Gavin Hamilton
Peintre britannique néoclassique, négociant en sculptures et peinture (1723–1798)
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Gavin Hamilton, né en 1723 à Lanark, en Ecosse, et mort le à Rome, est un peintre néo-classique écossais, un archéologue et un marchand d'art influent. Il fut l'un des acteurs majeurs du marché des antiquités à Rome au XVIIIe siècle, agissant comme le pivot central entre les fouilles italiennes et les grandes collections britanniques.
Biographie
Il appartient à la famille qui a donné son nom à la ville d'Hamilton.
Il se forme à l'université de Glasgow en Humanités de 1738 à 1742. Il décide par la suite de se tourner vers une carrière de peintre ce qui est peu commun pour son rang social[1]. Il part étudier à Rome en 1744, dans l'atelier d'Agostino Masucci[1]. De 1748 à 1750, il partagea un appartement avec James Stuart, Matthew Brettingham et Nicholas Revett. Il visite avec eux Naples et Venise.
Après un bref retour en Écosse de 1751 à 1756, il peint plusieurs portraits à Londres.
Il retourne en 1756 à Rome, et s'installe dès 1759 avec le peintre John Day près de la Piazza di Spagna dans le quartier des artistes, marchand d'art et touristes. Il y réside jusqu'à sa mort en 1798, tout en ayant une activité importante en tant qu'archéologue et marchand d'œuvres d'art antiques[2]. Il devient le correspondant privilégié des collectionneurs de la Gentry, notamment de Charles Townley.
Archéologue et marchand d'antiquités
À partir de 1769, Hamilton délaisse progressivement la peinture pour se consacrer aux fouilles, une activité qu'il mène avec une rigueur préfigurant l'archéologie moderne.
À partir de 1769, Hamilton mène des fouilles archéologiques à la villa d'Hadrien à Tivoli ( 1769-1771). Ces travaux permettent la découverte de nombreuses sculptures antiques, extraites dans des conditions difficiles de Zones marécageuses où elles avaient été enfouies depuis l'Antiquité tardive.
À partir de 1771, il poursuit ses activités archéologiques sur plusieurs sites des environs de Rome, notamment Tor Colombaro (1771-1772), Albano (1772), Monte Cargnolo (1772-1773), Ostie (1772-1775), la villa Fonseca sur le mont Caelius, Roma Vecchia (villa des Quintili), Castel di Guido et Gabies[3].
Entre 1769 et 1779, il exploite près de 38 sites au total.
Il découvre des pièces capitales aujourd'hui conservées au British Museum, telles que le Vase Townley, le Discobole, la Venus Townley ou encore la statue d'Endymion.
Contrairement à ces concurrents, il documente systématiquement ses découvertes par des descriptions précises, des esquisses et des indications sur le contexte de fouilles.
Il vend une grande partie des œuvres antiques mises au jour à des collectionneurs britanniques. Il entretient notamment une relation étroite avec Charles Townley, ainsi qu'avec William Petty, 2e comte de Shelburne. En 1771, il découvre le Vase de Warwick à la Villa d'Hadrien, qu'il vend à Sir William Hamilton, diplomate britannique et collectionneur installé à Naples.
Dans un contexte où les restaurations des sculptures antiques étaient souvent invasives, Hamilton se forge une réputation d'intégrité, évitant les interventions excessives sur les œuvres qu'il commercialise.
Œuvre
Hormis quelques portraits d'amis, de membre de la famille Hamilton, et de nobles britanniques de passage à Rome, l'essentiel de l'œuvre peint de Gavin Hamilton est consacré à des sujets empruntés à l'Antiquité grecque et romaine. Il est considéré comme l'un des premiers et des plus importants représentants du néoclassicisme en peinture.
Profondément influencé par Nicolas Poussin et par la lecture d'Homère, Hamilton défend un retour à un « style grec strict », fondé sur la clarté de la composition, la gravité des sujets et la référence directe aux sources antiques. Il encourage également l'étude de l'architecture et de la sculpture grecques, notamment à travers les travaux de James Stuart et Nicholas Revett à Athènes, dont les publications exercent une influence déterminante sur l'esthétique néoclassique.
Son œuvre la plus célèbre est un cycle de six tableaux inspirés de l'Illiade d'Homère, commencé en 1758 et achevé près de vingt ans plus tard[2]. Ce cycle ambitionne de traduire en peinture la grandeur épique du poème homérique et constitue l'un des ensembles majeurs de la peinture d'histoire néoclassique au XVIIIe siècle.
Il reçut la commande du retable de l'église Saint'Andrea degli Scozzesi, église nationale écossaise à Rome. Il y représenta le Martyre de Saint André.
Parmi ses autres œuvres notables figurent :
- Agrippine arrivant à Brindisi avec les cendres de Germanicus, 1765-1772, huile sur toile, 1 821 × 256 cm, Tate Britain, Londres[4].
- Vénus accordant, à Pâris, Hélène pour épouse, 1782-1784.
- Vénus présentant Hélène à Pâris, vers 1777-1780, huile sur toile, 211 × 259 cm, musée du Louvre.
- Le Serment de Brutus ou (en) « The death of Lucretia », 1763-1767, huile sur toile, 213.4 x 264.2 cm, Yale Centre for British Art, New Haven.
- James Dawkins et Robert Wood découvrant les ruines de Palmyre, 1758, huile sur toile, 309 x 388 cm, Galerie nationales d'Écosse.
- Achille se lamentant sur le corps de Patrocle, entre 1760 et 1763, huile sur toile, 227 x 391 cm, Galeries nationales d'Écosse.
- Portrait de Douglas Hamilton, vers 1775-1777, huile sur toile, 183 x 144 cm, Galeries nationales d'Écosse.
- Portrait d'Elizabeth Gunning, duchesse Hamilton, après 1752, huile sur toile, 67 x 55 cm, Galerie nationales d'Écosse.
- Portrait d'Elizabeth Gunning, 1752, huile sur toile, 256 x 164 cm, Galeries nationales d'Écosse.
- Portrait d'Elizabeth Gunning, huile sur toile, 67 x 55 cm, Galeries nationales d'Écosse.








Réception et influence
À Rome, Gavin Hamilton jouit d'une grande estime auprès de figures majeures du monde artistique et intellectuel, telles que Johann Joachim Winckelmann, Johann Wolfgang von Goethe et le sculpteur Antonio Canova. En revanche, sa reconnaissance en Grande-Bretagne demeure plus limitée, bien qu'il ait compté parmi ses mécènes le duc de Dorset, Lord Egremont, le vicomte Palmerston, Lord Shelburne, Lord Spencer, Lord Hope et Sir James Grant.
Méthodes et restaurations
Hamilton supervise la restauration des marbres antiques dans les ateliers romains les plus prestigieux, notamment ceux de Bartolomeo Cavaceppi et Carlo Albacini.
Il défend une approche basée sur l'autorité antique[5], cherchant à restituer les œuvres au plus près de leur iconographie supposée d'origine.
Ses choix de restauration ont parfois suscité des débats avec ses clients. Pour la petite Vénus d'Ostie, il a longuement argumenté via des esquisses sur la position des bras, refusant les interprétations qu'il jugeait anachroniques.
Très attentifs aux détails, Hamilton critique certaines pratiques contemporaines de restauration. Il déplore notamment l'usage d'acides par Cavaceppi pour nettoyer la tête de Jupiter Sérapis, procédé qui fit disparaître des traces de polychromie rouge que le collectionneur Charles Townley souhaitait conserver[5].
Réseaux et collaborations
Hamilton collabore étroitement avec Giovanni Battista Piranesi. Il joue également un rôle de conseiller auprès de jeunes artistes britanniques, parmi lesquels Anne Forbes, Willian Cochran, David Allan et Alexander Nasmyth.
Il rencontre Antonio Canova en décembre 1779, lors du premier séjour du sculpteur à Rome. Hamilton l'encourage à abandonner son style rococo initial et à orienter son travail vers une synthèse entre l'étude de la nature et l'imitation des meilleurs modèles antiques et modernes.
Rôle diplomatique et exportation des antiquités
Hamilton opère dans un contexte de protectionnisme strict régi par le Vatican, où le Cardinal Camerlengo exerce un droit de préemption sur les découvertes. Il effectue d'importantes donations au Musée Pio-Clementino. Pour contourner ces restrictions, il n'hésite pas à utiliser la dissimulation ou la corruption. En 1792, il joue de la situation géopolitique instable pour obtenir l'exportation du Discobole. Il convainc les autorités papales, alors menacées par l'invasion française, que céder des marbres à l'Angleterre est un moyen de s'assurer du soutien britannique.
En 1785, Gavin Hamilton achète La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci et l'envoie à Londres pour y être vendue. L'œuvre acquise correspond à la version aujourd'hui conservée à la National Gallery de Londres.
Postérité
Gavin Hamilton occupe une place importante dans l'histoire du néoclassicisme européen, tant par son œuvre de peintre que par son rôle dans la découverte, la circulation, et la diffusion de l'Antiquité auprès des collectionneurs britanniques du XVIIIe siècle.
Bibliographie
- Marin Quigna, Gavin Hamilton : The Great Harvest : de la fouille à une antiquité rêvée : un antiquaire écossais dans la Rome de la seconde moitié du XVIIIe siècle, , 175 p. (lire en ligne)
- (en) Brendan Cassidy, The life & Letters of Gavin Hamilton (1723-1798). Artist and Art Dealer in Eighteenth-Century Rome, Londres, Harvey Miller, , 855 p. (lire en ligne)
- (en) Brendan Cassidy, « Gavin Hamilton, Thomas Pitt and Statues for Stowe », The Burlington Magazine, vol. 146, no 1221, , p. 806-814 (lire en ligne)
- (en) David Irwin, « Gavin Hamilton: Archaelogolist, Painter, and Dealer », The Art Bulletin, vol. 44, no 2, , p. 87-102 (lire en ligne)
- (en) A. H. Smith, « Gavin Hamilton's Letters to Charles Townley », The Journal of Hellenic Studies, vol. 21, , p. 306-321 (lire en ligne)