Maurice Elcy

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Maurice Elcy
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Condamné pour

Maurice Elcy, né en 1841 et mort le à Genève, est la dernière personne condamnée à mort et exécutée dans le canton de Genève, à la suite d'un procès civil.

Journal de Genève du mardi .
Parc des Bastions (années 1840). À gauche la place Neuve, à droite le bastion Bourgeois.

Jean-Jacques Favre-Chantre, horloger et employé de bureau de 43 ans, a été poignardé à mort le dimanche dans le parc des Bastions[n 1]. Les docteurs qui ont examiné le corps de la victime ont compté treize blessures « faites par un instrument piquant et tranchant », ils ont trouvé à son cou un cordon de montre « rompu ou tranché ». Plusieurs témoins affirment que la victime avait ce jour-là des médaillons en or et deux montres en argent, qu’il était chargé de vendre. Ces objets n’ont pas été retrouvés sur le corps, ni sur les lieux du crime[1].

Le corps est trouvé le lundi matin vers 7 heures, il s'agit visiblement d’un crime, les autorités inspectent les lieux et les badauds affluent. Parmi ceux-ci deux jeunes qui ont été témoins du meurtre et peuvent nommer l'agresseur, qui est lui-même présent dans la foule et est aussitôt arrêté par les gendarmes. Un troisième témoin, une mendiante muette, bouleversée, fait comprendre ce même jour aux habitués d’un café la scène à laquelle elle a assisté depuis le banc du parc des Bastions où elle passé la nuit[1].

Le lieu du crime, le parc des Bastions, était alors limité par les fortifications du 18e siècle (détruites peu à peu dans la seconde moitié du 19e siècle). Il a conservé son allée centrale et le Palais Eynard. Une grande partie du parc de 1861 était occupée par le jardin botanique. Le théâtre de Neuve se trouvait à l’entrée du parc (détruit en 1880, le Grand Théâtre lui a succédé de l'autre côté de la place). L’université est bâtie vers 1870 entre les deux grands bastions, le mur des réformateurs est construit au début du 20e siècle là où un fossé bordait la muraille – c'est dans ce fossé que la victime de 1861 a été retrouvée. La place Neuve, lieu de l’exécution capitale, était encore libre de toute construction (Dufour était encore vivant, sa statue équestre sera érigée en 1884). Le très ancien hôtel de ville, lieu du pouvoir, domine le parc et donc la scène du crime, depuis la Treille.

L'accusé et son procès

Prison de l’Évêché (1842-1914).

Maurice Elcy est né le à Genève, son père est brigadier de gendarmerie et sa mère « sans profession ». Il a une sœur et trois frères nés entre 1843 et 1852. Sa profession en 1862 est « commis », il est célibataire et vit chez ses parents[1],[n 2]. Il a selon le procureur général reçu une bonne éducation, son père est un « vieux soldat, dévoué à la sauvegarde de l’ordre public »[2]. Des témoins décrivent l'accusé comme un « mauvais garçon, sans scrupules et amoral », en « chef de bande », se saoulant à l’absinthe dans les cabarets de Plainpalais. Il aurait détroussé des messieurs cherchant l’incognito dans des lieux sombres et retirés, en les menaçant de dénoncer leurs « pratiques intimes » (leur homosexualité)[3],[4].

Le procès se déroule les et . Une foule de curieux s'est rassemblée autour du Palais de justice. L'accusé est inculpé de meurtre sur la base des témoignages de Jean Barrate (16 ans) et de Charles Bovay (18 ans) qui l’a reconnu. Ces témoins ont vu aux Bastions les deux hommes se battre à coup de cannes, le plus âgé reculant puis tombant à terre, le plus jeune sortant une épée de sa canne et transperçant son adversaire à plusieurs reprises. Les enquêteurs ont trouvé au domicile d’Elcy des cannes-épées, dont l’une correspond selon les experts aux blessures de la victime et aux déchirures de ses habits[1].

Jean-Jacques Castoldi, l’avocat.

Outre le meurtre d’, que le tribunal reconnaît ne pas avoir été prémédité, on reproche à l'accusé d'avoir aussi commis un vol en réunion et avec violence en sur la promenade Saint-Antoine, sur deux personnes, ainsi qu’un autre vol commis en sur la promenade du bastion Bourgeois (au sud du parc des Bastions), et finalement d'avoir soustrait deux montres à sa victime d’. Pour sa défense, Maurice Elcy déclara s'être défendu contre les « avances obscènes » de Favre-Chantre dans le parc[2].

Selon le code pénal genevois de l'époque, le meurtre seul n'était pas passible de la peine de mort, il fallait qu'un autre crime soit commis dans le même contexte pour que la peine capitale soit prononcée. Le troisième témoin, Fanchette Rendu, mendiante et muette de 59 ans, s'est exprimée devant le tribunal en langue des signes, elle a vu toute la scène et selon elle l'accusé avait quitté les lieux pour y revenir plus tard dans la nuit, c'est alors qu’il a volé des montres à la victime. Maurice Elcy affirme ne pas avoir volé sa victime, il ne serait pas retourné aux Bastions. L'avocat de l’accusé, Jean-Jacques Castoldi (politicien, alors juge au tribunal de cassation du canton de Genève), appelle à la clémence, dans l’intérêt de la famille de l'accusé. Il tente de démontrer la faiblesse du témoignage de Fanchette Rendu, la difficulté soulevée par l’interprétation de ses signes[1],[5].

Le tribunal trouve le témoignage de Fanchette Rendu plus convainquant que les dénégations de l’accusé, il retient l’accusation de vol et prononce, après plus de deux heures de délibérations, la condamnation à mort sans circonstances atténuantes. Lorsqu’il quitte le tribunal escorté par les gendarmes, le condamné aurait eu « le sourire aux lèvres », il aurait aussi « tiré la langue au public qui le hue ». La Cour de cassation rejette le sa demande de révision du procès. Le Grand Conseil aurait pu commuer la peine en travaux forcés à perpétuité, mais cette demande de grâce est rejetée le par 43 voix contre 31[4],[1].

L’exécution

La Place Neuve en 1858.
La guillotine de Genève (1799-1915).

Maurice Elcy est guillotiné publiquement le . Le rituel de l’exécution publique a ses habitudes à Genève : un cortège part le matin de la prison de l’Évêché et rejoint la place Neuve en passant par la rue de l’Hôtel-de-Ville et la rampe de la Treille. La Place Neuve a été le théâtre de 33 exécutions durant la période française (1799-1813), puis encore six autres après 1813[6]. Le départ a lieu toujours plus tôt, Maurice Elcy doit se lever à 2 heures du matin. Il répète à ce moment aux ministres du culte, qui viennent le chercher dans sa cellule, ne pas avoir volé sa victime et affirme ne pas mentir. Il prend place sur un char à sa sortie de prison vers 5 h 30. Il est accompagné par les pasteurs Rimond et Théodore Borel (qui connaît bien Elcy car il l’a eu comme catéchumène). Maurice Elcy aurait salué des connaissances sur le trajet. Il semble vouloir prendre la parole avant l’exécution, comme c'est la coutume (pour exprimer sa repentance éventuelle), mais cela ne lui est pas accordé. Il meurt sur l’échafaud à 5 h 40[4],[7],[n 2]. Les témoins au registre des décès de la ville de Genève sont Charles Megevand « greffier de la Cour criminelle », et Henri Favre « commis-greffier » du juge d'instruction.

Registre des décès, précisant le lieu et l’heure de l’exécution de Maurice Elcy.

Des milliers de badauds sont venus assister à l'exécution, 10 000 selon le journal radical La Nation suisse[8] ; les autorités craignaient des troubles, la police montée était présente pour les prévenir. Finalement, « la foule s'est comportée avec un calme remarquable », « son comportement était celui qu'il convient toujours d'avoir en de tels moments de justice, c'est-à-dire celui de citoyens qui, sans haine ni provocation, participent à l'expiation d'un crime commis par l'un des leurs »[6]. Maurice Elcy est enterré au cimetière de Plainpalais, ses parents ont fait graver sur sa tombe : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre »[9].

Retentissement

Ce meurtre, le jugement et l’exécution, suscitèrent un vif intérêt public. Une campagne autour de cette affaire et de la question de la peine de mort se déroula dans la presse périodique et par la publication de brochures[1],[9]. Victor Hugo a écrit à l’occasion de cette condamnation : « Vous petit peuple, dans votre seule ville de Genève, vous avez vu deux guillotines dressées en dix-huit mois. En effet, ayant tué Vary, pourquoi ne pas tuer Elcy ? »[3].

La peine de mort sera abrogée à Genève en 1871, neuf ans après la condamnation de Maurice Elcy[6]. Au plan Suisse l’abolition de la peine de mort pour les crimes de droit commun est décidée en 1874 puis rétablie en 1879, elle est adoptée définitivement en 1938 et entre en vigueur le , après une dernière exécution en 1940[10],[11].

Bibliographie

Notes et Références

Articles connexes

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