Histoire de la langue des signes
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L'Histoire de la langue des signes est aussi vieille que l'Humanité. Des signes gestuels ont toujours été utilisés pour communiquer, par des personnes sourdes ou entendantes dans diverses situations. Les langues des signes sont composées de systèmes de gestes conventionnels, de mimes, d'expressions faciales et de mouvements corporels (postures humaines, liste de gestes ou gestuelles (en)), de signes de la main et des doigts (gestuelle des doigts et des mains), ainsi que de l'utilisation de positions de la main pour représenter les lettres de l'alphabet. Les signes représentent généralement des idées complètes, nuancées, et pas seulement des mots individuels.
Dans l'Occident moderne, l'enseignement de la langue des signes à destination des sourds commence véritablement au XVIe siècle avec Pedro Ponce de León.
La plupart des diverses langues des signes sont des langues naturelles, différentes dans leur construction des langages oraux utilisés à côté d'eux et servent principalement aux personnes sourdes pour communiquer, mais peuvent aussi être utilisées par tous :
- par les moines ayant fait vœu de silence (langue des signes monastique) ;
- dans certains activités d'équipe : sport (baseball), plongée sous-marine, chasse, etc. ;
- dans une batucada : le chef indique les transitions musicales, par des signes : décompte par chiffres, pointage, code de la transition, mouvements chorégraphiques des musiciens, rythme, etc. ;
- en famille : les parents peuvent communiquer facilement avec le bébé dès six mois, avant qu'il ne sache parler, grâce à la langue des signes pour bébé ;
- Les traders sur les parquets des bourses pratiquent ou pratiquaient un langage signé essentiellement pour signaler une demande d'achat, de vente ainsi que le nombre de titres et la valeur proposée.
- d'une façon générale, pour communiquer en secret ou en public, dans un environnement très calme ou très bruyant, à travers une vitre, pendant une réunion, ou entre deux personnes dont les langues sont différentes, etc.
Antiquité
Un des premiers documents écrits relatant une langue des signes est Cratyle de Platon au Ve siècle av. J.-C., où Socrate dit : « Si nous étions privés de langue et de voix, et que nous voulussions nous désigner mutuellement les choses, ne chercherions-nous pas à nous faire comprendre, comme les muets, au moyen des signes de la main, de la tête et de tout le corps ? »[1],[2].
Moyen Âge
Au VIIIe siècle, Bède décrit un alphabet manuel dans son traité De Loquelâ per gestum digitorum[3]. Au Xe siècle, Odon de Cluny impose d'utiliser des gestes pour quasiment tous les échanges, réservant la langue parlée aux seuls discours religieux. L'expansion de l'abbaye de Cluny au XIe siècle pousse de nombreuses communautés disséminées dans toute l'Europe à adopter la langue signée clunisiens ou des variantes. Comme à Cluny, les premiers signes cisterciens servent à communiquer des informations pratiques (cuisine, jardinage…) et non à converser, si bien que ces langues signées (appelées LSM, langue des signes monastique) restent rudimentaires. Par la suite, les règles de silence absolu s'assouplissent chez les cisterciens et les clunisiens, entraînant la disparition des systèmes de signes, devenus inutiles[4].
Aujourd'hui, on continue d'apprendre quelques signes aux novices, mais ils ne sont plus guère utilisés que pendant les repas au réfectoire. Dans certains ordres, un lecteur, un moine désigné à tour de rôle dans le semainier, psalmodiant recto tono des textes pieux et édifiants, dirige la méditation collective. Cette activité est en effet spirituelle autant qu'alimentaire, si bien que le silence est de rigueur et les moines s'interpellent par des signes manuels mais ce ne sont plus que des signes isolés, une sorte de code qui permet de traduire des mots simples (demande par exemple du pain, du sel ou de l'eau). Ils ne constituent plus une langue[5].
XVIe siècle

Au XVIe siècle, Pedro Ponce de León, un moine bénédictin espagnol souvent considéré comme étant le « premier professeur pour les sourds », fonde une école pour les sourds au monastère San Salvador (en) à Oña. Sa méthode inclut la dactylologie, l'écriture et la parole. Il apparaît qu'il fait usage d'un alphabet manuel ainsi que de signes conventionnalisés[6].
L'alphabet de Ponce ressemble à celui trouvé dans Consolation pour les malades, un livre écrit en 1593 par Melchor Yerba, un moine franciscain. Bien que Ponce et Yerba appartiennent à des ordres différents, on pense qu'ils se connaissaient car ils ont eu des relations actives avec la cour espagnole. Le livre de Yebra contient des images d'un alphabet manuel dans lequel chaque configuration de la main précède l'alphabet de Saint Bonaventure, une collection d'aphorismes pour la conduite chrétienne, chacun commençant avec une lettre de l'alphabet. Les alphabets de Ponce et de Yerba sont basés, en partie ou en totalité, sur les langues des signes monastiques utilisés par les moines ayant fait vœu de silence[7].
XVIIe siècle

En 1620, Juan de Pablo Bonet publie Reducción de las letras y arte para enseñar a hablar a los mudos[8] en français : « Réduction des lettres à leurs éléments primitifs et art d'enseigner à parler aux muets[9] » à Madrid. Il est considéré comme le premier traité moderne de phonétique en langue des signes, qui établit une méthode d'enseignement orale pour les personnes sourdes et un alphabet manuel.
Au même moment en Grande-Bretagne, les alphabets manuels sont également en usage pour divers buts, notamment la communication secrète[10],[11], parler en public ou la communication des personnes sourdes[12] En 1648, John Bulwer décrit Maître Babington, un sourd très compétent dans l'utilisation d'un alphabet manuel, dont l'épouse peut converser avec lui facilement, même dans l'obscurité grâce à l'utilisation d'un langage tactile[13],[14],[15].
En 1680, George Dalgarno publié Didascalocophus, or, The deaf and dumb mans tutor[16], dans lequel il présente sa propre méthode d'éducation des sourds, y compris un alphabet « arthrologique », où les lettres sont indiquées en pointant sur différentes articulations des doigts et de la paume de la main gauche. Ce système est utilisé par des personnes entendantes un certain temps[11], certains pense qu'il peut être lié à l'écriture oghamique. Les voyelles de cet alphabet ont survécu dans les alphabets modernes utilisés dans les langues des signes britannique, australiennes et néo-zélandaises[14],[15].
Certaines des premières images imprimées connues de consonnes de l'alphabet à deux mains (en) moderne sont apparues en 1698 dans Digiti Lingua, un tract écrit par un auteur anonyme lui-même incapable de parler, qui a suggéré que l'alphabet manuel pouvait également être utilisé par les muets, pour le silence et le secret, ou simplement pour le divertissement. Neuf de ces lettres peuvent être attribuées aux alphabets antérieurs et 17 lettres de l'alphabet à deux mains moderne peuvent être trouvées dans les deux ensembles de 26 signes représentés[17],[18].

