Charles Townley

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Charles Townley
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William Townley (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Cecilia Standish (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Charles Townley ou Towneley, né le 1er octobre 1737 à Towneley Hall et mort le 3 janvier 1805, est un antiquaire et collectionneur anglais. Appartenant à une ancienne famille anglaise particulièrement aisée, il emploie sa fortune à voyager en Italie et en Grèce et à acquérir une célèbre collection d’antiquité, connue sous le nom de marbres Towneley.

Sa collection, acquise par le British Museum en 1805 auprès de ses descendants, forme encore aujourd'hui le cœur des collections gréco-romaines du musée.

La famille Townley et Towneley Hall

La famille Townley, ou Towneley, est une ancienne famille anglaise, dont les premières mentions du nom remontent au XIIIe siècle[1]. Elle doit son nom au domaine de Townley, non loin de Burnley. Jusqu'au XVIe siècle, la plupart des informations disponibles sur la famille proviennent de transactions foncières et d'enquêtes post-mortem. Les membres de la famille Townley étaient souvent des soldats, certains bénéficiant d'une position sociale plus élevée, comme celle de Haut-Shérif de Lancashire[1]. À partir du milieu du XVIe siècle, les Townley refusent de se convertir au protestantisme et subissent alors un certain nombre de persécutions liées à leur foi catholique (amendes, emprisonnements, interdiction d'exercer des fonctions publiques) et ceux jusqu'à l'adoption du Roman Catholic Relief Act en 1829.

Towneley Hall.

Towneley Hall, dans le Lancashire, est le domaine familial jusqu'à ce qu'il soit vendu par Lady O'Hagan, la dernière héritière de la famille, en 1901, à la ville de Burnley. Le parc ouvre au public dès 1902. Le manoir, qui est maintenant un monument classé de Grade I, ouvre en tant que musée le 20 mai 1903[1]. Le musée de Towneley Hall comprend une collection d'environ 30 000 objets, parmi lesquels du mobilier ayant appartenu à la famille Townley, des objets datant de l'Égypte antique, des œuvres d'artistes tels que John William Waterhouse et Joseph Mallord William Turner, ou encore des collections d'histoire naturelle[2].

Jeunesse

Charles Townley est le fils aîné de William Townley (1714-1741) et de Cecilia Standish (1714-1778), fille de Ralph Standish et petite-fille de Henry Howard, sixième duc de Norfolk. Il naît le 1er octobre 1737 à Towneley Hall[3].

En 1742, à la mort de son père, il hérite du domaine et est envoyé au collège de Douai, sous la charge de John Tuberville Needham qui lui enseigne la littérature classique. Son oncle, John Townley, lui-même collectionneur, joue un rôle de mentor en l'introduisant à la haute société parisienne et lui partageant sa passion pour l'art. En 1758, âgé de vingt-et-un ans, il s’installe à Towneley Hall[4].

Les Grands Tours

Charles Townley fait un premier Grand Tour en Italie, en 1767-1768. Ce voyage marque le début de son intérêt pour l’art antique. Il commence alors à constituer sa collection, notamment avec l’aide de Gavin Hamilton, Thomas Jenkins, et Giovanni Battista Piranesi. Deux carnets décrivent ce premier séjour en Italie, détaillant son itinéraire et ses achats. Il se rend notamment à Florence, dans le Sud de l’Italie et en Sicile[5].

Entre 1771 et 1774, il réalise un deuxième voyage, entre la France et l’Italie. Il arrive à Rome en 1772, où il est reçu en audience par le pape le 21 février. Il se rend à Naples début mai puis, entre le 20 mai et le 21 juin, il voyage aux Pouilles et en Calabre en compagnie de William Young et de John Brown. Entre octobre et décembre, il retourne à Naples, avant de s’installer à Rome pour le reste de l’année 1773[5]. Après ce deuxième séjour en Italie, Townley retourne à Londres en 1772, puis en 1778 il s'installe dans sa nouvelle maison située au n°7 Park Street, à Westminster.

En 1777, alors qu’il vit en Angleterre depuis quelques années, Townley repart pour un troisième voyage à Rome. De retour à Londres, il continue ses achats d’art antique, auprès de salles de vente londoniennes ou par l’intermédiaire de marchands italiens[5].

Influences et réseaux savants

Son ascension au sein du milieu érudit britannique se précise dans les années 1780. En 1782, il est admis comme membre de la Société des Dilettanti, cercle réunissant des amateurs éclairés ayant voyagé en Italie et dévoués à l'étude des arts antiques. Il collabore activement avec son ami proche Richard Payne Knight à la préparation de l'ouvrage de référence Specimens of Ancient Sculpture (dont le premier volume paraît en 1809). Ce projet ambitieux permet de documenter scientifiquement 23 pièces majeures de sa propre collection, les replaçant dans une perspective historique de l'évolution de la sculpture antique.

En mars 1786, il devient membre de la Society of Antiquaries, dont les travaux contribuent à l'élaboration des fondements empiriques de l'archéologie moderne. Il publie ses recherches dans les registres de la société et dans la revue Archaeologia.

En 1791, il est nommé trustee (administrateur) du British Museum[3]. À ce titre, il participe aux orientations institutionnelles de l'établissement et prend part aux réflexions relatives à son développement. Son engagement dépasse un rôle purement honorifique : en 1802, il siège au sein d'un sous-comité restreint, aux côtés de Sir Joseph Banks (président de la Royal Society), Sir William Hamilton et Thomas Astle (paléographe), chargé d'élaborer les plans d'une nouvelle aile destinée à l'accueil des antiquités nationales.

Sous l'influence du baron d'Hancarville, qui séjourne chez lui et catalogue sa collection, et de Richard Payne Knight, il développe une interprétation complexe de l'art antique, fondée sur des lectures mythologiques et symboliques. Cette approche oriente ses choix d' acquisitions et ses recherches. Il s'appuie également sur son réseau d'agents établis à Rome, comme Gavin Hamilton et Thomas Jenkins. Ces derniers lui procurent des œuvres issues de fouilles prestigieuses, notamment à Tivoli et à Monte Cagnolo, et jouent un rôle essentiel de conseillers techniques, tant pour la restauration que pour l'authentification de ses marbres antiques.

Ce réseau, incluant également Sir Joseph Banks et Charles Francis Greville, a permis de transformer sa demeure du 7 Park Street en laboratoire du savoir antique ouvert au public. En mettant à disposition des livrets de visite, il préfigure les principes muséographiques modernes.

Il suit de près certaines collections, comme celles d'Henry Blundell, de Lord Egremont, de William Weddell, de Lyde Browne ou encore de Lord Shelburne, ce qui lui permet de se tenir au courant des dernières acquisitions.

À partir de 1803, sa santé décline. Il meurt le 3 janvier 1805 et est enterré dans la chapelle familiale à Burnley. Son héritage passe d’abord à son frère, Edward Towneley Standish, puis à son oncle, John Towneley de Chiswick[3].

Constitution de la collection

Si la collection Townley est essentiellement connue pour ses quelque 300 marbres antiques provenant d’Italie, elle comporte également des vases grecs, des terres cuites et des bronzes, des éléments architecturaux comme des antéfixes, des monnaies et des gemmes antiques, des sceaux et des bijoux[6]. Elle comprenait aussi dessins, manuscrits, catalogues et autres publications, démontrant combien Charles Townley était un amateur passionné et érudit. Ce sont les marbres qui demeurent, à ce jour, les plus documentés, tant du point de vue des œuvres elles-mêmes que de leur provenance et de leur acquisition par Townley. Il ne cesse d’acquérir pendant plus de la moitié de sa vie, de ses 30 à ses 67 ans[7]. S’il s’inscrit dans la tradition de la Renaissance, par l’achat de petits objets facilement transportables et qui formaient la majeure partie des collections d’antiques de l’époque, l’acquisition de grandes sculptures est une activité nouvelle, réservée aux amateurs les plus fortunés et facilitée par la pratique du Grand Tour. Ces marbres proviennent soit d’anciennes collections romaines dispersées, soit des fouilles en cours en Italie[7].

Au-delà des biens mêmes qui forment cette collection, « one of the finest in this kingdom if not indeed the first in excellence »[8], il est tout à fait intéressant d’examiner la manière dont Townley s’inscrit dans le collectionnisme d’antiques du XVIIIe siècle. Les archives Townley sont exceptionnellement prolixes pour que son activité, à partir de ses Grands Tours de la fin des années 1760 à la fin des années 1770, puisse être précisément connue aujourd’hui. À la fin de ses voyages, qui lui ont donné le goût pour les antiquités classiques et à la fin desquels le noyau de sa collection était déjà formé, les relations qu'il y a tissées se maintiennent à son retour[9].

Les archives Townley

Conservées au British Museum depuis 1992, les archives Townley contiennent une riche correspondance ainsi que des listes, dont une en italien recensant les biens achetés en Italie en 1767, une établie vers 1785 par des marchands, ou encore une autre, indiquant les fournisseurs et les prix, dans laquelle les objets sont classés selon un ordre qui suit les salles dans lesquelles ils sont exposés à Park Street[10]. Elles sont complétées par des factures, des livres de compte, des carnets et des catalogues rédigés par Townley lui-même. Les livres de compte en particulier, même s’ils sont hélas incomplets, compilent le détail des acquisitions : dates précises d’achat, prix, noms des marchands. Celui du Grand Tour de 1767-1768 est manquant[10].

Pour ses acquisitions depuis le Royaume-Uni, les livres de comptes sont conservés pour la période 1780-1787 et pour une partie des années 1782 et 1804. Les archives comprennent également des reçus de Thomas Jenkins, de Gavin Hamilton et de James Byres qui ont pu acheter auprès d’autres marchands italiens pour le compte de Townley, tels que Carlo Albacini, Giovanni Battista Piranesi, Antonio Vinelli, Giovanni Battista de Domenici et Lorenzo Cardelli. Ces trois marchands figurent alors en effet parmi les principaux pourvoyeurs d’antiquités.

Des catalogues de ventes annotés prouvent que Townley a également acquis des œuvres lors de ventes aux enchères, ainsi qu’auprès de grands collectionneurs en Angleterre[9].

Des acquisitions par correspondance

Les carnets personnels de Townley informent essentiellement sur ses affaires privées, bien qu’ils mentionnent sporadiquement des acquisitions, à l’image d’un relief en marbre orné de deux têtes (British Museum, inv. 1805,0703.263), qui lui a été offert en cadeau par Sir William Hamilton le 1er mai 1801, qui aurait été découvert au large d’Agrigente, ou bien dans la baie de Baia, d’après le journal de Townley à la page datée du 12 mai 1801[11]. Un relief votif et une base circulaire décorée de griffons en relief lui ont été offerts par le duc de Bedford en mai 1804 (inv. 1805,0703.139 et 1805,0703.453). Le premier, caractéristique de l’Athènes du IVe siècle av. J.-C., a été restauré par Bartolomeo Cavaceppi, sculpteur auquel on faisait fréquemment appel pour les restaurations d’antiques au XVIIIe siècle. Townley écrit que le duc de Bedford l’avait lui-même acquis auprès de son père, le marquis de Tavistock, et que la caisse arrivée de Rome n’a été ouverte à Park Street que le 3 juin de la même année[11].

Toutefois, l’élément le plus conséquent et le plus instructif contenu dans les archives Townley est sa correspondance avec les marchands Thomas Jenkins, Gavin Hamilton et James Byres. De fait, les sculptures majeures de sa collection n’ont pas été achetées directement par Townley en Italie mais bien depuis l’Angleterre, par correspondance[11]. Ces lettres concernent avant tout les fouilles que Gavin Hamilton mène en Italie. Celui-ci entreprend des fouilles spéculatives dans l’objectif de découvrir des statues antiques à Rome et aux alentours – fouilles très éloignées des standards professionnels actuels, qui incluent un enregistrement rigoureux des données et du contexte de découverte des objets[8]. La correspondance de Townley comprend également les détails des envois : emballage des œuvres, transport, négociations pouvant durer des mois, et dispositions de paiement, voire d’obtention d’une licence d’export en accord avec les autorités pontificales[11]. Il est également question de la restauration des œuvres.

Beaucoup de marbres appartenant à Townley ont d’abord été achetés par Thomas Jenkins, qui a connu le succès non pas en tant que peintre, comme il l’espérait, mais comme marchand d’antiques et de peintures, authentiques ou non[12]. Le noyau de la collection Townley est issu d’anciennes collections romaines négociées par Jenkins pour 5000 £[12]. Le groupe d’enfants se disputant autour d’un jeu d’osselets – dont le sujet a été identifié par Winckelmann –, qui ornait auparavant le palais Barberini et a été découvert dans les thermes de Trajan, est décrit comme la sculpture la plus chère de ce premier ensemble et comme le premier achat important de Townley, pour 400 £, une somme alors absolument considérable[12]. Cette œuvre apparaît dans un reçu, édité par Jenkins le 12 août 1768, conservé à la Bodlein Library, avec d’autres sculptures antiques dont la plupart sont identifiables aujourd’hui, bien que toutes ne soient pas demeurées au sein de la collection Townley[12].

Rivalités et esprit critique

La précieuse collection de marbres constituée par Charles Townley n’est pas sans attirer l’attention des autres collectionneurs, comme Lansdowne, qui est de la même manière en contact avec les marchands britanniques actifs en Italie[8]. La rivalité règne entre collectionneurs certes, mais aussi entre marchands qui n’hésitent pas à flatter voire à induire en erreur leurs acheteurs. Tandis que Jenkins s’adresse à l’évêque de Derry, ce dernier se rapproche au contraire d’Hamilton. En 1774 par exemple, Hamilton envoie à Townley un compte rendu des fouilles du port d’Ostie incluant un inventaire de ses trouvailles, dont une sculpture d’Antinoüs qui allait être achetée par l’évêque de Derry que Jenkins considère comme étant bien inférieure au Faune qu’il proposait lui-même à Townley[8]. De la même façon, Hamilton prévient Townley contre l’achat d’un Endymion qu’il vient de découvrir à Roma Vecchia car il le juge de qualité médiocre. Or Jenkins achète cette œuvre pour la proposer lui aussi à Townley qui s’étonne de ces avis contradictoires. Jenkins a été contraint d’en diminuer le prix, prétextant qu’il fait une faveur au bien renommé Townley pour que celui-ci accepte de l’acheter (British Museum, inv. 1805,0703.23)[8].

Townley n’est pas le seul à effectuer des acquisitions par correspondance, mais l’éloge qui lui est fait induit un biais dans les études portant sur le collectionnisme puisqu’il laisse penser que la collection Townley est nettement supérieure à celles de ses contemporains en termes d’ampleur et de qualité. Or l’exceptionnalité de Townley réside surtout dans le fait que sa collection et sa constitution sont particulièrement bien documentées, les œuvres étant décrites en détail dans des lettres souvent accompagnées de dessins, ce qui facilite grandement leur identification aujourd’hui.

La collection dans la maison de Charles Townley au 7 Park Street

À partir de 1778, suite à son dernier Grand Tour, il emménage dans une vaste maison londonienne située au 7 Park Street à Westminster (devenu aujourd’hui le 14 Queen Anne’s Gate). La maison a été bâtie par M. Barrett et l’architecte Samuel Wyatt, elle est composée de quatre niveaux ; Charles Townley installe sa collection au rez-de-chaussée et au premier étage.

William Chambers, The collection of Charles Townley in the entrance hall of his house, 1794, British Museum

Les aquarelles de William Chambers réalisées en 1794, conservées au British Museum, permettent de comprendre comment était disposée la collection. Au rez-de-chaussée, la collection est installée dans le hall d’entrée, le salon et la salle à manger[13]. Le hall d’entrée présente des reliefs, des urnes et quelques statues. La salle à manger est la pièce la plus vaste, elle concentre la plupart des grands marbres de la collection, comme le Discobole, la Caryatide et la Vénus Townley. Au premier étage, la collection se déploie dans la bibliothèque et deux petits salons. Dans ces espaces figuraient des œuvres de petits formats, des statuettes, des bustes et des reliefs. La bibliothèque de Charles Townley est représentée dans une conversation piece de Johan Zoffany, peinte en 1781-1798, intitulée Charles Townley and His Friends in His Library at Park Street, Westminster. De manière générale, le collectionneur met en place dans sa maison un accrochage symétrique[14], où les œuvres se répondent par leurs sujets, leurs typologies et leurs dimensions.

William Skelton, Carte de visite de la demeure de Mr Townley au n°7 Park Street Westminster, 1778-1848, British Museum

La maison de Charles Townley était décorée « à l’antique » en reprenant les codes de l’architecture monumentale et domestique. Les murs étaient peints en pourpre et en bleu, évoquant les temples antiques et les fresques pompéiennes. Ils étaient rythmés par des colonnes ioniques, des niches, des frises et des masques de théâtre[15].

La maison était ouverte gratuitement au public. Charles Townley promouvait sa collection via une carte de visite[16], faite par William Skelton, sur laquelle sont représentés les bustes de Périclès, d’Homère et de Clytie. Ces œuvres figurent dans un paysage de ruines, au centre, apparaît l’adresse du collectionneur « Mr Townley Park St. West, n° 7 ». Charles Townley proposait quelques visites de sa collection et laissait également à disposition un livret de visite fournissant des informations sur les œuvres[17]. Ce livret présentait une description et une datation des marbres, il mentionnait le sujet, le style, la provenance, enfin, Townley y précisait les restaurations subies et les différentes interprétations possibles.

La collection Townley au British Museum

À la mort du collectionneur, le 3 janvier 1805, le devenir de sa collection est en suspens. Charles Townley a rédigé un testament dans lequel il léguait tous ses marbres au British Museum. Cependant, il ajouta un codicille modifiant ses dernières volontés et chargeant ses héritiers de trouver une galerie ou de réaliser des travaux dans la demeure familiale à Towneley Hall pour y exposer sa collection[18]. Face à cette nouvelle, le British Museum et le Parlement britannique se sont mobilisés via une pétition datée du 5 juin 1805[19]. Ils y expriment leur souhait d’acquérir la collection pour la somme de 20.000 £, qui deviendrait ainsi la première collection de sculptures gréco-romaines du musée. La pétition[20] mentionne que cet achat est motivé par la qualité des œuvres, par la popularité de la collection et par la volonté de la mettre à disposition du grand public. Les descendants de Townley acceptent la proposition et l’acquisition est établie le 20 juillet 1805. Les monnaies, gemmes, céramiques et dessins qui composent le reste de la collection Townley sont quant à eux achetés par le musée, plus tard, en 1814, à Peregrine Edward Towneley[21].

George Scharf, The Townley Gallery, 1827, British Museum.

Afin de recevoir cette imposante collection, la Montague House, qui abritait le musée, est agrandie par une annexe, la Townley Gallery[21], qui est inaugurée le 3 juin 1808. L’intérieur de cette nouvelle galerie est connu par des aquarelles et quelques gravures. En 1846, la galerie est détruite et un nouveau bâtiment construit par Sir Robert Smirke abrite désormais le British Museum, une partie de la collection Townley est alors présentée dans les salles gréco-romaines. En 1984, des travaux sous la Duveen Gallery ont permis de convertir d’anciennes réserves en salles d’exposition, créant de nouvelles salles dont une Townley Room, réunissant la collection[22]. En 1992, le musée acquiert les archives du collectionneur, surnommées les Townley Papers, puis en 1995, il achète les aquarelles de William Chambers. Aujourd’hui, les œuvres sont exposées dans différentes salles du musée notamment dans les sections suivantes : « Enlightenment Gallery », « Greek and Roman Sculpture », « Roman Empire ». Parmi ces œuvres, on peut citer :

  • Antinoüs Townley[23]
  • Buste de Clytie, un portrait en marbre réalisé vers 40-50. Longtemps identifié comme la nymphe Clytie, Charles Townley la décrivait quant à lui telle une Isis dans une fleur de lotus[24].
  • Cariatide Townley[25]
  • Discobole Townley, une copie en marbre du IIe siècle d'un original en bronze du Ve siècle av. J.-C. du sculpteur grec Myron. Celle-ci a été excavée dans la villa d'Hadrien à Tivoli. Contrairement aux autres copies, le Discobole Townley ne regarde pas en arrière. En 1948, la copie de Townley est réutilisée par le dessinateur Walter Herz sur des affiches publicitaires des Jeux Olympiques de Londres, en réponse de l'usage propagandiste que les nazis avaient fait du Discobole[26].
  • Homère Townley, un buste en marbre du poète grec de la fin du VIIIe siècle av. J.-C. Homère. Ce buste portant des inscriptions grecques de chaque côté a été découvert à Baïes en Italie et serait une copie romaine d'un original grec hellénistique aujourd'hui disparu[27].
  • Le cannibale, une sculpture en marbre sans doute du Ier siècle qui faisait partie d'un groupe de joueurs d'osselets, identifié par Johann Joachim Winckelmann comme une copie romaine des Astragalizontes du sculpteur grec Polyclète[28].
  • Lévrier Townley, groupe romain en marbre attribuable aux Ier-IIe siècles [29].
  • Hadrien Townley, buste en marbre de l'empereur romain Hadrien, réalisé vers 117-138[30].
  • Marqueur de tombe du cordonnier Xanthippos, stèle tombale réalisée en marbre à Athènes entre 430 et 420 av. J.-C.[31].
  • Périclès Townley, buste en marbre du stratège athénien du Ve siècle avant notre ère Périclès, dont le nom est inscrit sur le buste. Il reconnaissable à son casque allongé qui d'après Plutarque, dans la Vie de Périclès, relate qu'il servait à cacher le front proéminent du personnage. Ce buste trouvé à la «Villa di Cassius» à Tivoli, serait une copie romaine d'un original disparu du sculpteur grec Crésilas au Ve siècle av. J.-C.[32].
  • Relief en calcaire du IIe-IIIe siècles, représentant Pan, Zeus et trois nymphes tenant des coquillages[33].
  • Sculpture du Pan jeune, réalisée en marbre de Carrare entre 45-25 av. J.-C. et signée sur le support par un certain Marcus Cossutius Cerdo[34].
  • Sphinx Townley, sculpture en marbre réalisée entre 120-140 qui servait probablement de support de table[35].
  • Vase Townley[36]
  • Venus Townley[37]

Représentations de Charles Townley

Group of Connoisseurs, par Richard Cosway, 1775, Towneley Hall Art Gallery & Museum

En 1775, Charles Townley est dépeint en compagnie de plusieurs de ses amis dans une huile sur toile du peintre Richard Cosway. Au XXe siècle, l’œuvre a souvent été attribuée à Johan Joseph Zoffany qui a réalisé une seconde conversation piece représentant Charles Townley quelques années plus tard[38].

Dans la toile de Cosway intitulée Group of Connoisseurs, les personnes peuvent être identifiées de gauche à droite comme Richard Oliver, Charles Townley, Dr. Verdun, Richard Holt et Captain Wynn, tandis que l’homme assis est Chase Price[39]. Ils semblent analyser les antiquités présentées devant eux, identifiés comme provenant de la collection de Charles Townley, renvoyant comme le rappelle le titre du tableau à la pratique du connoisseurship. Les postures de ces hommes, les positions de leurs mains et la direction de leurs regards indiquent cependant que le sujet de la discussion présente un caractère plus érotique qu’érudit. Le caractère sexuel de leur attrait pour la sculpture acéphale nue présentée de dos qui se trouve sur le piédestal est confirmé par un titre plus évocateur également donné au tableau, The Lecture on Venus’s Arse. Au-delà d’une représentation sociale de connaisseurs et de collectionneurs, la représentation fait écho au regard lascif que ceux-ci posent sur le nu antique et rappelle les théories, notamment sur les iconographies phalliques dans l’Antiquité, que développent d’autres érudits de l’entourage de Charles Townley comme Pierre François Hugues d’Hancarville et Richard Payne Knight. Le tableau présente donc un caractère inapproprié qui peut expliquer qu’il n’ait jamais été exposé à la Royal Academy alors même que Richard Cosway était académicien. De même, la toile n’a pas été diffusée par la gravure et elle n’était en réalité visible que pour un petit nombre de personnes puisqu'elle était installée dans une pièce assez intime, le salon privé de la maison de Townley à Whitehall. Par la suite, plus que le message véhiculé par l’œuvre, c’est le mobilier figuré à travers le fauteuil qui a surtout intéressé les historiens de l’art[40].

La peinture est aujourd’hui conservée au Towneley Hall Art Gallery & Museum sous le numéro d’inventaire BURGM:paoil195[41].

Charles Townley and His Friends in His Library at Park Street, Westminster, Johan Joseph Zoffany, 1781-1798, Towneley Hall Art Gallery & Museum

L’huile sur toile Charles Townley and His Friends in His Library at Park Street, Westminster réalisée par Johan Joseph Zoffany a connu une renommée plus grande que l’œuvre de Richard Cosway précédemment évoquée. La peinture de Zoffany a en effet été exposée à la Royal Academy en 1790 et elle a été diffusée par la gravure. L’artiste aurait peint cette conversation piece en 1782 puisqu'elle est mentionnée déjà cinq ans avant son exposition à la Royal Academy et que Zoffany réalise un voyage en Inde de 1783 à 1789. En 1798, l’artiste retouche la toile pour y ajouter la sculpture du Discobole, découverte en 1791 et considérée comme une acquisition majeure de la collection Townley[42].

L’œuvre dépeint l’une des collections d’antiques les plus célèbres du XVIIIe siècle, la collection regroupée par Charles Townley dans sa maison londonienne du 7 Park Street à Westminster. L’abondance de sculptures antiques dans cette pièce témoigne du dialogue entre littérature érudite et artefacts anciens[43]. La représentation aide à la compréhension de la pratique de la collection par Townley qui étudie les antiques mais les dispose également afin d'orner sa demeure[44]. Parmi les œuvres portraiturées, il est possible de reconnaître le Vase Townley, le buste de Clytie (appelé par Charles Townley « sa femme » car il s’agissait de sa pièce préférée), la célèbre Vénus Townley, une sculpture de faune du type Barberini, le buste d’Homère fait écho au profil du collectionneur sur la droite du tableau et, au premier plan se trouve le Discobole de la collection Townley. L’artiste a joué avec les proportions pour permettre à toutes ces sculptures d’entrer dans le cadre. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’une représentation fidèle de la bibliothèque de Charles Townley mais d’une vision imaginaire et inventée par l’artiste pour créer de l’effet en regroupant dans un même espace les pièces majeures de la collection Townley qui se trouvaient en réalité dispersées dans sa propriété[45],[46].

Les personnages représentés peuvent être identifiés comme Charles Greville et Thomas Astle qui se tiennent debout derrière le baron d’Hancarville au centre du tableau tandis que Charles Townley est assis en bas à droite avec son chien à ses pieds[47]. Il s’agit de représenter le collectionneur entouré de ses propriétés et en compagnie de ses amis et confrères. Différentes lectures du tableau peuvent être envisagées, notamment à la lumière des théories du baron d’Hancarville[48]. Cependant, la question du regard intime posé sur les antiques qui était au cœur de la toile de Richard Cosway est ici réduite au geste de Charles Greville envers le buste de Clytie[49].

La référence à La Tribune des Offices, précédemment peinte par Zoffany, est claire et elle inscrit ainsi les protagonistes dans la tradition du connoisseurship tout en sacralisant la collection Townley. La toile s’inscrit également dans une autre tradition, celle de la représentation des collectionneurs avec leurs collections, à la manière de l’ancêtre de Charles Townley, Lord Arundel in His Gallery par Daniel Mytens[50].

La collection Townley a été très admirée du temps de son collectionneur mais au XIXe siècle, elle est peu à peu éclipsée par l’arrivée des marbres Elgin. Le tableau de Zoffany a contribué à faire perdurer le souvenir de Charles Townley et sa collection[51].

Autres représentations du collectionneur

Il existe plusieurs autres représentations de Charles Townley, notamment dans des portraits individuels sculptés. Le collectionneur est représenté portant une perruque dans un buste en marbre blanc au style naturaliste réalisé à Rome en 1769 par le sculpteur Christopher Hewetson. L’œuvre est aujourd’hui conservée au British Museum, inventoriée 1995,0402.1[52].

Ce premier buste se distingue du portrait sculpté par Joseph Nollekens après la mort de Charles Townley en 1805, dans un style classique, proche d’un buste antique dans la pose ou encore dans la représentation des cheveux. Le portrait du collectionneur n’est pas pour autant idéalisé comme en témoignent les détails des verrues sur les joues. Trois versions de ce buste posthume ont été réalisées par l’artiste[53], l’une d’elles, signée et datée de 1807 est aujourd’hui conservée au Towneley Hall Art Gallery & Museum et identifiée par le numéro scu060[54] ; tandis qu’un autre exemplaire, de 1811, se trouve au British Museum sous le numéro d’inventaire OA.10272[55]. Joseph Nollekens semble travailler au portrait de Charles Townley dès 1805 à l’aide d’un masque facial. Il connaissait cependant le collectionneur de son vivant car il avait dessiné plusieurs antiques de sa collection et restauré certains des Marbres Townley[56].

Dans les collections des National Galleries of Scotland se trouve, sous le numéro D 4983, une miniature non datée, au crayon sur papier vélin, de l’artiste John Brown. Le dessin figure le portrait d’un jeune homme assis face à un buste antique qui pourrait être identifié comme Charles Townley[57].

Une miniature sous la forme d’un médaillon, produite par la manufacture Wedgwood and Sons vers 1790, porte également le portrait de Charles Townley. Cette représentation en buste de profil du collectionneur prend l’aspect d’un camée grâce aux couleurs bleue et blanche du jaspe qui le compose. Le médaillon est conservé au British Museum sous le numéro d’inventaire 1887,0307,I.84[58] et un moule du médaillon se trouve au Victoria and Albert Museum avec pour numéro WE.8618-2014[59].

Voir aussi

Les publications

En dehors de ses nombreux cahiers de voyage, Charles Townley est à l'origine d'une seule publication : un essai intitulé Vetusta Monumenta au sujet d'un casque antique trouvé à Ribchester[4].

Bibliographie

Liens externes

Notes et références

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