Gustave Revilliod

bibliophile, collectionneur, éditeur From Wikipedia, the free encyclopedia

Gustave-Philippe Revilliod, né le à Genève et mort le au Caire, est un archéologue, collectionneur d'art, éditeur et mécène genevois. Il consacre sa vie aux voyages, aux arts et au rayonnement de son pays à l’aide de sa fortune familiale. Il est également le fondateur du Musée Ariana à Genève.

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Gustave Revilliod
Gustave Revilliod par Alexandre d'Albert-Durade.
Biographie
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Sépulture
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Père
Philippe Léonard Revilliod (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Plaque commémorative.
Vue de la sépulture.
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Portrait gravé de Gustave Revilliod en frontispice de son recueil de poésies Les fleurs de mon printemps.

Jeunesse et vie familiale

Gustave Revilliod est né le 8 avril 1817 dans une famille aisée genevoise, établie à Genève depuis le XVIe siècle. Son grand-père Jean-François Revilliod (1760-1801), un des membres du Conseil des Deux-Cents, est marié à Marguerite Rilliet (1760-1801) qui possède le vaste domaine de Varembé. Son père Philippe Léonard Revilliod (1786-1864) est directeur d’hôpital et épouse en 1810 Ariane de la Rive (1791-1876). Il est également député du Conseil Représentatif de 1814 à 1822[1]. Ses frères aînés Horace (1811-1858) et Charles (1812-1858) naissent très vite après le mariage. Horace est un artiste peintre, envoyé aux États-Unis par son père à cause d’une liaison avec une femme jugée “gueuse”[2] par Philippe Revilliod. Ce n’est finalement qu’en 1842 qu'il revient d’Amérique et s’installe chez sa grand-mère Marguerite Revilliod à la rue de l’Hôtel-de-Ville, sans rompre pour autant les liens avec ses frères et sa mère.

Charles (1812-1858) a quant à lui suivi une carrière de militaire. De 1831 à 1834, il se forme à Stuttgart en Allemagne avant d’être nommé lieutenant puis comme capitaine en 1841 à son retour à Genève.

Gustave arrive cinq ans plus tard, le 8 avril 1817, et va développer des liens forts avec sa mère. Après une éducation initiale à domicile, Gustave Revilliod est envoyé au pensionnat Töpffer. Sa scolarité débute en 1833 au collège avant d’étudier à l’académie de Genève en philosophie puis en droit. De 1838 à 1839,  il poursuit ses études en Allemagne car il se rend à Berlin[3].

Il noue des amitiés majeures avec le Bernois et archéologue Gustave de Bonstetten (1816-1892) et Guillaume de Löwenstein-Wertheim-Freudenberg (1817-1887). Il partagera toute sa vie avec eux l’amour de l’histoire et des voyages[4]. C’est d’ailleurs à l’occasion de son semestre à Berlin qu’il débute ses premiers voyages car il visite le Danemark, la Norvège, la Suède et la Russie.

A l'issue de ces périples, il publie Lettres d’un étudiant en vacances en 1885 sans nom d’auteur. Rentré de son séjour, il retourne à Varembé chez ses parents. L’année 1847 débute par l’adoption de la Constitution fazyste, ce qui soulève la crainte de ses parents qui critiquent de plus en plus son comportement oisif. En quittant Genève, il se tourne vers la littérature, l’histoire et les arts. Grâce à ces passions grandissantes, il devient membre de plusieurs sociétés comme la Société d’histoire et d’archéologie de Genève (dont il  sera président en 1859, 1860, 1865), la Société de la Bibliothèque universelle, l’Académie delphinale de Grenoble ou encore la Société genevoise des amis de l’instruction dont Godefroy Sidler sera également membre.

Il s’investit également dans le domaine de l’édition grâce à sa collaboration avec des imprimeurs et éditeurs Fick. En 1853, il réédite et rédige l’introduction de l’ouvrage Le Levain du calvinisme de Jeanne de Jussy datant du XVIe siècle.

A la mort de son père en mars 1864, Gustave Revilliod et sa mère  Ariane de la Rive mènent une vie tranquille à Varembé, marquée par les voyages. Il participe à l’inauguration du canal de Suez et devient en juin 1873 le commissaire membre du jury à l’Exposition de Vienne[5]. En 1869, il s’élève au rang de “Cavaliere dell’Ordine della Corona d’Italia” et reçoit en décembre 1874 la “Première classe de Chevalier de son ordre du Lion de Zähringen” par le grand-duc de Bade. En parallèle, il siège au Grand Conseil de Genève de 1868 à 1870, puis de 1872 à 1874, animé par la question majeure de la séparation de l’Église et de l’État[6].

A noter que ses relations familiales sont tourmentées. Son père, qualifié de despotique, veut former sa famille tout en faisant culpabiliser ses enfants, dont il les juge pas à la hauteur de ses ambitions et incapables de gérer son patrimoine et sa grande fortune.

Fortune héritée et gestion de son patrimoine

Son père Philippe Revilliod, grâce à sa profession, jouit d’une grande fortune : c’est un gestionnaire avisé[7]. Il hérite de la fortune de ses parents à savoir Jean-François et Marguerite née Rilliet. Son patrimoine immobilier représente environ 10% de sa fortune soit un total de 5 200 000 francs. Lorsqu’il décède en 1864, il lègue un héritage important. En effet, il possède une maison de maître, une ferme et des dépendances dans la campagne de Varembé estimées à 330 000 francs. De plus, l’immeuble que va occuper Gustave Revilliod, à savoir celui situé au 12 rue de l'Hôtel-de-Ville, est estimé à 70 000 francs. Par ailleurs, sa femme a un patrimoine important, propriétaire de plusieurs domaines à Pont-de-Veyle, évalués à 125 000 francs.

En parallèle, il possède également de nombreux titres et actions répartis dans de nombreuses sociétés financières (huit au total à sa mort) telles que Benoit & J. Miroglio à Lyon ou encore Henry Sordet & Cie à Genève. Ses investissements représentent un total de 4 millions de francs. Il investit également dans les compagnies d’assurance qui connaissent un important essor vers 1820 ainsi que dans les sociétés de chemin de fer majoritairement françaises. Enfin, 10% de sa fortune s’inscrivent dans les investissements industriels. Il ne réalise que peu d'investissements locaux hormis l’obligation de la Société immobilière genevoise à hauteur de 60 000 francs. Ainsi, la grande fortune et le patrimoine du père de Gustave Revilliod ont assuré la prospérité de sa famille et celle de Gustave Revilliod. À sa mort en 1864, Gustave Revilliod hérite alors du domaine de Varembé où il construit le musée de l'Ariana. Le nom est un hommage rendu à sa mère Ariane Revilliod-de la Rive afin d'y présenter l'ensemble de ses collections : "Tableaux anciens et modernes, sculptures, gravures, mobilier, étains, argenterie, orfèvrerie, livres anciens et modernes, autres curiosités"[8].

Gustave Revilliod confie l’entièreté de sa fortune héritée à une société dirigée par un financier, créée en 1852 sous le nom d’Henri Sordet & Cie. Il reçoit alors des revenus semestriels compris entre 56 000 et 200 000 francs[9]. Sa fortune lui sert notamment à payer les employés du domaine de Varembé, dont le nombre a largement augmenté après la création du Musée Ariana. Sa fortune est donc différente de celle de son père : l’immobilier occupe 30% alors que 70% sont compris en titres dans les banques, chemins de fer, assurances et domaine industriel. Cette seconde partie de sa fortune a entièrement été vendue en 1879 afin de financer l’ouverture de son musée. À sa mort, la partie mobilière de son patrimoine s’élève à 3,5 millions de francs[10].

Voyages

Tout au long de sa vie, Gustave Revilliod a effectué de nombreux voyages. A noter qu’il n’est ni un explorateur ni un aventurier : il est motivé par la “rencontre de l’autre[11]. Lors de ses séjours, il raconte une réalité vécue à divers échelons des sociétés qu’il rencontre dans un contexte colonial qui évolue tout au long du XIXe siècle. Il porte particulièrement son intérêt aux hiérarchies instaurées entre les peuples. Il fait preuve de compréhension à l’égard des révoltes suscitées par les situations de domination qu’il condamne : il interroge la légitimité de la colonisation. Par ailleurs, les sources qui documentent ses voyages sont diverses et abondantes : on retrouve la correspondance émise et reçue conservée aux Archives d’État et à la Bibliothèque de Genève, des récits[12] ou encore des conférences[13].

Les voyages extra européens de Gustave Revilliod s’étendent du printemps 1844 lorsqu’il se rend en Algérie, jusqu’à l’année de sa mort le 21 décembre 1890 où il est en Égypte. “Il aura entre-temps participé à l’inauguration du canal de Suez (1869), remonté le Nil jusqu’à la frontière du Soudan (1881), fait un tour du monde qui l’aura mené de l’Égypte en Inde, en Chine et au Japon, avant de revenir par les États-Unis (1888-1889)[14].

Lors des printemps 1844 et 1845, Gustave Revilliod se rend à Alger, motivé par un projet d’établissement car les parents des Revilliod à savoir la famille Rillet y est déjà établie. Il est charmé par la vie qu’il expérimente sur place et par l’univers du pays, au-delà d’un simple effet de mode orientaliste, relevant presque d’une forme “d’islamophilie”[15]. On ignore si les céramiques kabyles mentionnées dans le catalogue du Musée Ariana de 1901 ont été acquises au cours de ces séjours. Malgré son attrait pour Alger et la culture culinaire, les arts islamiques et ceux du Maghreb sont peu représentés dans ses collections[16].

D’octobre à décembre 1869, Revilliod est l’un des trois délégués de la Confédération helvétique à l’inauguration du canal de Suez, accompagné par Godefroy Sidler. Les hommes financent eux-mêmes le voyage, faute de budget suffisant. L’objectif est de présenter la Confédération à l’inauguration du canal, en réponse à l’invitation adressée au Conseil Fédéral par le vice-roi d’Égypte, le khédive Ismaïl Pacha. Les hommes doivent “profiter de leur séjour en Turquie et en Égypte pour étudier la question de l’établissement de Consulats suisses ainsi que celle relative au droit d’acquérir des immeubles[17]. Dans le récit qu’il publie après son retour, De Genève à Suez, Revilliod jouit de son statut diplomatique, d’elchi[18]. Il est touché par les paysages, les trésors des musées égyptiens et notamment celui de Boulaq fondé par Auguste Mariette-Pacha (1821-1881) ainsi que la beauté des saïs[19], des coureurs noirs qui précèdent les attelages pour leur ouvrir le chemin. Par ailleurs, lorsqu’il est de retour à Genève, il propose le 25 janvier 1870 une conférence sur “l’Art en Orient”, inspirée par ses périples et les merveilles qu’il a découvertes au bazar du Caire.

De fin décembre 1880 à mi-mars 1881, il fait une halte à toutes les étapes recommandées par Auguste Mariette dans Itinéraire de la Haute-Égypte[20]. Il se montre très marqué par l’impact des touristes et la dégradation des sites qu’ils occasionnent. Il visite des sites antiques comme celui de Karnak. Outre ce pèlerinage à la fois rêvé et obligé des sites célèbres égyptiens, Gustave Revilliod porte également son intérêt aux usines de raffinerie de sucre, créées par le vice roi Méhémet-Ali dans la province de Munich et aux bains d'Helwan[21]fondés par le Dr Wilhelm Reil Bey. Comme moyen de transport, il loue une dahabieh, c'est-à-dire une barque traditionnelle en suivant les conseils de Mariette[20].  En remontant le Nil, il explore les confins de l’Égypte et s’arrête à Siout, où le fleuve touche au Soudan[22]. Il est émerveillé par l’avancée de la modernité et notamment le développement des réseaux de chemin de fer qui ont connu une grande extension en Égypte sous l’impulsion du khédive Ismaïl Pacha.

Entre novembre 1888 et juin 1889, Gustave Revilliod a la volonté de voyager autour du monde et de découvrir l’Inde, la Chine et le Japon. Dans un premier temps, il se rend une nouvelle fois en Égypte avec pour compagnons son domestique Charles Vulliet et un jeune médecin veveysan à savoir le capitaine Ernest Godard (1858-1896)[23]. Toutefois, à cause du bombardement d’Alexandrie en juillet 1882, ses retrouvailles avec le pays sont teintées de tristesse. Au Caire, l’humeur de Revilliod oscille entre l’observation mélancolique du temps qui passe et le bonheur de renouer avec ses repères[24]. Il se familiarise davantage avec l’Islam grâce à des cours sur le “Coran et l’islamisme” donnés à Genève par le rabbin Wertheimer dans le cadre des leçons du soir de l’Université en 1873. Par l’intermédiaire du peintre genevois Frédéric Dufaux, Revilliod fait la connaissance d’Octave Borelli, propriétaire du bosphore égyptien. Aussi, pour le Musée Ariana, il fait l’acquisition de “bibelots” sur le marché local égyptien à savoir huit assiettes d’Iznik, deux anciennes lampes de mosquée, des faïences persanes, un sucrier et des carreaux de faïence arabes[25].

Il se rend en Inde du 31 décembre 1888 au 11 février 1889, puis à Madras à partir du 16 février. En arrivant à Bombay, il est émerveillé par la ville mais aussi par ses habitants, la faune et la flore, les marchés et la culture. Il se rend à Jaipur, Elephanta, Agra, Darjeeling, Madras, Bénarès, Bombay où il acquiert des caisses remplies d'objets qu’il précise être destinés en partie à l’Ariana et pour entretenir les souvenirs de son voyage. Toutefois, il est très heurté par le mépris des colons anglais pour les natifs, en témoigne les nombreuses descriptions de leurs comportements violents, parfois cruels, sans compter les dégâts commis à l’encontre de l’art indien, reflétant une certaine idée d'asservissement[26].

Il poursuit son périple à Ceylan, aujourd'hui le Sri Lanka, du 18 février au . La richesse de la nature, ses parfums et sa flore débordante marquent profondément Gustave Revilliod. A noter qu’au moment de quitter l’île, il organise l’expédition vers Varembé de “quatre caisses des travaux de Ceylan ; poteries très originales, cannes d’ébène, éléphants etc.[27].

Tout au long de ses périples, il se montre assez critique d’influence de l’Occident et des problèmes engendrés par la colonisation. Le 7 et 8 mars 1889, Revilliod est à Singapour où il constate avec un sentiment amer, l’impact de l'Occident sur le reste du monde, notion théorisée par Rémi Labrusse[28]: “Qu’ils sont donc insensés tous ces peuples ! Nous ne leur faisons que du mal, nous les obligeons de renoncer à leurs vieilles coutumes, nous les pillons tant que nous pouvons…[29]. Ces pensées le suivent jusqu’à Saïgon le 11 mars 1889, où il est accueilli par Joseph Revilliod. A cette occasion, il réalise un portrait moqueur de la colonie française. Par ailleurs, grâce à son poste dans l’administration de la colonie, de nombreux meubles et objets sont envoyés vers Genève. Mi-mars 1889, il découvre Hong Kong, puis Shanghai avant d’arriver au Japon. Il se déplace à Kobe, Osaka, Kyoto puis à Yokohama. Il consacre une part importante de son temps aux acquisitions tout en témoignant d’un grand intérêt pour la vie locale japonaise. Enfin, il repart en mer et arrive à Honolulu du 10 au 23 mai 1889 avant de finaliser son périple au Caire en décembre 1890. Il décède en Égypte le 21 décembre 1890.

Les collections de Gustave Revilliod

Gustave Revilliod est un collectionneur éclectique. Il a constitué au cours de sa vie une collection de plus de 30 000 objets. Sa collection personnelle, à visée encyclopédique, est le noyau des collections du Musée de l'Ariana, qui sera par la suite complétée par Godefroy Sidler. Ce legs représente un ensemble de près de 5 000 objets, bien que principalement constitué de céramique (90%), il reflète la volonté de créer un corpus représentant un panorama complet de techniques, formes, décors et factures européennes et extra-européennes. Cette orientation se reflète par la suite dans l’organisation muséographique du Musée, avant qu’il ne soit dédié plus spécifiquement à la céramique[30].

La collection d'antiquités

Gustave Revilliod s’intéresse aux objets antiques, particulièrement aux antiquités étrusques, grecques et romaines. Il souhaite constituer "une collection de céramique des plus complètes de l'Europe"[31]. On dénombre 216 objets dans l'inventaire descriptif des collections de l'Ariana d'après Godefroy Sidler en 1905[32], dont 160 vases en céramique.

Le critère esthétique semble primer sur l'aspect scientifique de sa collection. En effet, Gustave Revilliod parait porter peu d’intérêt au contexte et aux lieux de découvertes des objets. L'origine de sa collection est diverse: il est client de plusieurs marchands d'antiquités suisses mais aussi étrangers, rencontrés pendant ses voyages, et achète à des collectionneurs privés comme Lolà Montès, Giovanni Pietro Campana ou encore Arcangelo Fittipaldi.

Amateur et passionné, il consulte des experts, notamment Hyppolyte Gausse, responsable à partir de 1864 de la collection archéologique et historique du Musée Académique, puis du Musée archéologique en 1872[33]. Des faux sont identifiés parmi ses œuvres, certaines conservées encore aujourd'hui au Musée d'Art et d'Histoire (MAH, inv. 15006 et 14991).

La salle des Étrusques, grecques et romaines est la première à être accessible au public lors de l'ouverture du musée en 1883.

Sa collection est ensuite transférée au Musée d'Art et d'Histoire en 1934.

Son apport pour la préservation de l'archéologie locale

La collection de Gustave Revilliod présente peu d'objets archéologiques. Ils sont pour la majorité issus d'une partie du trésor mis à jour à Saint-Genis en 1821, daté du milieu du Ier siècle au milieu du IIIe siècle. Composée de 216 monnaies, d'une trentaine de pièces de vaisselier, d'éléments de mobilier et de bijoux, cette partie du trésor est échangée en 1896 avec le Musée archéologique contre un coffret en porcelaine de Saxe.

Il fait également don au Musée archéologique en 1872 de 110 objets en silex et matière dure animale issus du site de Lüscherz.

Les collections égyptiennes

Malgré la fascination de Gustave Revilliod pour l’Égypte et ses quatre voyages à travers le pays, seulement une petite dizaine d'objets égyptiens peuvent être identifiés dans sa collection. N'ayant participé à aucune fouille, il s'agit probablement d'acquisitions lors de ses visites ou auprès d’antiquaires. Seulement trois œuvres ont été identifiées comme originales, deux stèles et un fragment d'architecture aujourd'hui conservées au MAH (inv. 15199), les autres sont fausses ou d'origine questionnable.

Les armes

Seuls 129 objets, sur les 30 032 compris dans la collection, font partie de la catégorie "armes et objets d'équipement"[34]. Il ne s'agit pas du cœur de la collection mais cet intérêt témoigne du goût qui se développe auprès des collectionneurs du XIXe siècle. Ces objets ont d'abord un rôle décoratif, ils sont présentés aux murs selon la mode du temps, en "faisceaux", en "trophées" ou encore en "panoplies". Une énumération peut être trouvée dans le Catalogue officiel du Musée Ariana de Godefroy Sidler[35].

La numismatique

Témoignant également de la diversité des intérêts de Gustave Revilliod, emblématique du collectionnisme éclectique du XIXe siècle, on retrouve plusieurs types de monnaies dans sa collection. La collection se veut représentative de la production monétaire moderne: des monnaies suisses issues des retraits de circulation après la création d'une monnaie fédérale en 1848, des monnaies européennes (notamment françaises et allemandes), de monnaies étrangères (asiatiques ou américaines) et des médailles d'artistes genevois du XIXe siècle[36].

Les collections asiatiques

A la mort de Gustave Revilliod, sa collection compte 2 250 objets extra-européens dont la grande majorité se compose d’objets asiatiques[37]. Parmi eux, on compte environ 950 céramiques qui étaient présentées dans la salle orientale, la “chambre chinoise” et le cabinet japonais du musée[38].

Parmi les pièces notables de sa collection, on compte une potiche monumentale de la manufacture Fukagawa primée à l’Exposition universelle de 1878, un ensemble d’Imari, de services bleu-blanc et polychromes chinois, des porcelaines héraldiques commandées par l’intermédiaire des Compagnies des Indes, ainsi que des faïence du palais d’Été à Pékin[39].  

Quant aux collections asiatiques qui n’étaient pas des céramiques, elles ont été transférées au Musée d'ethnographie de Genève dans les années 1943-44. En effet, la direction du musée revient en 1934 à l’archéologue et historien Waldemar Deonna, qui réoriente la vocation du musée vers l’exposition des arts du feu exclusivement. Le reste des collections non céramique est alors évacué, soit 616 objets provenant de l’entièreté de l’Asie. L’ensemble se compose de 251 items du Japon, 193 d’Inde, 110 de Chine et 62 du Proche-Orient. Ces objets ont été collectionnés par Revilliod pour ce qu’ils représentent du “savoir-faire” et des arts de l’Asie[40]. Il a notamment acheté au Bon Marché à Paris des masques de théâtre Kagura[41].

Gustave Revilliod a acheté certains des objets de sa collection pendant ses voyages, passant parfois commande directement auprès d’artisans locaux comme, lors de son passage à Mumbaï en 1889, d’un éléphant en argent repoussé.[42] Toutefois, il semble qu’il ait fait la plupart de ses acquisitions sur le marché de l’art parisien et genevois auprès de marchands spécialisés. En effet, la seconde moitié du XIXe siècle est marquée par le goût orientaliste et un marché de l’art asiatique se met en place dans les grandes villes européennes. Cela s’illustre notamment par la présentation de nombreux objets asiatiques lors des Expositions Universelles[43]. Il semble probable que Gustave Revilliod ait été inspiré par ce qu’il a vu lors de ces expositions. Il acquiert par exemple en 1873 la cloche de Shinagawa qui avait été présentée à l’Exposition universelle de Vienne. Elle avait disparu dans des circonstances peu claires après l’incendie en 1867 du temple de Shinagawa près de Tokyo au Japon, au moment de la chute du régime féodal japonais. La cloche avait été placée dans le parc du Musée de l’Ariana, avant d’être restituée en 1930 à la demande du temple et du Ministère de la Culture japonais[44].

On ne connaît pas les provenances de tous les objets asiatiques issus de la collection de Gustave Revilliod, mais le musée de l’Ariana[45] ainsi que le musée d'Ethnographie de Genève[46] mènent actuellement un travail de recherche et de documentation des circonstances d'acquisition de ces objets.

Arts-appliqués

Étant lui-même issu d’un milieu aisé, il a toujours manifesté un intérêt particulier pour le mobilier, après sa mort, certains de ses meubles rejoignirent le musée, notamment des fauteuils et des canapés des styles Louis XVI et Empire. Initialement, le musée présentait en ses salles des chaises et des cabinets japonais, des panneaux décoratifs chinois ainsi que d’autres meubles européens (milanais, hollandais…). De son vivant, il ne semble pour autant avoir passé qu’une seule commande, celle d’un corps de bibliothèque et d’un lustre néogothique réalisés par les sculpteurs genevois Plojoux et Sauer[47].

Métaux et orfèvrerie

La collection de métaux ouvrés, quant à elle, dénote une certaine prédilection pour l'orfèvrerie de table, en particulier des pièces genevoises, norvégiennes, russes, indiennes et chinoises. Ceci explique sa nomination en 1873 comme juré de la section d’orfèvrerie moderne à l’Exposition universelle de Vienne. Nous pouvons admirer encore aujourd’hui sa collection de coupes de tir, objets fortement ancrés dans la culture helvétique, ainsi que des pièces d’étain de production genevoise des XVIIe et XVIIIe siècles[48].

Près de deux cents pièces d’orfèvrerie complètent cet ensemble, aujourd’hui pour la plupart conservées au Musée d’art et d’histoire de Genève. Ces objets sont intrinsèquement liés au cercle familial du collectionneur. Ils témoignent tant de l’esthétique victorienne, que du goût pour les pierres extra-européennes ainsi que de la pratique de l’usage de cheveux au tournant du XIXe siècle[49].

Tapisseries

En outre, nous comptabilisons dix-neuf tapisseries, regroupées en plusieurs ensembles. Le premier, provenant de la manufacture d’Aubusson, présente des sujets antiques. Le deuxième, d'origine flamande, illustre une scène de chasse fantastique. Le troisième est constitué de treize tentures bruxelloises du XVIIe siècle[50].

Activités littéraires

Gustave Revilliod entretient tout au long de sa vie un rapport étroit au monde du livre, en tant qu’auteur, traducteur, éditeur intellectuel et collectionneur. Sa carrière littéraire commence dès les années 1840 avec la publication de poèmes d’inspiration romantique dans le recueil Anges et fleurs, paru en 1845.

En 1851, il se rend à l’Exposition universelle de Londres où sont présentées 175 versions des Écritures Saintes en 148 langues et dialectes différents. À son retour, il publie l’article "La Bible à l’exposition de Londres" dans le Journal de Genève du 29 novembre 1851 et fait don à la Bibliothèque de la Ville de Genève de quatre Bibles en singhalais, tamoul, mongol et chinois. Au fil des années, Revilliod rassemble près de 10 000 ouvrages, au sein desquels figure une collection de 205 éditions, entières ou partielles, de la Bible[51]. Sa collection privée est transférée en 1888 dans la nouvelle bibliothèque de l’Ariana, au sein du musée du même nom.

En 1868, il fait don de 100 000 francs suisses à la Ville de Genève pour la construction d’une nouvelle bibliothèque dans le parc des Bastions[52]. Il devient alors membre de la commission de la Bibliothèque publique, où une salle porte son nom.

Parallèlement à son activité d’auteur, Gustave Revilliod traduit de nombreux livres de l’allemand et a une importante activité éditoriale, en tant qu’éditeur intellectuel comme en tant que rééditeur d’ouvrages anciens. Pendant plus de trente ans, il collabore étroitement avec l’imprimerie de Jules-Guillaume Fick, autour de trois grands ensembles éditoriaux :

  • Des récits et textes du premier siècle de la Réforme ;
  • Des œuvres de littérature contemporaine, principalement traduites de l’allemand ;
  • Ses propres textes littéraires et essais[53].

Gustave Revilliod, auteur

Les ouvrages qui suivent ne sont qu’une sélection d'œuvres, choisies pour représenter l’éclectisme des publications de Gustave Revilliod. Une bibliographie plus complète, dont la plupart des ouvrages est disponible en ligne, est consultable juste après.

  • Les fleurs de mon printemps : poésies, Genève, Imprimerie de Jules-Guillaume Fick, 1867 [lire en ligne] (poésies)
  • La Madonna di Vallombrosa, (La Vierge de Vallombreuse) : tableau de Raphaël, Genève, Imprimerie de Jules-Guillaume Fick, 1868, 32 p. [lire en ligne] (histoire de l'art)
  • De Genève à Suez : lettres écrites d'Orient, Paris, Sandoz et Fischaber ; Neuchâtel, Librairie générale Jules Sandoz, 1873, 404 p. [lire en ligne] (récits de voyage)
  • Portraits et croquis : album d'un homme de lettres, Genève, Librairie Desrogis, J. Sandoz ; Paris, Sandoz et Thuillier, 1882-1883, 2 vol. [lire en ligne] (recueil d'articles)
  • Le vieux troupier, Genève, J.-G. Fick, 1886, 106 p. [lire en ligne] (récits biographiques)

Gustave Revilliod, traducteur

Les ouvrages qui suivent ne sont qu’une sélection d'œuvres, choisies pour représenter l’éclectisme des œuvres traduites par Gustave Revilliod, principalement de l'allemand vers le français. Un ensemble plus complet de ses traductions, dont certaines sont disponibles en ligne, est consultable juste après.

  • Wilhelm Hauff, Contes orientaux, Genève, 1851 (trad. de l'allemand)
  • Alexander von Humboldt, Lettres d'Alexandre de Humboldt à Varnhagen de Ense, de 1827 à 1858, Genève, Imprimerie Ramboz et Schuchardt, 1860 (trad. de l'allemand)
  • Charles Sealsfield, La prairie du Jacinto, roman, Genève, Impr. J.-G. Fick, 1861 (trad. de l'allemand) [lire en ligne]
  • Balthasar Reber, George Ienatsch, ou Les Grisons et la Suisse pendant la guerre de Trente ans : étude historique, Genève, Impr. de Jules-G. Fick, 1869 (trad. de l'allemand) [lire en ligne] [lire en ligne]
  • Oskar von Redwitz, Le maître des compagnons de Nuremberg : drame en cinq actes et en prose, Genève, [s.n.], 1870 (trad. de l'allemand)

Gustave Revilliod, éditeur intellectuel

Les ouvrages qui suivent ne sont qu’une sélection d'œuvres, choisies pour représenter le rôle de Gustave Gustave Revilliod dans la transmission et la mise en valeur de textes patrimoniaux. Un ensemble plus complet de ses éditions, dont certaines sont disponibles en ligne, est consultable juste après.

Textes historiques et littéraires édités

  • Marceline Desbordes-Valmore, Poésies inédites, Genève, Impr. de Jules Fick, 1860 [lire en ligne]
  • Le livre du Recteur : catalogue des étudiants de l'Académie de Genève de 1559 à 1859, Genève, J.-G. Fick ; Paris, A. Aubry, 1860 [lire en ligne]
  • François Bonivard, Chroniques de Genève, Genève, J.-G. Fick, 1867 : volume 1 [lire en ligne] et volume 2 [lire en ligne]
  • Marie Dentière, La guerre de Genève et sa délivrance : fidellement faitte et composée par un marchant demeurant en icelle, Genève, J.-G. Fick, 1867 [lire en ligne]

Textes anciens réédités

  • Calvin, Jean, Traitté des reliques ou advertissement tres utile du grand profit qui reviendroit à la chrestienté, s'il se faisoit inventaire de tous les corps saincts et reliques [...], Genève, Fick, 1863, reproduction de l'édition de P. de la Rovière, 1599 [lire en ligne]
  • Théodore de Bèze, Abraham sacrifiant : tragédie françoise, Genève, J.G. Fick, 1874
  • Henri Arnaud, Histoire de la glorieuse rentrée des Vaudois dans leurs vallées, où l'on voit une troupe de ces gens, qui n'a jamais été jusqu'à mille personnes, soutenir la guerre contre le Roi de France, & [et] contre S.A.R. le Duc de Savoye..., Genève, Impr. J.-G. Fick, 1879 (reproduction de l'édition de: Bâle, 1710)

Legs

Cénotaphe de Gustave Revilliod dans le parc du Palais des Nations.

Gustave Revilliod s’éteint le 21 décembre 1890 au Caire, en Égypte. Conformément à ses dernières volontés, il est inhumé sous les chênes séculaires au nord de son domaine de Varembé. Son tombeau, qui se trouve aujourd’hui au parc du Palais des Nations, est conçu selon les instructions qu’il a laissées : d’une simplicité extrême, dans la forme des sarcophages antiques, sans ornements et sans figures. Aucune mention de son nom n’y figure mais on peut lire les inscriptions latines Hic jacet, summa felicitas, ultimum otium C’est là que réside le bonheur ultime du dernier reposé »), accompagnées des dates 1817-1890.

Célibataire et sans descendance directe, il lègue à la Ville de Genève le domaine de Varembé, le musée Ariana et l’ensemble ses collections, ainsi que son hôtel particulier de la rue de l’Hôtel-de-Ville. Il y ajoute une somme d’environ un million de francs destinée à l’entretien du parc et des jardins.

Son testament mentionne également une quarantaine de bénéficiaires comprenant des membres de sa famille (des neveux et nièces aux petits cousins éloignés), des amis, des employés à son service ainsi que diverses institutions genevoises. Chaque employé encore en fonction au moment de son décès obtient son salaire annuel multiplié par la moitié du nombre d’années à son service : « Ils le méritent par le zèle qu’ils ont montré à mon égard »[54]. Plusieurs établissements et organismes locaux tels que des hôpitaux, des œuvres de bienfaisance, les sapeurs-pompiers, ou la police figurent également parmi les légataires.

Ses héritiers les plus proches sont son neveu Aloys Revilliod de Muralt et sa nièce Cécile de Loriol, enfants de son frère cadet Charles, qui se partagent à parts égales ce qui reste de la succession (constituant le legs le plus généreux suivant celui fait à la Ville de Genève).

Une place particulière est accordée dans le testament à Godefroy Sidler, proche collaborateur et ami de Gustave Revilliod qu’il désigne en ces termes : « Que tous les Genevois en particulier, voient en Godefroy Sidler mon bras droit, un aide et un ami sans lequel l’Ariana n’existerait pas. Qu’ils ne négligent aucune occasion de lui en témoigner leur reconnaissance. »[54]. Gustave Revilliod le nomme premier conservateur du musée Ariana et lui confie la poursuite de cette œuvre muséale commencée de son vivant. Sidler reçoit également le mobilier de la demeure de Varembé, le droit d’y résider, une rémunération annuelle pour ses fonctions (5 000 francs par an) ainsi qu’une somme de 200 000 francs.

Legs particuliers : les « capsules temporelles »

Outre son testament, Gustave Revilliod laisse plusieurs documents volontairement dissimulés dans ses demeures, parfois qualifiés de « capsules temporelles ». Cinq d’entre elles ont été découvertes à ce jour.

La première, datée de septembre 1857 et retrouvée en 1989 dans l’hôtel Tonnet, rue de l’Hôtel-de-Ville, contenait notamment des monnaies, des ouvrages historiques ainsi qu’une bouteille de vin accompagnée d’un verre, pour fêter la découverte. Une seconde capsule datée de mai 1860 et dissimulée dans la loge du concierge de l’Ariana, renfermait entre autres un manuscrit de Revilliod, des journaux genevois, une photographie d’Ariane Revilliod née de la Rive, un almanach, des monnaies et des médailles. Un troisième ensemble, daté de 1865, est découvert en 1933 lors de la démolition du bâtiment de l’orangerie de Varembé. Il contenait des vues de Genève des XVIIe et XIXe siècles, un ensemble de journaux contemporains, un almanach et un ensemble de monnaies et médailles. Une quatrième capsule, dissimulée en 1872 dans l’hôtel Tonnet et retrouvée en 1990, comprenait notamment des journaux internationaux de l’année 1872, un almanach, une tirelire, des monnaies, une bouteille accompagnée d’un verre, ainsi que des séries de photographies des protagonistes de la guerre de 1870, des personnalités suisses contemporaines et des membres de la famille de Revilliod, dont Godefroy Sidler. La dernière capsule connue, datée de 1884, contenait un almanach, deux portraits photographiques de Gustave Revilliod et de sa mère, des feuillets manuscrits de l’auteur, ainsi que divers objets[55].

Expositions

Bibliographie

  • Frédéric Elsig, Isabelle Naef Galuba (dir), L'Héritage de Gustave Revilliod, Georg Éditeur, Genève, 2020 (ISBN 978-2825711460)
  • Danielle Buyssens, Isabelle Naef Galuba, Barbara Roth Lochner (dir.), Gustave Revilliod (1817-1890), un homme ouvert au monde, Musée Ariana, Genève, 5 Continents Editions, Milan, 2018
  • « Revilliod, Gustave » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne
  • Renée Loche, « La collection Gustave Revilliod, Genève », Die Kunst zu sammeln : Schweizer Kunstsammlungen seit 1848 = L'art de collectionner : collections d'art en Suisse depuis 1848 = L'arte di collezionare : collezioni svizzere d'arte dal 1848, , p. 355-360
  • Roland Blaettler, Musée Ariana, Genève, Genève, Banque Paribas (Suisse), Zurich, Institut suisse pour l'étude de l'art, 1995, 128 p.
  • Suzanne Gehring, La bibliothèque du Musée de l'Ariana léguée par Gustave Revilliod à la Ville de Genève : son intégration dans les fonds genevois, Genève, Ecole de bibliothécaires de Genève, , 49 p. (lire en ligne)
  • Revilliod Gustave-[Philippe], de Genève. In: Suzanne Stelling-Michaud: Le livre du recteur de l'Académie de Genève : 1559−1878, Librairie Droz, Genève, 1976, (ISBN 2-600-03196-0), Volume V (Notices biographiques des étudiants: N−S), p. 312
  • Godfroy Sidler, Cahiers Sidler, Genève, [s.n.], 1892, inventaire sous forme de 34 cahiers manuscrits des œuvres d'art acquises par Gustave Revilliod : tableaux, gravures, étains, argenterie, porcelaine etc. Ne contient pas l'inventaire de sa bibliothèque [lire en ligne]

Références

Liens externes

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