Harold Luhnow
homme d’affaires américain, héritier de la William Volker Fund
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Harold Luhnow, né le 25 septembre 1895 à Chicago et mort en août 1978 dans le Comté de San Mateo (Californie), est un homme d’affaires, philanthrope et administrateur américain, principalement connu pour avoir dirigé le William Volker Fund, qui permit le financement et la diffusion des idées du libéralisme et du libertarianisme aux États-Unis au milieu du XXᵉ siècle.
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Harold Willis Luhnow |
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Mécénat intellectuel, financement de la recherche |
Biographie
Américain d'origine allemande de deuxième génération, Harold est l’un des six fils de la famille Luhnow, fils de William Luhnow, mineur de charbon et d'Emma Volker-Luhnow, sœur du magnat de mobilier William Volker[1].
À Chicago, il fréquenta le Lewis Institute (aujourd'hui l'Illinois Institute of Technology), qui était alors un établissement privé préparant les élèves à l'université. Il obtint son diplôme du Lewis Institute en 1913[2].
En 1913, Luhnow s'inscrit au Kansas State Agricultural College (aujourd'hui Kansas State University), où il obtient son diplôme en 1917[3].
Pendant la Première Guerre mondiale, Luhnow effectue son service militaire de réserve. Il sert au poste militaire de la Caserne Jefferson dans le Missouri, puis est affecté à une compagnie de mitrailleuses du 21e régiment d'infanterie, stationné à San Diego (Californie). Après sa démobilisation en 1919, Luhnow est affecté à Kansas City (Missouri), où il rencontre son oncle, William Volker, président et propriétaire de la société de meubles William Volker & Co. ; qui lui propose un poste de commis dans son entreprise. C'est ainsi que Luhnow commence sa carrière chez William Volker & Co. En 1921, il prend la direction du bureau à Dallas (Texas). En 1928, Luhnow est retourné à Kansas City et est devenu directeur commercial de William Volker & Co.
En 1932, William Volker légua la moitié de sa fortune pour créer la William Volker Fund (Fondation William Volker), comme organisation caritative. Harold Luhnow en devint le trésorier[4]. À Kansas City, Luhnow tentera l’expérience politique municipale et dans la lutte contre le puissant homme politique, Tom Pendergast. En 1934, il prit la tête du Mouvement national de la jeunesse, une organisation qui visait à briser l'emprise de Pendergast sur le pouvoir. En 1938, il présida la commission des finances de la Ligue des électeurs indépendants et utilisa sa position pour combattre également la domination de Pendergast.
Alors que sa santé se détériorait, William Volker se retira progressivement des affaires et délégua ses responsabilités à Harold Luhnow. En 1938, William Volker démissionna de son poste de président de William Volker & Co., et Luchnow prit la direction de l'entreprise. Luchnow poursuivit également sa campagne contre Tom Pendergast. Luhnow et ses associés, par le biais du Civic Research Institute, financé par la Fondation, exigèrent un audit des finances municipales de Kansas City. Luhnow dirigea également le Charter Party, qui militait pour la révocation des élus locaux. Suite au rejet des pétitions de révocation, Luhnow coordonna les différents groupes qui s'unirent pour former le United Campaign Committee.
L'objectif du Comité conjoint était, entre autres, de modifier la charte de Kansas City afin de limiter le mandat des élus municipaux de quatre à deux ans. La campagne fut couronnée de succès : grâce au soutien du Comité, un amendement à la charte de Kansas City fut adopté, réduisant ainsi la durée des mandats. Cela entraîna la démission du gouvernement, influencé par Tom Pendergast, en 1940.
Harold Luhnow devient directeur exécutif du William Volker Fund en 1944. À la mort de William Volker en 1947, il hérite du fonds philanthropique créé par ce dernier et la reprise de l’entreprise de mobilier, la fondation est progressivement orientée, sous la direction de Luhnow, vers le soutien d’intellectuels critiques de l’intervention étatique et favorables à l’économie de marché, allant au delà du financement de projets locaux de Kansas City.
Selon l’historien libertarien Ralph Raico, Luhnow adopta une stratégie de financement indirecte, privilégiant le soutien à des chercheurs, universitaires et projets académiques plutôt que l’action politique directe, ce qui permit à certaines idées marginalisées dans le contexte de l’après-guerre de se maintenir et de se structurer dans le monde universitaire[5]. La vision du monde de Luhnow fut notamment influencée par Loren Miller, chercheur au sein du gouvernement et militante libertarienne, qui avait collaboré avec William Volker à la fondation de l'Institute for Public Research. Miller initia Luhnow aux idées du libéralisme classique. Dans cette intention, Luhnow fut également influencé par l'ouvrage « La Route de la servitude » de l'économiste de l'école autrichienne Friedrich Hayek.
Lorsqu’en 1945, Luhnow rencontra Hayek lors d'une tournée de conférences aux États-Unis. Le discours de Hayek au Detroit Economic Club impressionna Luhnow, qui lui suggéra de mener une étude sur le libre marché aux États-Unis. Il espérait que ce travail aboutirait à une référence du libre marché et sa compréhension. Luhnow était si désireux d'amener Hayek aux États-Unis qu'il accepta même de lui verser un salaire dans un établissement d'enseignement. Hayek examina plusieurs options et, en octobre 1948, il fut embauché par le Committee on Social Thought de l'Université de Chicago.
Parallèlement, Hayek recommanda le transfert du juriste Aaron Director à l'Université de Chicago, afin qu'il puisse collaborer avec l'économiste Milton Friedman. La William Volker Fund finança le salaire de Director pendant cinq ans à l'Université de Chicago. Grâce à l'aide de Luhnow, la carrière d'un autre économiste autrichien et considéré aujourd’hui comme l’une des plus grandes sommité de l’école autrichienne, Ludwig von Mises, fut lancée aux États-Unis : il devint professeur invité à l'Université de New York et reçut un salaire de la William Volker Fund.
Sous la direction de Luhnow, l'équipe de la William Volker Fund s'est employée méthodiquement à rechercher et à établir des liens entre des intellectuels partageant une philosophie nominalement libertarienne ou conservatrice. Bien que l'effort ait principalement porté sur le recrutement d'économistes libéraux, la Fondation a également financé les recherches de conservateurs culturels qui critiquaient le collectivisme et toute forme de coercition étatique. Progressivement, Luhnow a adopté une idéologie plus conservatrice. Il a commencé à avoir des désaccords avec Aaron Director au sujet des critiques de ce dernier à l'égard des monopoles. Pour Director, partisan de la doctrine libérale classique, les monopoles représentaient une menace pour le marché libre et concurrentiel. Mais pour Luhnow, la « liberté » signifiait la liberté pour les entreprises (quelle que soit leur taille) d'agir à leur guise.
En 1952, Luhnow transféra l'entreprise et la Fondation à Burlingame (Californie). Au début des années 1960, Luhnow était proche de l'influence de Ivan R. Bierly, un chrétien fervent, qui le convainquit que le personnel de la William Volker Fund était composé d'athées et d'anarchistes, et le mit en garde contre leur influence sur la Fondation. Bierly lui-même avait connu une sorte d'éveil religieux après avoir été exposé aux idées du théologien américain Rousas Rushdoony à la fin des années 1950. Avant Bierly, le personnel avait traditionnellement évité d'aborder les questions religieuses car il cherchait à recruter et à former des intellectuels issus de milieux religieux très différents. Dans les années 1950, la fondation soutint d'éminents athées tels que Murray Rothbard et collabora avec des catholiques associés à des organisations comme l'Intercollegiate Society of Individualists et la National Review.
Après avoir jugé que le personnel de la William Volker Fund n’était « pas assez chrétien », Harold Luhnow décida en 1962 de dissoudre la fondation, conformément aux statuts prévoyant sa fermeture 30 ans après la mort de Walker, et de la remplacer par le Center for American Studies, un établissement éducatif fondé sur des principes religieux. Lors d’une réunion du personnel, Luhnow évoqua ses convictions religieuses et son pouvoir spirituel, affirmant qu’« il fallait se connecter à ce pouvoir et le laisser agir »[6].
Luhnow et Ivan Bierly recrutèrent une nouvelle équipe, dont Rushdoony, et un autre théologien, William Couch, qui dirigea l’Encyclopedia Americana. Parmi les membres figurait également l’historien David Hoggan, accusé de sympathies pro-nazies, ainsi que l’historien Gary North. Le Centre fut rapidement confronté à des conflits internes, notamment entre Rushdoony et Bierly, et à des controverses liées au soutien de Hoggan par Rushdoony[7].
William Couch s’opposa à l’influence de Rushdoony et Hoggan, qualifiant ce dernier de chercheur à risque moral, et critiquant le Centre pour n’avoir pris ses distances avec eux qu’après la révélation de leurs opinions[7].
Déjà très malade, Luhnow ne put plus gérer les fonds du Centre ni ceux de la William Volker Fund. Le Center for American Studies ferma en 1963, et les fonds restants furent transférés à la Hoover Institution en 1978[8].
Influence
L’action de Harold Luhnow s’inscrit dans une phase de recomposition du libéralisme américain au XXᵉ siècle, marquée par la volonté de préserver une tradition intellectuelle opposée au keynésianisme dominant et à l’expansion de l’État-providence.
Dans l’histoire intellectuelle libertarienne d’après‑guerre, Rothbard mentionne la William Volker Fund et son rôle dans le milieu libertarien. Dans un extrait de « The Betrayal of the American Right », Rothbard décrit une période d’émergence de la pensée libertarienne et mentionne le rôle de Luhnow et de Herbert Cornuelle dans l’expansion de l’activité du Volker Fund vers un soutien à la recherche et aux idées libertariennes (par l’octroi de subventions, etc.) en période de guerre froide[9].
Le fonds joua également un rôle dans la création ou le soutien de projets institutionnels qui aboutirent plus tard à la fondation de l’Institute for Humane Studies.