Guillotine de Genève

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Matériau
bois et métal, sonnette en plomb, panier en cuirVoir et modifier les données sur Wikidata
Construction
1799
Restauration
années 1900Voir et modifier les données sur Wikidata
Guillotine de Genève
Partie d'origine conservée : mouton et tranchoir
Présentation
Type
Matériau
bois et métal, sonnette en plomb, panier en cuirVoir et modifier les données sur Wikidata
Construction
1799
Restauration
années 1900Voir et modifier les données sur Wikidata
Commanditaire
Propriétaires
Usage
Localisation
Localisation

La guillotine de Genève est une guillotine construite en pour les exécutions capitales à Genève, qui était alors le chef-lieu du département du Léman, en France. Trente-neuf exécutions par décapitation ont eu lieu avec cette guillotine de 1799 à 1862. Elle est conservée à la maison Tavel (musée d’histoire urbaine et de la vie quotidienne).

Plan.

Dès 1798, Genève est liée de force à la France. La guillotine devient l’unique mode opératoire de l’exécution capitale.

C'est à Chambéry que le bourreau se rend pour observer un modèle de guillotine. Des plans sont établis par l’architecte genevois Joseph-Louis Brolliet. Le maître charpentier Jean-François Nicolas Boiteux est chargé de la réalisation, qui prendra plus de 40 jours[1],[2]. Le charpentier est aidé d’un serrurier, un forgeron et un sellier. La charpente est en bois de chêne, elle est peinte en rouge. La pièce mobile dite « mouton » est en chêne et en plomb (environ 50 kg), et porte le texte « Fecit en 1799 An 7 RF » (fait en , an 7 du calendrier républicain de la République française)[3]. La guillotine de Genève sert de modèle en 1836 pour construire celle de Zurich (connue plus tard sous le nom de « Guillotine de Lucerne »)[1].

Le plan Brolliet de 1812 montre l’ensemble de l’échafaud, avec la guillotine proprement dite et sa planche à bascule, l’estrade, la rambarde et l’escalier. L’ensemble atteignait environ 6 mètres de haut. L’estrade visait à exhiber le supplicié, pour donner à la peine de mort un effet dissuasif : « plus l’exécution sera publique, mieux elle remplira son but » affirme le Conseil représentatif en 1828[4].

Histoire

Prison de l’Évêché (1842-1914).
Place Neuve en 1858.

Au 18e siècle, 35 exécutions capitales ont lieu entre 1700 et 1754 (et en outre 41 condamnations par contumace). La « question », le supplice de la roue et les mutilations corporelles sont progressivement abandonnés. En 1755-1794, on compte 76 exécutions, par pendaison. La pratique n'est alors régie par aucun Code, mais est fondée sur l’usage local, les circonstances du délit et la doctrine. Le Code pénal genevois de 1795 inspiré du Code français de 1791, maintient la peine capitale « pour quelques crimes d’État, pour les incendiaires et pour les assassins »[5],[6].

De 1799 à 1813, pendant la période française, 33 personnes sont décapitées dont une femme. Après 1815, Genève devient un canton suisse et la guillotine reste en activité, six personnes sont décapitées jusqu’en 1862 : Jacques Machon et Claude Menoud le , Alexandre Debogis le , Louis-Frédéric Richard le , Claude Vary le , et finalement Maurice Elcy le [7],[8].

Les condamnés partaient tôt le matin de la prison de la Tour-Maîtresse (avant 1842), puis de celle de l'Évêché, pour se rendre à la place de Neuve où avaient lieu les exécutions, selon un rituel immuable, suivant les règles du Code pénal. Le cortège « fait partie de l’exécution », il passe par la rue de l’Hôtel-de-Ville, puis la rampe de la Treille, sous les cris de la foule. En 1861, un peloton d'agents marche en tête, puis un peloton de gendarmes à cheval (non montés et sabre en main), puis vient le condamné entre les deux aides du bourreau, accompagnés par le substitut du procureur général, l’aumônier catholique et le greffier de la cour criminelle, une quarantaine de gendarmes à pied ferment la marche (baïonnette au fusil)[9]. Le condamné peut éventuellement prendre la parole, juste avant l’exécution, afin de témoigner de sa repentance[10].

Durant la période française, les bourreaux semblent appartenir à la famille Pasteur du canton de Vaud[1],[11]. Pour l’exécution de Claude Vary en 1861, on fait appel à Jacob Mengis, bourreau de Rheinfelden en Argovie[12] ; le condamné a de larges épaules, la machine est ébranlée et la lame s’abat par accident, il s’en faut de peu que les mains de l’exécuteur ne soient tranchées, la machine ne coupe que le haut de la tête du condamné, la foule est horrifiée[9],[13].

Le roman de Liliane Roskopf sur l’histoire de Louis-Frédéric Richard, exécuté en 1850, mentionne un bourreau aussi nommé Mengis, de Rheinfelden. Il doit tester et vérifier le bon fonctionnement de la machine avec un mouton dans la cour de la prison pendant que ses aides montent l’échafaud sur la place Neuve. Le bourreau, s'adressant aux gardiens : « Jusqu’ici, j'avais seulement travaillé au glaive. Nulle part en Suisse on n’emploie cet instrument. Évidemment, c'est moderne, ça ne demande pas beaucoup de savoir-faire. C'est intéressant. Mais voyez-vous, je crois que ça va tuer notre métier »[14].

Les exécutions attirent les foules, des personnes s’installent la veille déjà sur des chaises à proximité de l’échafaud, ce qui provoque le dégoût du juriste Jules Vuy. En 1861 pour Vary, le Journal de Genève témoigne de l’engouement populaire, des gens ont passé la nuit sur les marches du musée, et la foule est compacte bien avant l’heure du supplice jusque dans les rues avoisinantes, il y aurait 10 000 spectateurs dont de nombreuses femmes et des enfants[9],[10]. On estime en 1862 à nouveau que 10 000 personnes sont venus assister à l’exécution de Maurice Elcy, selon le journal radical La Nation suisse[15]. Ces chiffres sont à mettre en regard de la population de Genève qui compte en 1860 : 54 000 habitants dans la commune de Genève et 83 000 dans tout le canton[16]. Pourtant le spectacle est bref : Elcy sort de prison et prend place sur un char vers 5 h 30 et est décapité à 5 h 40[17],[18].

Le canton de Genève abroge la loi sur la peine de mort en 1871[1]. La guillotine reste dans un dépôt de la prison de l’Évêché. Depuis sa mise hors service, plusieurs parties ont disparu : la manivelle et le treuil qui servaient à hisser le couperet, la poulie à laquelle il était rattaché, ainsi que la planche à bascule sur laquelle s’allongeait le condamné. La charpente est remplacée par des montants en sapin au début du XXe siècle[3].

Les restes de la guillotine sont remis en 1915 au musée d'art et d’histoire[19], qui placera l’objet reconstitué en exposition à la maison Tavel. Les seules pièces d’origine sont le mouton et la lunette[2]. Le sac de guillotine, en cuir et en métal, est daté du dernier quart du 18e siècle[20].

Contexte juridique et politique

À Genève

Jean-Jacques Castoldi.

Jean-Jacques de Sellon demande l'abolition de la peine de mort au Grand Conseil (alors nommé Conseil représentatif) en 1816 et en 1828[21],[4]. Il publie des arguments juridiques et philosophiques et traduit des œuvres d'abolitionnistes connus. Il lance en 1826 un concours sur la peine de mort et publie plusieurs dizaines de brochures et de livres sur ce thème et concernant le pacifisme[22]. À sa suite s’engagent sur la même voie les juristes et politiciens Jean-Jacques Castoldi (1804-1871) et Jules Vuy (1815-1896), l’un protestant et l’autre catholique, tous deux membres du parti radical genevois de James Fazy.

Jean-Jacques Castoldi[23] prend la défense de Louis-Frédéric Richard lors de son recours en grâce au Grand Conseil en 1850. Il évoque le contexte social, l’histoire de l’accusé « relégué dès sa naissance dans un village de Savoie, (…) reçu à la communion sans savoir ni lire ni écrire ». Les députés refusent la demande de grâce par 42 voix contre 10[24]. En 1858, Castoldi défend devant la Cour d’assises un portefaix accusé du meurtre d’un autre portefaix (l’homicide volontaire est reconnu, avec des circonstances atténuantes)[25]. En 1862, Castoldi défend Maurice Elcy, qui sera le dernier condamné à mort de Genève. Il appelle à la clémence dans l’intérêt de la famille de l'accusé. Elcy n’obtiendra pas la grâce du Grand Conseil (par 43 voix contre 31)[17],[26].

Jules Vuy publie un texte concernant Louis-Frédéric Richard, guillotiné le . Luc Weibel voit Vuy comme « l’avocat, l’humaniste, l’abolitionniste, qui contribue à faire de Richard un homme et fait voir, dans la figure du condamné, l’union du courage et d’une résignation stoïque »[27],[28],[29].

En 1861, lors du procès de Vary, le procureur général affirme que « les crimes de Vary ont eu un immense retentissement dans le pays », ce qui donne d’autant plus d’importance au verdict qui « s’il est entaché de faiblesse, ce qu’à Dieu ne plaise, fera un mal immense »[30].

Le jugement et l’exécution de Maurice Elcy en 1862 suscitèrent un vif intérêt public. Une campagne questionnant la peine de mort se déroula dans la presse périodique et par la publication de brochures[26],[31]. Victor Hugo a écrit à l’occasion de cette condamnation : « Vous petit peuple, dans votre seule ville de Genève, vous avez vu deux guillotines dressées en dix-huit mois. En effet, ayant tué Vary, pourquoi ne pas tuer Elcy ? »[32],[33].

En Suisse

Dans la Constitution fédérale de 1848, la peine de mort pour délits politiques a été interdite, puis abolie pour tous les délits lors de la révision totale qui aboutit à la Constitution fédérale de 1874. Certains cantons ont introduit l'abolition plus tôt : Fribourg en 1868, Neuchâtel en 1864, Zurich en 1869, Tessin et Genève en 1871, Bâle-Ville en 1872, Bâle-Campagne en 1873 et Soleure en 1874. Cependant la peine de mort, à l'exception des délits politiques, est réintroduite dans le droit suisse à la suite d'un référendum en 1879. Cette possibilité est appliquée par dix cantons et demi-cantons qui réintroduisent la peine de mort.

En 1937, l'Assemblée fédérale adopte un Code pénal qui s'applique dans toute la Suisse comprenant l'abolition définitive de la peine de mort. Ce code pénal entre en vigueur le . Lors de la votation du , les électeurs suisses se sont prononcés à 54 % en faveur de ce nouveau droit pénal, valable dans toute la Suisse, et abolissant la peine de mort (en temps de paix). La peine de mort est abolie complètement en 1992 en Suisse, même en temps de guerre.

Galerie

Bibliographie

Références

Voir aussi

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