Gustave Houver
résistant français pendant la Seconde Guerre mondiale
From Wikipedia, the free encyclopedia
Gustave Houver, né le à Rémelfing et mort le à Thionville, est un instituteur, résistant et déporté français durant la Seconde Guerre mondiale. Il est l'un des 300 déportés survivants de la tragédie de la baie de Lübeck où près de 8 000 personnes meurent noyées.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Pseudonyme |
Lieutenant Christophe |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités | |
| Parentèle |
Antoine Diener (beau-frère) |
| Membre de | |
|---|---|
| Conflit | |
| Lieux de détention | |
| Distinctions |
Biographie
Gustave Houver grandit dans une famille de cheminots. Il effectue sa scolarité à l'école primaire supérieure (EPS) de Saint-Avold, où il obtient le brevet supérieur avant de préparer le concours d'entrée à l'école normale d'instituteurs. Reçu à l'école normale de Montigny-lès-Metz en 1935, il y développe une amitié durable avec Ferdinand Diener, frère cadet d'Antoine Diener, qui deviendra résistant sous le pseudonyme d'« Ancel »[1].
Carrière d'instituteur et mobilisation
Nommé instituteur en à Woustwiller, Gustave Houver prend en charge la classe unique de l'école de garçons (élèves de 6 à 14 ans). Il cumule cette fonction avec celle de secrétaire de mairie et anime l'équipe de football locale, s'intégrant pleinement dans la vie communautaire[1].
Après la déclaration de guerre du , la zone frontalière de Sarreguemines étant évacuée, il accompagne les habitants de Woustwiller dans leur exil vers la Charente, près de Confolens, organisant leur installation dans des conditions précaires[1].
Parcours militaire
Sursitaire, Gustave Houver rejoint l'école des élèves officiers de réserve (EOR) du camp d'Auvours, près du Mans, le . Après une formation accélérée de six mois, il est promu aspirant le et prend le commandement d'une compagnie déployée à Orléans. Son unité stationne à Ingré jusqu'au , puis effectue une retraite stratégique vers le sud (Gien, Vierzon, Châteauroux, Bellac, Limoges)[1].
Après l'armistice du 22 juin 1940, il s'engage au 26e régiment d'infanterie à la caserne Bugeaud de Périgueux. En , il retrouve fortuitement Ferdinand Diener et noue des relations étroites avec la famille Diener, établie à Périgueux et dans le village de Ligueux, où il rencontre sa future épouse[1].
Engagement dans la Résistance
Après l'invasion de la zone libre par l'armée allemande, en , l'armée française d'armistice est dissoute. Démobilisé et affecté comme secrétaire à l'inspection académique d'Alsace-Lorraine repliée à l'école Jules-Ferry de Périgueux, Gustave Houver maintient le contact avec ses anciens supérieurs militaires[1].
En , contacté par Bernard Metz, agent recruteur de Marcel Kibler alias « commandant Marceau » de la 7e colonne d'Alsace, Gustave Houver entre en résistance active. Il se charge de recruter des hommes pour constituer trois centuries (des compagnies d'environ 100 hommes) à Périgueux, Bergerac et Brantôme, destinées à former le Groupe Mobile Alsace (GMA) Sud. C'est par son intermédiaire qu'Antoine Diener, alias « Ancel », rejoint également la Résistance[1].
Le , Gustave Houver épouse Marie-Louise Diener, sœur de Ferdinand et Antoine, alors institutrice à l'orphelinat Parrot de Périgueux[2].
Clandestinité et arrestation
Face à l'intensification des attaques de la Gestapo contre les résistants périgourdins, Gustave Houver entre en clandestinité en . Il s'installe dans une ferme près de Saint-Astier, d'où il effectue de fréquents déplacements vers Lyon, Clermont-Ferrand, Limoges et les centuries[1].
Le , la Gestapo effectue une descente dans le quartier Saint-Georges à Périgueux, fouillant notamment les domiciles de Houver et de ses beaux-parents. Le lendemain, Gustave Houver et Antoine Diener rejoignent un maquis de l'Armée secrète en formation dans la forêt de la Double[1].
Le , lors d'une réunion à Limoges réunissant les responsables du GMA Sud pour discuter des moyens d'armement, Gustave Houver est arrêté avec trois autres chefs départementaux par la Gestapo, menée par Greber, agent infiltré ou « retourné ». Interrogé et torturé, il demeure emprisonné plusieurs semaines sans autres interrogatoires, Greber ayant été exécuté par les FTP. Il échange quelques lettres avec son épouse qui lui apprend la naissance de leur fils Jean-Christophe le [1].
Déportation et internement
Le , Gustave Houver est transféré au camp de transit de Compiègne, puis déporté le vers l'Allemagne. Il arrive le au camp de concentration de Neuengamme, dans le premier convoi de Français (1 986 personnes) à atteindre ce camp[1].
Durant deux mois, il est affecté successivement au Kommando Klinkerwerk (briqueterie) puis au Kommando Metalwerk (fabrication d'armes) dans des conditions extrêmement pénibles. Grâce à sa maîtrise de l'allemand, il intègre ensuite le Schreibstube (« secrétariat ») du camp comme traducteur, bénéficiant de conditions de vie moins difficiles[1].
La tragédie de la baie de Lübeck
Après l'évacuation du camp de Neuengamme en , Gustave Houver fait partie du dernier convoi qui, parti en train le , arrive le dans le port de Lübeck après un bombardement. Les déportés sont embarqués sur le cargo Thielbeck, remorqué en baie de Lübeck où stationnent déjà le Deutschland IV et le paquebot Cap Arcona, tous chargés de déportés[1].
Le à 14h30, une escadrille de la Royal Air Force bombarde les navires et mitraille les rescapés, dans l'ignorance de leur véritable nature. Cette tragédie, l'une des plus meurtrières de la fin de la guerre, cause la mort de près de 8 000 personnes. Gustave Houver fait partie des 300 survivants environ : il parvient à s'extraire du Thielbeck qui coule et à nager vers la rive, où il est secouru par une vedette allemande puis libéré par des soldats anglais à Neustadt[1].
Libération et retour
Après sa libération, Gustave Houver reste deux semaines à Neustadt, participant avec les autorités militaires anglaises à l'accueil et au rapatriement des rescapés français. Il arrive à l'hôtel Lutétia à Paris le , centre d'accueil des déportés. Grâce à une tante résidant à Issy-les-Moulineaux et à son beau-frère Ferdinand, il apprend que les résistants de son réseau ont poursuivi la lutte au sein de la Brigade indépendante Alsace-Lorraine (BIAL) sous le commandement d'André Malraux[1].
Le lendemain de son arrivée, il rencontre André Malraux et la veuve de Roland Malraux, son compagnon de déportation disparu dans le naufrage du Cap Arcona. Il retrouve sa famille en Moselle le , découvrant son fils Jean-Christophe, âgé de treize mois[1].
Carrière d'après-guerre et engagement associatif
À son retour, le recteur Lagaude lui propose de créer une école professionnelle dans l'esprit de la loi Astier de 1919, non appliquée en Moselle. Gustave Houver se lance dans cette mission éducatrice avec détermination[1].
Il part rapidement pour un stage de trois semaines pour formateurs de l'Enseignement Professionnel à l'École Normale Supérieure de l'Enseignement Technique à Paris, d'où il écrira dans une lettre à sa famille « Il faut sortir de belles choses du néant, s'attacher à la classe ouvrière pour en faire des hommes. Ça m'intéresse, j'en suis ». Cet engagement sera celui de toute sa vie professionnelle, lui permettant ainsi d'atténuer les effets de l'entreprise de démolition humaine qu'il avait subie[2].
De retour à Thionville il se met à l'œuvre : recherche de locaux adéquats, équipement en mobilier et matériel pédagogique, recrutement de toutes les catégories de personnels.
Il découvre et fait réquisitionner la « Briquerie », ancienne usine de constructions métalliques occupée par l’armée américaine. Dès le départ des Américains, la première tâche des personnels et des futurs élèves est d'aménager les locaux pour en faire un établissement d'enseignement, et les premiers Cours Professionnels Obligatoires s'ouvrent pour tous les apprentis de l'artisanat le . À la rentrée d'octobre s'y ajoute un Centre d'Apprentissage Industriel doté d'un internat et d'une demi-pension où l'on prépare les CAP de mécanique auto, menuiserie, maçonnerie, serrurerie et horticulture[2].
Jusqu'à sa retraite en 1979, Gustave Houver dirigera ces formations en accompagnant la mutation des deux filières initiales vers les trois établissements existant aujourd'hui : le Lycée Professionnel, le Lycée d'Enseignement Général et Technologique et le Centre de Formation d'Apprentis[2].
Gustave et Marie-Louise ont eu cinq enfants qui eux aussi ont fait carrière dans l'Éducation Nationale[2].
Membre actif de l'Amicale des anciens de la Brigade indépendante Alsace-Lorraine (BIAL), il en assure la présidence nationale de 1977 à 1998, œuvrant pour la mémoire des combattants alsaciens-lorrains de la Résistance[1].
Gustave Houver s'éteint le à Thionville, après avoir consacré sa vie à l'enseignement et à la préservation de la mémoire résistante[1],[3].
Distinctions
Il est reconnu « déporté résistant »[4].
Officier de la Légion d'honneur par décret du [5] ;
Commandeur de l'ordre national du Mérite par décret du [5].
Médaille de la Résistance française par décret du [6].
Commandeur de l'ordre des Palmes académiques par décret du [7]