Guntbert de Saint-Bertin
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| Doyen. Bibliothécaire |
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| Époque | |
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| Activité |
Moine |
| Père |
Goibert |
| Mère |
Ebertrude |
| Religion |
Catholique |
|---|---|
| Ordre religieux |
Bénédictin |
| Membre de |
Guntbert de Saint-Bertin ou Gobert de Saint-Bertin est un moine du IXe siècle de l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer ou abbaye de Sithiu. Il se distingue par la générosité avec laquelle son père et lui-même dotent l'abbaye et par le rôle central qu'il joue pour le renouvellement de la bibliothèque du couvent.
Guntbert de Saint-Bertin appartient à une riche famille de la plaine de Flandre du IXe siècle. Il est le fils de Goibert, un des plus riches leudes de la Morinie[1] (territoire des Morins), et d'Ebertrude, située dans le diocèse de Thérouanne.
La date et le lieu de sa naissance ne sont pas connus. Il nait probablement au IXe siècle.
Selon une source retrouvée dans les archives de Bergues[2], appelée au moyen-âge Bergues-Saint-Winoc, du nom de l'importante abbaye de la localité (Abbaye Saint-Winoc de Bergues), Goibert est seigneur de Bergues[2]. Il aurait également été un général célèbre[1] et prévôt de l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer. Goibert ou Goibertus I de Steneland, selon le nom d'un fief possédé sur Steenkerke (actuelle section de Furnes) où il a fondé une église liée à un monastère, serait le troisième seigneur de Bergues à la fin du VIIIe - début du IXe siècles. Il détient plusieurs biens dont Bergues. Il fait une donation à l' abbaye de Saint-Omer ou abbaye de Sithiu, sous l'abbé Fridogise, soit vers 820-824. En 826, Goibertus part pour Rome avec son fils, futur moine de Saint-Bertin. Au retour de ce voyage, il fait de nouvelles donations[2].
Goibertus meurt le 16 des calendes de mai en l'an 838[2]. Dans son testament il organise le partage de ses biens et affranchit plusieurs serfs qu'il place sous la patronage de Steneland[3]. Son corps est enterré dans la basilique de l'abbaye Saint-Bertin[4]. Goibertus et sa femme Ebertrude ont eu deux enfants : Guntbert de Berghes qui succède à son père en tant que seigneur de Bergues et un autre fils Gobert, (Guntbert), moine à Saint-Bertin[2].
Moine de Saint-Bertin
Les archives de Saint-Bertin ont gardé de façon conséquente le souvenir de Goibert et de son fils Guntbert, entré dans l'abbaye[5].
Selon le moine Folquin qui dressa le cartulaire de Saint-Bertin, on parlait encore de Guntbert un siècle après sa mort, avec estime voire admiration[6]. Il laisse de notables traces dans l'abbaye, tant par ses qualités, notamment intellectuelles, que suite à l'importance des donations faites qui ont notablement enrichi le monastère[6].
Folquin déclare encore qu'il a été tonsuré par le pape Eugène II en personne, lors du voyage fait avec son père à Rome en 826[7].
Guntbert entre à l'abbaye de Saint-Bertin, au retour de ce voyage, alors qu'il est encore très jeune[5]. Il entre comme écolier et bénéficie des enseignements de l'école monastique[8].
En 831, Goibert donne à l'abbaye de Sithiu son domaine de Cormont, (environ 64 hectares), y inclus 20 serfs. Guntbert signe l'acte, la propriété faisant sans doute partie de son héritage[9].
Son père cède également le sanctuaire de Steneland (sur Steenkerke), fondé dans la premier quart du IXe siècle et richement doté par la suite, en 828 afin d'assurer l'entretien des personnes présentes[5], à l'abbaye de Sithiu, à condition que Guntbert en assure l'administration sa vie durant[10]. Dans l'hypothèse où Guntbert serait obligé de quitter l'abbaye, les biens donnés qui faisaient partie de son héritage lui reviendraient en totalité[6].
Steneland recueille progressivement une bonne partie des biens de Goibert[10].
Steneland constitue une véritable communauté, jouant un rôle liturgique mais aussi charitable. Les frères gèrent les biens de la communauté, encadrent spirituellement les populations et rendent des services spirituels aux laïcs des alentours. Un dossier établi par Guntbert plusieurs années plus tard pour défendre ses droits montre que les biens relevant de Steneland sont répartis dans l'ensemble du diocèse de Thérouanne et que l'établissement constitue une petite communauté[10].
Charles Mériaux voit dans le devenir de Steneland le symbole de l'action d'aristocrates carolingiens de niveau intermédiaire faisant en sorte d'intégrer une structure religieuse protectrice telle que Saint-Bertin ayant les faveurs de la haute aristocratie et des souverains tout en gardant sa spécificité[10]. Il estime également que le fait que la famille de Guntbert ait pu réserver les donations faites à l'abbaye au bénéfice du sanctuaire de Steneland illustre l'autonomie d'action dont bénéficiaient les moines à l'intérieur du monastère[11].
Folcuin a recopié les actes relatifs au sanctuaire de Steneland à la fin de ses Gesta abbatum Sithiensium[7].
Steneland disparut au cours du Xe siècle[12].
Lors du décès de Goibert en 838, Guntbert est chargé d'exécuter ses dernières volontés[3].
En 839, Guntbert est un des témoins des chartes établissant la suprématie de l'abbaye de Saint-Bertin sur le chapitre des chanoines de Saint-Omer[13].
Entré comme jeune novice, Guntbert devient prévôt ou doyen[10], selon les Gesta abbatum Sithiensium de Folcuin[14]. Cette nomination a probablement lieu vers 844 par l'abbé Adalard, alors même qu'il n'est encore que diacre. Guntbert ne reçoit la prêtrise que par la suite en 844. Une charte datant de cette époque, portant sa signature en tant que nouveau prévôt atteste de sa nomination[15].
Le , Guntbert se fait confirmer par l'abbé Adalard un privilège, confirmé par Humphroy de Thérouanne, évêque de Thérouanne, confirmant que l'administration de Steneland lui appartient ou revient à la personne désignée par lui[16].
Dans un curieux document scellé du sceau royal, daté du , le roi Charles le Chauve déclare prendre sous sa protection le sanctuaire de Steneland et la destination des biens qui lui sont rattachés : l'entretien de l'église, des frères, le service des pauvres, précisant ce qui devait leur être distribué chaque année[17], et des voyageurs, le tout sous l'administration de Guntbert[18]. Dès lors, le fait que Guntbert soit privé un peu plus tard de la jouissance du bien apparait incompréhensible. En réalité, il va s'avérer que ce document est un faux[19], d'où son inefficacité.
En effet, en 867, Guntbert doit dresser un dossier décrivant précisément les biens relevant de Steneland.
Guntbert rédige cet ensemble pour protester contre le détournement des revenus de Steneland au profit de la mense abbatiale par l'abbé Hilduin. Le document vise à permettre à Guntbert de plaider sa cause à Rome, en compagnie de l'évêque Humphroy, privé en 866 de l'abbatiat de Sithiu[10]. Hilduin a reçu en effet le poste d'abbé, en récompense de son ralliement à Charles le Chauve, alors qu'il était avant cela un proche de Lothaire Ier, concurrent de Charles le Chauve[20]. Il a cependant acheté la charge d'abbé pour 30 livres d'or se rendant ainsi coupable de simonie[18].
Le , Humphroy et Guntbert sont sur le domaine épiscopal de Wavrans sur l'Aa, avant de prendre le chemin vers Rome[20].Guntbert donne alors ses instructions à ses exécuteurs testamentaires pour la gestion des biens qu'il possède encore[18].
À cette époque, les yeux de Guntbert sont sérieusement fatigués de s'être penché sur les manuscrits et livres de l'abbaye et il présente des signes de maladie, notamment au niveau de la tête[18].
Il meurt sans doute en 868[7]. On ne sait pas s'il a atteint Rome ou s'il est mort sur la route[18].