HMS Hood (51)

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Le HMS Hood (fanion 51) est un croiseur de bataille britannique de classe Admiral, fleuron de la Royal Navy pendant l'entre-deux-guerres. Il est coulé le à la sortie du détroit du Danemark, lors d'une bataille navale l'opposant au cuirassé allemand Bismarck.

Surnom« Mighty Hood »
ClasseAdmiral
A servi dans Royal Navy
Faits en bref Surnom, Type ...
HMS Hood
illustration de HMS Hood (51)
Le HMS Hood en 1936 ou 1937.

Surnom « Mighty Hood »
Type croiseur de bataille
Classe Admiral
Histoire
A servi dans  Royal Navy
Commanditaire Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Chantier naval John Brown & CompanyVoir et modifier les données sur Wikidata
Quille posée
Lancement
Armé
Statut coulé le par le Bismarck dans le détroit du Danemark
Équipage
Commandant Hugh Binney (1932-1933)
Équipage 1 419 hommes
Caractéristiques techniques
Longueur 262,2 mètres hors tout (246,90 mètres à la ligne de flottaison)
Maître-bau 31,7 m
Tirant d'eau 8,9 m
Déplacement 47 429 t
À pleine charge 48 191 t
Propulsion 4 turbines à vapeur Brown-Curtis
Puissance 144 000 chevaux (105 912 kW)
Vitesse 32 nœuds (59,3 km/h)
Caractéristiques militaires
Blindage Ceinture : 102 mm - 305 mm
Pont : 19 mm - 76 mm
Barbettes : 127 mm - 305 mm
Tourelles : 279 mm - 381 mm
Château : 229 mm - 279 mm
Armement Construit :
  • 4 × 2 canons de 381 mm
  • 12 × 1 canons de 140 mm
  • 4 × 1 canons anti-aériens de 101 mm
  • 4 tubes lance-torpilles de 533 mm

En 1941 :

  • 4 × 2 canons de 381 mm
  • 4 × 2 canons anti-aériens de 102 mm
  • 3 × 8 canons anti-aériens de 40 mm
  • 5 × 4 canons anti-aériens de 12 mm
  • 5 lanceurs à 20 tubes de roquettes anti-aériennes de 76 mm
Rayon d'action 5 200 milles marins (9 600 km)
Carrière
Indicatif 51
Localisation
Coordonnées 63° 20′ 00″ nord, 31° 50′ 00″ ouest
Géolocalisation sur la carte : océan Arctique
(Voir situation sur carte : océan Arctique)
HMS Hood
HMS Hood
Géolocalisation sur la carte : Groenland
(Voir situation sur carte : Groenland)
HMS Hood
HMS Hood
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Il porte le nom de l’amiral Samuel Hood (1724-1816).

La classe Admiral

Le « croiseur de bataille » était une classe de navire théorisée par Sir John Jackie Fisher, un des nombreux visionnaires de la Royal Navy (par ailleurs, il est à l'origine des Dreadnought, classe de cuirassés novatrice). Les croiseurs de bataille (BC en anglais) sont des navires similaires en taille et en armement au dreadnought, mais nettement plus rapides, au prix d'un blindage réduit. On peut résumer le principe des croiseurs de bataille en une phrase : « Speed is armour » (la vitesse tient lieu de blindage).

Au début de l’année 1915, le bureau des renseignements britanniques fut informé que la marine impériale allemande avait mis en chantier des croiseurs de bataille qui étaient une amélioration des déjà redoutables « Derffinger ». Les quatre bâtiments de la classe Mackensen devaient avoir une longueur de 224 m, une largeur de 30,40 m, être armés de huit pièces de 350 mm, ainsi que de quatorze de 150 mm. Une puissance de 90 000 ch leur donnerait une vitesse de 28 nœuds pour un déplacement maximum de 35 000 tonnes. Quant à la protection, elle dépassait en tout point celles des croiseurs de bataille de la Royal Navy.

Le , le département des constructions navales reçut l’ordre de préparer un projet basé sur une extrapolation des dreadnoughts de la classe « Queen Elizabeth ». Une fois de plus, sir Tennyson-D’Eyncourt fut sollicité pour remettre au plus vite les premiers projets. Cependant, en poursuivant le développement d’un cuirassé, il était hors de propos de vouloir contrer les réalisations allemandes dont la vitesse allait dépasser les 28 nœuds. Ces études furent encore soumises à l’amiral Jellicoe, qui confirma son désir de renforcer son escadre de croiseurs de bataille. Pour cet officier général, les nouveaux bâtiments devaient atteindre une vitesse de 30 nœuds et être armés de pièces devant être au minimum du 15 in (380 mm).

Projet 1916 1 2 3 4 5 6
Longueur 269 m 256 m 262 m 230 m 252 m 268 m
Largeur 31 m 31 m 31 m 31 m 31 m 31 m
Déplacement 39 000 t 32 000 t 32 000 t 36 000 t 32 500 t 39 500 t
Vitesse 30 nds 30,5 nds 32 nds 30 nds 30,5 nds 30 nds

Armement

8 × 381

12 × 140

2 × 533

8 × 381

12 × 140

8 × 381

12 × 140

4 × 457

12 × 140

6 × 457

12 × 140

8 × 457

12 × 140

Protection-ceinture 203 203 250 203 203 203

À partir de 1916, et à la suite de nombreux débats, le département des Constructions navales décide de poursuivre les travaux d’étude sur le projet no 3. Afin de gagner du poids, il fut décidé d’adopter des chaudières à petits tubes et les devis de poids étaient ainsi répartis :

Coque : 14 070 tonnes

Machines : 5 200 tonnes

Blindages : 10 100 tonnes [1]

Armements : 4 800 tonnes

Carburant : 1 200/4 000 tonnes

Equipement général : 750 tonnes

Le , l’amirauté ordonnait la construction de trois croiseurs de bataille qui allaient former la classe Admiral. Le chantier John Brown allait réaliser le Hood, Cammell Laird le Howe et Fairfield le Rodney. Le la construction d’un quatrième bâtiment, le Anson, fut demandée, aux ateliers Armstrong Whitworth (les noms des bâtiments furent confirmés et officialisés le ).

[1] Le poids totale du blindage en 1941 est de 13 870 t

Armement

Profil du Hood vu en 1921.

Les huit pièces de 381 mm (conçues en 1912 et installées pour la première fois en 1914) allaient être réparties en quatre tourelles doubles Mk2 à commande hydraulique (le poids d’une tourelle double de 381 mm est de 880 tonnes placées dans l’axe du bâtiment, par paires en chasse et en retrait (Surperfing). Les tourelles étaient désignées A, B, X et Y d'avant en arrière. Le canon de 15 pouces mk.I est probablement le meilleur canon naval de gros calibre jamais développé par la Grande-Bretagne de toute son histoire maritime (le premier tir à bord ayant eu lieu en 1915 et le dernier en 1954). Il arma les cuirassés de la classe Queen Elizabeth Revenge, Courageous, Renown, le HMS Vanguard et le HMS Hood. Pendant sa longue carrière, cette bouche à feu fit preuve d'une efficacité remarquable, ses premières cibles navales furent les bâtiments allemands pendant la bataille du Jutland où il engagea les croiseurs allemands à 17 400 m. Le canon démontrera encore ses capacités 20 ans plus tard dans tous les théâtres où il fut engagé, notamment en contre les Italiens, le HMS Warspite réussissant l'un des plus longs coups jamais enregistrés par un canon naval sur un navire ennemi lorsqu'il eut touché le cuirassé italien Giulio Cesare à 24 000 m. Néanmoins, au milieu des années 1930, l'amirauté remet en doute les capacités de cette arme, considérée comme obsolète notamment en regard des derniers canons d'autres nations considérés comme plus puissants, capables de portées plus élevées et de tirer des projectiles plus lourds. Parallèlement à cela, les navires transportant ces canons approchaient vingt ans de service et commençaient à montrer des signes d'usure. Inhibés par les restrictions du traité de remplacement des cuirassés, les Britanniques ont plutôt cherché à rectifier la situation en lançant un programme de modernisation dans lequel les navires faisaient l'objet de révisions majeures, incluant l'amélioration de leurs armements.

1) La limite d'élévation supérieure des supports a été augmentée de 20 degrés à 30 degrés, qui a augmenté leur portée maximale avec des projectiles 4crh de 21 670 m à 26 520 m.

2) Les projectiles ont été améliorés et une casquette balistique plus profilée (6crh - Caliber-Radius-Head) a été installée, ce qui a encore augmenté la portée à 29 260 m à 30 degrés d'élévation.

Le rythme auquel ces navires pouvaient être modernisés était limité, et au début de la Seconde Guerre mondiale, les Malaya, Barham, Repulse et les cinq cuirassés de la classe Royal Sovereign n'avaient pas encore été mis à niveau. Royal Oak, Barham et Repulse ont été coulés au début de la guerre, mais les navires non modernisés restants ont reçu une « super charge » qui consistait en la plus grande charge propulsive possible que les canons et les supports pouvaient supporter en toute sécurité. Ceux-ci ont été délivrés à partir de la fin de 1941 et à l'élévation maximale de 20 degrés, ils permettaient une portée de 26 240 m. Cependant, d'après une étude des archives, il semblerait qu'aucun navire n'ait jamais tiré avec des super charges, bien qu'elles aient été utilisées par l'artillerie côtière à Douvres. Les super charges n'ont pas été tirées à des angles de 30 degrés car la fatigue accrue des structures du navire par les contraintes ainsi induites n'étaient pas considérées comme acceptables. Pour cette raison, les sources qui citent le HMS Vanguard comme ayant des portées de canon supérieures à 29 260 m sont quelque peu trompeuses, car une telle portée aurait nécessité l'utilisation de super charges, que le navire n'a jamais portées.

La conception de ces armes était en grande partie basée sur le 13,5"/45 (34,3 cm) Mark V.

Hausse Distance Angle de pénétration
2°6’ 4 570 m 2,7°
5°6’ 9 140 m 6,6°
9°3’ 13 720 m 11,7°
13°8’ 18 290 m 18,3°
19°2’ 22 860 m 26,3°
26°1’ 27 430 m 35,6°
30°5’ 29 730 m 40,7°

Pour la première fois des tourelles modèle mk2 furent montées sur un bâtiment, la principale différence est l'augmentation de l'élévation de 20° à 30° permettant l'augmentation de la portée à 26 500 m contre 21 700 pour les anciennes montures, avec une amélioration légère de la rotation et l'élévation des canons, respectivement 5°/s et 2°/s.

L'armement secondaire du navire se composait de douze canons BL de 5,5 pouces (140 mm) Mk I, chacun avec 200 obus. Ils étaient expédiés sur des supports blindés à pivot unique installés le long du pont supérieur et du pont-abri avant. Cette position haute leur a permis de travailler par gros temps, car ils étaient moins affectés par les vagues et les embruns par rapport à la casemate. Ces canons furent montés uniquement sur le HMS Hood, HMS Furious et plus tard sur le porte-avions Hermes. Il n'est pas connu pour des performances supérieures aux canons de 152 mm en service à l'époque dans la marine britannique mais ses obus plus légers et donc plus faciles à manipuler furent préférés[1].

Deux de ces canons ont été temporairement remplacés par des canons anti-aériens (AA) QF 4 pouces (102 mm) Mk V entre 1938 et 1939. Puis tous les canons de 5,5 pouces ont été retirés lors d'une autre modification en 1940 au profit de canons en affût double ; les canons de 102 m sont reconnus comme raisonnablement bons en tant que canon AA (Le HMS Carlisle, un croiseur AA converti armé de canons de 102 mm, a abattu 11 avions pendant la guerre, le score le plus élevé parmi les croiseurs britanniques) mais leurs calibres relativement réduit a longtemps remis en cause leurs efficacités contre des cibles navales ; néanmoins ils se révéleront à la hauteur notamment sur les plus gros destroyers britanniques. Ils pouvaient être utilisés en mode de tir rapide (QF) ou semi-automatique (SA). En mode QF, la culasse était ouverte manuellement après le tir en déplaçant un levier qui éjectait également la douille utilisée. En mode SA, la culasse s'ouvrait automatiquement après le tir et éjectait la douille utilisée. Pendant le chargement, le mécanisme de culasse se fermait automatiquement lorsque le bord de la cartouche heurtait les éjecteurs, le canon pouvait alors atteindre la cadence de tir de 20 coups par minute, un obus toutes les trois secondes. Il y avait trois types de munitions : une HE classique, un obus SAP et un obus chronométrique (remplacé par un obus à détonation de proximité) pour lutter contre les avions à l'aide du radar[2].

La disposition sur le navire est la suivante :

  • trois emplacements doubles à bâbord ;
  • trois emplacements doubles à tribord.

Nommés respectivement : "P1", "P2", "P3" et "S1", "S2", "S3".

1920 8 pièces de 381 mm de 42 cal Mk I [1]

12 pièces de 140 mm Mk I en affuts simples

4 pièces de 102 mm Mk V de 45 cal en affûts simples

6 tubes lance-torpilles de 533 mm (4 torpilles aériennes et 2 sous-marines) [2]

1939 8 pièces de 381 mm de 42 cal Mk I

14 pièces de 102 mm de 45 cal Mk XVI

24 pièces de 40 mm PomPom Mk VIII

16 pièces de 12 7 mm Vickers Mk III

4 tubes lance-torpilles de 533 mm (torpilles aériennes)

Cinq UP [3]

Le navire en 1920 dispose de six tubes lance-torpilles de 533 mm pesant 1522 kg pour 233,6 kg de TNT ; deux tubes immergés (un à bâbord, un à tribord) situés sous la ligne de flottaison, un peu en avant de la tourelle A. Ils furent retirés en 1937 ; les quatre autres sont situés approximativement à mi-chemin entre la ligne de flottaison et le pont-abri parallèlement au mât principal. Ils ne seront jamais retirés.

Gros plan sur une tourelle du Hood. Tirer dans cette position pourrait endommager le pont et la superstructure.

[1] Les canons disposent de 120 obus avec une cadence de tir de deux coups par minute.

[2] Environ 28 torpilles de type Mk IV ont été embarquées.

[3] Le navire reçut aussi plusieurs lance-roquettes UP (Unrotated Projectile) qui pouvaient lancer des roquettes de 180 mm à une hauteur de 305 m. Le projectile explose alors, lâchant une mine maintenue par trois parachutes faisant barrage aux attaques aériennes.

Directions de tir

La direction de tir pour les pièces principales est assurée par le télémètre au-dessus du « Spotting Top » et le télémètre au sommet de la tour « Conning ». De plus le navire dispose de cinq télémètres de 9,15 m en place sur les tourelles et le blockhaus. Deux appareils de 4,57 m sont aussi disponibles, un sur la direction de tir tribord et un au poste arrière consacré aux pièces secondaires. L’artillerie antiaérienne est assistée par un télémètre de 4,57 m, un de 3,66 m et un de m de base. En 1939, il y a trois télémètres de 4,46 m.

Pour que Hood touche la cible, il était nécessaire de prévoir où cette cible serait par rapport à lui quand les obus atterriraient. Tout ce que Hood avait besoin de savoir était la distance par rapport à la cible, sa vitesse, ainsi que le relèvement (et le taux de changement de relèvement) de la cible :

  • la cible serait sélectionnée (généralement par le capitaine du navire), et indiquée à tous les postes de contrôle de l'artillerie : le relèvement exact des lunettes à travers lesquelles l'observateur regardait était transmis aux récepteurs Evershed ;
  • des télémètres, montés dans les tourelles, et en altitude, seraient pointés sur la cible, et recueilleraient les données de distance et les transmettraient ci-dessous à la station émettrice, où elles étaient tracées sur la table Dreyer ;
  • le viseur du directeur de tir, monté dans la tour du directeur, serait pointé directement sur la cible et transmettrait le relèvement au-dessous au TS ;
  • le cap (à partir du compas gyroscopique) et la vitesse (à partir du journal Forbes) ont également été recueillis. Le relèvement a été acquis beaucoup plus précisément que la distance ; généralement, les navires étaient capables de mettre leurs salves « en marche » par la déviation beaucoup plus rapidement qu'à l'aide des télémètres.

Quand tout était prêt, l'officier d'artillerie ordonnait « tirer ! » et le Director Layer, en altitude, appuyait sur la gâchette actionnant les armes électriquement.

Si le besoin d'un tir divisé se faisait sentir, la tourelle B contrôlait les deux tourelles avant et la tourelle X les deux tourelles arrières. Chaque tourelle pouvait s'appuyer sur son propre télémètre et ses propres s[Quoi ?].

Le blindage

La protection des croiseurs de la classe Admiral est inspirée du modèle de protection des navires de la classe Tiger. Mais à la suite de la bataille du Jutland, il fut décidé de la modifier en augmentant la masse de 5 100 t.

La protection représente 33 % de son déplacement, une proportion élevée selon les normes britanniques.

La ceinture blindée se composait d’une armure cémentée (durcie en surface), disposée en trois virures. La ceinture de flottaison principale avait une épaisseur de 305 mm entre les barbettes A et Y et amincie à 127 à 152 mm vers les extrémités du navire, mais sans atteindre ni la proue ni la poupe. La ceinture de blindage du milieu avait une épaisseur maximale de 178 mm sur la même longueur que la partie la plus épaisse du blindage de la ligne de flottaison et amincie à 127 mm de front de la barbette A.

Ceinture blindée 305 mm-130 mm AV-150 mm AR
Cloison 101 mm à 127 mm
Pont blindé 100 mm
Pont supérieur 50 mm
Blockhaus face/côtés/arrière 280 mm - toit 230 mm - plancher 60 mm
Tourelle face 381 mm - côtés 279/305 mm - toit 127 mm
Barbette 305 mm

Les tourelles et les barbettes étaient protégées par 279 à 381 mm de blindage, à l'exception des toits des tourelles, qui avaient 5 pouces d'épaisseur. Les tabliers étaient en acier à haute résistance. Le pont du gaillard variait de 44 à 51 mm d'épaisseur, tandis que le pont supérieur avait 51 mm d'épaisseur sur les magasins et 19 mm ailleurs. Le pont principal avait 76 mm d'épaisseur au-dessus des magasins et 25 mm ailleurs, à l'exception de la pente de 2 pouces d'épaisseur qui rejoignait le bas de la ceinture principale. Le pont inférieur avait 76 mm d'épaisseur au-dessus des arbres d’hélice, 50 mm d'épaisseur au-dessus des magasins et 25 mm ailleurs.

Le blockhaus du Hood était le plus imposant, le plus moderne et le plus lourd (900 t) jamais embarqué sur un navire de guerre. Avec une protection de 280 mm sur les faces/côtés/arrière, il assurait une bonne protection pour ses occupants.

La protection sous-marine était assurée par un bulbe rempli de tube chargé d’atténuer les explosions, mis au point par le professeur Hopkinson. Ce bulbe débutait au niveau de la tourelle A et finissait au niveau de la tourelle Y. La protection avait été testée sur de vieux cuirassés, ce qui théoriquement permettait à l'Admiral Hood de supporter quatre ou cinq torpilles[3].

Le navire disposait de pompes de cales avec une capacité d'évacuation de 20 000 t d'eau par heure. La ceinture était inclinée de 12° et faisait 171,30 m de longueur pour une hauteur de 4,35 m.

La propulsion

Le Hood était un bâtiment à vapeur. En effet des grandes quantités de mazout (4 000 t de charge maximale) étaient brûlées dans les machines du navires pour convertir l'eau en vapeur, qui faisait tourner les arbres de transmissions, mais une des grandes innovations pour ce bâtiment est l'adoption de turbines (au nombre de quatre Brown-Curtis) à engrenages alimentées en vapeur par des chaudières (24 Yarrow) à petits tubes. Les 24 chaudières étaient réparties en quatre rues de chauffe. Chacune d'entre elles étaient équipée de six ventilateurs. Les turbines prenaient place dans trois salles des machines, celle de l'avant accueillait deux turbines et ses réducteurs qui entraînaient les hélices externes bâbord et tribord. La salle des machines centrale comprenait une turbine et son réducteur entraînant l'hélice interne bâbord et la salle des machines arrière comprenait elle aussi une seule turbine et son réducteur pour l'hélice interne tribord.

Ses machines donnaient au Hood la possibilité d'atteindre 32 nœuds ; en 1928 il est alors le navire le plus rapide du monde. Sa vitesse sera réduite à 29 nœuds en 1939 pour limiter l'usure du bâtiment.

Les radars

Au moment de sa destruction en 1941, il était équipé de deux radars, le radar d'artillerie type 284 et le radar de recherche aérienne type 279M (qui pouvait également fournir une télémétrie de surface si nécessaire).

Le radar d'artillerie type 284 d'une longueur d'onde de 50 cm, d'une puissance de sortie d'environ 25 kW, une fréquence d'approximativement 600 MHz et d'une portée de 10 miles (18,5 m. Il était le radar principal d'artillerie utilisé à bord des grands navires de guerre britanniques. Il fut monté lors de son carénage du au à Rosyth. Le HMS Hood l'aurait utilisé principalement pour diriger les tirs de ses canons principaux de 380 mm.

Avions embarqués

Le Hood après avoir été équipé d'une catapulte d'avion ; un Fairey IIIF est visible sur sa poupe, 1932.

Le Hood était initialement équipé de ponts d'envol montés sur les tourelles B et X, à partir desquelles des Fairey Flycatchers pouvaient décoller[4]. Au cours de son radoub de 1929 à 1931, la plate-forme a été retirée de la tourelle X et une catapulte rotative et repliable a été installée sur sa plage arrière, ainsi qu'une grue pour récupérer un hydravion. Il embarqua un Fairey IIIF du squadron no 444 de la Royal Air Force. Au cours de la croisière de l'Inde de l'Ouest de 1932, la catapulte s'est avérée difficile à faire fonctionner dans une mer agitée, car elle était souvent inondée par mauvais temps. La catapulte et la grue ont été retirées en 1932, ainsi que la plate-forme de décollage sur la tourelle B[5].

Historique

Construction

Publicité pour la construction du navire par John Brown, dans le Brassey's Naval Annual 1923.

La construction de Hood a commencé au chantier naval John Brown & Company à Clydebank, en Écosse, sur le chantier no 460, le [6]. À la suite de la perte de trois croiseurs de bataille britanniques lors de la bataille du Jutland, 5 000 tonnes de blindage et de contreventement supplémentaires ont été ajoutés[7]. La protection du pont supérieur était assez peu élevée : le blindage était réparti sur trois ponts, conçu pour faire exploser un obus lors de l'impact avec le premier niveau, le reste de l'énergie devant être absorbée par le blindage des deux ponts suivants. Le développement d'obus à retardement à la fin de la Première Guerre mondiale a rendu ce schéma beaucoup moins efficace, car l'obus intact pénétrait des couches de blindage faible et explosait profondément à l'intérieur du navire[8].

Cette unité était en surpoids par rapport à sa conception originale, ce qui en faisait un navire embarquant de l'eau avec une structure fortement sollicitée[9].

Il a été lancé le par la veuve du contre-amiral Sir Horace Hood, un arrière-arrière-petit-fils de l'amiral Samuel Hood, d'après qui le navire a été nommé. Sir Horace Hood avait été tué alors qu'il commandait la 3e escadre de croiseurs de bataille et arborait son drapeau sur l'Invincible, l'un des trois croiseurs de bataille qui a explosé lors de la bataille du Jutland.

Pour faire de la place dans le chantier naval pour la construction marchande, le Hood a navigué vers Rosyth pour terminer son armement le [10]. Après ses essais en mer, il est mis en service le , sous les ordres du Captain Wilfred Tompkinson. Il a coûté 6 025 000 £[11].

Avec ses cheminées jumelles et son profil élancé, le Hood était considéré comme l'un des plus beaux navires de guerre jamais construits. Il était également le plus grand navire de guerre à flot lorsqu'il a été mis en service et a conservé cette distinction pendant les 20 années suivantes[12]. Sa taille et son armement lui ont valu le surnom de « Mighty Hood » (puissant) et il en est venu à symboliser la puissance de l'Empire britannique lui-même[13].

Avant la Seconde Guerre mondiale

Le navire ne prit pas part aux combats de la Première Guerre mondiale. Pour des raisons de prestige, le navire passa une grande partie de l'entre-deux-guerres à rendre visite aux autres parties de l'empire britannique ou aux autres pays.

Peu après sa mise en service, le , le Hood est devenu le vaisseau amiral de l'escadron de croiseurs de bataille de la Flotte de l’Atlantique, sous le commandement du Contre-amiral Sir Roger John Brownlow Keyes. Après une croisière dans les eaux scandinaves cette année-là, le capitaine Geoffrey Mackworth prit le commandement. Le navire a visité la Méditerranée en 1921 et 1922 pour montrer le drapeau et s’entraîner avec la flotte méditerranéenne, avant de partir en croisière au Brésil et aux Antilles en compagnie de l'escadron de croiseurs[14].

Davantage d’informations Rang, drapeau ...
Rear-Admiral/Vice-Admiral Commandant l'escadron de croiseurs de bataille[15]
RangdrapeauNomperiodevaisseau amiral
1Rear-AdmiralSir Roger Keyes8 avril 1919 – 31 mars 1921Tiger
Hood
2Rear-AdmiralSir Walter Cowan31 mars 1921 – 15 mai 1923Hood
3Vice-AdmiralSir Frederick Field5 mai 1923 – 13 octobre 1924
4Vice-AdmiralCyril Fuller30 avril 1925 – 21 mai 1927
5Vice-AdmiralSir Frederic Dreyer21 mai 1927 – 21 mai 1929
6Vice-AdmiralDudley Pound21 mai 1929 – 24 avril 1931Renown
7Vice-AdmiralWilfred Tomkinson24 avril 1931 – 15 août 1934Hood
8Vice-AdmiralSir William James15 août 1932 – 14 août 1934
9Vice-AdmiralSir Sidney Bailey14 août 1934 – 22 juillet 1936
10Vice-AdmiralSir Geoffrey Blake22 juillet 1936 – 3 juillet 1937
11Vice-AdmiralSir Andrew Cunningham3 juillet 1937 – 23 juillet 1938
12Rear-AdmiralGeoffrey Layton23 juillet 1938 – 1er juin 1939
13Rear-AdmiralWilliam Whitworth1er juin 1939 – 11 mars 1940
14Rear-AdmiralSir James Somerville30 juin - 10 août 1940
15Rear-AdmiralWilliam Whitworth10 août 1940 – 8 mai 1941
16Vice-AdmiralLancelot Holland12–24 mai 1941
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Le capitaine John Knowles Im Thurn était aux commandes lorsque le Hood, accompagné du croiseur de combat Repulse et les croiseurs de Classe Danae du 1st Light Cruiser Squadron, sont partis en croisière mondiale d’ouest en est via le Canal de Panama en . L’objectif de la croisière était de rappeler aux dominion leur dépendance envers la puissance maritime britannique et de les encourager à la soutenir financièrement. Ils sont rentrés à leur port d'attache 10 mois plus tard en , après avoir visité l'Afrique du Sud, l'Inde britannique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada et quelques petites colonies et dépendances, ainsi que les États-Unis.

Le Hood (avant-plan) et le Repulse (arrière-plan) à l’ancre à Adélaïde en Australie du Sud lors de leur tournée mondiale, 1924.
HMS Hood, en 1924.

Pendant son séjour en Australie en , l’escadron a escorté le cuirassé HMAS Australia en mer, où il a été sabordé conformément au Traité naval de Washington [16]. L’escadron de cuirassés a visité Lisbonne en pour participer aux célébrations de Vasco da Gama avant de continuer en Méditerranée pour des exercices. Le capitaine Harold Reinold relève le capitaine im Thurn le et est relevé à son tour par le capitaine Wilfred French le [17].

Le « Hood » a fait l’objet d’une refonte majeure du au , puis a repris son rôle de navire amiral de l’escadre de croiseurs de guerre sous le commandement du capitaine Julian Patterson. Plus tard cette année-là, son équipage a participé à la Mutinerie d'Invergordon qui répondait à des réductions de solde. Elle s’est terminée paisiblement et le Hood est ensuite retourné à son port d’attache. L’escadrille de cuirassés fit une croisière dans les Caraïbes au début de 1932, et le Hood reçut un autre bref carénage entre le et le à Portsmouth. Le capitaine Thomas Binney prit le commandement le et le navire reprit sa pratique antérieure de croisière hivernale en Méditerranée l’année suivante. Le capitaine Thomas Tower remplace le capitaine Binney le . Entre le et le , ses systèmes de contrôle de tir des canons secondaires et de la DCA ont été réaménagés au cours d’un autre carénage rapide[18].

En route vers Gibraltar pour une croisière en Méditerranée, le Hood a été percuté par le croiseur Renown à bâbord. Les dommages se limitaient à son hélice extérieure gauche et à une bosselure sur 45 cm, bien que certaines plaques de coque se soient détachées à l’impact.

Des réparations temporaires ont été effectuées à Gibraltar avant que le navire n’embarque pour Portsmouth pour des réparations définitives entre février et . Les capitaines des deux navires furent traduits en cour martiale, tout comme le commandant de l’escadron, le contre-amiral Sidney Bailey. Tower et Bailey ont été acquittés, mais le capitaine Sawbridge a été relevé de son commandement. L’amirauté s’est opposée au verdict, a réintégré Sawbridge et a critiqué Bailey pour ses signaux ambigus pendant la manœuvre[19].

Navires de guerre à la spithead fleet revue de 1937. Le croiseur lourd allemand Admiral Graf Spee a ancré au large. En arrière-plan se trouvent le cuirassé HMS Resolution et le HMS Hood.

Le navire a participé à la Revue navale Silver Jubilee du roi George VI à Spithead le . Il a été attaché à la flotte méditerranéenne peu après et stationné à Gibraltar au début de la Seconde guerre italo-éthiopienne en octobre. Le capitaine Arthur Pridham prit le commandement le et le navire retourna à Portsmouth pour un bref radoub entre le et le . Il a été officiellement transféré à la flotte méditerranéenne le , peu après le début de la Guerre civile espagnole[20]. Le , le navire escorta trois navires marchands britanniques dans le port de Bilbao malgré la présence du croiseur léger Nationaliste Almirante Cervera qui tenta de bloquer le port[21]. Le Hood a été réaménagé à Malte en novembre et , et ses tubes lance-torpille immergés ont été retirés[22]. Le capitaine Pridham a été relevé de ses fonctions par le capitaine Harold Walker le , puis il a été relevé de ses fonctions lorsque le navire est retourné à Portsmouth en pour une révision qui a duré jusqu’au .

Le Hood devait être modernisé en 1941 pour l’amener à un niveau similaire à celui des autres navires modernisés de la Première Guerre mondiale. Il aurait reçu de nouvelles turbines et chaudières plus légères, un armement secondaire de huit doubles tourelles de canon de 5.25 pouces, et six octuples 2-pounder « pom-pom ». Sa virure supérieure de 5 pouces aurait été retirée et son armure de pont renforcée. Une catapulte aurait été installée sur le pont et les tubes lance-torpille restants auraient été retirés, la tour de manœuvre aurait été supprimée et son pont reconstruit[23].

Le service actif presque constant du navire, résultant de son statut de navire de la Royal Navy le plus apte au combat, a entrainé une dégradation de son état, et au milieu des années 1930 il avait besoin d’une longue révision. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a rendu son retrait du service impossible et, par conséquent, il n’a jamais reçu la modernisation prévue accordée à d’autres navires de la classe Queen Elizabeth[24]. Le condenseur du navire était en si mauvais état à ce moment-là qu’une grande partie de la sortie d’eau douce des évaporateurs était nécessaire pour réapprovisionner l'eau d'alimentation de chaudière. L’équipage ne pouvait pas s’en servir pour se laver, ni même pour chauffer les ponts du mess par temps froid, car les conduites de vapeur fuyaient trop, ce qui a également réduit sa puissance et l’a empêché d’atteindre sa vitesse prévue.

Seconde Guerre mondiale

Le capitaine Irvine Glennie a pris le commandement en et le « Hood » a été affecté à l'escadron de croiseurs de guerre de la Home Fleet pendant qu'il était encore en cours de réaménagement. Lorsque la guerre a éclaté plus tard cette année-là, le Hood est transféré à la base navale de Scapa Flow, au nord de l'Écosse où il a été employé principalement pour patrouiller dans les environs de l'Islande et des îles Féroé afin de protéger les convois et d'intercepter les corsaires de navires marchands et forceurs de blocus allemands tentant de passer dans l'Atlantique nord. Le , la Home Fleet fit une sortie dans le centre de la mer du Nord pour couvrir le retour du sous-marin endommagé Spearfish. La flotte est repérée et attaquée par des bombardiers allemands du KG 26 et du KG 30. Le Hood a été touché par une bombe de 250 kg larguée par un bombardier Junkers Ju 88 qui a endommagé son renflement anti-torpilles bâbord. Au début de 1940, la machinerie du Hood était dans un état lamentable et limitait sa vitesse à 26,6 nœuds ; elle a été réparée entre le et le [25].

Retour dans les eaux anglaises

Le Hood a été relevé en tant que vaisseau amiral de la Force H par le HMS Renown le , après sa participation à l'attaque de Mers el-Kébir et son retour à Scapa Flow. Le , après un rapide carénage à la cale sèche où il a été construit (reconstruction des pales des turbines), il est envoyé à Rosyth avec les cuirassés HMS Nelson et HMS Rodney et d'autres navires, afin d'être mieux positionné pour intercepter une flotte d'invasion allemande. Lorsque cette menace a diminué, le navire a repris ses rôles précédents d'escorte de convoi et de patrouille contre les forces allemandes. À deux reprises, le HMS Hood a été envoyé contre des navires de guerre ennemis. Le , il a navigué pour intercepter le cuirassé de poche Admiral Scheer, et de nouveau le pour localiser le croiseur lourd Admiral Hipper, mais le Hood a échoué à trouver l'un ou l'autre navire.

En , le navire a commencé un carénage qui a duré jusqu'en mars ; mais même après le radoub, il était toujours en mauvais état. Cependant la menace des grands navires allemands était telle qu'il ne pouvait pas être mis à quai pour une révision majeure jusqu'à ce que d'autres cuirassés de la classe King George V soient entrés en service. Le capitaine Ralph Kerr a pris le commandement et le Hood a reçu l'ordre de prendre la mer pour tenter d'intercepter les cuirassés allemands Gneisenau et Scharnhorst à la mi-mars. Sans succès, il reçoit l'ordre de patrouiller dans le golfe de Gascogne pour parer toute tentative d'évasion des navires allemands de Brest. Le Hood reçut l'ordre de se rendre en mer de Norvège le lorsque l'Amirauté reçut un faux rapport selon lequel le cuirassé allemand Bismarck avait quitté l'Allemagne. Par la suite, il a patrouillé l'Atlantique nord avant de rentrer à Scapa Flow le .

La fin tragique du Hood

Le , le cuirassé allemand Bismarck, ainsi que le croiseur lourd Prinz Eugen, sont repérés à Bergen, en Norvège. Ils quittent le port en direction de l'Islande et risquent d'asphyxier la Grande-Bretagne en menaçant les convois venant des États-Unis. Le , à 22 h 15, le Hood et le cuirassé Prince of Wales, récemment commissionné le , quittent Scapa Flow pour aller à leur rencontre dans le détroit du Danemark. Le groupe naval est dirigé par le vice-amiral Holland. La direction du Bismarck est confirmée par deux croiseurs, le Norfolk et le Suffolk, qui le repèrent au radar au nord-est de l'Islande le et le suivent à distance.

La fin du Hood, dessin de J.C. Schmitz-Westerholt. Le Prince of Wales est au premier plan.

Le lendemain , à 5 h 37, à la sortie du détroit du Danemark entre le Groenland et l'Islande, les Anglais aperçoivent les navires allemands[26]. Mais les Allemands étaient déjà au courant de leur présence, les hydrophones du Prinz Eugen ayant précédemment détecté les bruits d'hélices à grande vitesse à leur sud-est. La bataille est engagée par les Anglais à 5 h 52, aux coordonnées 61° 31′ N, 31° 52′ O, à une distance de 25 km, se réduisant. Les Allemands ont riposté à 5 h 55, les deux navires se concentrant sur le Hood. À 5 h 57, lors de la deuxième salve du Prinz Eugen, probablement le premier navire à toucher au but, un obus frappe le pont du Hood, entre ses cheminées, et déclenche un grand incendie parmi les munitions prêtes à l'emploi pour les canons de lutte antiaérienne et des roquettes de 7 pouces[27]. Les quatre navires en présence encaissent chacun des coups sévères, mais aucun ne semble emporter la décision. Les navires allemands deviennent pourtant de plus en plus précis dans leur tir, tandis que le Prince of Wales souffre de nombreux problèmes techniques qui l'empêchent de tirer plus vite. Juste avant 6 h 0, alors que le Hood tournait de 20° sur bâbord pour démasquer ses tourelles arrière, il fut de nouveau touché sur le pont par une ou plusieurs salves d'obus du Bismarck, tirée à une distance d'environ 16 km[28]. Un obus de cette salve semble avoir touché le sommet de la tour principale, car le pont du bateau était jonché de corps et de débris[29]. L'obus du Bismarck atteint le talon d'Achille du Hood, au niveau de la soute à munitions insuffisamment protégée. Une formidable explosion retentit, avec une boule de feu haute de plusieurs centaines de mètres : le navire est cassé en deux et coule en quelques minutes[30]. Une note sur le croquis d'un survivant dans les archives des Royal Navy Historical Branch Archives donne 63° 20′ N, 31° 50′ O comme position du naufrage. On ne retrouve que trois survivants sur les 1 419 hommes d'équipage : le matelot Ted Briggs (1923–2008), le quartier-maître Robert Tilburn (1921–1995) et l'aspirant William John Dundas (1923–1965)[31]. Les trois ont été secourus environ deux heures après le naufrage par le destroyer Electra, qui a repéré des débris mais pas de corps[32].

Le Prince of Wales rompt le combat. Quant au Bismarck, dont une soute à mazout a été perforée, il est contraint de renoncer à ses raids dans l'Atlantique et doit regagner Brest.

Conséquences

L'anéantissement du fleuron de la marine britannique en quelques secondes provoque une très vive émotion au Royaume-Uni. Le désir de revanche est très fort et Churchill ordonne à ses amiraux : « Sink the Bismarck ! » (« Coulez le Bismarck ! »).

Tout sera ainsi mis en œuvre pour laver cet affront et couler le Bismarck qui doit retourner à Brest pour réparation. Commence alors une longue traque de la Royal Navy qui parvient à l'intercepter grâce aux avions de l'Ark Royal, permettant aux cuirassés King George V et Rodney de l'endommager sérieusement et de conduire à son sabordage[33] le à peu près à 650 km à l'ouest de Brest.

La Royal Navy reste maîtresse de la mer du Nord et de l'Atlantique, mais a perdu son fleuron.

Théories modernes sur le naufrage

La cause exacte de la perte du HMS Hood demeure un sujet de débat. De multiples théories ont été avancées, dont plusieurs visent sans doute à ménager la fierté navale britannique en s'efforçant de minimiser la participation du Bismarck. Les principales théories peuvent être résumées comme suit.

Examen des théories

Coup direct d'un obus ayant pénétré dans le compartiment arrière

Dessin produit par le capitaine de vaisseau J.C. Leach, commandant le HMS Prince of Wales, devant la 2e chambre d'enquête, en 1941. Le croquis représente la colonne de fumée ou les flammes de l’incendie qui a éclaté à proximité du mât principal immédiatement avant l'énorme explosion qui anéantit la partie arrière du navire. Ce phénomène aurait été le résultat de la propagation d'un feu de cordite à travers les ventilateurs de la salle des machines (voir l'article).

Cet obus n'a pu provenir que du Bismarck, étant donné que le Prinz Eugen ne tirait plus sur le Hood au moment de l'explosion. Cette version des faits était presque tenue pour acquise au moment du naufrage. Un premier doute est survenu à la suite de témoignages selon lesquels l'explosion qui a détruit le Hood avait pris naissance près du mât principal, très en avant du compartiment arrière (par exemple sur l'esquisse ci-contre, produite devant la deuxième chambre d'enquête par le capitaine de vaisseau Leach, commandant le Prince of Wales). Devant cette deuxième chambre, des experts ont suggéré que ce qui a été observé était l'évacuation par l'intermédiaire des évents des ventilateurs de la salle des machines, d'une explosion ou déflagration violente — mais pas instantanée — dans les compartiments des soutes à munitions de 102 mm. La même déflagration aurait détruit la cloison séparant les soutes des obus de 102 mm et de 381 mm, ce qui se traduisit par une explosion catastrophique similaire à celles qui, durant la Première Guerre mondiale, avaient détruit plusieurs bâtiments britanniques lors de la bataille du Jutland[28]. Cette théorie a finalement été adoptée par la chambre d’enquête.

Obus frappant sous la ceinture blindée et pénétrant dans une soute

Au cours de la même action, le Prince of Wales a reçu un coup de ce type à partir d'un obus de 380 mm, qui a couru sous l'eau sur une distance d'environ 25 m, qui a transpercé la coque à environ m au-dessous de la ligne de flottaison, est passé à travers des cloisons légères et a fini sa course, sans exploser, contre la cloison du magasin des torpilles. La deuxième chambre a considéré cette théorie comme improbable, faisant valoir que le détonateur, s'il avait fonctionné, aurait fait exploser l'obus avant même qu'il eût atteint le navire.

L'incendie survenu sur le pont a gagné l'une des soutes à munitions

La preuve a été donnée à la deuxième chambre que les portes d'accès des chariots d'approvisionnement en obus de 102 mm étaient fermées pendant la bataille. Il reste possible qu'une porte ou un coffrage ait été ouvert par un obus ennemi, laissant entrer les flammes dans la soute. Les flammes auraient pu également passer par les dispositifs de ventilation des soutes ou encore, comme l'a suggéré Ted Briggs, à travers le plancher des tourelles des pièces de 381 mm.

Explosion due aux obus de 102 mm entreposés à l'extérieur des soutes

En 1979, l'historien de la marine Anthony Preston (en) a fait valoir que les soutes du Hood « étaient entourées d'obus anti-aériens de 102 mm entreposés en dehors des barbettes blindées (sic) »[34]. Ces arrimages non protégés pourraient avoir explosé par suite de l'incendie du pont ou après avoir été touchés par un obus du Bismarck.

Devant la deuxième chambre, des témoins oculaires ont signalé les types inhabituels de décharge des pièces de 381 mm du Hood, suggérant qu'un obus pourrait avoir explosé dans un canon, provoquant une explosion dans la tourelle. Il est possible que, dans l'excitation du combat, toutes les mesures de sécurité adoptées après les catastrophes de la bataille du Jutland pour prévenir une telle explosion dans les soutes n'aient pu être appliquées.

Synthèse

Dernière photographie du Hood, prise depuis le Prince of Wales.

L’auteur Jurens[28] donne un examen approfondi de chacune de ces théories (à l'exception de celle de Preston) : sa principale conclusion est que la perte du Hood a presque certainement été précipitée par l'explosion d'une soute d'obus de 102 mm, mais qu'il existe un certain nombre de causes différentes à cette explosion. L'image populaire de l'obus pénétrant le blindage du pont à la verticale est selon lui erronée : il estime que l'angle de chute des obus de 380 mm du Bismarck au moment de la perte n'aurait pas dépassé environ 14 degrés, un angle si défavorable à la pénétration d'un blindage horizontal qu'il est en fait hors des normes de pénétration de l'échelle des chartes de tir allemandes contemporaines. En outre, des images du Hood modélisées sur ordinateur montrent qu'un obus tombant sous cet angle n'aurait pas pu atteindre une soute arrière sans d'abord passer par une partie de la ceinture blindée.

Bien que son emplacement soit connu, l'épave n'a été observée pour la première fois qu'en 2001 après le soixantième anniversaire du naufrage, à l'occasion d'une expédition conjointe Bismarck-Hood financée par la télévision publique britannique. L'inspection de l'épave du Hood, gisant par 2 800 mètres de profondeur, a ouvert de nouvelles perspectives. Les images de l'épave acquises par sonar ont confirmé que la partie arrière des soutes a explosé. À l'arrière du Hood, les safrans étaient toujours en place, et il a été établi que ceux-ci étaient tournés vers bâbord au moment de l'explosion. En outre, une section de l'avant, immédiatement en avant d'une tourelle, est absente, ce qui a conduit l'historien et ancien chargé de cours au Britannia Royal Naval College de Dartmouth Eric J. Grove et le chef d'expédition David Mearns à penser que « soit juste avant, soit juste après avoir quitté la surface, l'avant a subi des dommages massifs dus à une explosion interne »[35], peut-être à une explosion partielle des soutes de munitions de 380 mm de la partie avant. Il a été suggéré que l'incendie s'est propagé depuis l'extrémité arrière du navire à travers les soutes à combustible de tribord, étant donné que de ce côté « apparaît manquer la plus grande partie, si ce n'est la totalité, du blindage renforcé anti-torpilles »[35].

Expéditions pour récupérer la cloche du navire

Mémorial au Hood dans l'église de Boldre dans le Hampshire, Angleterre

En 2012, le gouvernement britannique a autorisé l'océanographe David Mearns à retourner sur le site du naufrage afin de récupérer l'une des deux cloches du navire gisant dans un petit champ de débris. Avec le soutien de la HMS Hood Association, Mearns prévoyait de rendre la cloche à la ville de Portsmouth où elle ferait partie du premier mémorial officiel et permanent du sacrifice de son dernier équipage au Royal Naval Museum récemment réaménagé.

L'expédition a également profité de l'occasion pour filmer à nouveau l'épave et l'inspecter à l'aide de techniques non disponibles en 2001. Comme auparavant, à l'exception de la tentative de récupération de la cloche du navire, une politique stricte de « regarder mais de ne pas toucher » a été respectée. La tentative initiale, parrainée par le cofondateur de Microsoft, Paul Allen, et utilisant son yacht personnel Octopus, équipé pour des recherches sous-marines en eau profonde, a été abandonnée après dix jours en en raison de conditions météorologiques défavorables[Note 1].

En 2015, la même équipe a tenté une deuxième opération de récupération au départ du port de Reykjavik (Islande)[36]. La cloche du Hood a finalement été récupérée le . Elle appartenait à l'origine au cuirassé pré-dreadnought HMS Hood (1891) (en), avant d'être installée sur le croiseur. Une inscription à sa base indique : « Cette cloche a été préservée du cuirassé HMS Hood (1891-1914) par feu le contre-amiral, l'honorable Sir Horace Hood, KCB, DSO, MVO, tué au Jutland le  ». Une seconde inscription, sur le côté, précise : « Conformément aux souhaits de Lady Hood, elle a été présentée à la mémoire de son mari sur le croiseur de bataille HMS Hood, le navire qu'elle a lancé le  ». En plus des deux inscriptions, la cloche porte toujours la couleur bleu royal vif sur sa couronne, ainsi qu'à l'intérieur.

Après des travaux de conservation, elle a été exposée au musée naval de Portsmouth en [37].

Notes et références

Annexes

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