Faune de Tunisie
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Mammifères
Comme la plupart des pays méditerranéens, la Tunisie a subi une importante disparition de sa mégafaune, sous les pressions anthropiques, notamment la chasse (gibier, élimination des prédateurs, domestication, utilisation pour les jeux du cirque, utilisation à des fins militaires, etc.).
La répartition de l'éléphant d'Afrique (Loxodonta africana) s'étendait à l'Afrique du Nord jusqu'à l'Antiquité. Ces éléphants étaient exploités par les Carthaginois comme éléphants de guerre, notamment au cours des guerres puniques.
Alcelaphus buselaphus buselaphus occupait tout le nord de l'Afrique ; cette sous-espèce du bubale roux a disparu du Sud tunisien dans les années 1900. Sa réintroduction était prévue dans les parcs nationaux du sud du pays mais l'état d'avancement de ce projet n'est actuellement pas connu.
Bos primigenius africanus vivait dans toute l'Afrique du Nord.
- Âne sauvage de l'Atlas
L'Âne sauvage d'Afrique (Equus africanus) avait une distribution qui s'étendait du Maroc à la Somalie et couvrant toute l'Afrique du Nord ; la sous-espèce maghrébine Equus africanus atlanticus a disparu sous la pression de la chasse exercée par les Romains.
Le phoque moine se reproduisait dans l'archipel de La Galite. Aucune observation récente ne laisse penser que ce serait toujours le cas. Malgré des prospections poussées, il est probable que le phoque moine ne se reproduise plus dans l'ensemble du bassin occidental de la Méditerranée. Depuis 1968, une loi interdit la capture et l'extermination des phoques dans les eaux territoriales tunisiennes[1].
Ursus arctos crowtheri est connu en Tunisie dès le Pléistocène puis disparaît très tôt, bien avant son extinction totale au Maroc et en Algérie en 1870.
Le lion de l'Atlas occupait toute la zone possédant un climat méditerranéen en Afrique du Nord. Le dernier lion de Tunisie tué l'a été à Babouch, au sud de Tabarka, en 1891[2].
Le léopard de Berbérie (Panthera pardus panthera) occupait jadis tout le Maghreb. Les derniers léopards ont disparu de Kroumirie au début du XXe siècle[3]. Aujourd'hui, le léopard ne subsiste en Afrique du Nord que dans le Haut Atlas où sa survie est très incertaine[4],[5].
Le guépard du Sahara occupait la partie sud du pays en particulier les chotts et le Grand Sud. Les guépards étaient cités à Tataouine, Kébili et Douz, un individu ayant été tué en 1887 dans la région des Nefzaoua. Il est probable qu'ils aient totalement disparu du territoire tunisien autour de 1935. La population relictuelle la plus proche est celle du massif du Hoggar dans le sud de l'Algérie[4].
La hyène rayée pourrait encore être présente dans certaines régions isolées mais l'intense pression de la chasse dans l'ensemble de la zone saharienne rend l'existence de populations viables ou leur survie très incertaine.
Le macaque berbère (Macaca sylvanus) est la seule espèce du genre Macaca dans le Paléarctique occidental. Au Pléistocène, cette espèce est répandue en Europe jusqu'à l'actuelle Angleterre et dans toute l'Afrique du Nord jusqu'à l'actuelle Égypte. Il peuple au début du XIXe siècle tout le nord du Maghreb et même la Cyrénaïque selon Eduard Rüppell. Sa disparition dans l'Est tunisien date de ce même siècle. Il existe des populations résiduelles au Maroc, dans le Moyen Atlas, le Haut Atlas et le Rif, et en Kabylie[6]. Sa réintroduction pourrait être envisagée dans des aires protégées du nord et de l'est du pays et pourrait constituer un atout touristique local.
Oiseaux
L'ibis chauve est un oiseau endémique de la région méditerranéenne. Il a disparu d'Europe vers le XVIe siècle, de Syrie à la suite de la guerre civile et a été placé en captivité en Turquie pour empêcher son extinction. En Afrique du Nord, la seule population restante est celle de Souss-Massa-Drâa qui compte environ 500 individus. En Algérie, l'espèce a disparu dans les années 1990. L'espèce était très certainement nicheuse en Tunisie autrefois, malgré l'absence de données anciennes. Sa réintroduction pourrait être envisagée dans des aires protégées du nord et présenterait un atout touristique local.
Le courlis à bec grêle (Numenius tenuirostris) était un oiseau nichant en Sibérie et hivernant en région méditerranéenne. En Tunisie, ses sites d'hivernage étaient notamment la région du lac Ichkeul, la région des sebkhas de Kairouan et Monastir et le golfe de Gabès. La dernière observation en Tunisie date de 1992 et l'espèce n'a pas été observée au niveau mondial depuis 2006. Aujourd'hui, le Numenius tenuirostris est presque certainement éteint.
Le turnix d'Andalousie (Turnix sylvaticus), principalement répandu en Afrique subsaharienne, était présent dans les régions méditerranéennes du Maghreb (du Maroc à l'ouest de la Libye) ainsi qu'au sud de l'Espagne et en Sicile. Dans la région méditerranéenne, cette espèce ne subsiste de nos jours que de manière très résiduelle au Maroc. La dernière observation de cette espèce en Tunisie date de 1985 dans le parc national de l'Ichkeul[7].
La foulque caronculée ou foulque à crête (Fulica cristata) présente une distribution disjointe : d'une part au sud et à l'est de l'Afrique incluant Madagascar et d'autre part l'ouest de la Méditerranée. L'espèce nichait en Algérie et en Tunisie jusqu'au XIXe siècle. Les populations méditerranéennes ont très fortement décliné et se limitent désormais au sud de l'Espagne au nord du Maroc.
- Autres oiseaux
D'autres espèces d'oiseaux anciennement citées en Tunisie n'y sont plus observées. C'est le cas de l'outarde canepetière (Tetrax tetrax), du crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), du choucas des tours (Corvus monedula), du vautour oricou (Torgos tracheliotus) et de la grue demoiselle (Grus virgo).
La lusciniole à moustaches (Acrocephalus melanopogon) et le fuligule milouin (Aythya ferina) ne nichent probablement plus en Tunisie.
Espèces douteuses
- Crocodile du désert
La répartition du crocodile du désert (Crocodylus suchus) incluait le sud du Maroc jusqu'au milieu du XXe siècle et le massif du Hoggar, le Tassili n'Ajjer et le Tassili n'Immidir dans le sud de l'Algérie, où il a probablement disparu au début du XXe siècle[8].
Confondu avec le crocodile du Nil jusqu'en 2003, les lignées ancestrales de crocodile du Nil présentes en Afrique de l'Est ont été assignées à une nouvelle espèce Crocodylus suchus ; c'est cette espèce qui est encore présente dans le Sahara, en Mauritanie et au Tchad, et était présente dans le Nil à l'époque ancienne. Les crocodiles qui vivaient en Afrique du Nord ainsi que ceux présents autrefois au Levant se rapportent très vraisemblablement à cette espèce. En revanche, les crocodiles présent aujourd'hui en Égypte, en amont du lac Nasser, se rapportent à l'espèce Crocodilus niloticus.
Il est possible qu'à des temps préhistoriques, la répartition de ce reptile s'étendait à l'Afrique du Nord méditerranéenne (des ossements datant du milieu de l'Holocène ont été découverts près d'Alger). Un témoignage fait état de l'abattage d'un crocodile dans la région du Chott el-Jérid en 1921[9] ; il est cependant extrêmement incertain que des crocodiles aient pu survivre dans cette région jusqu'à des périodes aussi récentes étant donné la rareté des eaux douces et leur utilisation quasi systématique pour l'irrigation des oasis. L'absence de matériel biologique et d'autres témoignages met très sérieusement en doute l'existence de crocodiles en Tunisie à des temps historiques. Pour comparaison, le poisson Astatotilapia desfontainii endémique des chotts d'Algérie et de Tunisie, a été décrit dès 1802.
Oiseaux
Plusieurs espèces d'oiseaux étaient probablement nicheuses en Tunisie à des temps historiques, malgré l'absence de mentions claires les concernant :
- Pintade de Numidie
La pintade de Numidie nichait au nord du Maroc où la sous-espèce Numida meleagris sabyi a été décrite. Si cette sous-espèce est valide, il est très probable que sa répartition passée ait été beaucoup plus vaste et ait inclus tout le Maghreb méditerranéen. Il est toutefois possible que cette sous-espèce, à présent presque certainement éteinte, descende en fait d'animaux anciennement domestiqués et retournés à l'état sauvage. En effet, la domestication ancienne de la pintade de Numidie a pu favoriser l'établissement de populations marronnes. Enfin, la référence à la Numidie ou à Tunis — le nom vernaculaire « pintade de Tunis » est attesté en français — dans le nom de l'animal pourrait désigner les animaux domestiques et n'est donc pas forcément un indice de la présence de pintades sauvages dans l'est du Maghreb.
- Outarde arabe
L'outarde arabe (Ardeotis arabs), récemment éteinte au Maroc et citée en Algérie, pourrait avoir niché dans le sud de la Tunisie avant son fort déclin dans la région saharo-arabique.
Espèces réintroduites
Cette espèce occupait le Nord du pays, les dernières données dateraient de 1935[3]. Trois servals (Leptailurus serval) ont été réintroduits dans le parc national d'El Feija[10]. Un élevage existe par ailleurs à Dar Chichou, dans le cap Bon, en vue de sa plus large réintroduction dans le pays[11].
L'addax (Addax nasomaculatus) a été réintroduite dans le parc national de Bouhedma.
L'oryx algazelle (Oryx dammah) a été réintroduite dans le parc national de Bouhedma.
La gazelle dama (Gazella dama) a été réintroduite dans le parc national de Bouhedma[12].
L'autruche d'Afrique (Struthio camelus) a été réintroduite dans le parc national de Bouhedma. Les autruches réintroduites appartiendraient à la sous-espèce Molybdophanes parfois élevée au rang d'espèce (Struthio molybdophanes) alors que c'est la sous-espèce nominale (Struthio camelles camelles) et non celle d'Afrique de l'Est qui peuplait le Sahara et peuple encore la région du Sahel.
Conservation en Tunisie
La Tunisie abrite un grand nombre d'espèces reliques, dont un grand nombre sont en danger de disparition. Il s'agit en particulier de reliques du Paléarctique humide, les plus menacées sur le plan national étant Natrix natrix, Emys orbicularis, Bufo bufo, Vipera latastei et Euleptes europaea.
Il existe aussi des reliques tropicales des grands lacs sahariens :
L'exploitation et la destruction directe est également un facteur grave de disparition, les espèces les plus affectées sur le plan national étant :
- Les grands prédateurs, outre les espèces éteintes déjà évoquées, comme le caracal, le chat ganté et le serval.
- Les grands herbivores hors des parcs nationaux tels que la gazelle de cuvier.
- La tortue mauresque et le caméléon dont l'exploitation constitue un facteur rapide de raréfaction.
Invertébrés
Scorpions
La liste des scorpions de Tunisie inclut :
- Scorpionidae
- Scorpio punicus (Scorpio maurus punicus)
- Buthidae
- Euscorpiidae
La présence de deux espèces, Orthochirus innesi et Tetratrichobothrius flavicaudis, est incertaine. Seule la famille des Buthidae représente un danger réel pour la santé humaine.
Pancrustacea
La liste des crustacés de Tunisie compte Potamon algeriense (en), un crabe d'eau douce endémique d'Afrique du Nord, mais c'est surtout la classe des branchiopodes qui domine les écosystèmes aquatiques temporaires caractéristiques de la Tunisie, avec plus de 36 espèces dont les emblématiques Triops granarius et Triops cancriformis simplex.
- Libellules

Les libellules d'Afrique du Nord présentent un intérêt particulier du fait de la présence d'un nombre important d'espèces ou de populations relictuelles. On trouve dans la liste des libellules de Tunisie beaucoup d'espèces caractéristiques du sud de la Méditerranée, dont certaines assez rares ou menacées.
Une espèce migratrice, Pantala flavescens, n'a été observée qu'une fois en 1999 dans la région des chotts. Une autre, Acisoma panorpoides (en), est présente de façon relictuelle dans la région algérienne d'El Kala proche de la frontière tunisienne.
- Calopteryx exul
- Calopteryx haemorrhoidalis
- Lestes barbarus
- Chalcolestes viridis
- Sympecma fusca
- Ischnura graellsii
- Ischnura saharensis
- Ischnura fountaineae
- Ischnura pumilio
- Enallagma deserti (de)
- Coenagrion puella
- Coenagrion mercuriale
- Coenagrion scitulum
- Coenagrion caerulescens
- Coenagrion lindenii
- Ceriagrion tenellum
- Platycnemis subdilatata
- Aeshna affinis
- Aeshna mixta
- Aeshna isoceles
- Anax imperator
- Anax parthenope
- Anax ephippiger (en)
- Boyeria irene
- Gomphus lucasii (en)
- Onychogomphus forcipatus
- Onychogomphus uncatus
- Onychogomphus costae (en)
- Paragomphus genei
- Lindenia tetraphylla
- Orthetrum cancellatum
- Orthetrum coerulescens
- Orthetrum brunneum
- Orthetrum nitidinerve
- Orthetrum chrysostigma
- Orthetrum trinacria
- Orthetrum sabina
- Sympetrum sanguineum
- Sympetrum fonscolombii
- Sympetrum striolatum
- Sympetrum meridionale
- Sympetrum sinaiticum
- Crocothemis erythraea
- Trithemis annulata
- Trithemis arteriosa
- Trithemis kirbyi (en)
- Brachythemis leucosticta (en)
- Diplacodes lefebvrii
- Selysiothemis nigra
- Zygonyx torridus (en)

