomet. Après avoir récité les versets consignant les modalités de l'héritage, Fatima ajoute que personne ne surpasse son père et Ali dans la connaissance du Coran. Elle continue en accusant les Compagnons de lui manquer de respect en étant indifférents à ce qu'elle considère être une spoliation. Tous coupable d'apostasie et de trahison à ses yeux, Fatima cite les versets décrivant les châtiments que Dieu leur réserve[O 2019 11].
Analyse des récits
Éviction de Fatima et d'Ali
Jan M. F. van Reeth, s'appuyant sur les travaux de David S. Powers dans son commentaire de la sourate XXXIII, estime que celle-ci a fait l'objet de réécritures pour affirmer l'absence de descendance masculine de Mahomet et à exclure toute forme d'héritage prophétique[26]. Dans cette perspective, Mahomet est présenté comme le « sceau des Prophètes » (khātim / khātam al-anbiyā’ ; XXXIII, 40). Certains auteurs anciens l'interprètent comme une formule honorifique signifiant « le meilleur des Prophètes », mais le pouvoir califal soutient qu'il est « le dernier des Prophètes ». L'imposition de cette interprétation semble avoir été progressive en raison des « guerres d'apostasie » sous Abou-Bakr, ainsi que des rebellions contre les califes omeyyades et abbassides, particulièrement venues des chiites[27]. Powers avance que certains passages (notamment XXXIII, 4–8 et 36–40) auraient été ajoutés ou remaniés afin d'empêcher toute revendication d'un statut prophétique ou héréditaire après Mahomet, dans un contexte de rivalités politico-religieuses[28]. Il souligne également que le pouvoir califal a diffusé l'idée que Mahomet n'avait ni fils adoptif ni fils naturel à sa mort, contribuant à neutraliser d'éventuelles lignées concurrentes. L'exemple de la famille de Zayd ibn Ḥāritha, fils prétendu désadopté en 627 et mort en 629, illustre ces enjeux de légitimation. Enfin, l'hypothèse de censures et d'interpolations tardives (attribuées aux Tābiʿūn) dans la sourate XXXIII s'inscrit dans un processus de mise en forme et de contrôle du texte visant à stabiliser la doctrine de la clôture de la prophétie et à encadrer les prétentions concurrentes à l'autorité[29].
Les sources musulmanes anciennes rapportent qu'Omar aurait tenté de faire disparaître une variante du verset 6 : « Le Prophète est plus proche des croyants qu'ils ne le sont les uns des autres et il est un père pour eux ; ses épouses sont leurs mères. » D. S. Powers croit qu'il s'agissait de la version originelle du texte, probablement modifiée par le pouvoir califal car contredisant le verset 40 : « Mahomet n'est le père d'aucun homme parmi vous ». J. M. F. van Reeth rapporte qu'Omar aurait demandé que deux versets sur l'héritage (IV, 12 et 176) soient clarifiés, mais Mahomet reste évasif sur leur sens. W. Madelung n'a aucun doute que Mahomet voulait faire de Fatima son héritière et légataire universelle, associée à Ali comme tuteur (walī) et exécuteur testamentaire (waṣi). Les chiites transmettent une variante du verset 71, pouvant faire écho au verset 6 : « Quiconque obéit à Dieu et à son Prophète en ce qui concerne la proximité / l'autorité (walāya) des imams après lui jouit d'un bonheur sans limites ». Le texte originel pourrait avoir légitimé la dynastie mahométane plutôt que de l'exclure[29]. H. Ouardi relève le rôle attribué à Omar pour empêcher Mahomet d'écrire son testament sur son lit de mort, ce qui aurait clarifié sa succession[O 2016 9]. Elle soutient que mawlâ désigne explicitement Ali comme « seigneur » des musulmans après Mahomet[O 2016 10],[O 2019 12].
Légitimité de Fatima sur Fadak
Les sunnites jugent que les prétentions de Fatima sur Fadak sont vaines, alors que les chiites y voient une injustice et une punition de sa fronde[O 2016 8],[25]. Malgré les arguments des chiites et de certains sunnites, C. P. Clohessy estime que Fadak ne relève pas de la succession de Mahomet s'il a été transmis à Fatima de son vivant. Elle ne serait pas venue voir Abou-Bakr s'il ne détenait pas illégalement l'oasis[C 15]. Des traditions divergent dans l'interprétation du « nous » prétendu de Mahomet : le juriste sunnite az-Zouhri (mort vers 741) précise que « le Messager de Dieu se désignait lui-même (yuridu bi-dhalika rasulu llahi nafsah) ». Cependant, une autre version citant Mahomet directement dit que cela désigne tous les prophètes (ma'shar al-anbiya'). Ibn Kathir (mort en 1373) rejette les arguments chiites en affirmant que l'héritage de David n'est que la royauté d'Israël et le statut de prophète, ce dont ne jouissent pas le reste des enfants de David. Étant donné que Zacharie n'était qu'un pauvre charpentier selon les exégèses coraniques, l'héritage de Jean est d'être le guide spirituel des Enfants d'Israël, en plus du statut prophétique[30],[31]. Une tradition rapporte que les veuves de Mahomet se virent déconseillées par Aïcha de réclamer leur héritage à Abou-Bakr, qui leur répond par les mêmes arguments donnés à Fatima. C. P. Clohessy pense plausible que cette histoire fut inventée pour « souligner son apparente impartialité et son absence de parti pris »[C 16]. Selon W. Madelung, « le refus d’Abou-Bakr de reconnaître tout héritage de Mahomet donna rapidement naissance aux nombreuses traditions selon lesquelles le Prophète serait mort sans aucun bien personnel. […] En réalité, sans aucun doute, chacun, et notamment les veuves, s'appropria ce qu'il put »[32].
Les Balāghāt an-nisā d'Ibn Abī Ṭāhir Ṭayfūr, écrivain sunnite mort en 893, transmet les deux plus anciennes versions connues du sermon, une courte et une plus élaborée, rapportée par Abū al-Ḥusayn Zayd ibn ‘Alī, compagnon du dixième imam Ali al-Hadi, par des chaines de transmission alides. Al-Sayyid al-Murtaḍā, érudit chiite mort en 1044, rapporte une forme très courte du discours par une chaîne sunnite dans le Shāfī fī al-imāmah. Une version plus longue transmise par Ibn Abī Ṭāhir Ṭayfūr se trouve dans le Kitāb al-saqīfah d'Abū Bakr al-Jawharī, chiite mort en 935, cité par dans le Nahj al-balāghah d'Ibn Abī al-Ḥadīd, chaféite mort en 1258. La dernière et la plus longue version est recensée dans al-Iḥtijāj, recueil de hadiths chiites du XIIe siècle. Ibn Abī Ṭāhir Ṭayfūr indique que les sunnites de son époque rejettent l'authenticité du discours et l'attribuent à Abū al-ʿAynāʾ, poète irakien mort en 896. Son informateur Abū al-Ḥusayn insiste toutefois que le discours est bien connu par la famille et les partisans d'Ali, le transmettant oralement à chaque génération, et que certains sunnites le recevaient comme authentique. Une chaîne de transmission remonte jusqu'à Muhammad al-Bâqir[K 1].
Décès
Révoltée, Fatima se cloître chez elle et refuse d'adresser la parole à Abou-Bakr. Son état se serait aggravé après leur échange privé et elle serait tombée malade[O 2016 8]. La mort d'Abd-Allah, fils d'Abou-Bakr, survient quelques jours après le sermon de Fatima et affaiblit profondément le calife. De guerre lasse, il écrit un acte donnant la propriété sur Fadak à Fatima, mais Omar l'en dissuade et déchire le document : selon lui, Abou-Bakr ne doit pas montrer de signe de faiblesse en pleines guerres de sédition, d'autant que les richesses de l'oasis permettent de soutenir l'effort de guerre. D'après la tradition chiite, Fatima aurait maudit Omar en demandant à Dieu de lui « déchirer l'estomac » en retour[O 2019 13].
Des récits sunnites racontent qu'Abou-Bakr vient à la maison de Fatima afin de se réconcilier. Ali les fait entrer dans sa chambre, mais Fatima refuse de leur parler et détourne le regard. Après leur départ, Fatima aurait maudits le calife, les Émigrants et les Ansars n'ayant pas prit son parti[O 2019 14]. Après le décès de Fatima, Ali reconnaît Abou-Bakr comme calife et accepte d'abandonner ses prétentions sur l'oasis de Fadak[25].
Personnalité et vie privée
Apparence et caractère
L. Veccia Vaglieri soutient que Fatima ne devait pas être très belle car les sources sont muettes à son sujet. Elles mentionnent la beauté de Ruqayya, mais se contentent de décrire que Fatima a la même démarche que son père[V 3]. H. Ouardi suggère que ce manque de beauté put être une raison du peu d'empressement pour l'épouser[O 2016 1]. H. Lammens décrit Fatima comme « maladive », anémique et indolente, ainsi que ses mains calleuses à force de travail. Malgré son mauvais état perpétuel, elle s'impose une rude marche vers la tombe de Hamza ibn Abd al-Muttalib, plusieurs fois par semaine[33]. Veccia Vaglieri estime que les récits sur les maladies de Fatima peuvent désigner des situations temporaires. Selon elle, le port de cinq enfants, l'exécution répétée de tâches ménagères pénibles, ainsi que deux voyages à La Mecque témoignent d'une assez bonne santé chez Fatima[V 3]. H. Ouardi juge que Fatima « n'a pas l'intelligence de son père ». Sa maladresse et sa timidité en fond une personnalité effacée, elle a du mal à s'affirmer contre Aïcha bint Abi Bakr, l'épouse vive et préférée de Mahomet. Le couple s'entend très mal avec la favorite depuis l'incident de la Calomnie, dont Ali est directement responsable. Lors que Fatima se fait l'avocate du harem contre Aïcha, elle ne trouve rien à argumenter lorsque celui-ci refuse d'être plus juste. En retour, Aïcha se plaint bruyamment que son époux passe beaucoup de temps avec ses petit-fils et Ali[O 2016 11].
V. Kethia nuance cependant ce portrait négatif de Fatima, estimant qu'il relève de la caricature sexiste par les sources sunnites. Durant la querelle pour la propriété de Fadak, elle apparaît comme une femme éloquente et n'hésitant pas à s'affirmer face à des hommes puissants. Ces différences reflètent, selon Kethia, des interprétations historiques difficilement conciliables. Le fait que le récit indique que Fatima a « la démarche du messager de Dieu » lui donne la puissance et l'autorité de Mahomet lui-même. Ses larmes et sa capacité à émouvoir soulignent l'authenticité de sa piété, lui permettant d'exiger la reconnaissance de l'assistance. Ses qualités découlent « de sa relation intime avec son père et de sa ressemblance avec lui »[K 2].
Relation avec Ali ibn Abi Talib

Un couple mal assorti
La relation entre Fatima et Ali est conflictuelle. Les sources musulmanes ne sont pas explicites sur la raison des larmes de Fatima en apprenant ses fiançailles avec lui, bien qu'elles puissent être liées à sa pauvreté[14]. Fatima se plaint continuellement de cela, obligeant le couple à travailler durement pour subvenir à ses besoins. Quand Fatima demande une servante pour alléger sa charge de travail, Mahomet la refuse et lui conseille de prier. La situation financière du couple semble être le reflet de celle de la sienne[O 2016 12]. Des hadiths rapportent que Fatima donne du pain à son père, qui n'avait pas mangé depuis trois jours, ou que ses enfants pleuraient parfois de faim[C 17]. Leur niveau de vie paraît s'améliorer après la bataille de Khaybar, en 628, bien que des sources disent qu'il ne donne pas grand chose à sa fille et à son gendre[O 2016 12].
Les sources décrivent l'indolence d'Ali, qui lui est beaucoup reprochée : il s'endort parfois à même le sol quand il n'est pas chez lui, donnant à son beau-père l'occasion de le surnommer Abu Turab (« père de la terre ») en raison de ses vêtements sales. Ali aussi est frustré par la clause de monogamie imposée par le contrat de mariage, ce que H. Ouardi théorise comme une autre explication au manque de prétendants pour Fatima. Mahomet doit intervenir pour régler leurs disputes[O 2016 12]. Un hadith dit que Fatima se réfugie dans la maison de son père quand Ali est شدة (shidda) et غلاظ (ghilaz) avec elle, ce que H. Lammens et H. Ouardi interprètent comme de la violence conjugale[O 2016 12],[34]. Le prêtre et islamologue Christopher Paul Clohessy conteste l'interprétation de ces termes comme désignant de la violence physique ou verbale : ils sont polysémiques et les plus anciennes sources sunnites ou chiites ne mentionnent pas ce comportement. Ali est plutôt présenté comme docile, réservé et taciturne. Facilement admiratif et écrasé par des personnalités plus fortes que lui, il tente d'éviter les conflits. La suite du hadith confirme qu'Ali a du mal à communiquer avec son épouse, créant une atmosphère tendue et morne. Ne souhaitant déplaire ni à Mahomet ni à Fatima, il présente ses excuses et promet de changer[C 18].
Descendance
Durant leur mariage, Ali et Fatima ont quatre enfants dont l'existence est certaine : al-Hassan, né en ou en (ramadan 3) ; al-Hussein, né en (chaabane 4) ; Zaynab et Oumm Kalsoum, nommées comme leurs tantes maternelles et qui s'opposeront beaucoup aux Omeyyades, la famille d'Othmân ibn Affân. Certaines sources musulmanes mentionnent un fils appelé Muhsin, ou Muhassin, qui serait mort très jeune. Les chiites soutiennent que son décès est dû à un avortement spontané de Fatima, blessée par Omar lors de l'attaque de sa maison[1],[4],[14],[V 2].
La sourate CVIII ferait allusion à Fatima, lorsque Dieu dit : « Oui, Nous t'avons accordé l'abondance (innā aʿṭaynāka l-kawthar). » Selon la lecture sunnite, Mahomet aurait été raillé pour ne pas avoir de fils, mais ce verset serait descendu pour le réconforter d'avoir énormément de biens et de Compagnons. La lecture chiite affirme que le verset aurait été révélé pour célébrer la naissance des fils de Fatima, surnommée al-Kawthar[35]. Mahomet aime profondément al-Hassan et al-Hussein, sa seule descendance mâle, et leur laisse une grande liberté. La tradition musulmane parle aussi d'une ressemblance frappante avec ses petit-fils plutôt qu'avec Ali, ce dont se serait moqué Abou-Bakr. En grandissant, al-Hassan sera aussi connu pour ses nombreuses relations avec des femmes[O 2016 13].
Relation avec Mahomet
Les sources musulmanes, tant sunnites que chiites, montrent que Mahomet a une très grande affection pour Fatima. Malgré sa préférence envers Fatima, Mahomet insiste qu'il lui aurait coupé la main si elle avait été prise en train de voler comme une autre[O 2016 14].
Un jour, le clan hachémite des Banou-al-Moughira propose à Ali d'épouser la musulmane Juwayriyya bint Abi Jahl, dont le père est un ennemi important de Mahomet. Ce dernier est scandalisé qu'Ali se montre intéressé lorsque le clan vient lui demander la permission de cette union. Mahomet ressent comme un affront qu'Ali ne lui en ai pas parlé avant et qu'il ne veuille pas respecter la monogamie. Le chef des musulmans monte en chaire après la prière publique et s'oppose à cette union, concluant que « Fâtima est une partie de moi ; ce qui l’offusque m’offusque ». Mahomet reste ferme devant la colère de son gendre, lui rappelant sa possibilité de divorcer[O 2016 15],.
Les sources chiites témoignent d'une proximité entre Fatima et Mahomet très inhabituelle entre une fille et un père. Selon le hadith de Jafar as-Sâdiq, cité par Tabrisî, Aïcha est surprise que voir qu'il embrasse souvent Fatima sur la bouche. Mahomet répond qu'elle est née après l'ingestion d'une poire de l'arbre Ṭūbā, lors du « voyage nocturne ». La version de Tabrisî précise qu'il arrive que Mahomet l'embrasse avec la langue, se justifiant qu'il « retrouve [dans sa bouche] le parfum du Paradis et de l'arbre Ṭūbā ». Par précaution, l'historien Hakim an-Nishaburi qualifie cette tradition d'« étrange » (gharîb) dans sa chaîne de transmission et dans son récit (matn)[12].
Légende de Fatima
Hagiographie chiite
Pré-existence de Fatima
Selon un hadith, Mahomet dit à Aïcha qu'au Paradis, l'ange Gabriel lui a donné une poire de l'arbre Ṭūbā. Elle « se changea en une goutte de semence dans [s]es lombes », puis il s'accoupla avec Khadija à son retour du terre. Cette tradition est rapportée pour la première fois par Qommi, tandis que des récits parallèles sont connus d'Ibn Baboyé, de Nishaburi et d'Ibn Shahrashub[12]. Dans une version d'Ibn al-Jawzi (qui condamne le hadith comme faux) et d'al-Khawarizmi, Gabriel donne une poire divine durant une visite privée, sans lien avec le « voyage nocturne ». Les chiites accusent les sunnites de nier la véracité du hadith de la poire pour discréditer Fatima et favoriser Aïcha[C 5].
Une union prédestinée
Un hadith commun aux sunnites et aux chiites affirme que cette union est un présage divin : « Le Messager de Dieu a dit : Ô Ali, Dieu, exalté soit-il, t'a marié avec Fatima. » Mahomet recoit cet ordre durant un de ses « voyage nocturne », circonstance qu'Ibn al-Jawzi juge « inventée » (mawdû'). Malgré les hésitations d'Ali, les chiites soulignent que ce mariage est inévitable et attribuent à Mahomet d'avoir dit que : « Si Dieu, exalté soit-il, n'avait pas créé Fatima pour Ali, il n'y aurait eu personne de convenable pour elle sur la face de la terre, d'Adam à ceux qui l'ont suivi »[C 7]. Selon d'autres sources chiites, Abd ar-Rahmân ibn `Awf aurait offert une dot décrite comme composée de 10 000 dinars et de cent chameaux chargés d'étoffes coptes, tandis qu'Omar aurait proposé la même dot et rappelé qu'il était converti à l'islam avant Abd ar-Rahmân. Ces attitudes auraient déplus à Mahomet, qui les renvoie. Par la suite, l'ange Gabriel l'averti que Dieu choisit Ali comme mari de Fatima et que le Ciel se préparait déjà à la fête[V 4].
Miracles de Fatima
Les chiites lui attribuent plusieurs miracles, comme celui de son voile divinement lumineux, qui a conduit un clan juif entier à se convertir à l'islam[17].
Enseignements moraux et religieux
Certains hadiths sont également rapportés de son autorité, dont beaucoup ont été rassemblés par l'historien as-Suyūtī dans un livre intitulé Musnad Fatima al-Zahra[17].
Fatima dans le sunnisme
Les sunnites honorent Fatima comme la fille bien-aimée de Mahomet, la reconnaissant comme un idéal de féminité musulmane[17].
Fatima et la Vierge Marie
Fatima dans l'islam
Bien que n'étant pas une imam, Fatima possède l'infaillibilité (ʿisma) et le pouvoir d'intercession (shafaʿa) comme tous les « gens de la maison » et les imams successifs[17]. Fatima et Marie fille d'Imrân n'ont pas de statut des prophètes dans l'islam, mais elles partagent la même inviolabilité. Fatima est préservée du péché, ainsi qu'immunisée contre tout acte mauvais, telle que désobéir à Dieu ou corrompre la révélation divine. Selon les théologiens chiites, Il a séparé Fatima du Feu infernal, du polythéisme (shirk), des menstruations, ainsi que du mal diabolique. Ce dernier point suggère qu'elle a été purifiée physiquement et spirituellement durant la grossesse de Khadija, sans qu'il ne s'agisse d'une immaculée conception. Des théologiens établissent un parallèle avec Marie, au sujet de laquelle le verset 42 de la sourate III dit : « Ô Marie ! Dieu t'a choisie, en vérité ; il t'a purifiée ; il t'a choisie de préférence à toutes les femmes de l'univers ». Un hadith attribué à Mahomet dit aussi que Marie et son fils Jésus (ʿĪsā) n'ont pas étés touchés par Satan à leur naissance. Toutefois, la croyance en une immaculée conception de Marie n'est pas explicite dans l'islam et ce dont Dieu l'a « purifiée » fut débattu[C 19]. La tradition musulmane fait le lien entre elles à partir d'un hadith déclarant que les femmes les plus parfaite de l'humanité sont Khadija, Fatima, Marie et Assia bint Muzahim, l'épouse du Pharaon[18].
Le hadith selon lequel le choix du nom de Fatima est transmit à Mahomet par l'intermédiaire de l'ange Gabriel se rapproche des récits d'Évangiles apocryphes, comme le Protévangile de Jacques : c'est un ange qui dit aux parents de Marie de l'appeler ainsi, bien que ce nom n'ait aucune signification particulière. Les traditions disent que Fatima reçoit a manger de la nourriture céleste, ce que l'on retrouve au sujet de la mère de Jésus dans la littérature apocryphe et dans le Coran (III, 37)[C 20]. C. P. Clohessy note que plusieurs éléments coraniques sur Marie sont appliqués à Fatima, « afin de justifier son statut supérieur dans la perception chiite ». Le Coran soutient la conception virginale de Jésus, mais ne dit rien quant à la virginité physique de sa mère ; elle et Fatima partagent une virginité spirituelle. De même, les récits de la naissance et de la mort de Jésus et d'al-Hussein semblent présenter des motifs théologiques et littéraires similaires, inspirés de la Bible ou de la littérature apocryphe. Toute la création est affligée de la mort d'al-Hussein à la bataille de Kerbala, avec des récits rappelant le « serviteur souffrant » du livre d'Isaïe et la Passion de Jésus. Marie et Fatima éprouvent de la douleur en sachant d'avance le martyre que vont souffrir leurs fils. Mais là où Marie est une mère endeuillé et pleurant de chagrin, Fatima assiste à la mort d'al-Hussein d'outre-tombe. Le chagrin est mêlé à de la colère contre les meurtriers de son fils, elle demande à Dieu de le venger[C 21].
Fatima et Marie sont toutes deux réputées pour leur capacité d'intercession pour les âmes auprès de Dieu. Elles sont le sujet de nombreuses hymnes et des litanies leur sont adressées. De nombreuses légendes chrétiennes relatent l'intervention de Marie pour les femmes infertiles, l'arrêt de la progression d'envahisseurs ou pour consoler les malades. Cependant, la théologie officielle enseigne que le pouvoir d'intercession de Marie reste conditionné par le repentir de la personne, ainsi que Jésus reste le seul médiateur entre l'humanité Dieu, qui accorde le Pardon. Le Coran énonce que personne ne peut intercéder sans la volonté et la permission divine, mais Fatima a une large liberté d'intercession positive ou négative, car Dieu exauce les prières des prophètes et des personnes saintes de l'islam. Un même débat a eu lieu sur la place qui devait être réservée à leur figure d'intercesseuse dans la dévotion contemporaine. En 1979, le sociologue et révolutionnaire iranien 'Alî Sharî'atî a notamment déploré que la Fatima historique soit peu connue du grand public[C 22].
Fatima dans le christianisme
La mariologie catholique, doctrine chrétienne relative à la Vierge Marie, peut être mise en parallèle avec la fatimologie chiite.
Noms et titres
Au XIIIe siècle, le théologien chiite duodécimain al-Bahrani liste plus de trois cent noms et titres pour Fatima dans son ʿAwālim al-ʿulūm wa al-maʿārif al-aḥwāl min al-āyāt wa al-akhbār wa al-aqwāl.
Le titre de Fatima le plus connu est az-Zahrāʾ (البتول, « la Resplendissante »), d'après lequel les Fatimides du Caire nommèrent leur université al-Azhar. Ceux d'al-ʿAdhrâʾ et d'al-Batūl (العذراء et البتول, « la Vierge ») se retrouvent dans de nombreux hadiths faisant référence à sa pureté à sa piété. La kunya d'Umm abīhā (أمّ أبيها, « mère de son père ») est interprétée de diverses manières[17]. Le hadith la déclarant « maîtresse des femmes du Paradis » connaît les variantes de « maîtresse de toutes les femmes du monde » (sayyidat nisa’ al-‘alamin), « maîtresse des femmes des croyants » (sayyidat nisāʾ al-muʾminīn) ou « maîtresse des femmes de ce peuple » (sayyidat nisāʾ al-ʿālam)[V 5].
Postérité
En littérature
À travers l'histoire
Les Idrissides, dynastie chiite zaydite fondatrice du Maroc, est instaurée en 789 par Idris 1er le Grand, arrière-petit-fils d'al-Hassan et survivant d'une révolte contre les Abbassides dans le Hedjaz (786). Les Fatimides, dynastie chiite islamélienne établie en Ifriqiya en 909, revendique une ascendance husseinide[36].