Histoire de la Tasmanie
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| ~ 38 000 av. J.-C. | Premiers aborigènes |
|---|---|
| ~ 10 000 av. J.-C. | La Tasmanie est séparée du continent australien |
| 1642 | Découverte par Abel Tasman |
|---|---|
| 1772-1802 | Visites de Marion du Fresne, Tobias Furneaux, d'Entrecasteaux, Expédition Baudin |
| 1798 | Matthew Flinders et George Bass font le tour de l'île |
| 1803 | Premier poste militaire anglais et établissement d'une colonie pénale |
|---|---|
| 1825-1832 | Black War contre les aborigènes et déportation des survivants à Wybalenna |
| 1853 | Fin du transport des bagnards |
| 1856 | La Terre de Van Diemen devient la Tasmanie |
|---|---|
| 1870 | Départ des troupes anglaises |
| 1871 | Débuts de l'exploitation minière |
| 1876 | Ouverture de la ligne de chemin de fer Hobart-Launceston |
| 1891 | Faillite de la Bank of Van Diemen's Land |
| 1901 | Entrée dans la Fédération australienne |
|---|---|
| 1916 | Premiers parcs nationaux à Mont-Field et Freycinet |
| 1936 | Mort du dernier Tigre de Tasmanie au zoo d'Hobart |
| 1945 | Première course à la voile Sydney-Hobart |
| 1973 | Création du Tasmanian Aboriginal Centre |
|---|---|
| 1975 | Désastre du Tasman Bridge |
| 1979-1983 | Controverse autour des projets de barrage sur les rivières Franklin et Gordon |
| 1996 | Massacre de Port-Arthur |
| 2011 | Ouverture du musée MONA |
|---|---|
| 2025 | Validation par le Parlement de la construction d'un stade de 23 000 places à Hobart |
L'histoire de l'État australien de Tasmanie commence lorsque des Aborigènes s'installent il y a environ 40 000 ans sur un territoire qui est séparé du continent australien il y a 12 000 ans. Le premier Européen à apercevoir cette île est le Néerlandais Abel Tasman en 1642, qui la baptise Terre de Van Diemen. Il est suivi par les expéditions de Marion du Fresne, Furneaux, d'Entrecasteaux et Baudin.
Une colonie pénale britannique est établie en 1803 près de l'emplacement où se situe l'actuelle capitale, Hobart. Cinquante ans plus tard, au moment de l'arrêt du transport de bagnards, 72 000 d'entre eux y auront été déportés, soit trois fois le nombre de colons libres qui se sont installés en Tasmanie.
Après de grandes difficultés les premières années, la colonie se développe en pratiquant la pêche à la baleine, l'exploitation du pin Huon, la construction navale et surtout l'élevage de bovins et de moutons mérinos. Cette utilisation des terres vient percuter les habitudes nomades des Aborigènes et conduit, de 1825 à 1832, à la Black War, conflit qui conduit à leur quasi disparition.
La colonie est dirigée par des gouverneurs nommés par Londres jusqu'en 1850, quand la reine Victoria institue des chambres élues dans chacune des colonies australiennes. En 1856, la colonie de la Terre de Van Diemen devient autonome et change son nom en Tasmanie. S'ensuit une longue période d'instabilité politique et de crise économique, jusqu'à la découverte à partir de 1870 d'importantes mines d'or, d'étain, de cuivre et d'argent.
La Tasmanie entre dans la Fédération australienne le 1er janvier 1901 et institue en 1909 un système électoral particulier : la proportionnelle par vote unique transférable. La première guerre mondiale a d'importantes conséquences démographiques et économiques, avec la perte des marchés allemands, grands acheteurs de minerais. La crise de 1929, à laquelle s'ajoutent de grandes inondations, accentue la dépression économique et le chômage, généralisant la pauvreté. Les gouvernements travaillistes tentent d'y remédier en lançant des programmes de grands travaux, en développant la production hydro-électrique et des papeteries adossées à des concessions forestières.
La seconde guerre mondiale et les années qui suivent sont à l'inverse une période de forte expansion, assise sur l'hydro-électricité, la production d'aluminium et de manganèse. Le solde migratoire devient positif, l'île se modernise et sort de son isolement avec la création de lignes maritimes et aériennes.
En 1973 est créé le Tasmanian Aboriginal Centre (en), qui souhaite agir en faveur des droits fonciers des Aborigènes, de la définition d'une identité aborigène et du retour des artefacts se trouvant dans les musées. Il obtient le retour des restes de Truganini et, après d’innombrables péripéties juridiques et oppositions politiques, le transfert en 1995 de la propriété de certaines terres ancestrales.
La société tasmanienne se divise au début des années 1980 face à d'importants projets de barrages dans la zone des rivières Franklin et Gordon, finalement arrêtés par la Cour suprême fédérale.
Le XXIe siècle voit la poursuite de l'alternance politique avec des gouvernements travaillistes jusqu'en 2014, libéraux ensuite. En 2011, le Musée d'Art ancien et nouveau (MONA), créé par le collectionneur David Walsh, ouvre avec grand succès à Hobart. En décembre 2025, après trois ans de débats passionnés, le Parlement tasmanien vote la construction d'un stade devant ouvrir en 2028 à Hobart, le Macquarie Point Stadium (en)

La présence d'Aborigènes en Tasmanie est attestée depuis près de 40 000 ans[1]. Ils sont séparés du reste du continent australien il y a 12 000 ans lors d'une montée des eaux qui crée le détroit de Bass et isole l'île principale[2], qu'ils nomment Trouwunna[3]. Leur système social est organisé autour de groupes familiaux regroupés en clans, eux-mêmes constitués en nations.
Au moment de l'arrivée des Européens en 1803, leur population est estimée à environ 5 000 personnes[4]. Ils parlent des langues apparentées à celles du Victoria, sur le continent australien[5]. Très peu de phrases et de chants ont été enregistrés, ce qui explique notre peu de connaissances sur leur structure grammaticale[6]. L'habitat est variable selon les régions, depuis les abris temporaires ouverts, constitués de plusieurs plaques d'écorce à l'est, jusqu'aux huttes permanentes à toits en dôme, d'au moins 3 mètres de diamètre et de 1,8 mètre de haut construites derrière les dunes, dans l'ouest exposé aux vents des quarantièmes rugissants[7]. Les clans sont nomades, à la recherche du kangourou, du wallaby, de l'opossum, du wombat et, en saison, de la chair et les œufs du puffin[8].
Découverte

Le premier Européen à découvrir l'île est l'explorateur néerlandais Abel Tasman. Il aperçoit, le 24 novembre 1642, Point Hibbs, sur la côte Ouest. Il suit cette côte jusqu'à l'archipel Furneaux, puis revient le 3 décembre à la péninsule Tasman, où il fait planter un drapeau, après avoir constaté des signes de présence humaine :
« Ils remarquèrent deux arbres, hauts de soixante pieds jusqu'aux branches et d'une circonférence de deux pieds et demi : l'écorce avait été enlevée à la pierre à fusil, et des marches taillées pour accéder aux nids d'oiseaux, espacées d'un pied et demi, témoignaient d'un peuple de grande taille. Ils virent des marques semblables à celles laissées par les griffes d'un tigre et rapportèrent à bord des excréments d'un quadrupède, de la gomme-laque tombée des arbres et des végétaux « pouvant servir à remplacer l'absinthe ». Ils aperçurent des gens à l'angle est de la baie : ils ne trouvèrent aucun poisson, hormis des moules ; de nombreux arbres étaient creux et brûlés près du sol ; ils étaient largement espacés et offraient une vue dégagée. »
Tasman donne à sa découverte le nom de Terre de Van Diemen, en l'honneur d'Antonio van Diemen, le gouverneur colonial des Indes néerlandaises, à l'origine de son expédition[9].
Le visiteur suivant est Marc Joseph Marion du Fresne, qui jette l'ancre le 4 mars 1772 au sud-est de ce qui est maintenant Hobart. Le premier contact avec les Aborigènes se solde par un affrontement faisant des blessés des deux côtés[10],[11].

En 1773, l'Adventure de Tobias Furneaux, séparé par le brouillard du Resolution de James Cook, atteint le cap sud-ouest de l'île le 9 mars. Il découvre Adventure Bay sur l'île Bruny, et effectue le relevé de la côte et des îlots alentours. Il longe la côte orientale jusqu'à la latitude de 40° 50', et observe que la terre s'incurve vers l'ouest. Il manque cependant de peu la découverte du détroit de Bass et met le cap sur la Nouvelle-Zélande, convaincu qu'il n'y a pas de détroit entre la Nouvelle-Hollande et la Terre de Van Diemen, mais une baie très profonde[10]. En 1777, James Cook, lors de son troisième voyage, mouille à Adventure Bay du 26 au 30 janvier[12].
En juillet 1789, John Henry Cox (en) découvre Oyster Bay. En 1792, William Bligh, futur gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, plante des arbres fruitiers à Adventure Bay[12] et donne le nom de Table Hill au Mont Wellington[13].
La même année, Antoine Bruny d'Entrecasteaux, dans son expédition à la recherche de celle de La Pérouse, atteint la Baie de la Recherche et y passe 25 jours. Jacques-Julien Houtou de La Billardière mène des recherches botaniques et plante un potager devant servir au ravitaillement des futures expéditions. D'Entrecasteaux découvre également le chenal qui porte maintenant son nom entre l'île principale et l'île Bruny. De retour de Nouvelle-Calédonie, il revient en janvier 1793, continue ses observations de la côte, dresse des cartes précises, et nomme Rivière du Nord la Derwent. Celle-ci est explorée très en amont par John Hayes (en) en 1794[14].
En 1798, Matthew Flinders et George Bass quittent Port Jackson, l'actuelle Sydney, et font le tour de la Tasmanie, prouvant ainsi qu'il s'agit bien d'une île. Le gouverneur John Hunter donne le nom de Bass au détroit entre l'Australie et la Tasmanie et celui de Flinders à la plus grande île de l'archipel Furneaux, situé dans le même détroit[15].
Quatre ans plus tard, l'expédition française Baudin explore la terre orientale, l'île Schouten, le détroit qui la sépare de la péninsule Freycinet[16]. Elle provoque la méfiance des Anglais, craignant que les Français ne s'y installent de la même manière qu'à Pondichéry[17].
1803-1855
1803-1824
Le système anglais de déportation pénale se met en place au début du XVIIe siècle quand les condamnés sont envoyés dans les Antilles et l'Amérique britanniques, jusqu'à son indépendance en 1776. Ils sont alors transportés en Australie, à Port Jackson, aujourd'hui Sydney[18].

Outre le fait d'écarter les Français, l'établissement d'une colonie pénale en Terre de van Diemen est dû à la nécessité de soulager celle de Port Jackson, peuplée de 7 000 prisonniers[19].
En 1803 un camp militaire est établi par David Collins, le premier gouverneur, à Risdon Cove (en), sur la rive orientale de la rivière Derwent, C'est là qu'a lieu le premier incident armé (en) entre Aborigènes et colonisateurs anglais. En 1804, le camp est déplacé vers un emplacement plus favorable, à Sullivans Cove (en), sur le site actuel de Hobart.
La même année est établie par William Paterson une petite colonie à Port Dalrymple, aujourd'hui George Town, sur la rive nord de l'île, au débouché de la rivière Tamar, près de l'actuelle Launceston[20], un endroit remarqué par Flinders et Bass lors de leur exploration. Une première communication entre les deux endroits est établie en 1807, en neuf jours de cheval[21].
De 1805 à 1808 sont transférés à Hobart plusieurs centaines de détenus de l'Île Norfolk, que le gouvernement anglais a décidé de fermer, son entretien étant trop coûteux[22]. Les condamnés qui ne sont pas incarcérés sont mis au service des colons, qui doivent les garder pendant un an[23].
La colonie connaît dans ses premières années de grandes difficultés, entre inondations et mauvaises récoltes, problème résolu par un changement de semences[24]. Le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud Lachlan Macquarie visite Hobart en 1811, et qualifie ce qui n'est encore qu'un ensemble désorganisé de huttes rudimentaires en torchis de « désordonné[25] ». Il élabore un nouveau plan d'urbanisme et décide que la partie nord de l'île sera administrée depuis Hobart, au lieu de relever de Sydney[26].
Thomas Davey, le second lieutenant-gouverneur, prend ses fonctions en 1813. La colonie se développe peu à peu : des comptoirs commerciaux sont établis, qui s'approvisionnent en marchandises anglaises. La côte ouest est explorée, menant à la découverte de Macquarie Harbour et de Port Davey (en). Le potentiel de l'exploitation du pin Huon est remarqué. La pêche à la baleine connait un grand essor, du blé est exporté, un moulin est construit et, en février 1817, la première pierre de l'église Saint-David est posée. Un service postal hebdomadaire est établi avec Launceston[27]. Par contre, l'intensité du brigandage mené par des détenus évadés nécessite la proclamation de la loi martiale[28].
William Sorell (en), qui prend ses fonctions de troisième lieutenant-gouverneur en avril 1817, mène une politique très dure, venant à bout du grand banditisme et créant la colonie pénale à régime sévère de Sarah Island (en) dans la baie de Macquarie. Il multiplie les concessions gratuites de terres aux nouveaux immigrants libres ou aux prisonniers affranchis. Fin 1821, alors que viennent de s'installer le premier pasteur wesleyen et le premier prêtre catholique[29], la région compte 7 400 habitants qui cultivent 15 000 acres[30], élèvent 35 000 bovins, 170 000 moutons, 550 chevaux et 5 000 porcs. En cinq ans, les exportations de blé vers Sydney passent de 13 000 à 47 000 boisseaux de blé et celles de viande salée de 10 000 à 386 000 livres[31]. Le croisement de moutons du Bengale avec des mérinos importés du Cap permet la production d'une laine très fine d'une grande valeur marchande, exportée à partir de 1819[32]. Cependant, à l'importation, sont prélevés des droits de douane de 5 %, supérieurs à ceux en vigueur en Nouvelle-Galles du Sud, ce qui crée un fort mécontentement[33]. En 1823 est créée la Banque de la Terre de Van Diemen[34].
1824-1836
George Arthur succède à William Sorell de 1824 à 1836. Il se considère à la tête d'une colonie pénitentiaire et voit le mélange de personnes libres et de condamnés comme pouvant nuire au bon fonctionnement d'un système disciplinaire carcéral rigoureux. N'éprouvant aucune sympathie pour les colons libres et s'irritant de toute ingérence dans sa politique de gestion de la région comme une grande prison[35],[36], il est impopulaire[37], d'autant plus qu'il tente de museler la presse[38],[39].
C'est pendant son mandat que se déroule, entre 1825 et 1832, la Black War, la guerre contre les Aborigènes, qui aboutit à leur quasi extermination et à la déportation des 200 survivants dans un établissement carcéral sur l'île Flinders.
Le 3 décembre 1825, la colonie est proclamée indépendante de celle de la Nouvelle-Galles du Sud pour la gestion de ses affaires intérieures[40]. Elle va donc disposer de son Conseil législatif et de ses propres tribunaux[41].

Fin 1825 est créée la Van Diemen's Land Company (en), qui obtient la concession de 250 000 acres – 100 000 hectares – , bientôt portée à 400 000 acres[42] au coin nord-ouest de l'île, près de Circular Head, afin d'y effectuer de l'élevage ovin. Les pertes des premières années, dues au froid et à l'humidité, sont considérables, et le premier dividende est annoncé au plus tôt pour 1834. Cette année-là, le domaine compte 400 personnes, dont 200 prisonniers[43].
En 1827, l'île est divisée en districts de police[44], chacun doté d'un juge et greffier rémunérés, d'une équipe de police, d'un chirurgien salarié, d'un petit détachement de soldats et d'un flagellateur, le fouet étant considéré comme le remède miracle pour tous les délits mineurs commis par les déportés[45].
En 1828, au moment où sont créées la Derwent Bank à Hobart et la Cornwall Bank à Launceston, la colonie compte 18 000 habitants, mais seulement huit écoles publiques avec 410 élèves[46]. L'arrivée d'investissements en provenance d'Inde voit la roupie constituer une part importante de la monnaie courante. Cependant, si l'augmentation des capitaux et l'ouverture des crédits facilitent les activités des colons, ils conduisent nombre d'entre eux à la ruine. Le gouvernement récompensant l'amélioration rapide des propriétés, la construction de demeures solides, de bâtiments agricoles et de clôtures, par des concessions de terres supplémentaires, de nombreux petits paysans acceptent l'aide de prêteurs sur gages, dont les créances finissent par les ruiner[47]. Les éleveurs, par contre, profitant du doublement du prix de laine en Grande-Bretagne, triplent leur production, et le cheptel ovin atteint 1,2 million de têtes en 1837, niveau auquel il se maintient pendant la décennie suivante[48]. La construction navale constitue la principale activité secondaire de la colonie. Des navires de toutes tailles sont construits dans les chantiers navals locaux, utilisant le bois de Tasmanie, déjà réputé et abondamment disponible[49].
Arthur fait construire de nouveaux quais au port d'Hobart[50], et ferme le bagne de Macquarie Harbour au profit de celui de Port Arthur, qui fonctionne jusqu'en 1877[51].
En 1836, les recettes sont passées de 16 866 £ en 1824 à 106 639 £ ; les importations, de 62 000 £ à 583 646 £ ; les exportations, de 14 500 £ à 320 679 £ ; le nombre de moulins, de 5 à 47 ; le nombre de navires coloniaux, de 1 à 71 ; le nombre d'églises, de 4 à 18 ; la population, de 12 000 à 40 000 habitants [52].
1836-1855

Après un intérim de quelques mois assuré par Kenneth Snodgrass (en), John Franklin devient gouverneur jusqu'en 1843[53]. L'une de ses premières mesures est de permettre au public d'assister aux débats du Conseil[54],[55]. Il fait adopter le système scolaire anglais et venir des professeurs du Royaume-Uni[56]. L'économie de l'île prospère, bénéficiant de l'exportation de ses produits agricoles et de son bétail vers Melbourne et l'Australie méridionale[57], jusqu'à ce que la bulle créée par la spéculation éclate[58]. La réglementation pénale est modifiée depuis Londres : autrefois employés de force comme domestiques chez les colons, les prisonniers en sont désormais retirés et le système d'affectation aboli. Les hommes sont à présent regroupés en grandes équipes pour construire des routes, ce qui fait que les colons peinent à trouver de la main-d'œuvre à bon marché[59]. En réaction l'administration décide alors de louer aux colons les prisonniers en probation — dont 15 000 arrivent entre 1840 et 1844 — ce qui provoque la quasi interruption de l'immigration de nouveaux colons libres[60]. Un grave conflit avec son secrétaire colonial John Montagu (en), neveu de George Arthur et qui a l'oreille de Londres, provoque le rappel de Franklin en août 1843[61].
Sous son mandat les connaissances sur la Terre de Van Diemen se sont accrues : l'ornithologue John Gould, les botanistes James Backhouse et Joseph Dalton Hooker, le géologue Paweł Edmund Strzelecki étudient l'île tandis que John Lort Stokes cartographie avec précision le détroit de Bass et que James Clark Ross établit un observatoire magnétique à Hobart[62].
John Eardley-Wilmot (en) succède à John Franklin de 1843 jusqu'à sa révocation brutale en octobre1846. Chargé de la mise en œuvre d'une politique pénale définie à Londres et aux « changements rapides et abrupts imposés par les caprices du Bureau des Colonies[63] », en particulier au transfert soudain de prisonniers venant de l'île Norfolk, il est tenu comme responsable de l'échec de ce programme, à la fois par les habitants de l'île et les autorités londoniennes[64],[65]. Il introduit un nouveau système de probation consistant au défrichement de terres incultes, mais d'une ampleur excessive[66], et l'opinion publique commence à demander l'arrêt du système de déportation[67].
En 1847, à l'arrivée du gouverneur William Denison, l'île a une population de 70 164 habitants, répartis en 43 730 colons libres, 24 188 prisonniers et 2 246 militaires[68]. Denison a comme objectifs une meilleure gestion du travail pénitentiaire et un contrôle plus efficace des condamnés[69]. Il est également chargé de sonder l'opinion sur la question de la déportation. La population oscille entre une condamnation morale du système et l'intérêt économique que représente la main-d'œuvre bon marché des condamnés. Le 16 décembre 1851, le parlement tasmanien, après ceux des différents états australiens, vote en faveur de la fin de la déportation, mais sa requête est ignorée par le gouverneur[70].
Entretemps, le 5 août 1850, la reine Victoria a approuvé la loi votée au Parlement instituant des chambres élues aux 2/3 dans chacune des colonies australiennes[71],[72]. C'est la fin de « l'absolutisme[73] » des gouverneurs.
À partir de 1851, la découverte d'or au Victoria « crée une effervescence sans précédent dans toutes les colonies australiennes » et entraine un important transfert de population depuis la Tasmanie. En 1854, sa population n'est plus que de 64 800 personnes[74]. Le nombre d’adultes mâles passe de 21 000 en mars 1851 à 13 000 à la fin de 1853[75].
Henry Grey, devenu Ministre des colonies, impose en 1852 l'arrêt total de la déportation[76]. L'arrivée, le 26 mai 1853[77], du dernier bateau transportant des bagnards donne lieu à de grandes célébrations et à des commentaires réjouis : « Nous entrons maintenant dans une nouvelle ère. Les tribus aborigènes hostiles avaient depuis longtemps cessé de semer la terreur et la consternation ; les déprédations sanglantes des brigands, qui jadis intimidaient, volaient ou assassinaient les sédentaires libres, n'étaient plus que des légendes du passé, et si des hors-la-loi apparaissaient occasionnellement dans les districts périphériques, ils n'inspiraient plus la crainte[78]. » Les bagnards représentent 54% de la population en 1820 et 29% 30 ans plus tard. La plupart de ceux qui sont libres en 1853 sont des condamnés ayant purgé leur peine ou des enfants ayant au moins un parent bagnard. Entre 1803 et 1853, 72 000 bagnards sont arrivés sur l’île, dont seulement 12 500 femmes, ce qui représente trois fois le nombre d’immigrants libres[79].
Henry Young prend ses fonctions de gouverneur en janvier 1855, peu avant que la prospérité due à l'or du Victoria ne s'effondre brutalement[80]. Le 1er mai 1855, un acte royal institue l'autonomie de la colonie, et établit un système parlementaire à deux chambres élues, la chambre haute ne pouvant être dissoute par le gouverneur[81]. Le vote est censitaire, laissant de côté la moitié de la population et la majorité des agriculteurs [82],[83].
1856-1900
Politique
Les premières élections des députés du Parlement de Tasmanie sont organisées en septembre 1856, celles des conseillers en octobre. Le premier Premier ministre est William Champ, qui prête serment le . La première session parlementaire s'ouvre le [84]. L'un des premiers actes du nouveau parlement est de changer le nom de la colonie de Terre de Van Diemen en Tasmanie[85].
Fin 1861, le gouverneur Henry Young est remplacé par Thomas Gore Browne jusqu'en 1869[86]. En 1862, la chambre basse vote en faveur de la proposition du ministre des finances d'établir un droit de douane de 10%. La chambre haute s'y oppose, et la chambre basse se dédit. Le gouverneur dissout la chambre basse, et les élections tournent en faveur des opposants aux droits de douane[87]. C'est le début d'une longue période d'instabilité gouvernementale[88] et de dissolutions successives du parlement[89],[82]. Onze gouvernements se succèdent entre 1856 et 1875[90].
Charles du Cane est nommé gouverneur en janvier 1869 et le reste jusqu'à novembre 1874[91]. Pendant son administration la colonie est reliée de manière permanente au continent australien puis directement à l'Angleterre, le chemin de fer arrive dans les campagnes et les premières découvertes minières sont faites[92]. En 1870, les derniers militaires britanniques quittent l'île[93].
Frederick Weld est gouverneur de janvier 1875 à avril 1880[94]. « Il serait fastidieux et inintéressant de relater les événements politiques de cette période. Les luttes intestines au sein des partis ont accaparé l'attention et le temps de l'Assemblée législative au point d'occulter presque totalement les affaires du pays »[94]. Les dissolutions et les gouvernements se succèdent. Le premier ministre Philip Fysh réussit néanmoins, fin 1877, à faire voter de justesse d'importants crédits pour la construction de routes, de ponts, de jetées et de lignes télégraphiques dans les districts périphériques[95].
Dans la dernière décennie du XIXe siècle se développe un mouvement en vue de la création d'une fédération regroupant toutes les colonies australiennes. Son principal représentant en Tasmanie est Andrew Inglis Clark qui, avec Charles Kingston, d'Australie méridionale et Samuel Griffith, du Queensland, rédige la première version de la future Constitution fédérale[96]. La Tasmanie vote "oui" aux deux référendums organisés en 1898 et 1899[97], considérant les avantages comme supérieurs aux inconvénients[98], et rassurés par le fait qu'un nombre minimum de sièges au Sénat fédéral était garanti à chaque État, quelle que soit sa population[99].
Économie
Peu après la fin des transports des bagnards en 1853, qui fait chuter drastiquement les recettes en provenance de Londres destinées à leur entretien, la colonie s’enfonce dans une récession qui persiste pendant près de vingt ans[100]. Les dépenses publiques passent de 400 000 ₤ en 1856 à 225 000 dix ans plus tard. Les subventions pénitentiaires passent de 280 000 ₤ en 1854 à 70 000 en 1864, les importations sont divisées par deux, ainsi que les exportations. L’économie ne repart qu’après 1870, grâce aux découvertes minières[101].

En 1871, James Smith (en) découvre la mine d'étain du Mont Bischoff (en)[102], à l'époque la plus importante au monde, qui produit 4 000 tonnes par an en 1880[103]. De l'or est découvert à Beaconsfield et à Mathinna (en), du cuivre à Mount Lyell (en) et de l'argent à Mont Zeehan (en), et à nouveau de l'étain à Mont Heemskirk (en), où opèrent 300 compagnies en 1882[104]. La côte ouest de l'île est le lieu principal de cette expansion : elle compte 25 000 habitants en 1900, Zeehan et Queenstown sont devenues la troisième et la quatrième ville de l'île. La Compagnie du Mont Lyell (en), avec sa grande mine, sa fonderie et sa voie ferrée, domine toutes les autres entreprises de l'île. Elle emploie 2 600 ouvriers en 1899 et ses revenus égalent ceux de l'État. Un million de tonnes de cuivre avaient été exportées en 1901[105].
La première ligne ferroviaire, entre Launceston et Deloraine, financée en partie par une taxe spéciale sur les propriétés situées dans les districts qu'elle traverse sur 50 km, ouvre en février 1871[106]. En 1876 est ouverte la ligne Hobart-Launceston[107],[108].
Ce boom économique entraîne une période d’optimisme : création de la Bibliothèque Nationale en 1870, du Tasmanian Museum et des Jardins Botaniques (en) en 1886. La Compagnie de Tramway de Hobart est créée en 1884. En 1885, le temps de travail des femmes est réduit à 10 heures par jour et celui des enfants à 8 heures, sauf pour ceux employés dans les usines de confitures, qui peuvent travailler 9 heures de janvier à mars et pendant le mois d'octobre[109]. ·Les conditions sanitaires étaient restées déplorables, entrainant variole, typhoïde et diphtérie, dues principalement à une mauvaise gestion des eaux usées et aux rejets des porcheries. Une loi de 1883 impose des plans de drainage et des fosses septiques[110].
Le gouverneur George Strahan (en) est arrivé en 1880 dans une période de prospérité sans précédent : les récoltes sont abondantes, l'exploitation minière est florissante. 155 sociétés d'extraction d'or sont en activité, ainsi que 62 sociétés d'extraction d'étain, deux de cuivre, une de fer, une d'ardoise et trois de plomb argentifère. La population en 1883 est de126 220 personnes, contre 115 008 en 1881, 99 328 en 1870 et 89 977 en 1861[111].
Mais la faillite en 1891 de la Bank of Van Diemen's Land entraine une catastrophe économique, accentuée par une grande sécheresse et d'importantes tensions sociales. En 1896, la dette est de 8 millions de livres, soit l’équivalent de 4 années d’exportations[112]. Le gouvernement d'Edward Braddon (en), premier ministre de 1894 à 1899, lance d'importants programmes de travaux publics pour tenter de résorber le chômage[113]
1901-1945

La Tasmanie entre dans la Fédération australienne le 1er janvier 1901. Une nouvelle organisation administrative se met en place, tenant compte de la répartition des pouvoirs entre États et Fédération. Le premier bâtiment fédéral, celui des Douanes, est construit sur le front de mer de Hobart. Le suffrage universel est proclamé, les femmes se voient accorder le droit de vote en 1902, malgré l'opposition du Conseil Législatif qui considérait que cela « détruirait le sentiment chevaleresque des hommes envers les femmes. »[114]
Les forces politiques s'alignent sur celles du continent et se répartissent entre conservateurs, libéraux et travaillistes. Le parti libéral disparait aux élections de 1909, au bénéfice des travaillistes[115]. Ceux-ci doivent cependant attendre 1914 pour parvenir au pouvoir, John Earle (en) devenant premier ministre[115], mais pour deux ans seulement, les libéraux revenant au pouvoir en 1916[116].
Entre temps, l'éducation, dans un pauvre état — 23 000 ïélèves inscrits, 17 000 présents et 3 000 non scolarisés, enseignants mal formés[117] — est réformée par William Lewis Neale[118] qui en fait instaurer la gratuité en 1908. Les premiers établissements secondaires publics ouvrent en 1913[119].
Un système électoral à la proportionnelle par vote unique transférable, dit Système Hare-Clark est adopté en 1909. Il reste en vigueur[120].
La première guerre mondiale a d'importantes conséquences. 13 000 soldats, soit 38% des Tasmaniens entre 18 à 44 ans y participent. 2 500 sont tués[121],[122]. Des incidents se produisent avec les habitants d’ascendance allemande, ainsi que des tensions politiques et confessionnelles au moment de l’insurrection irlandaise de Pâques 1916[123]. La question de la conscription divise toute l'Australie. Le premier référendum sur le sujet, organisé par le premier ministre fédéral Billy Hughes est rejeté, mais la Tasmanie se distingue par la plus forte proportion de "oui" de toute la Fédération : 48 000 "oui" contre 38 000 "non". Au second référendum, en 1917, également rejeté, le "oui" tasmanien gagne par seulement 400 voix[124]. D'un point de vue économique, il est nécessaire de soutenir l'industrie minière, très dépendante du marché allemand[116]. Certaines mines doivent cependant être fermées, entrainant une hausse du chômage. La baisse des liaisons maritimes impacte directement les importations et les exportations[125]. La production hydro-électrique est nationalisée[116]. Dans une esquisse de politique de gestion des ressources forestières, les deux premiers parcs nationaux sont créés en 1916, à Mont-Field et sur la péninsule de Freycinet[126].
L'épidémie de grippe espagnole fait peu de victimes en Tasmanie[127]. Par contre, la réinsertion des combattants est difficile. Des lopins de terre leur sont attribués gratuitement mais, sans formation préalable, l'expérience se solde un échec[128],[129].
La vie politique connaît des soubresauts et des conflits autour de l'étendue des pouvoirs budgétaires dont dispose le Conseil Législatif. Le travailliste Joseph Lyons succède en 1923 comme premier ministre au libéral Walter Lee (en)[130]. Après la guerre, la Tasmanie est entrée dans une période de dépression aussi forte qu’au milieu du XIXe siècle. L’émigration reprend. La baisse du prix des métaux conduit à la fermeture de mines. Les villes de la côte ouest déclinent et ne retrouveront jamais leur dynamisme. Une législation fédérale visant à protéger les compagnies maritimes locales rend la Tasmanie totalement dépendante de Melbourne, nouveau point de passage obligé pour ses importations et ses exportations. Le budget de l’État est en déficit, ses dettes augmentent, du fait de forts investissements dans des lignes de chemin de fer qui n’atteignent jamais le seuil de rentabilité[131]. La crise de 1929, à laquelle s'ajoutent d'importantes inondations, accentue la dépression économique et le chômage, qui passe de 10,6 % en 1928 à 27,4 % en 1931. La pauvreté se généralise, ainsi que les soupes populaires[132].
L’adhésion à la Fédération est considérée par beaucoup comme la raison principale de cette situation, et les appels à la sécession se multiplient pendant les années 1920[133]. Une subvention fédérale annuelle de 300 000 $ est accordée, ainsi qu’un prêt sans intérêt de 1 million. La question se posant de manière plus générale, une commission est créée en 1933, afin de répartir plus équitablement les ressources fédérales[134].
Cependant, l'automobile se développe, la Lyell Highway (en), qui dessert toute la partie ouest de l'île, est terminée en 1932, mais les chemins de fer gouvernementaux restent déficitaires. Les transports maritimes vers le continent se développent, et la première liaison aérienne de Launceston vers l'île Flinders puis Melbourne établie en 1933[135].
Les Libéraux reprennent le pouvoir en 1928 et le gardent jusqu'en 1934, année de l'élection du travailliste Albert Ogilvie[136]. Son parti reste à la tête de l'État jusqu'en 1969.
Ogilvie augmente les dépenses publiques et le rôle du gouvernement. Il finance par l'emprunt d’importants projets hydro-électriques, comme la Tarraleah Power Station (en), ouverte en 1939, qui double à elle seule la capacité électrique, après avoir fourni du travail à une importante main d’œuvre. Sont favorisées également l’installation d'usines de pâte à papier, adossées à d’importantes concessions forestières. La construction d'une route vers le sommet du Mont Wellington (dite « Route Ogilvie ») fait partie de ce programme de grands travaux[137],[138]. En parallèle sont créées des écoles rurales où les élèves sont acheminés par bus, en remplacement de la multitude de petites écoles dispersées, souvent avec un seul professeur. Les écoles secondaires sont généralisées[139]. Cette politique se poursuit après la mort soudaine d'Ogilvie en 1939.
La population augmente fort lentement, de 191 000 en 1911 à 214 000 en 1921, 223 000 en 1931 et 242 000 en 1941. Le taux de natalité est le plus élevé de toute l'Australie, mais l'émigration est supérieure à l'immigration[140].
Pendant la seconde guerre mondiale, 16 000 Tasmaniens sont mobilisés outre-mer. 1 100 n'en reviennent pas. L’économie croît du fait de la demande en temps de guerre et de l’impossibilité d’importer. La Tasmanie se prépare à des attaques japonaises après Pearl Harbor, accueille des navires de guerre américains et vit sous le régime des tickets de rationnement[141].
- Exploitation forestière, 1910
- Tram à Launceston, 1911
- Régates de Hobart, 1914
- Centrale hydro-électrique de Waddamana, 1923
- L'Odeon Theatre, Hobart, 1929
1946-2000
L'après-guerre est une période d'expansion économique. La prospérité en Tasmanie est pour la première fois au même niveau que celle des autres États australiens. Le solde migratoire devient positif, les immigrants viennent surtout d’Europe, la plupart pour travailler sur les chantiers hydro-électriques[142]. Cependant, cette nouvelle immigration est deux fois moins importante que dans les autres États de la Fédération australienne et ne représente que 9 % de la population en 1961[143].
Sont créées une Bibliothèque et des Archives nationales en 1944, ainsi que le Tasmanian Symphony Orchestra (en) en 1948. La scolarité est allongée jusqu'à 16 ans et les différentes filières du secondaire regroupées géographiquement[143].
La Tasmanie devient moins isolée, grâce aux liaisons aériennes — un nouvel aéroport est ouvert à Hobart en 1956 — et à l’établissement de liaisons ferry avec le continent grâce au Princess of Tasmania (en) qui effectue son voyage inaugural de Devonport à Melbourne en septembre 1959. La télévision arrive à Hobart en 1960, à Launceston deux ans plus tard et, en 1969, 90 % des foyers sont équipés. Le premier supermarché ouvre en 1958, suivi de cinémas drive-in. Les villes de Hobart et Launceston s’étendent, mais avec une forte ségrégation sociale[144]. Le nombre de véhicules automobiles passe de 46 000 en 1950 à 104 000 dix ans plus tard, au détriment des réseaux de trains et de tramways qui sont réduits[145]. De nombreuses pistes sont goudronnées, le Tasman Bridge sur la rivière Derwent est mis en service en 1965, et le Batman Bridge sur la Tamar en 1968[146].

Les années 1950-1970 sont celles du développement hydro-électrique. Une usine d'aluminium et une fonderie de manganèse sont ouvertes à Bell Bay (en), sur la rivière Tamar[147]. Entre 1946 et 1977, Hydro Tasmania (en) a construit 26 centrales électriques et 39 barrages, la capacité électrique passe de 172 à 1515 mégawatts et les effectifs de 1 000 à 5 000 personnes. À l’époque, c’est « la fierté de la Tasmanie »[148]. Le secteur primaire passe de 33% de la population en 1933 à 11% en 1961, tandis que le secteur secondaire représente 60% de la valeur produite[149]. Les allocations fédérales représentent 80% du budget, les 20% restant provenant des impôts et taxes de l'État[150].
Le parti travailliste reste au pouvoir jusqu'en 1969, malgré un accident de parcours : en 1947, le premier ministre Robert Cosgrove (en), accusé de corruption, démissionne en laissant son poste à Edward Brooker, avant de le reprendre l'année suivante, son procès l'ayant blanchi[151]. Les élections de 1969 conduisent à un parlement sans majorité : le parti travailliste devance le parti libéral de 7 000 voix, mais chacun d'eux obtient 17 sièges. Kevin Lyons (en) associe son petit parti centriste aux libéraux, et devient vice-premier ministre d'un gouvernement dirigé par Angus Bethune (en), au pouvoir pendant 3 ans, avant le retour des travaillistes jusqu'en 1982[145]. L'alternance régulière travaillistes/libéraux se poursuit jusqu'à la fin du siècle.
La chute des travaillistes en 1982 est l'un des effets de la controverse, qui domine la vie politique tasmanienne pendant des années, autour des projets de barrages dans la zone des rivières Franklin et Gordon. Les premières oppositions à la politique menée par Hydro Tasmania s'étaient manifestées à la fin des années 1930 lors de l'élévation du niveau du lac Saint Clair, et s'amplifient à la fin des années 1960 quand il apparaît que les travaux d'un barrage au Lac Pedder commencent avant la consultation du Parlement – qui émet cependant un vote favorable malgré une forte opposition populaire[152]. En 1979 est dévoilé un projet impliquant l'inondation de 37 km du cours moyen de la rivière Gordon et de 33 km de la vallée de la rivière Franklin. La Tasmanian Wilderness Society (en) dirigée par Bob Brown et de nombreux groupes de défense de l'environnement s'y opposent. La controverse (en) qui s'ensuit divise profondément la société pendant de nombreuses années. Les résultats d'un référendum (en) organisé fin 1981 sont contestés, celui-ci n'offrant pas l'option de renoncer totalement au projet[153]. D'importants mouvements de désobéissance civile on lieu en 1983, le gouvernement fédéral souhaite arrêter le projet, l'État de Tasmanie considère que la question est de sa compétence propre. Finalement, le projet est arrêté par un Arrêt (en) de la Cour suprême fédérale et le site est classé parc national[154].

En 1973 est créé le Tasmanian Aboriginal Centre (en), qui souhaite agir en faveur des droits fonciers des Aborigènes, de la définition d'une identité aborigène et du retour des artefacts se trouvant dans les musées. Le TAC devient l'une des plus importantes et plus influentes organisations aborigènes de toute l'Australie, grâce à des activistes comme Michael Mansell (en). Il obtient le retour des restes de Truganini[155] et, après d’innombrables péripéties juridiques et oppositions politiques, le transfert en 1995 de la propriété de certaines terres ancestrales[156].
Trois autres événements marquent cette période. En février 1967, d'importants feux de brousse (en) dévastent 250 000 hectares dans la partie sud de l'île et atteignent Hobart où ils font 64 morts[157]. En 1975, le désastre du Tasman Bridge est causé par un vraquier qui heurte plusieurs piliers du pont, entrainant l'effondrement d'une grande partie de la chaussée. Les deux parties de la ville de Hobart sont séparées pendant près de trois ans. En avril 1996, un certain Martin Bryant tue 35 personnes et en blesse 23 lors de ce qui est appelé la Tuerie de Port-Arthur.
XXIe siècle
L'alternance politique se poursuit : gouvernements travaillistes de 1998 à 2014 — avec un gouvernement comprenant des Verts en 2010[158] —, libéraux ensuite.
En 2004, le gouverneur Richard Butler démissionne à la demande du premier ministre Paul Lennon. Il était critiqué pour ses sympathies républicaines, son mépris du protocole et ses fréquentes absences[159]. Il est remplacé par William Cox jusqu'en 2008, par Peter Underwood jusqu'en 2014, par Kate Warner jusqu'en 2021, à laquelle succède Barbara Baker. En juillet 2025, le libéral Jeremy Rockliff, tombé à la suite d'une motion de censure, est reconduit comme premier ministre[160].
En avril 2006, une mine s'effondre (en) après un tremblement de terre de faible intensité près de Beaconsfield.

En 2011, le Musée d'Art ancien et nouveau (MONA), créé par le collectionneur David Walsh, ouvre avec grand succès à Hobart[161].
En 2013, l'une des plus anciennes et importantes entreprises d'Australie, Gunns Ltd (en), très active en Tasmanie dans l'exploitation forestière, fait faillite[162]. L'entreprise avait prévu de construire une usine de pâte à papier dans la vallée de la Tamar, alimentée en bois d'eucalyptus. Le projet, soutenu par le gouvernement en raison des créations d'emplois prévues[163], est contesté par des groupes de défense de l'environnement et ne se réalise pas[164].
La visite du président chinois Xi Jinping en 2014 fait suite aux liens anciens de la Tasmanie avec la province chinoise de Fujian, dont il a été gouverneur. Sont signés quatre accords économiques, dont la poursuite du partenariat entre Hydro Tasmania (en) et Shenhua Group Corporation pour un parc éolien destiné à tester la technologie chinoise actuelle dans le nord-ouest de l'État, en plus de celui déjà opérationnel dans le nord-est, à Musselroe (en)[165].
En décembre 2025, après trois ans de débats passionnés, le Parlement tasmanien vote la construction d'un stade devant ouvrir en 2028 à Hobart, le Macquarie Point Stadium (en)[166],[167].
