Galswinthe

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Dynastie Mérovingiens
Naissance vers 550
Décès
Galswinthe
Description de cette image, également commentée ci-après
Départ de Galswinthe, illustration d'Henri Hendrickx dans l'ouvrage Histoire des rois Francs, Volume 2 (1847) d’Émile de Laveleye.

Titre

Reine des Francs

Biographie
Dynastie Mérovingiens
Naissance vers 550
Décès
Père Athanagild
Mère Goswinthe
Conjoint Chilpéric Ier
Religion arianisme puis christianisme

Galswinthe, Galeswinthe ou Galesvinthe, née vers 550 et morte en 568, est une princesse wisigothe devenue reine des Francs par son mariage avec le roi Chilpéric Ier.

Fille du roi d'Espagne Athanagild, elle est donnée en mariage au roi des Francs Chilpéric en 568. Quelques mois plus tard, le roi la fait éliminer pour pouvoir se marier avec sa maîtresse, la servante Frédégonde. Ce meurtre relance la guerre civile qui sévit entre les rois francs Chilpéric, Gontran et Sigebert.

Le poète Venance Fortunat lui consacre une œuvre sur le modèle du Rapt de Proserpine du poète latin Claudien. Galswinthe y est décrite comme une femme qui doit accomplir un voyage funeste pour accéder au Ciel comme une martyre. Un passage du poème, également évoqué par l'évêque Grégoire de Tours, rapporte le miracle d'une lampe qui tombe sur le pavé sans se briser. Ce passage est utilisé plus tard dans les œuvres littéraires d'Augustin Thierry, de Marcel Proust et de Catherine Colomb.

Le meurtre de Galswinthe choque les chroniqueurs ultérieurs qui le mettent en avant. Les différents manuscrits des Grandes Chroniques de France (XIIIe au XVe siècle) illustrent notamment le meurtre de Galswinthe par Chilpéric par des enluminures. Des peintres des XIXe et XXe siècles livrent également des tableaux représentant Galswinthe.

Les sources

Galswinthe (signifiant en germanique « Énergique dans la foi » )[1] est essentiellement connue grâce à l’Histoire des Francs de l'évêque Grégoire de Tours (538/539-594) finalisée à l'été 591[2]. Galswinthe est également le sujet de la cinquième composition du sixième livre de Poèmes (566-567) de Venance Fortunat (530/540-après 600)[3].

Les royaumes des Francs et des Wisigoths au VIe siècle

Les Francs sont les maîtres incontestés de la Gaule depuis le début du VIe siècle et la bataille de Vouillé[4]. Les Wisigoths gouvernent eux depuis le milieu du Ve siècle une grande partie de l'Espagne ainsi que quelques cités dans le sud de la Gaule, le long de l'actuel littoral languedocien[5].

Carte de Gaule de 561.
La Gaule en 561, après le partage du royaume des Francs entre les fils de Clotaire.

En 531, le roi Wisigoth Amalaric meurt sans descendance. Avec lui disparaît le dernier membre de la famille des Balthes qui dirige le peuple wisigoth depuis plus d'un siècle[6]. Désormais sans dynastie à sa tête, l'Espagne wisigothe entre dans une période d'instabilité[6]. Theudis, le tuteur du roi décédé, devient son successeur, mais il est assassiné en 548. Son successeur Theudegisel, connaît le même sort l'année suivante[7]. Il est remplacé par un certain Agila[7].

En 561, le roi des Francs Clotaire meurt et son royaume est partagé entre quatre de ses fils : Caribert (ou Charibert), Gontran, Sigebert (ou Sighebert) et Chilpéric (ou Chilpérich)[8]. L'ouest est pour le premier, le sud-est pour le deuxième, le nord-est pour le troisième et le nord pour le dernier[8]. Fin 567, Caribert, l'aîné des fils de Clotaire, meurt sans héritier mâle. Ses frères se partagent alors son domaine[9],[10],[11]. La région d'Aquitaine se retrouve particulièrement fragmentée[12].

Biographie

Galswinthe naît vers 550[13]. Elle est la fille aînée des nobles wisigoths Athanagild et Goswinthe[14],[15],[16]. Elle a pour sœur cadette Brunehilde (ou Brunehaut)[14]. Elles sont toutes deux élevées dans la foi arienne[17] dans la ville de Tolède[13]. Galswinthe semble être plus fragile, plus molle et plus craintive que sa sœur Brunehilde[18],[19].

Peu après le début de son règne en 550 ou 551, le roi wisigoth arien Agila doit faire face à une révolte de la noblesse hispano-romaine de la province de Bétique. À la suite de sa défaite militaire près de Cordoue, sa légitimité est mise en cause par la population catholique ainsi que par une partie de la noblesse arienne menée par Athanagild, le père de Galswinthe[20],[7].

Carte du pourtour méditerranéen en 565.
L'Europe en 565, à la mort de l'empereur Justinien.

Celui-ci demande l'aide de l'empereur d'Orient Justinien, qui vient successivement de conquérir l'Afrique du Nord et l'Italie. L'empereur lui envoie une forte armée sous le commandement de Libère[21],[16]. En 554, grâce à l’aide de l'armée impériale, Athanagild vainc Agila près de Séville. Puis, il est proclamé roi après l'assassinat de son rival par ses propres troupes à Mérida[22],[16]. Les forces de l'empire d'Orient en profitent alors pour s’emparer de quelques villes du sud-est de la péninsule ibérique : Carthagène, Malaga, Cordoue et Asidona[22]. Athanagild établit sa capitale à Tolède[13].

La situation du roi Athanagild est cependant fragile. Il est menacé par le royaume des Suèves à l'ouest, par l'empire d'Orient au sud, par l'ambition du roi Gontran au nord et par les nobles wisigoths jaloux de garder à la couronne son caractère électif. Il donne ainsi volontiers sa fille cadette Brunehilde en mariage au roi Sigebert en 566[23],[24],[25]. Il fait de même pour Galswinthe, qui est demandée en mariage par le roi Chilpéric début 568[26],[27],[28],[29],[30],[31]. Par cette stratégie matrimoniale, Athanagild accomplit deux actes primordiaux[32] : d’abord un énorme transfert de richesses, mais aussi une reconnaissance bilatérale d’honneur entre deux adversaires qui se craignent mutuellement[32]. L’évêque Grégoire de Tours indique que Chilpéric éprouve pour Galswinthe « un grand amour car elle avait apporté avec elle de grands trésors »[27],[29],[30],[19],[32],[33]. En effet, le cortège de la princesse est constitué de plusieurs chariots avec de nombreux présents, de grandes richesses et des troupes pour les protéger[34]. Le poète Venance Fortunat, qui voit passer à Poitiers l'escorte de Galswinthe, décrit une « tour d’argent roulante » dont il vante la « pompe royale »[35],[34]. Fortunat, mentionne que la nourrice de Galswinthe l'accompagne dans sa nouvelle patrie et s’est engagée auprès de la reine des Wisigoths Goswinthe à veiller sur sa fille[36],[34].

Une femme en embrasse une autre, au centre d'une foule de personnes.
Départ de Galswinthe pour la Gaule, illustration de l'ouvrage Histoire de France en cent tableaux (1890) de Paul Lehugeur.

En échange des présents et richesses que lui apporte Galswinthe, Chilpéric offre une dot à sa femme : les cités de Limoges, Bordeaux, Cahors, Béarn et Bigorre avec tous leurs territoires et leur population[28],[18],[10],[37],[38]. Ces cités sont toutes localisées en Aquitaine et donc voisines du royaume du père de Galswinthe[39],[40]. Cela renforce les liens d’affinité entre les deux royaumes[41]. La dot qu'offre Chilpéric, dénommée également « don du matin », est la plus importante de l'époque mérovingienne[Note 1],[42],[43],[37].

En [44],[19],[45], Galswinthe et son escorte quittent Tolède en franchissant le Tage par la porte d'apparat située au niveau de l'actuel pont d'Alcántara[46]. L'équipage accomplit alors un long détour par Narbonne, Carcassonne et la vallée de la Garonne pour éviter le peuple belliqueux des Vascons[35],[19],[47]. Il gagne ensuite Poitiers, où il est aperçu par le poète Venance Fortunat[35],[47]. L'ancienne épouse du roi Clotaire, Radegonde, qui est retirée dans le monastère qu'elle a fondé dans cette ville, échange des messages avec Galswinthe durant l'arrêt de l'équipage[35],[48]. Celui-ci poursuit sa route en passant par Tours, traverse en barque la Vienne, franchit la Loire, la Seine puis arrive à Rouen[35],[19].

Un roi est marié à une reine par un évêque.
Mariage de Chilpéric et Galswinthe (Bibliothèque nationale de France, manuscrit 2610, folio 31 verso), XVe siècle.

Après avoir été accueillie avec « beaucoup d'honneurs », Galswinthe se convertit au catholicisme. Elle épouse ensuite Chilpéric et devient ainsi reine des Francs[26],[49],[50],[14],[51]. Cependant la reine découvre très rapidement que le roi aime une autre femme, la servante Frédégonde[26],[31],[52]. Ne parvenant pas à la faire chasser et n'obtenant aucune considération de la part de Chilpéric, Galswinthe demande la permission de rentrer librement en Espagne[26],[49],[27],[30],[53]. Elle promet même au roi de lui laisser les trésors qu'elle a apportés[26],[27],[52]. Le roi nie être amoureux de Frédégonde et tente de rassurer Galswinthe[26],[49],[54].

Mais, à Tolède, le roi Athanagild meurt en octobre 568[50],[55],[56]. Sans héritier mâle, c'est Liuva, un autre noble wisigoth, qui lui succède[57]. Poussé par Frédégonde et craignant que Galswinthe ne rentre chez elle en emportant sa dot, Chilpéric décide de l'éliminer[29],[58]. Il la fait étrangler par un esclave pendant son sommeil[Note 2],[26],[59],[60],[61],[62],[30]. Galswinthe, simple instrument de l'alliance avec l'Espagne, ne présente plus grand intérêt, Chilpéric peut s'en défaire sans risque[55],[56].

L'évêque Grégoire de Tours rapporte un miracle qui se serait produit peu après l'inhumation de la reine. Une lampe suspendue devant son sépulcre tombe sur le pavé et « s'y enfonce comme dans une matière molle » sans se briser[26]. Quant au roi Chilpéric, il épouse Frédégonde quelques jours après avoir porté le deuil de Galswinthe[26],[59],[28],[56].

Conséquence du meurtre de Galswinthe

Quatre hommes plaquant une femme dans son lit.
Meurtre de Galswinthe, illustration de l'ouvrage Histoire de France en cent tableaux (1890) de Paul Lehugeur.

Bien que la guerre civile qui oppose les fils du roi Clotaire n'ait pas débuté avec l'assassinat de Galswinthe, cet événement contribue à entretenir la haine entre les différents royaumes francs[63],[64]. La reine Brunehilde (ou Brunehaut) incite son mari Sigebert à venger le meurtre de sa sœur et à attaquer Chilpéric[59],[65],[29],[64],[31],[52]. La guerre reprend donc en 570[66]. En 573, la médiation du roi Gontran permet à Brunehilde de récupérer les territoires que Chilpéric avait donnés à Galswinthe lors de leur mariage : les cités de Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre[67],[61],[68],[69],[12],[38].

Cependant, le conflit reprend de plus belle et aboutit après plusieurs campagnes à une offensive des Francs de l'est dans le royaume de Chilpéric en 575. Ce dernier est proche de la capitulation mais Sigebert est assassiné[70],[63],[65]. Childebert, le fils de Sigebert, est proclamé roi[71]. Trop jeune, il ne peut empêcher son oncle Chilpéric de reprendre en 576 les territoires cédés à Brunehilde[72]. En 584, c'est au tour de Chilpéric d'être assassiné[73],[74]. Il laisse lui aussi un jeune enfant comme héritier[75]. Les rois Gontran et Childebert se jettent sur l'Aquitaine et s'en disputent la possession[76]. Finissant par se réconcilier, ils signent en 587 un traité à Andelot. La reine Brunehilde reçoit en pleine propriété la cité de Cahors avec tous ses territoires et sa population, alors que Gontran conserve les autres cités en usufruit sa vie durant. À sa mort, elles reviendront à Brunehilde ou à ses héritiers[67],[39].

Le poème de Venance Fortunat

Peinture d'un homme lisant un texte à deux femmes.
Venance Fortunat lisant ses poèmes à Radegonde, tableau de Lawrence Alma-Tadema (1862).

Le poète Venance Fortunat consacre à Galswinthe une œuvre de trois cent soixante-dix vers[14]. Elle est composée peu après l’assassinat de celle-ci et destinée à consoler sa mère Goswinthe et sa sœur Brunehilde (ou Brunehaut)[77],[34]. C'est une lettre officielle de condoléances envoyée par la cour du roi Sigebert à la cour d'Espagne[77],[78]. Elle apparaît aussi comme une œuvre de propagande destinée aux Grands du royaume des Francs[79],[78]. Il s'agit d'un véritable réquisitoire contre Chilpéric[80]. L'essentiel de la charge contre le roi réside dans le rapport que le texte entretient avec Le Rapt de Proserpine du poète Claudien (vers 370 – vers 404)[78].

Le poète décrit Galswinthe quittant Tolède et s'arrachant aux embrassements de sa mère consternée pour partir épouser le roi Chilpéric à Rouen[17],[81],[82]. Fortunat évoque la frayeur éprouvée par la princesse à l’idée de s’expatrier et la souffrance de sa mère qui ne sait si elle reverra sa fille[34],[83]. La tristesse se propage ensuite aux grands, aux domestiques, au palais, à la ville et même au roi[34]. Bien qu'imaginée, cette scène décrivant l'attachement d'une mère pour sa fille est sans doute composée à partir d'informations fournies par Brunehilde[34]. Telle Iphigénie, Galswinthe s’avance vers le sacrifice. Elle ignore tout de son nouveau pays. Elle est à la fois exilée et étrangère[84]. Ce passage du poème reproduit l'enlèvement de Proserpine par l'odieux Pluton, le dieu des Enfers[78]. Le voyage du convoi nuptial vers le royaume de Chilpéric peut être aussi interprété comme une entrée progressive dans les Enfers symbolisée par l'évocation des cinq fleuves. Chez Claudien ce sont le Styx, le Léthé, le Phlégéthon, l'Achéron et le Cocyte. Pour le voyage de Galswinthe, il s'agit de l'Aude, du Rhône, de la Vienne, de la Loire et de la Seine[85].

La jeune fille accepte finalement sa nouvelle existence et se convertit au catholicisme[17]. Prudent, Venance Fortunat tait qu'elle a été assassinée sur ordre de son époux[17],[82]. Le poète préfère insister sur le « signe miraculeux » de la lampe tombant à terre sans s’éteindre et brillant toujours en l’honneur de la jeune reine, signe de sa montée au Ciel[86],[17],[87]. « Triomphant avec Marie, la radieuse mère du Seigneur, elle sert Dieu dans l’armée du Roi Éternel. Par sa réconciliation à l’Église, elle a trouvé grâce, elle brille par une mort précieuse. Ayant abandonné son ancienne robe, elle est aujourd’hui couverte d’un beau vêtement[17] »

Fortunat utilise deux métaphores empruntées à l'œuvre de Claudien. La première est celle des « deux tours » venues de Tolède dont l'une gît à terre. L'arrivée du roi des Enfers se traduit elle aussi chez Claudien par un grand fracas où « les tours se heurtent ; ébranlées en leurs fondements, les cités penchent puis s'écroulent »[88]. La seconde métaphore est celle de la voix du « Tonnant » qui résonne. Elle ne désigne pas seulement l'intervention du Dieu de l’Ancien Testament mais aussi celle d'un autre « Tonnant », le dieu Jupiter, père de Proserpine[88].

Dans le poème, le monde physique intervient par « l’empathie de la nature »[89]. Toute la terre espagnole compatit à la tristesse de Goswinthe au départ de sa fille : « les vallées s’emplissent de larmes et les forêts gémissent ». Plus loin après la mort de la reine, les sources, les forêts, les fleuves, les champs font écho à la douleur de sa sœur Brunehilde[89].

Postérité

Notes et références

Annexes

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