George Arthur
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George Arthur, né le 21 juin 1784 et mort le 19 septembre 1854, est un administrateur colonial britannique, successivement lieutenant-gouverneur du Honduras britannique, de l'actuelle Tasmanie, du Haut-Canada et de Bombay.
| George Arthur | |
George Arthur (1887) | |
| Fonctions | |
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| Lieutenant-gouverneur du Honduras britannique | |
| – (8 ans) |
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| Lieutenant-gouverneur de la Terre de Van Diemen (Tasmanie) | |
| – (12 ans) |
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| Lieutenant-gouverneur du Haut-Canada | |
| – (3 ans) |
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| Gouverneur de Bombay | |
| – (4 ans) |
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| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Plymouth |
| Date de décès | (à 70 ans) |
| Lieu de décès | Londres |
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C'est sous son gouvernorat qu'a lieu la Black War, qui conduit à la quasi-disparition des Aborigènes de Tasmanie.
Biographie
George Arthur nait à Plymouth, en Angleterre, fils cadet de John Arthur, riche brasseur[1] issu d'une famille de Cornouailles et de son épouse Catherine. Il entre dans l'armée en 1804 comme enseigne, est promu lieutenant en juin 1805, et sert durant les guerres napoléoniennes, notamment lors de l'expédition de James Craig en Italie en 1806. En 1807, en Égypte, il est blessé lors de l'attaque de Rosette. Après sa convalescence, il est promu capitaine sous les ordres de James Kempt en Sicile en 1808 et participe à l'expédition de Walcheren en 1809[2].
George Arthur épouse en 1814 Eliza Orde Ussher, fille d'un lieutenant-général. Leur fille Catherine se marie avec Henry Bartle Frere, secrétaire particulier de son père à Bombay. De leur union naît l'écrivaine Mary Frere.
Honduras
En 1814, Arthur est nommé lieutenant-gouverneur du Honduras britannique et colonel au sein de l'état-major, concentrant ainsi le commandement militaire et le gouvernement civil. Il lance de grands travaux : amélioration des communications et des défenses de la colonie, asséchement des marais. Il réglemente la colonisation des terres et veut améliorer l'administration de la justice en réduisant le rôle de la magistrature élue. Il tente d’assurer une protection juridique aux esclaves de son territoire et, en 1822, affranchit les descendants des Indiens Mosquitos qui, selon lui, avaient été illégalement asservis. Il s’aliène ainsi les propriétaires d’esclaves et accroit l’opposition dont il est déjà l’objet en raison de son autoritarisme. Il réplique en démettant ses adversaires de leurs fonctions. Cependant, il reçoit le soutien d'abolitionnistes comme William Wilberforce ou James Stephen[2],[1].
Tasmanie
Système pénal
En mai 1824, Arthur arrive à Hobart et prend ses fonctions de gouverneur dans ce qui s'appelait encore la Terre de Van Diemen, territoire considéré par le gouvernement britannique comme une grande prison, malgré la présence de colons libres. Arthur partage pleinement cet avis et son premier objectif est d'en faire une prison efficace. Il met en place un système de récompenses et de punitions soigneusement gradué, dont les règles doivent être scrupuleusement respectées, tant par les prisonniers que par les colons et les fonctionnaires[2].
Les bagnes accueillent les criminels les plus dangereux. Arthur ferme l'ancien bagne de Macquarie Harbour, le jugeant trop difficile d'accès, et le remplace par celui de Port Arthur. Isolé sur la péninsule de Tasman, relié au continent uniquement par l'isthme d'Eaglehawk, et large de seulement quelques dizaines de mètres, l'endroit est sûr et facile à surveiller[2].
Viennent ensuite, dans l'échelle, les travaux forcés enchaînés. Initialement créés pour empêcher les évasions, ils sont utilisés comme moyen de punition pour les récalcitrants, tout en étant utiles à la colonie. Ces groupes sont employés sur les grands travaux publics, tels que le quai de Hobart ou la chaussée de Derwent[2]. Enfin, certains prisonniers sont affectés aux travaux des colons, mais Arthur exige une bonne conduite réciproque entre maîtres et domestiques et surveille de près le comportement des uns et des autres, consigné dans les rapports des magistrats et les registres des condamnés[2]. Cette surveillance repose sur une administration policière centralisée autour de sept zones de police interconnectées, chacune placée sous la responsabilité d'un magistrat et d'un chef de police rémunérés ; elle assure un contrôle social strict, par des moyens administratifs plutôt que physiques, tant des condamnés que des colons libres auxquels ils sont assignés. En 1828, Arthur décrit son système comme « un processus naturel et incessant de classification dont le moteur principal… est le principe silencieux mais ô combien efficace de l'intérêt personnel[3]».
Les moyens mis en œuvre par Arthur pour garantir que les colons libres contrôlent leurs domestiques condamnés lui valent une impopularité croissante. Les colons les plus influents s'engagent activement dans le mouvement pour la réforme politique, notamment en faveur d'un gouvernement représentatif, du procès par jury et de la liberté de la presse. Arthur juge de telles réformes inadaptées à une colonie pénitentiaire, considérant les colons comme des auxiliaires du système de punition et de réinsertion. Ces tensions engendrent une opposition croissante à son égard, que sa religiosité et son évangélisme n'atténuent en rien, poussant même ses opposants les plus radicaux à l'accuser d'hypocrisie[3].
Relations avec les Aborigènes
La surface croissante utilisée par les colons pour l'agriculture ou l'élevage sur les terres ancestrales des Aborigènes nomades conduit à des conflits de plus en plus fréquents, qui culminent au milieu des années 1820. Arthur augmente le nombre de policiers et établit des postes militaires à l'intérieur des districts colonisés, mais les Aborigènes répondent par des tactiques de guérilla[4]. En avril 1828, Arthur publie une proclamation qui divise l'île en deux parties, l'une — les zones fertiles — réservée aux Européens, l'autre — les zones sauvages, montagneuses et marécageuses de l'ouest et du nord-est — concédée aux Aborigènes.
Arthur instaure la loi martiale en novembre 1828[5] et, en septembre 1830, proclame la levée en masse afin de mettre en place une chaîne humaine destinée à chasser devant elle les Aborigènes présents dans les districts colonisés, de manière à les repousser jusqu'à la péninsule de Tasman, qui serait transformée en réserve[6]. L'opération est un échec complet, mais cette démonstration de force conduit les Aborigènes à se diviser en tout petits groupes, à la recherche désespérée de nourriture. Les survivants de la guerre sont devenus si peu nombreux qu'ils commencent à se rendre à partir de décembre. La loi martiale est levée en janvier 1832[7]. Entretemps, Arthur avait confié à George Augustus Robinson une « mission de conciliation » d'obtenir la reddition du plus grand nombre d'Aborigènes possible[8]. Robinson réussit à obtenir que la quasi-totalité des Aborigènes survivant, environ 200, se rendent. Ils sont transférés d'abord dans l'Île du Cap Barren, puis vers l'île Flinders, où est ouvert en 1833 l'Établissement aborigène de Wybalenna,
Fin de mission
Étant la cible de critiques toujours plus nombreuses, Arthur est rappelé en 1836, mais réussit à justifier sa conduite à son retour en Angleterre, en 1837[1].
Durant son mandat, Arthur amasse une fortune considérable. Entre 1828 et 1836, il acquiert 6 090 hectares de terres pour un montant total de 9 765 livres sterling, qu'il revend à son départ pour 50 000, et il dispose d'un revenu annuel d'environ 5 000 livres sterling provenant de la colonie[2].
Haut-Canada
George Arthur prend la tête du gouvernement du Haut-Canada le 23 mars 1838. Sa première action est de statuer sur le sort des prisonniers arrêtés après la rébellion de la fin de l'année précédente. Il fait pendre Samuel Lount et Peter Matthews (en), mais libère ceux contre qui les preuves sont faibles. Il a des relations fraiches avec John George Lambton, envoyé en mission par Londres, et dont le rapport recommande la fusion du Haut et du Bas-Canada[1]. Il tente d'améliorer l'efficacité de son administration, mais se livre à des intrigues politiques compliquées, tout en affichant son accord avec les mesures prises par Charles Edward Poulett Thomson en vue de la création de la Province du Canada[1].
Bombay
À son retour en Angleterre, Arthur est fait baronnet. Il est nommé gouverneur de la présidence de Bombay en mars 1842 et entre en fonction en juin. Il s'occupe de l'intendance pour la dernière phase de la guerre anglo-afghane et pour la campagne de Charles James Napier au Sind. Il achève le relevé topographique du Deccan, dont l'objectif est d'égaliser l'impôt foncier, et lance le projet de liaison ferroviaire entre Bombay et Kalyan. Il obtient une loi municipale pour Bombay, améliore son assainissement et gagne du terrain sur une partie de son littoral[9].
En mars 1846, il est désigné gouverneur général provisoire, devant assurer l'intérim en cas de décès ou d'absence de son supérieur, Henry Hardinge, mais sa santé l'oblige à démissionner et à rentrer en Angleterre. Promu major-général en 1846, il entre au Conseil privé en 1847 et reçoit un doctorat honoris causa en droit canonique. Diplômé d'Oxford en 1848, nommé colonel du Queen's Own Regiment (en) en 1853 et promu lieutenant-général l'année suivante, il meurt le 19 septembre 1854, laissant cinq filles et cinq de ses sept fils[2].
Postérité
Évangélique convaincu, d'un esprit conservateur, Arthur se rend partout impopulaire par une attitude froide et distante et un autoritarisme affirmé. Son attitude envers les peuples autochtones, Aborigènes de Tasmanie ou Ojibwés du Canada, est ambigüe : tout en considérant les protéger, il ne vise pas à préserver leur culture, mais à faciliter leur assimilation totale à la société blanche[1].
Il est l'un des premiers à entreprendre une carrière complète au service des colonies. « il fit preuve d'une grande ambition, d'un dévouement au devoir (accompagné de demandes constantes de promotion), d'une ferveur impériale, d'une énergie infatigable, d'une grande capacité administrative, d'un zèle réformateur et d'une fierté justifiée dans son travail, bien que légèrement ternie par une incapacité à déléguer et une intolérance marquée à l'égard de l'opposition ou de la critique[10]. »
« Ni sanguinaire, ni réactionnaire invétéré, Arthur demeure pour autant un personnage peu attirant. Souvent mesquin et vindicatif, il pouvait aussi être égoïste et hypocrite. En appuyant par devoir les politiques de Sydenham, il trahit les conservateurs qui avaient placé leur confiance en lui. Il condamna la spéculation foncière et le népotisme dans le Haut-Canada, mais il s’était rendu coupable de ces deux abus dans la terre de Van Diemen[11]. »
Bibliographie
- Phillip Buckner, « George Arthur », dans Dictionnaire biographique du Canada, Université Laval/University of Toronto, (lire en ligne)
- (en) Peter Chapman, « George Arthur », dans The Companion to Tasmanian History, University of Tasmania, (lire en ligne)
- (en) Lyndall Ryan (en), Tasmanian Aborigines: A History Since 1803, Allen & Unwin, (ISBN 978-1742370682), p. 87-150
- (en) Shaw, « George Arthur », dans Australian Dictionary of Biography, Melbourne University Press, (lire en ligne)
- (en) Shaw, « Arthur, Sir George, first baronet », dans Oxford Dictionary of National Biography, (lire en ligne)
Articles connexes
Liens externes
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :