Histoire d'Orelle
From Wikipedia, the free encyclopedia
L'histoire d'Orelle présente une synthèse des événements marquants de la localité, des paroisses puis de la commune d'Orelle.
Aux origines, la localité correspond à l'actuel chef-lieu d'Orelle, formée d'une seule paroisse, dédiée à Saint-Aurelle, dont l'église homonyme reculée est engloutie par une avalanche de rochers en l'an 1412. En 1430, une nouvelle église est édifiée, cette fois dans le bourg : c'est l'église Saint-Maurice. La paroisse d'Orelle se divise en 1661 car le village de Bonvillard revendique une nouvelle église formant à partir de cette date la paroisse Sainte-Marguerite de Bonvillard-sur-Orelle. Au cours de la période médiévale, la localité d'Orelle dépend de la mestralie de Saint-Michel-de-Maurienne. Elle est formée de plusieurs hameaux satellites du chef-lieu (1 000 m), mis à part celui de Bonvillard (1 200 m) qui se démarque des autres par le nombre important de ses habitants. Dans ces villages d'altitude, les habitants travaillent aux champs en cultivant les céréales, les arbres fruitiers et la vigne, et élèvent le bétail.
À partir de 1894, Orelle connaît un essor industriel avec les usines électrochimiques de Prémont qui emploient des centaines de paysans devenus ouvriers, produisant des chlorates et, vers 1910, le premier duralumin de France. La fabrication d'aluminium s'arrête en 1950 mais les usines fonctionnent jusqu'en 1991. Un autre complexe hydro-électrique majeur de la commune est le barrage de Bissorte, construit de 1931 à 1938 à 2 100 m d'altitude. En 1996, l'activité touristique s'impose avec la création d'une station de sports d'hiver reliée au domaine skiable des Trois Vallées. Cette nouvelle dynamique économique est renforcée au fil des ans par les venues des cyclotouristes et randonneurs de l'été. Un nombre très important de sentiers de randonnée existe sur le territoire municipal, variant d'altitudes de 820 m à plus de 3 000 m. De plus, sur le plan culturel et historique, un large patrimoine culturel catholique (comme les églises baroques Saint-Maurice et Sainte-Marguerite et les nombreuses chapelles) ainsi que des sites naturels (comme le lac de Bissorte, la falaise de Leschaux ou encore le plateau de Plan-Bouchet) riches en histoire ou attractifs sont recensés sur le territoire de la commune.
Les axes et cols : des passages privilégiés aux Paléolithique et Néolithique
La Maurienne est particulièrement riche en vestiges dont certains datent de la Préhistoire. En effet, il existe un lien étroit entre la densité des vestiges (paléolithiques et néolithiques) et le relief de la vallée de l'Arc.
Orelle, n'étant alors qu'une zone sans nomination ni administration, demeure un lieu propice à l'installation des populations primitives à travers son fond de vallée entre les massifs alpins et les possibilités d'occupation de ses hautes montagnes intérieures, souvent forestières. Orelle est un point de passage important puisqu'il n'en existe qu'un seul (moins difficile que les autres) pour traverser la vallée à cet endroit resserré : quelques mètres seulement séparent l'adret et l'ubac en constituant la vallée, cette dernière évoluant ainsi en sentier privilégié pour les déplacements des hommes préhistoriques[1],[2].
La commune d'Orelle a ainsi pu être atteinte, comme tous les autres villages de Maurienne, par la région des cols entre le mont Thabor et la Levanna[2].
Des lieux organisés et implantés au Néolithique

La zone pastorale qu'est alors Orelle est ainsi utile pour ses axes de cheminements pratiques. Toutefois, la vie s'y installe car des blocs gravés, des rochers avec des traces de pieds humains et des pierres à écuelles constituent des preuves archéologiques de la fréquentation précoce des zones mauriennaises. Par exemple, à Plan-Bouchet, qui se trouve au centre de la station de ski d'Orelle, se trouvent des rochers sur lesquels des empreintes de pieds humains sont gravés. Ces derniers sont de différentes tailles, suivant l'âge de leurs très anciens auteurs[3].
Lesdits blocs à gravures et pierres cupuliformes se retrouvent souvent à des altitudes élevées dans de nombreux lieux aujourd'hui villageois. Le territoire reculé de la Maurienne et la zone de l'actuel Orelle ne sont alors pas que des lieux de passages de l'homme pour chasser ou se déplacer, mais bien des zones de vie organisées et implantées. Non loin d'Orelle, on retrouve en exemples la pierre de Chantelouve, la roche du Pertuis au Thyl ou le rocher de Lanslevillard, édifices sculptés avec finesse, décorés et constitués de traces de pieds provenant d'Homo sapiens, preuves de l'installation d'hommes préhistoriques aux alentours d'Orelle[2].
L'outillage retrouvé à Orelle et plus vastement en Maurienne indique l'existence d'une population humaine dans cette zone géographique mais il demeure cependant impossible de déterminer si ces hommes étaient véritablement sédentaires ou bien nomades et itinérants. En tout état de cause, les vestiges démontrent une présence assez forte pour permettre leur fastidieuse création[OT 1].
Il existe des grottes sur les hauteurs de l'actuel Bonvillard à Orelle, vers la falaise de Leschaux, ou encore tout proche à Saint-Martin-de-la-Porte. Des haches en serpentines y ont été découvertes ainsi que des couteaux en silex et en lauzes. En effet, le site d'Orelle est riche en gisement de lauzes, ce qui peut expliquer la créations aisée de ce type d'outils coupants[2].
Durant l'Âge du bronze, un grand nombre d'objets sont créés pour ensuite être retrouvés ; malheureusement, beaucoup d'entre-eux ont disparu sous l'effet de la fonte et la reconversion des métaux en objets plus utiles.
Des sépultures mauriennaises et orellinches aménagées au Néolithique

Vers 1900, une découverte macabre mais archéologique fut faite lors de la construction de la route d'Orellette. En effet, 21 tombes furent découvertes : elles étaient enfouies à un mètre cinquante de profondeur et entourées de lauzes. De plus, elles étaient toutes tournées vers l'est. Les 21 squelettes découverts étaient tous adultes, c'est la raison pour laquelle les villageois les ont considérés comme les ossements d'anciens soldats. Mais, des squelettes d'enfants, trouvés au même endroit, en , vont venir fausser ce raisonnement. Certains ont ainsi pensé qu'il s'agissait des victimes d'une peste : cela aurait pu être une hypothèse juste car, à l'époque médiévale, les pestiférés étaient ensevelis à l'écart. Au contraire, le chanoine Florimond Truchet, qui examina de près chacun des squelettes, leur a attribué une origine plus ancienne que les pestes du Moyen Âge. En effet, les crânes de ces squelettes étaient fortement dolichocéphales ; pourtant, les Savoyards actuels sont presque tous brachycéphales. On peut ainsi penser que ces sépultures remontaient à la Préhistoire, vu la forme des crânes humains et la construction des sépultures en lauzes[D 1].
Non loin d'Orelle, des tombes néolithiques et énéolithiques ont été retrouvées à Fontaine-le-Puits, Saint-Jean-de-Maurienne et Albiez-Montrond. Chacune de ces sépultures physiquement manifestées est abondante d'ambre et de bracelets artisanaux mais dépourvue d'arme. Vers la Falaise de Leschaud, à Orelle, il existe également des rochers déplacés et mis les uns sur les autres, de manière à recouvrir certaines zones plus ou moins étendues dans des milieux forestiers, proche de ruines villageoises. Une ancienne commune, située en Tarentaise, Saint-Jean-de-Belleville, abrite une nécropole, en partie fouillée à partir de 1863. La présence vérifiée de plusieurs centaines de tombes justifie l'implantation des hommes préhistoriques aux alentours d'Orelle et dans la Maurienne[2].
Pendant l'Antiquité, un peuple de Médulles qui entre dans les Alpes cottienes
Les Médulles, habitants de la province jusqu'en -215

Au début de la période de l'Antiquité, de -3300 aux environs de -215, les actuelles communes de Maurienne sont peuplées par des Gaulois. Les Médulles (peuple gaulois issu de tribus mauriennaises) habitent Orelle puisque la Basse-Maurienne et la Moyenne-Maurienne sont occupées par ces peuples qui vivent dans plusieurs regroupements alliés les uns avec les autres[4],[5],[6].
La traversée des Alpes par l'armée d'Hannibal Barca en -219
En -219, à l'occasion de la deuxième guerre punique (de -218 à -202) opposant Rome à Carthage, Hannibal Barca quitte l’Espagne avec son armée. Celle-ci est constituée de 50 000 fantassins, de 9 000 cavaliers et 37 éléphants de savane d'Afrique (60 000 fantassins et 11 000 cavaliers selon Polybe) et traverse les Pyrénées puis les Alpes, pour, par la suite, gagner le Nord de l’Italie[4],[7],[8],[9].

Cet itinéraire fit franchir le col de la Croix-de-Fer et rejoindre la Maurienne à cette armée, à hauteur de l'actuel Saint-Jean-de-Maurienne. Une fois dans la vallée, les troupes et les éléphants longèrent l'Arc. Ainsi, le très étroit passage d'Orelle en fond de vallée (20 mètres de large dont 10 de ladite rivière) vit déferler l'armée d'Hannibal, empruntant les très empruntés axes routiers et ponts de la commune. Depuis, de nombreuses statues sont exposées tout le long du passage des troupes ; certaines sont très anciennes car les villageois de l'époque furent terrifiés par le défilé armé[10],[11],[12],[13],[14].
Trois passages vers l'Italie sont ensuite envisagés par les différents chercheurs en Maurienne : le col du Mont-Cenis (2 083 m), le col du Petit Mont-Cenis (2 182 m) et le col Clapier (2 477 m) débouchant en val de Suse et le long de la Doire ripaire, s'éloignant peu à peu d'Orelle[15].
À partir de -121, la création des Alpes cottienes

En -121, Orelle appartient à la province des Alpes cottiennes. En effet, cette date marque le fait que le territoire des Ceutrons devient la province des Alpes grées (c'est-à-dire la Tarentaise) avec Aime pour capitale, alors que celui des Médulles devient la province des Alpes cottiennes (c'est-à-dire la Maurienne), avec Suse pour capitale[11].
De nombreux échanges peuvent avoir lieu entre la nouvelle capitale de Suse et les villages comme Orelle, grâce aux colporteurs et aux axes de passages entre les cols de la Maurienne : les axes routiers ont besoin de lauzes pour être opérationnels et efficaces, et ils existent de très anciennes carrières de ces pierres de construction sur l'adret du territoire d'Orelle, comme aux Grandes Pierres[16],[17],[5].
Le roi Cottius Marcus Julius devient préfet de la province des Alpes cottiennes en -16[18],[19],[4],[20]. Il est vrai que les événements d'ampleur politique ou administrative ont très peu d'influence sur les petits hameaux isolés de Maurienne, car les éleveurs et paysans qui y travaillent ne s'intéressent majoritairement pas beaucoup à la vie politique.
Moyen Âge
Premiers passages sarrasins et marchands (IXe et Xe siècles)
Au milieu du Xe siècle, des Sarrasins (venus de l'actuel Var) s'établirent dans les Alpes et notamment dans la vallée de l'Arc, en Maurienne. Envoyés par le roi Hugues d'Arles, qui a conclu un traité avec ceux-ci, ils devaient essentiellement empêcher toute invasion ennemie, principalement en provenance de son rival, le roi d'Italie Bérenger II[21],[22],[23],[5]. Certains prirent poste le long de la crête des Sarrasins et sur la pointe des Sarrasins même, dans le territoire d'Orelle. Orelle, alors représenté par des hameaux disséminés et habités, est relativement proche des grands cols de traversées marchandes qui pouvaient servir de lieu d'attaque. C'est pourquoi il est probable que les habitants mauriennais eurent des rencontres avec lesdits Sarrasins[24],[25],[5]. Ces derniers disparaissent temporairement de la région vers la fin du siècle[26].
Orelle dans l'organisation comtale
En , le bourg de Chambéry est acquis par les comtes de Savoie qui en font peu à peu le centre administratif de leurss possessions[27]. Dans l'organisation comtale, la paroisse d'Orelle relève de la châtellenie de Maurienne. La taille importante de cette châtellenie fait qu'elle est subdivisée en mestralies. Orelle dépend ainsi de la mestralie de Saint-Michel en Maurienne[28].
Le , un châtelain de Maurienne, Humbert de La Sale, abrège aux communiers les forêts des deux rives de l'Arc, au nom du comte Amédée VIII. Le territoire d'Orelle s'étend et est constitué d'une grande forêt sur l'ubac (forêt d'Orelle), ainsi que sur la partie adret (forêt domaniale du Poucet) qui forment actuellement les limites de la commune[5]. Le , Sigismond de Luxembourg, Empereur du Saint-Empire romain germanique, de passage au château de Chambéry, élève le comte Amédée VIII au rang de duc et de prince d’Empire. Les Orellins organisent des fêtes pour célébrer leur prince[12].
Petite aristocratie médiévale

Des familles nobles sont originaires de la paroisse au Moyen Âge. En , Lantelme et Nantelme d'Orelle (de Aurella) figurent comme témoins aux côtés d'autres nobles de la région dans une donation du comte en Maurienne, Humbert III, puis dans une transaction de l'évêque de Maurienne, Bernard[5]. En 1229, Berlion d'Orelle (Berlo de Orella) est témoin dans une donation à la collégiale d'Oulx[29].
Cette maison est originaire de la paroisse Saint-Maurice d'Orelle du chef-lieu, et est anoblie en 1635. Son blason est présent au-dessus d'une porte d'une maison de la commune, au centre du hameau du chef-lieu[12],[30],[31],[OT 2],[32].
Paroisse Saint-Maurice

La première église, située à l'extérieur du village de son chef-lieu, à l'ouest du hameau de la Fusine, est détruite par une avalanche de rochers en l'an 1412[33]. Unique lieu de prière, elle est rebâtie au centre du hameau d'Orelle (actuel village du chef-lieu), en l'an 1430[33]. La Parrochia Orelle est mentionnée dans le livre terrier de 1475[29]. La paroisse est désignée sous la forme Saint-Aurelle dans les registres de 1672 et 1826, et le curé signait de Sainte-Orelle, en 1699[29].
Durant la saison estivale de 1580, le clocher attenant est architecturalement affirmé par son édification[33],[34].
Temps modernes
En 1559, le duc de Savoie retrouve ses États après le traité de Cateau-Cambrésis ; ceux-ci étaient occupés par la France depuis 23 années. Il cherche à réaffirmer son pouvoir : par conséquent, il transfère la capitale du duché à Turin, en Piémont. Il n'y a pas d'impact à proprement parler chez les habitants de la Maurienne, même si cette date reste très importante dans la suite de la chronologie historique de la vallée[12],[35].
Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel Ier, profite des guerres de religion en train d'affaiblir la France pour tenter d'annexer des marquisats, la Provence ou encore le Dauphiné. Son but est de reconstituer l’ancien royaume de Bourgogne, ce qui fait que, pendant une décennie, France et Savoie s’opposent[35]. En 1600, Henri IV envahit la Savoie et occupe, entre-autres, les villes de Maurienne. Le traité de Lyon met fin au conflit, la Savoie récupère le marquisat de Saluces mais doit céder à son voisin la plus grande partie de l'actuel département de l'Ain[35],[OT 2].
Les troupes du roi de France Louis XIII font halte à Orelle le 1er décembre 1630, dans le but de se ravitailler en revenant du Piémont. La population y pourvoit ainsi que la famille d'Albert. C'est en reconnaissance envers cette dernière famille que le roi Victor-Amédée Ier, duc de Savoie, lui accorde les armoiries de la noblesse le 16 août 1635[32].






