Jean-Jacques Castoldi
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| Jean-Jacques Castoldi | |
| Fonctions | |
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| Député au Grand Conseil genevois | |
| – (décès) | |
| Conseiller d'État genevois | |
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| Conseiller administratif de la ville de Genève | |
| – (élu au Conseil d’État) |
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| – | |
| – (démission) | |
| Conseiller national | |
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| Législature | 1re |
| Membre du gouvernement provisoire de 1846 | |
| – | |
| Député à la constituante du canton de Genève | |
| – | |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Genève (département du Léman, France) |
| Date de décès | (à 66 ans) |
| Lieu de décès | Genève (canton de Genève, Suisse) |
| Sépulture | Cimetière des Rois |
| Nationalité | Italie Suisse (dès 1827) |
| Parti politique | Radical |
| Profession | avocat, juge, politicien |
| Résidence | Genève |
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Jean-Jacques Castoldi, né le à Genève (alors dans le département du Léman en France) et mort le dans le même lieu (en Suisse), est un juge et un homme politique suisse d’origine italienne. Il est membre du Conseil national de 1848 à 1851 et membre du Conseil d'État du canton de Genève de 1852 à 1857.
Jean-Jacques Castoldi est le fils de Joseph Castoldi, négociant originaire de Milan, et de Louise Michel. Il naît et est élevé à Genève par une « mère pieuse et protestante ». Ses parents ont des idées libérales, ils prénomment leur fils en référence au célèbre Jean-Jacques Rousseau[1],[2]. Il devient bourgeois de Genève en 1827[1], il est donc naturalisé suisse. Il épouse Jeanne Lailsard ou Laillard, marchande de mercerie[2],[3], d’où quatre filles, toutes mariées entre 1864 et 1871[4].
Jean-Jacques Castoldi étudie la théologie à Genève[1], puis le droit aux universités de Genève et de Paris. Sa thèse de droit obtenue en 1830 à Genève est intitulée Dissertation sur l'hypothèque légale du mineur et de l'interdit sur les biens de leur tuteur[5]. Il travaille comme avocat dès la fin de ses études en 1830 et « se fait rapidement une réputation d'avocat progressiste »[1].
Il est professeur de droit pénal et de droit romain à l'Académie de Genève en 1847[6],[1], selon une autre source il aurait décliné des propositions pour une chaire de professeur à l'université en 1847 et 1849[3]. Jean-Jacques Castoldi est membre de la Société suisse des carabiniers de 1849 à 1851[7].

De 1852 à 1869, il est juge à la Cour de cassation cantonale, soit durant 27 ans. Lorsqu’il démissionne en 1869, le Grand Conseil vote à l’unanimité pour « exprimer le regret que ce Corps éprouve d’une semblable décision et pour l’engager à retirer sa démission », sans succès[8].
De 1852 à 1857, il est le premier genevois à siéger au Tribunal fédéral[9], qui est de 1848 à 1874 une structure non permanente composée de 11 juges et 11 suppléants.
Jean-Jacques Castoldi meurt le , au 12 rue Pierre-Fatio (immeuble au nord du Rond-Point de Rive)[2]. Il est enterré au cimetière des Rois qui est alors géré par l’Hôpital général de Genève et réservé aux seuls protestants (jusqu'en 1876).
Une nécrologie est publiée dans la Gazette de Lausanne où il est affirmé que Castoldi était « l'un des membres les plus distingués du barreau genevois (…) C'était non-seulement un excellent praticien, un savant jurisconsulte, mais aussi un orateur éloquent et persuasif; dans plus d'un procès criminel, sa parole émue, empreinte des sentiments les plus nobles et les plus généreux, emporta les suffrages des juges les plus difficiles. Gastoldi avait le goût passionné de son art et il apportait dans ses plaidoiries criminelles une remarquable élévation de vues et de sentiments »[6].
Lutte contre la peine de mort
Jean-Jacques Castoldi est connu en particulier pour sa lutte contre la peine de mort à Genève[1]. Il est impliqué comme politicien ou comme avocat lors de plusieurs procès visant des criminels. Depuis 1799, les exécutions se font par décapitation avec une guillotine sur la place Neuve. Les trois dernières exécutions du temps de Castoldi ont lieu en 1850 (Richard), 1861 (Vary) et 1862 (Elcy).
En 1850, Louis-Frédéric Richard est condamné à la peine capitale, son recours en grâce au Grand Conseil fait l’objet de débats repris dans le Journal de Genève, Castoldi plaide longuement « non comme légiste, non comme membre de ce Conseil, mais comme membre de la famille humaine », il défend la différence des rôles entre tribunal et parlement : « (…) je ne crois pas qu'il soit permis à personne de dire que, parce que le Grand Conseil, usant de clémence et de miséricorde, aura fait une grâce, il ait condamné le jury : ce serait faux. Le jury se déclare, il fait bien ; le juge condamne, il fait bien aussi ; mais nous, Messieurs, mais le Grand Conseil n'est ni juge ni jury ». Puis il tient compte du contexte social : « Je me demande si un même crime, accompagné du même odieux, entouré des mêmes circonstances avait été commis par un homme que la société eut entouré dès son entrée dans le monde de soins, d'amour, de prévenances, d'instruction et de bien être (…) Le placeriez-vous sur la même ligne que Richard, ce malheureux paria de la civilisation du 19e siècle? ... Comparez son enfance à celle de l'homme heureux que le monde considère : Il est relégué dès sa naissance dans un village de Savoie, il y est entretenu par une faible pension qui cesse d'être payée alors qu'il n'a pas atteint sa dixième année, il est alors reçu à la communion sans savoir ni lire ni écrire; et, pour comble de misère, il est placé chez des personnes qui lui apprennent et l’habituent à s'emparer du bien d'autrui ». Finalement il appelle à un progrès et un modèle qui viennent d’en haut : « Dans votre décision, Messieurs, rappelez-vous que vous n'êtes pas seulement les représentants de la société genevoise, mais que vous êtes aussi ceux de la civilisation et de l'humanité; redoutez de laisser s'élever dans nos rues ce poteau sanglant ». La proposition de commuer la peine en travaux forcés à perpétuité est refusée par 42 voix contre 10[10].
En 1858, c'est en tant qu'avocat à la Cour d’assises que Jean-Jacques Castoldi défend un portefaix accusé du meurtre d’un autre portefaix à la route de Vésenaz. L'accusé s’est « renfermé dans un système de dénégations qui n'a point facilité la tâche de son habile défenseur ». L’homicide volontaire est reconnu par la Cour, mais avec des circonstances atténuantes. L'accusé est condamné à cinq ans de prison et à 10 000 francs de dommages-intérêts pour la veuve et ses enfants mineurs[11].
L'avocat de Vary en 1861 est Jean-Antoine Amberny. Celui-ci affirme que Castoldi, avec sa voix « éloquente » et « puissante, [aurait pu] empêcher peut-être une condamnation capitale », mais Vary l’a écarté ainsi que quatre ou cinq autres avocats, ce qui n'a pas été dans son intérêt[12].
En 1862, Jean-Jacques Castoldi défend Maurice Elcy, coupable d’un meurtre en 1861 au parc des Bastions. Plusieurs témoins s’expriment lors du procès qui se déroule les et . Le meurtre ne fait pas de doute, mais selon le code pénal genevois de l'époque, il n'était pas passible de la peine capitale si aucun autre crime n’avait été commis dans le même contexte. Le témoignage d’une mendiante muette, en langue des signes, est capital pour que le vol soit aussi reconnu. Castoldi tente de montrer les faiblesses de ce témoignage, et appelle à la clémence dans l’intérêt de la famille de l'accusé. Il n'est pas suivi par le tribunal. La Cour de cassation rejette une demande de révision et le Grand Conseil refuse de commuer la peine en travaux forcés à perpétuité par 43 voix contre 31. Elcy est le dernier condamné à mort dans un procès civil à Genève, il est exécuté le [13],[14].
Le canton de Genève abroge la loi sur la peine de mort en 1871[15].
Carrière politique

L’engagement politique de Jean-Jacques Castoldi se déroule durant une période de « révolutions ». D'abord autour des luttes pour la création d’un conseil municipal électif pour la ville de Genève, en 1841 (il est membre de « l’Association du Trois Mars ») ; ensuite dans le cadre de l’essor des radicaux et des importants troubles qui se suivent dès (barricades, assaut manqué des troupes gouvernementales à Saint-Gervais, Conseil général au Molard, dissolution du Grand Conseil). Jusqu’en 1861, Genève traverse une période de grands changement institutionnels et urbains sous le régime fazyste[16],[17],[18]. Au moment de l’exécution de Elcy en 1862, Jean-Jacques Castoldi aurait été « l’un des hommes les plus influents de la politique genevoise et fédérale », selon le journaliste Jean-Noël Cuénod[14].
Au niveau communal, Jean-Jacques Castoldi siège au conseil municipal (législatif) de Genève de 1842 à 1843, de 1848 à 1850 et de 1851 à 1853[18],[19].
Au niveau cantonal, il est membre du gouvernement provisoire en 1846-1847[18],[19]. il est élu au Grand Conseil en 1846, où il siègera plus de 24 ans, jusqu'à sa mort[19]. De 1853 à 1855, il est également conseiller d'État chargé de la Justice et de la Police[3] au sein d’un gouvernement dit « réparateur »[18].
Il participe à la rédaction des versions successives de la constitution du canton de Genève : en 1842 (Conseil constitutionnel), en 1847 (commission du Grand Conseil)[16], et à nouveau en 1862 (Assemblée constituante, révision totale de la constitution de 1847) dans le cadre du « Cercle de la Ficelle » qui réunit des indépendants aux idées diverses mais se situant politiquement entre les conservateurs (les anciennes familles) et les radicaux[20].
Au niveau national, Jean-Jacques Castoldi est élu au Conseil national en 1848[19], mais ne se représente pas trois ans plus tard.
Il est qualifié de « radical modéré »[3], de « radical »[7], ou encore de la « gauche libérale »[21]. Il est d'abord membre du parti radical de James Fazy, puis il prend ses distances et se rallie aux indépendants. Il continue à défendre ses idées libérales à sa manière[1],[3],[6].
Hommages
En 1980, le Conseil d’État baptise « Chemin Castoldi » un chemin de la commune de Chêne-Bougeries[1].
Bibliographie
- « Jean-Jacques Castoldi (1804-1871) », dans Jean-Louis Le Fort, Recueil Le Fort, vol. 25, Genève, , p. 7-8[22].