Fusillade de Boulder
tuerie de masse de Boulder, Colorado
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La fusillade de Boulder a lieu le dans un supermarché King Soopers à Boulder, dans l'État fédéré du Colorado, aux États-Unis. Dix personnes sont tuées (dont l'officier de la police de Boulder, Eric Talley)[1]. Le tireur, Ahmad Al Aliwi Al-Issa, alors âgé de 21 ans, est arrêté après avoir été blessé par balle à la jambe droite[2]. Il est temporairement hospitalisé avant d'être transféré à la prison du comté de Boulder[3],[4]. Au cours de la procédure judiciaire, il subit plusieurs évaluations psychiatriques ; en puis en , il est déclaré mentalement inapte à être jugé. Le , les procureurs annoncent qu'Al-Issa est désormais apte à comparaître, décision confirmée par un juge le de la même année. Le , Al-Issa est reconnu coupable de la fusillade et condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.
14 h 30 (UTC-6)
| Fusillade de Boulder | |||
Le supermarché King Soopers, théâtre de la fusillade, ici photographié en 2019. | |||
| Localisation | Boulder, |
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|---|---|---|---|
| Cible | Civils | ||
| Coordonnées | 39° 59′ 01″ nord, 105° 15′ 05″ ouest | ||
| Date | 14 h 30 (UTC-6) |
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| Type | Fusillade de masse | ||
| Armes |
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| Morts | 10 | ||
| Blessés | 2 (dont l'auteur des faits) | ||
| Auteurs présumés | Ahmad Al Aliwi Al-Issa | ||
| Géolocalisation sur la carte : États-Unis
Géolocalisation sur la carte : Colorado
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Contexte
Cette fusillade de masse intervient moins d'une semaine après une série de fusillades au cours de laquelle 8 personnes, majoritairement extrême-orientales, ont été tuées dans la région métropolitaine d'Atlanta[5].
Déroulement
Victimes
La fusillade fait dix morts : cinq clients en train de faire leurs courses, trois employés du supermarché, le policier Eric Talley — en poste au département de police de Boulder depuis onze ans — et un réparateur. Les victimes sont identifiées le lendemain ; la plus jeune a 20 ans et la plus âgée 65 ans. Selon les déclarations initiales de la cheffe de la police de Boulder, plusieurs autres policiers intervenus lors de l'attaque sont également blessés[6]. En réalité, hormis le tireur, la seule personne blessée non mortellement lors de la fusillade est Elan Shakti, une septuagénaire qui s'est fracturée le dos en cherchant à fuir le supermarché[7],[8].
Les noms des victimes :
- Tralona Bartkowiak, 49 ans ;
- Suzanne Fountain, 59 ans ;
- Teri Leiker, 51 ans ;
- Kevin Mahoney, 61 ans ;
- Lynn Murray, 62 ans ;
- Rikki Olds, 25 ans ;
- Neven Stanisic, 23 ans ;
- Denny Stong, 20 ans ;
- Eric Talley, 51 ans ;
- Jody Waters, 65 ans.
Suspect
Ahmad Al Aliwi Al-Issa (ou Alissa) est né le à Raqqa, en Syrie[9]. Sa famille émigre aux États-Unis en 2002 et s'installe à Arvada, dans le Colorado, en 2014. Son frère aîné explique qu'il présente depuis le lycée des comportements paranoïaques, perturbés et antisociaux, apparus après des épisodes de harcèlement scolaire, et dit s'être inquiété pour sa santé mentale[10]. Selon un ancien coéquipier de lutte, son comportement est celui d’une personne au tempérament explosif, qui perd le contrôle lorsqu'elle perd et se met en colère[11]. En 2018, Ahmad Al-Issa est condamné pour avoir frappé un camarade au lycée Arvada West : il plaide coupable d'agression, écope d'un an de probation et doit effectuer 48 heures de travaux d'intérêt général[12].
Sur Facebook et auprès d'anciens camarades du lycée, Al-Issa affirme se sentir ciblé par du harcèlement en raison du racisme et de l'islamophobie[13]. Selon Rita Katz, directrice exécutive du groupe SITE, rien sur son compte Facebook n'indique « des opinions radicales de quelque nature que ce soit, qu'elles soient islamistes, anti-Trump ou autres »[14]. Le site d'informations The Daily Beast fait toutefois état de posts critiquant la politique migratoire de Donald Trump, le mariage homosexuel et l'avortement[12].
À partir du , Alissa consulte près de 6 000 images d'armes à feu, de munitions, d'équipements et de matériaux liés à la fabrication d'explosifs[7]. Il se documente notamment sur les fusillades d'El Paso, de Christchurch et de Muskogee[15].
Le , Al-Issa achète légalement un fusil semi-automatique Ruger AR-556 (en) à l'Eagles Nest Armory, un magasin d'armes d'Arvada, où il passe une vérification de ses antécédents (en) avant l'achat. Selon la police, il s'agit de la seule arme utilisée lors de la fusillade[16]. Al-Issa est déjà connu du FBI en raison de ses liens avec une autre personne faisant l'objet d'une enquête fédérale[17].
Procédure judiciaire
Au lendemain de la fusillade, Al-Issa est inculpé de dix chefs de meurtre au premier degré et d'un chef de tentative de meurtre (pour avoir tiré sur le policier Richard Steidell sans parvenir à le toucher)[12],[18],[19]. Lors de sa première comparution, le , son avocate demande une évaluation de son état mental[20].
Début , des psychologues estiment qu'Al-Issa est mentalement inapte à être jugé[21].
Le , la juge en chef de la Cour de district de Boulder, Ingrid Bakke, statue qu'Al-Issa est mentalement inapte à être jugé. Il est alors interné à l'Institut de santé mentale du Colorado à Pueblo. Le , Ingrid Bakke indique qu'il est toujours inapte à être jugé. Le , un nouveau jugement conclut à nouveau à son inaptitude et fixe une audience de réexamen au [22], date à laquelle il est encore déclaré inapte. Son rapport médical mensuel indique toutefois qu'il pourrait récupérer sa capacité mentale[23].
Le , le bureau du procureur du comté de Boulder fait savoir que, d'après un nouveau rapport médical, Al-Issa est apte à être jugé[24]. Le , Ingrid Bakke confirme cette décision[25].
Le , Al-Issa plaide non coupable pour cause d'aliénation mentale ; sa caution est fixée à 100 millions de dollars. La date du procès est provisoirement arrêtée à , avec une sélection du jury prévue au début du mois[26]. Le , le procès est reporté au [27].
La sélection du jury (en) débute le et les plaidoiries d'ouverture ont lieu le [28]. Le procureur Michael Dougherty insiste sur l'intention, la lucidité et la responsabilité pénale de l'accusé. Pour appuyer son propos, il revient sur la préparation minutieuse de l’attaque, le comportement maîtrisé d'Al-Issa pendant et avant les faits, sa reddition consciente à la police et ses propres paroles reconnaissant le caractère répréhensible de ses actes[7]. Dougherty n'avance toutefois aucun mobile pour expliquer l'attaque d'Al-Issa[29]. De leur côté, les avocats commis d'office d'Al-Issa mettent en avant sa schizophrénie non traitée, ses délires, ses hallucinations auditives et sa paranoïa pour soutenir son irresponsabilité pénale[7]. Après deux semaines de procès, le jury délibère les 20 et avant de reconnaître Al-Issa coupable de dix chefs de meurtre au premier degré, de 38 tentatives de meurtre, d'un chef d'agression au premier degré et de six chefs d'utilisation de chargeurs de grande capacité, interdits (en) dans le Colorado[30].
Plus tard dans la journée, il est condamné à dix peines de prison à vie consécutives sans possibilité de libération conditionnelle, assorties de 1 334 années supplémentaires[31]. Cette condamnation est en tout point conforme aux réquisitions du procureur[32]. La peine de mort n'est envisagée à aucun moment de la procédure, le Colorado l'ayant abolie un an avant la fusillade.
Réactions
Débat sur le contrôle des armes à feu
Après la fusillade, le débat sur le contrôle des armes à feu reprend. Au niveau national, le président Joe Biden appelle à une interdiction immédiate des fusils d'assaut et demande de combler les failles du système de vérification des antécédents (en). Plusieurs responsables démocrates, dont la sénatrice Dianne Feinstein de Californie, le représentant Joe Neguse du Colorado et l'ancien président Barack Obama, se font l'écho de ses sentiments. Dans une interview sur CBS This Morning, la vice-présidente Kamala Harris insiste elle aussi sur la nécessité d'une réforme législative[33]. Des appels similaires sont repris par des comités de rédaction de journaux et de nombreuses célébrités[34].
Réactions aux premiers témoignages
Un témoin qui diffuse le crime en direct sur une chaîne YouTube reçoit des critiques de certains et des éloges d'autres. Il s'identifie à plusieurs reprises comme journaliste auprès des forces de l'ordre avant d'être expulsé des lieux. Au plus fort de l'audience, la diffusion en direct compte environ 30 000 personnes, et beaucoup critiquent YouTube pour avoir permis à la vidéo de rester sur son site. La société répond en déclarant que la vidéo présente suffisamment de contexte d'actualités ou de documentaire pour rester en ligne, quelle que soit la violence montrée[35].
Avant l'arrivée des policiers sur les lieux, un répartiteur de la police décrit le tireur comme « un homme blanc, d'âge moyen, aux cheveux foncés, à barbe, portant un gilet noir et une chemise à manches courtes »[36]. Alors que la nouvelle de la fusillade éclate, des sources médiatiques font état de tweets affirmant que le tireur n’est pas tué par la police, mais simplement arrêté, parce qu'il est un « homme blanc ». Meena Harris, une avocate américaine et nièce de Kamala Harris, écrit sur Twitter : « La fusillade d'Atlanta n'a même pas eu lieu il y a une semaine. Les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays. » L'annonce ultérieure que le suspect est un musulman syro-américain (en) pousse certains des auteurs des tweets, comme Meena Harris, à les supprimer[37].
Deborah Richardson, directrice exécutive de l'Union américaine pour les libertés civiles du Colorado, déclare que les premières hypothèses formulées au sujet d'Al-Issa par les forces de l'ordre et les médias sont influencées par sa perception comme blanc[38]. Écrivant dans The Hill, Marik von Rennenkampff critique la couverture médiatique initiale, déclarant qu'« en se précipitant pour attaquer l'identité "blanche et masculine" de l'auteur, la foule de Twitter a rendu beaucoup plus difficile pour un minimum de bien d'émerger d'un acte de violence terriblement horrible. »[39]