Gérard Blain
acteur et réalisateur français
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Gérard Blain, né le à Paris où il est mort le , est un acteur, réalisateur et scénariste français.
12e arrondissement de Paris, France
11e arrondissement de Paris, France
| Nom de naissance | Gérard Ernest Zéphirin Blain |
|---|---|
| Naissance |
12e arrondissement de Paris, France |
| Nationalité |
|
| Décès |
(à 70 ans) 11e arrondissement de Paris, France |
| Profession |
Acteur Réalisateur Scénariste Dialoguiste |
| Films notables |
Acteur Voici le temps des assassins Le Beau Serge Les Cousins Hatari Le Pélican Jusqu'au bout de la nuit Réalisateur Les Amis Le Pélican Un enfant dans la foule Pierre et Djemila Jusqu'au bout de la nuit Ainsi soit-il |
Biographie
Enfance
Gérard Blain est issu d'une famille parisienne depuis plusieurs générations. Il est très jeune quand son père, architecte en chef de la ville de Paris, délaisse le foyer familial. Les relations de Gérard Blain avec sa mère et sa sœur deviennent alors conflictuelles. Il quitte l'école à 13 ans sans même avoir le certificat d'études primaires et commence une vie mouvementée d'enfant de la rue, livré à toutes sortes de difficultés dans le Paris de l'Occupation. L'année de ses 14 ans, alors qu'il travaille comme garçon d'écurie à Maisons-Laffitte, il est victime d'une agression sexuelle de la part d'un homme[1]. À 14 ans, il fait un bref séjour dans les FFI. Il dira lui-même « Depuis mon enfance, je me considère avec la société en état de légitime défense ». Cette enfance malheureuse sera un des sujets récurrents de ses films, notamment Un enfant dans la foule, film aux accents autobiographiques[2].
Débuts
Il commence par hasard à faire de la figuration dans des films, remarqué pour sa « belle petite gueule ». C'est Julien Duvivier qui, en lui donnant enfin un rôle consistant dans Voici le temps des assassins, alors qu'il a 26 ans, le lance définitivement dans le monde du cinéma. Du fait de son allure de jeune rebelle, il est présenté dans les médias comme le « James Dean français »[3]. Il rencontre les réalisateurs de la Nouvelle Vague, notamment Jean-Luc Godard et Claude Chabrol, nés la même année que lui. Il devient vedette avec Le Beau Serge réalisé par Claude Chabrol, avec qui il tourne ensuite Les Cousins. Il travaille également pour le cinéma italien, où il tient la vedette dans plusieurs films au début des années 1960. Il joue dans le film hollywoodien Hatari aux côtés de John Wayne et prétend lui avoir appris à tenir une winchester[4]. Toutefois, ne pouvant s'adapter au vedettariat à l'américaine, il refuse de signer un contrat et revient en France.
Ses idées de sur le cinéma se heurtent à un certain conformisme qu'il rejette. C'est un acteur rebelle, moralement intransigeant, nostalgique des « valeurs disparues », en révolte permanente contre son temps[3]. Associé à la Nouvelle Vague, il n'en déclare pas moins plus tard que « la Nouvelle Vague, c'était du bidon, à part Godard »[5].
Passage à la réalisation
Insatisfait de son métier d'acteur, il décide de s'exprimer en passant à la réalisation et signe en 1971 le film Les Amis. Gérard Blain se veut un puriste du cinéma, préférant les acteurs amateurs aux professionnels, partisan de l'épure des plans et d'un son maîtrisé, hostile à tout effet artificiel. Son cinéma est extrêmement influencé par celui de Robert Bresson, qu'il admire. Il tourne en tant que réalisateur une dizaine de films, dont deux sont sélectionnés pour le Festival de Cannes, mais il n'arrive jamais à obtenir un véritable succès populaire. Bien que son partenaire à l'écran Jean-Claude Brialy ait écrit plus tard que Blain, suite à l'abus sexuel qu'il avait subi, faisait montre d'« une haine farouche envers les homosexuels »[1], plusieurs de ses films en tant que réalisateur, notamment Les Amis, traitent du thème de l'homosexualité de manière sensible. Un enfant dans la foule, qui montre un jeune adolescent négligé par sa famille connaitre des expériences sexuelles « plus ou moins tarifées » avec plusieurs hommes et une femme, s'inspire directement de l'expérience vécue par Gérard Blain[6].
Certains considèrent Gérard Blain comme un « anarchiste de droite », en raison de son anticonformisme éthique. En 1999, il signe pour s'opposer à la guerre en Serbie la pétition « Les Européens veulent la paix »[7], lancée par le collectif Non à la guerre[8]. Il considère aussi que la France est sous une trop grande influence américaine et fait savoir son soutien à Jack Lang quand celui-ci, nouveau Ministre de la culture, refuse d'aller au Festival du cinéma américain de Deauville : « Il faut que monsieur Lang sache bien qu’en boycottant le festival de Deauville, il a réveillé en nous l’espoir d’une libération culturelle. Il n’a plus le droit de nous décevoir »[9]. Son film Pierre et Djemila, présenté au festival de Cannes 1987, aborde les questions de l'immigration, de l'intégration et du racisme à travers l'histoire d'amour tragique entre deux adolescents, un Français et une Maghrébine. Le film est cependant accusé de racisme car l'un des coscénaristes, Michel Marmin, est un membre de la Nouvelle Droite[10]. Atteint par cette polémique, Gérard Blain reste ensuite plusieurs années sans tourner pour le cinéma[11].
Vie privée
Il a été successivement marié aux actrices Estella Blain (1953 à 1956) et Bernadette Lafont (1956 à 1959), puis à Monique Sobieski (1960 à 1966) avec qui il a eu un fils (Paul, 1960), enfin à Marie-Hélène Bauret (1966 à 2000) avec qui il a eu deux autres fils (Régis et Pierre).
Mort
Le , Gérard Blain décède des suites d'un cancer à l'âge de 70 ans[12],[13]. Il est inhumé au cimetière de Saint-Cloud.
Filmographie
Acteur
- 1944 : Le Bal des passants de Guillaume Radot : non crédité
- 1944 : Le Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon : non crédité
- 1945 : Les Enfants du paradis de Marcel Carné : non crédité
- 1946 : Fils de France de Pierre Blondy : non crédité
- 1954 : Avant le déluge d'André Cayatte : un lycéen (non crédité)
- 1954 : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker : le portier de la boîte de nuit
- 1954 : Escalier de service de Carlo Rim : le photographe, copain de Léo (non crédité)
- 1956 : Voici le temps des assassins de Julien Duvivier : Gérard Delacroix
- 1956 : Crime et Châtiment de Georges Lampin : Jean Fargeot
- 1957 : Les Mistons, court métrage de François Truffaut : Gérard
- 1958 : Le Beau Serge de Claude Chabrol : Serge
- 1958 : Les Jeunes Maris (Giovani mariti) de Mauro Bolognini : Marcello
- 1958 : Le désir mène les hommes de Mick Roussel : Olivier Jourdans
- 1959 : Les Cousins de Claude Chabrol : Charles
- 1959 : Match contre la mort de Claude Bernard-Aubert : Jacques Lourmel
- 1960 : Le Bossu de Rome (Il gobbo) de Carlo Lizzani : le bossu
- 1960 : Les Dauphins (I delfini) de Francesco Maselli : Anselmo Foresi
- 1960 : Charlotte et son Jules, court métrage de Jean-Luc Godard : un type
- 1960 : La Rue des amours faciles (Via Margutta) de Mario Camerini : Stefano
- 1961 : La Peau et les Os de Jean-Paul Sassy : Mazur
- 1961 : Traqués par la gestapo (L'oro di Roma) de Carlo Lizzani : Davide
- 1962 : Quand la colère éclate (Lo sgarro) de Silvio Siano : Paolo
- 1962 : Hatari ! d'Howard Hawks : Chips Chalmoy
- 1963 : Viol à l'italienne (Lo smania addosso) de Marcello Andrei : Toto Cacace
- 1963 : Les Vierges de Jean-Pierre Mocky : Xavier de Brétevielle
- 1963 : La Soupe aux poulets de Philippe Agostini : Claudio
- 1964 : La Bonne Soupe de Robert Thomas : le peintre
- 1964 : Boulevard du vice (Via Veneto) de Giuseppe Lipartiti : Renato
- 1965 : Une garce inconsciente (Un amore) de Gianni Vernuccio : Marcello
- 1966 : L'Inconnue, court métrage de Claude Weisz : le jeune homme
- 1966 : Objectif Hambourg, mission 083 (MMM 83 - Missione morte molo 83) de Sergio Bergonzelli : Robert Gibson
- 1966 : Joë Caligula - Du suif chez les dabes de José Benazeraf : Joë Caligula
- 1967 : Un homme de trop de Constantin Costa-Gavras : Thomas
- 1968 : Negresco (Negresco – Eine tödliche Affaire) de Klaus Lemke (de) : Roger
- 1970 : Caïn de nulle part de Daniel Daert : Caïn
- 1971 : Paul et Françoise (Paolo e Francesca) de Gianni Vernuccio : Giovanni Malatrasi
- 1973 : Le Pélican de Gérard Blain : Paul (+ scénario)
- 1976 : Un enfant dans la foule de Gérard Blain : un passant (non crédité)
- 1977 : L'Ami américain (Der amerikanische Freund) de Wim Wenders : Raoul Minot
- 1977 : La Machine de Paul Vecchiali : le journaliste
- 1978 : Utopia d'Iradj Azimi : Gérard
- 1981 : La Flambeuse de Rachel Weinberg : Henri, le mari architecte de Louise
- 1982 : Si je réponds pas c'est que je suis mort de Christine Van de Putte : Gérard Beckel
- 1983 : Un dimanche de flic de Michel Vianey : Emilio
- 1983 : Cinéma 16, série télévisée, épisode La Derelitta de Jean-Pierre Igoux : Redza
- 1984 : Cinéma 16, série télévisée, épisode Sortie interdite de Patty Villiers : Henri Fontenoy dit « Le Colonel »
- 1986 : La Presqu'île de Georges Luneau : Simon
- 1987 : Poussière d'ange d'Édouard Niermans : Broz, l'avocat
- 1989 : L'Enfant de l'hiver d'Olivier Assayas : le père de Stéphane
- 1989 : Jour après jour d'Alain Attal : Richard Lunet
- 1989 : Natalia de Bernard Cohn : Claude Roitman
- 1990 : Les Cinq Dernières Minutes, série télévisée, épisode Hallali de Patrick Bureau : Régis
- 1992 : Chasse gardée de Jean-Claude Biette : Pierre Bufières
- 1995 : Jusqu'au bout de la nuit de Gérard Blain (+ scénario) : François
- 1999 : Cinématon #1996 de Gérard Courant : lui-même
- 2001 : Bandits d'amour de Pierre Le Bret : le prêtre
Réalisateur
- 1971 : Les Amis
- 1973 : Le Pélican
- 1976 : Un enfant dans la foule
- 1978 : Un second souffle
- 1980 : Le Rebelle
- 1983 : Michel Tournier (documentaire, collection télévisée Témoins)
- 1986 : Pierre et Djemila
- 1993 : La Fortune de Gaspard (téléfilm)
- 1995 : Jusqu'au bout de la nuit
- 2000 : Ainsi soit-il
Théâtre
- 1945 : Topaze de Marcel Pagnol, mise en scène Alfred Pasquali, théâtre Pigalle.
- 1947 : Les Épiphanies d'Henri Pichette, mise en scène Georges Vitaly, théâtre des Noctambules.
- 1953 : Été et Fumées, adaptation par Paule de Beaumont de la pièce Summer and Smoke de Tennessee Williams, mise en scène Jean Le Poulain, théâtre de l'Œuvre.
- 1955 : La Tragédie des Albigeois de Maurice Clavel et Jacques Panijel, mise en scène Raymond Hermantier, festival de Nîmes.
- 1959 : Le Vélo devant la porte, adaptation par Marc-Gilbert Sauvajon de la pièce Desperate Hours de Joseph Hayes, mise en scène Jean-Pierre Grenier, théâtre Marigny.
Distinctions
Récompense
Festival de Locarno 1971 : Léopard d'or de la meilleure première œuvre pour Les Amis
Sélections
Berlinale 1974 : Le Pélican, sélection officielle en compétition pour l'Ours d'or
Festival de Cannes 1976 : Un enfant dans la foule, sélection officielle en compétition pour la Palme d'or
Festival de Cannes 1987 : Pierre et Djemila, sélection officielle en compétition pour la Palme d'or
Festival de Locarno 1999 : Ainsi soit-il, en compétition pour le Léopard d'or
Bibliographie
- Anne-Claire Cieutat et Michel Cieutat, Le Cinématographe selon Gérard Blain, Paris, Dreamland, coll. « Ciné films », , 223 p. (ISBN 978-2-910027-81-0)
- Nicolas Azalbert, « Gérard Blain, légitime défense », Cahiers du cinéma, no 696, , pp. 88-95