Histoire du Primorié
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| Lieu |
|
|---|
| 40 000 AP | Paléolithique supérieur |
|---|---|
| -7300 | Néolithique |
| -1100 | Culture de Yankovski |
| IVe siècle | Peuple Mohe |
|---|---|
| 698 - 926 | Balhae |
| 926 - 1115 | Dynastie Liao |
| 1115 - 1215 | Dynastie Jin |
| 1215 - 1233/1235 | Xia orientaux |
| 1387 - 1616 | Dynastie Ming |
| 1583 - 1619 | Unification des Jürchens |
| 1616 - 1644 | Dynastie des Jin postérieurs |
| 1652 - 1689 | Conflits frontaliers sino-russes |
| Traité de Nertchinsk |
| Annexion par la convention de Pékin | |
| 1917 | Début de la guerre civile russe |
| Début de l'intervention en Sibérie | |
| Création de la république d'Extrême-Orient | |
| Coup d'État de la Garde blanche au Primorié | |
| - | Gouvernement provisoire de Priamour |
| Prise de Vladivostok par l'Armée rouge | |
| Création de l'oblast d'Extrême-Orient | |
| Création du kraï d'Extrême-Orient | |
| Création du kraï du Primorié | |
| 1991 | Dislocation de l'URSS |
L'histoire du Primorié est celle du territoire connu aujourd'hui en tant que sujet russe du kraï du Primorié (constitué en 1938), au sud du kraï de Khabarovsk, dans le district fédéral extrême-oriental, mais aussi celle du territoire plus vaste incluant ce que les Russes appelaient « Mandchourie-Extérieure » à l'époque de l'Empire russe.
Préhistoire
Le territoire du Primorié est habité depuis plus de 32 000 ans AEC par des tribus venues d'autres régions d'Asie. Dès la préhistoire, de nombreuses cultures se trouvent dans la région, dont les plus importantes sont les cultures de Zaïssanovka et de Yankovski.
Moyen-Âge
Par la suite, le territoire est conquis par de nombreux empires, au gré des intrigues politiques et militaires se déroulant en Chine et en Corée. Il est ainsi pris par le royaume coréen Balhae, la région étant alors nommée Shuiaibin, puis par les Khitans de la dynastie Liao avant d'être intégré à la dynastie Jin. En 1234, le Primorié est conquis par les Mongols et tombe sous la domination de la dynastie Yuan. Ils sont supplantés par la dynastie Ming à la fin du XIVe siècle, puis les Jürchens unifient la région pendant le début du XVIIe siècle. Enfin il fait partie des empires de la dynastie des Jin postérieurs, puis de la dynastie Qing, sous laquelle la région est nommée Woji.
1655 : Russie
Les Russes arrivent dans la région pour la première fois en 1655, ce qui marque la fin de la conquête de la Sibérie et en fait avec le Kamtchatka la dernière région explorée et annexée de l'actuelle Russie. Il s'engage alors une course à la conquête entre l'empire Qing d'un côté et le tsarat de Russie de l'autre. En 1689, l'empire Qing officialise la possession du territoire lors du traité de Nertchinsk. La région est cartographiée au XVIIIe siècle par plusieurs Français, dont Jean-François de La Pérouse, officier de marine et explorateur.
1850c : convoitises occidentales
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les Européens, dont les Britanniques et les Français, commencent à s’intéresser à l'Extrême-Orient et en particulier à la Chine. L'empire Qing, en position de faiblesse, se voit dans l'obligation d'accepter de nombreux traités inégaux, et l'Empire russe y prend sa part. C'est ainsi qu'en 1858 puis en 1860, les Russes signent avec la Chine, respectivement, le traité d'Aïgoun et la convention de Pékin, qui permettent l'annexion de la Mandchourie-Extérieure puis du Primorié. Lors de la guerre civile russe, le territoire devient un bastion des Armées blanches et il est contrôlé par les Japonais dans le cadre de l'intervention alliée en Sibérie. L'éphémère gouvernement provisoire de Priamour constitue le dernier bastion blanc de cette guerre. En , il est envahi par l'Armée rouge, avec la prise de Vladivostok le 25. En parallèle, les troupes blanches et alliées fuient vers la Corée japonaise et l'archipel nippon.
URSS
La période soviétique voit le développement économique et militaire de la région. Avec la collectivisation des terres dans les années 1930, de nombreuses personnes émigrent dans le Primorié qui possède de nombreuses terres agricoles inexploitées. Les travailleurs du goulag arrivent également en masse, chargés de construire les infrastructures de la région. En 1938, alors que la Chine est partiellement sous domination japonaise et que les tensions sont au plus haut entre l'URSS et le Japon, la bataille du lac Khassan se solde par une victoire soviétique. En 1945, le Primorié devient l'une des bases de lancement de l'invasion de la Mandchourie par l'Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Primorié voit avec la perestroïka la fin des subventions puis la dislocation de l'URSS et subit une crise économique qui engendre elle-même un exode massif de sa population vers la Russie européenne. Mais cette tendance se ralentit au fil des années, en raison de l'exode des populations de l'extrême-Nord vers le sud et les grandes villes, dont Vladivostok. En 2012, la ville accueille le sommet de l'APEC, et bénéficie de grandes rénovations et constructions.
Préhistoire

Paléolithique
Arrivée des premiers hommes

Le peuplement du Primorié a commencé il y a plus de 30 000 ans[1], lorsque des tribus venues d'autres régions d'Asie comme la Mandchourie se sont installées près des côtes. Ces premiers habitants étaient des chasseurs de mammouths et des cueilleurs, avec un mode de vie nomade, et ils chassaient en groupe. Leur stratégie de chasse consistait à pousser l'animal jusqu'à une falaise, le faire tomber puis l'achever avant de prendre la viande. La plus ancienne implantation humaine connue a été retrouvée près du village d'Ossinovka (raïon de Mikhaïlovka), peuplée possiblement il y a 40 000 à 35 000 ans AP. Ossinovka est considéré par l'archéologue soviétique Alekseï Okladnikov comme le premier complexe du paléolithique supérieur au Primorié[2]. Cependant, il est supposé que les rives de la Suifen furent peuplées bien avant, mais aucune trace ne le prouve[fegi 1],[fegi 2]. Les études archéologiques ont prouvé de profondes similitudes entre les sites archéologiques du Primorié et ceux des Îles Kouriles, de Sakhaline et de la partie nord-est de l'île d'Hokkaidō[3].
Le Primorié est alors occupé par de vastes forêts de feuillus dans les zones basses, de forêts de pins de Sibérie sur les versants et une taïga de conifères en haute montagne ; dans la partie la plus septentrionale prédominent des forêts de pins. Le climat de tout le territoire est assez clément, se rapprochant du climat actuel de la Corée, et le niveau de la mer est supérieur d'environ 10 mètres au niveau actuel. C'est dans ce contexte que s'inscrivent les premiers peuplements de la culture d'Ossinovka (du XXXVIIIe au XXXe siècle AEC[4]). De cette culture ont été retrouvés des outils comme des pierres polies et des haches[fegi 1],[fegi 2].
Apogée de la dernière période glaciaire
Mais lors de l'apogée de la dernière période glaciaire, le niveau de mer a baissé d'environ 90 à 100 mètres par rapport au niveau actuel, et d'autres changements climatiques ont eu lieu dans la région. Des populations venant de Chine et de Corée se sont ainsi installées dans la région, tandis que d'autres ont migré vers le nord. À cette époque, la majeure partie du territoire est recouverte par des forêts de bouleaux et d'autres feuillus. Les montagnes sont, elles, couvertes par de la toundra, avec quelques glaciers sur les plus hauts sommets. Dans la partie sud, des forêts de conifères subsistent tandis que les pourtours du Khanka sont couverts de marécages[fegi 1],[fegi 2]. Les mammouths et autres animaux étaient chassés[5]. De cette période, l'on retrouve la seconde culture importante du Primorié, celle d'Oustinovka, datée au carbone 14 de 18 170 (±150) ans à 10 780 (± 50) AP[6], bien que des études plus récentes en situent la fin vers 9 000/8 000 AP[7]. Les peuples locaux ont des contacts avec la Chine et la Corée, mais aussi avec les cultures du bassin de l'Amour, de Sakhaline et du Japon, alors accessibles grâce au niveau de la mer plus bas[fegi 1],[fegi 2],[6].
Passage à l'Holocène
Lors du passage du Pléistocène à l'Holocène (il y a 12 000 à 10 000 ans AP), le climat primorien était plus sec, et un peu plus froid, avant de se réchauffer d'environ 1 à 2 °C par rapport au climat actuel il y a de cela 9 300 à 8 000 ans. À ce moment-là, les principaux peuplements sont situés dans les vallées fluviales ou sur leurs bords, dans de plus petites vallées. Des outils plus perfectionnés apparaissent, pour couper la viande et la transformer, ainsi que des outils d'ébéniste et pour les produits de la pêche. La chasse, la pêche dans les rivières et la cueillette sont encore les seuls moyens d'approvisionnement en nourriture. Concernant la pêche, des sites ont été occupés spécialement comme camps saisonniers de pêche. C'est lors de cette période que les mammouths et d'autres grands animaux disparaissent, les populations se tournant alors vers les cerfs, sangliers, renards et autres petits animaux. Arcs et flèches remplacent la lance, bien moins utile. La forêt permettait la cueillette de noix, champignons et d'autres plantes pour les populations[fegi 1],[fegi 2],[8].
Lors du début du réchauffement, il y a environ 9 300 ans, de nouvelles colonies apparaissent, souvent le long des rivières, mais aussi aux bords des lacs, évoluant vers un mode sédentaire. Pour la première fois des poteries sont faites dans la région. Dans le Primorié central, l'obsidienne est utilisée pour la première fois dans la fabrication d'outils en pierre au Primorié[fegi 1],[fegi 2].
Néolithique
Premières cultures néolithiques

Entre 8 000 et 6 000 ans AP, le climat se réchauffe fortement, avec des hivers ayant une température moyenne de 10 °C au-dessus des températures hivernales actuelles et des étés 5 °C plus chauds qu'actuellement. Ce réchauffement est associé à l'élévation de la mer de 3 mètres au-dessus du niveau actuel. Ainsi, de nombreux lieux supposés dater du paléolithique se sont retrouvés sous les eaux, et les populations sont remontées vers les terres, provoquant des changements sociaux. Sur le littoral, des baies et lagunes se sont formées, propices à la pêche ainsi qu'au ramassage de coquillages et à la chasse d'animaux marins. C'est dans cet environnement que trois cultures néolithiques se sont développées en même temps au Primorié. L'une, celle de Boïsman, est apparue sur le pourtour du golfe Pierre-le-Grand ; celle de Roudnaïa s'étendait du lac Khanka jusqu'à la côte orientale dans les parties sud et centre ; celle de Vetka, enfin, très peu connue et étudiée, s'est développée dans le centre et le centre nord, sur le versant occidental du Sikhote-Aline[fegi 2],[fegi 3],[9].

La culture de Roudnaïa a émergé au milieu du VIe millénaire av. J.-C. (7 500 ans AP) sur un axe allant du lac Khanka jusqu'à la côte de la mer du Japon au niveau de Roudnaïa Pristan et du raïon de Lazo[fegi 2],[fegi 3],[10]. Son site archéologique majeur est la grotte de la Porte du Diable. Selon les études génétiques, les peuples de cette culture étaient proches des Oultches, des Oroqen, des Hezhen, tous des peuples locuteurs de langues toungouses de la région du fleuve Amour [11]. Cette culture s'est éteinte au Ve millénaire av. J.-C.[fegi 2],[fegi 3],[10].
La seconde culture est celle de Boïsman, apparue il y a 6 000 ans (IVe millénaire av. J.-C.) dans le sud du Primorié pendant le Néolithique moyen. Elle doit son nom à la baie de Boïsman (raïon de Khassan), où un de ses sites fut découvert. Elle se caractérise par de petits villages côtiers avec quelques habitations. Les habitants étaient des pêcheurs, pêchant à la fois dans les lagunes mais aussi en mer pendant la période estivale[fegi 2]. Dans les sites de Boïsman I et II (au sud de Slavianka) se trouvent des sépultures, les plus anciennes du Primorié, ainsi que des vestiges d'habitations. Les sépultures ont révélé que les populations se situaient génétiquement à mi-chemin entre celles de Mongolie et celles du Japon de la période Jōmon[12]. Enfin, ces populations avaient domestiqué les chiens[13],[14],[9],[fegi 3].
Culture de Zaïssanovka

La culture de Zaïssanovka est la plus importante du néolithique au Primorié. Rattachée au néolithique tardif, elle s'étend du IIIe millénaire av. J.-C. jusqu'au Ier millénaire av. J.-C., sur un territoire allant du raïon de Terneï jusqu'aux territoires frontaliers actuels, en Chine et en Corée, occupant toute la moitié sud du Primorié. Elle a été nommée d'après le village de Zaïssanovka dans le sud du raïon de Khassan, où se trouve le site de Gladkaïa, le premier retrouvé de cette culture. Cette culture est favorisée par le refroidissement du climat dans la région, qui a bouleversé les cultures existantes, et les a fait fusionner en une seule. Cette origine multiple a permis aux Zaïssanovites (зайсановцев en russe) de vivre dans des espaces aussi variés que les littoraux, les forêts, les plaines et les montagnes. La culture de Zaïssanovka est associée dans la préhistoire du Primorié à l’arrivée de populations maîtrisant l'agriculture, ayant quitté le nord de la Corée à cause de la dégradation de l'écosystème coréen. Enfin, elle est associée à l'accroissement important du nombre et de la taille de villages[fegi 3].
Les signes les plus anciens de cette culture datent d'il y a environ 5 000 ans, le site le plus ancien étant celui de Kroounovka 1 (okroug urbain d'Oussouriïsk)[9],[15],[fegi 4]. La chasse était la principal ressource alimentaire, comme le confirment les nombreux outils de chasse et ossements d'animaux retrouvés[16]. La pêche jouait un rôle essentiel sur le littoral, ainsi que la cueillette, y compris des mollusques sur les côtes[15].

Mais la grande révolution de cette culture est l'arrivée de l'agriculture dans le Primorié, pratiquée surtout dans la plaine du Khanka et celle de la Suifen. Cette révolution est associée à la domestication, en particulier du chien, qui s'étend à l'ensemble de la région, l’animal étant élevé pour sa viande. L'artisanat prend son essor, avec la fabrication plus poussée de vêtements à partir de peaux, mais aussi d'objets ornementaux ou de paniers pour la cueillette. Les maisons de cette époque sont en bois, avec une moitié destinée à l'habitation, et l'autre aux animaux et à l'artisanat[9],[15].
Les ornements des poteries comprennent des motifs similaires à ceux du Jōmon moyen et de la Corée, ce qui prouve l'existence de liens avec ces territoires[15]. Le site de Sini Gaï, dans le raïon de Tchernigovka, a montré que cette culture avait un mode de vie sédentaire ancré, avec une organisation communautaire et des terres exploitées collectivement[17].
Le dernier stade de la culture de Zaïssanovka date d'il y a environ 4 000 à 3 500 ans, soit entre le IIe millénaire av. J.-C. et le Ve siècle av. J.-C. Les villages sont en plaine pour l'agriculture. Les populations cultivent le mil apporté du nord de la Corée, et pratiquent massivement la pêche sur les côtes[15]. Mais, en général, alors qu'au début du néolithique, la pêche était la principale activité économique, à la fin c'est l'agriculture qui l'a supplantée[17].
Âge du bronze
Situation générale

L'âge du bronze au Primorié aurait commencé vers le XVe siècle av. J.-C., pendant le IIe millénaire av. J.-C., se superposant avec la fin de la culture de Zaïssanovka. Il y a un doute quant au commencement de l'âge du bronze. Selon l'analogie faite avec la culture d'Andronovo (Sibérie méridionale), l'âge du bronze aurait commencé entre la fin du IIIe millénaire et le début du IIe millénaire. Mais pour d'autres[Qui ?], elle aurait commencé vers la seconde moitié du IIe millénaire, se propageant depuis la Chine. Le principal problème est la faiblesse de la ressource en métaux nécessaires à la fabrication du bronze dans la région. Ainsi, il faut soit se référer à d'autres évolutions pour savoir quand l'âge commence, soit regarder les quelques sites avec du bronze, soit regarder ce qui se passe en Corée et en Mandchourie. L'âge du bronze se divise en trois cultures principales que sont celles de Sinégaï (ou Sini Gaï), de Lidovka et de Margaritovka, sans compter les sites non attribués ou classés. La première s'est installée dans la plaine du Khanka, la deuxième couvrait la côte orientale du Primorié tandis que la dernière se situait autour du golfe de Pierre-le-Grand. Cet âge est marqué par le début de l'agriculture sur les zones côtières, principalement du millet. Il faut cependant noter que la détermination des principales cultures est encore débattue, et pourrait être modifiée lors de nouvelles fouilles[18].
L'époque de ces cultures est marquée par des contacts importants entre les populations du Primorié, mais aussi avec leurs voisins du nord, de Mandchourie et de Corée. Étant donné la façon dont les villages étaient construits et protégés, il est presque sûr que les contacts pouvaient être armés, avec soit des situations tendues soit des conflits[18]. Il y a aussi eu des syncrétismes sur la fin, particulièrement entre la culture de Samarga (extrême nord du littoral primorien et surtout dans le kraï de Khabarovsk voisin) et celle de Lidovka, et entre celle de Lidovka et celle de Yankovski, qui appartenait à l'âge du fer. La période connait une croissance démographique, la population passant de petits groupes à des villages accueillant parfois des milliers de personnes[18], voire des communautés stables de plusieurs dizaines de milliers de personnes. C'est enfin à cette période que l'artisanat se développe[19].
Principales cultures
La première culture est celle de Margaritovka (littéralement « marguerite » en français), d'après le nom d'une rivière dans le raïon d'Olga. Cette culture a occupé la partie côtière méridionale du Sikhote-Aline, avec de nombreux villages de pêcheurs à l'embouchure des fleuves, et elle s'est étendue du XVe siècle jusqu'au Xe siècle. Elle était controversée dans les années 1970 et 1980, car elle serait à ses débuts trop proche de la culture de Zaïssanovka mais, depuis, de nouvelle données ont permis de mieux la caractériser, même si les limites temporelles ne sont pas claires. Les peuples de cette culture vivaient dans de grandes maisons, et possédaient de nombreux outils domestiques, sans compter ceux destinés aux activités extérieures. Leurs activités principales étaient la chasse (cerfs ou ours par exemple), la pêche (saumon rose, morue, flet, etc.) et l'artisanat (outils, céramiques)[18],[20].

La seconde culture est celle de Sinégaï, nommée d'après le village de Sini Gaï dans le raïon de Tchernigovka. Elle s'étend sur la première moitié du Ier millénaire av. J.-C., apparaissant à la fin du IIe millénaire ou au début du Ier millénaire dans la plaine du Khanka. Elle est caractérisée par des villages en terrasses sur des collines, avec de grandes habitations, de nombreuses armes et des villages fortifiés avec des remparts et fossés, ce qui suggère que des actions militaires ont pu s'y dérouler. Les Sinégaïs étaient agriculteurs et utilisaient des moulins à grains[21], élevaient des porcs et des bovins. Ils avaient des rites à l'égard des animaux et possédaient pour la première fois dans la région un calendrier lunaire, trouvé à Sinégaï, sûrement importé grâce aux échanges avec la Chine. Enfin, on sait que le cochon était vénéré, comme l'attestent la sépulture d'un cochon allongé sur le dos à Sinégaï[19], mais aussi des pendentifs à son effigie. Il est possible que blaireau et le cerf, dont des sépultures ont été retrouvées, aient été eux aussi vénérés[18],[22],[23].

La culture de Lidovka est la dernière culture majeure de l'âge du bronze au Primorié : elle se situe sur une étroite bande de terre entre les villages actuels de Terneï et d'Olga, en couvrant plusieurs vallées de fleuves côtiers. Son nom vient du site le plus exploré près de la rivière Lidovka. S'étendant du Xe siècle av. J.-C. au Ve siècle av. J.-C., elle est postérieure à la culture de Margaritovka mais contemporaine de celle de Sinégaï. Elle prospère surtout au VIIe siècle av. J.-C. et au VIe siècle av. J.-C. Elle est dans la transition entre l'âge du bronze et l'âge du fer. L'économie reposait sur la chasse, la cueillette, la pêche de par sa position géographique, avec des filets, et surtout l'agriculture, principalement du millet. De l'agriculture, on a retrouvé des houes, pilons, couteaux et des restes de céréales mais aucune trace d'élevage[18],[22].
Âge du fer
Avant l'ère commune
L'âge du fer au Primorié a commencé quelque part entre le XIe siècle av. J.-C. et le IXe siècle av. J.-C., et s'est propagé ensuite au reste du territoire au cours des siècles suivants, coexistant au début avec des peuples de cultures de l'âge du bronze, dont celle de Lidovak. Le début de cet âge du fer coïncide avec le réchauffement du climat qui est un peu plus chaud que l'actuel. Les cultures de Yankovski et de Kroounovka étaient en contact avec les tribus scythes, comme le confirment des flèches scythes trouvées sur le site de Kroounovka 1. La culture de Kroounovka a aussi été en contact avec les Xiongnu[24].


La culture de Yankovski apparait au XIe siècle av. J.-C. et se serait terminée vers le IIe siècle av. J.-C., même s'il est possible qu'elle aurait pu subsister jusqu'au tout début de notre ère. Elle se divise en trois périodes : l'une jusqu'au IVe siècle av. J.-C., où les amas coquilliers ne sont pas exploités, puis une deuxième jusqu'au IIIe siècle, associée à la baisse du niveau de la mer et à l'exploitation de ces amas, et, enfin, celle du IIIe au IIe siècle av. J.-C., qui correspond à une nouvelle baisse du niveau de la mer (-1 mètre par rapport à aujourd'hui), marquée par la dégradation de l'économie, les populations migrant alors vers les terres fertiles, ce qui met fin à la culture. Plusieurs chercheurs associent cette population au peuple Yilou[fegi 5],[25]. La culture avait une variante dite « continentale », très similaire dans le mode de vie et sur le plan sociétal, et avec des objets de l'artisanat semblables, mais différant dans le domaine économique, cette variante étant axée sur l'agriculture et l'élevage, et non pas sur la mer. Il y a des similitudes dans les objets découverts avec ceux d'autres cultures du bassin de l'Amour, de la Transbaïkalie, des steppes d'Asie centrale et de la Corée[fegi 5],[25].
- Objets de la culture de Yankovski (musée Arseniev) :
- Objets de la culture de Yankovski.
- Poteries de la culture de Yankovski.
Pierres taillées de la culture.
La culture de Kroounovka est la deuxième culture majeure de l'époque. Il est généralement admis qu'elle a existé entre et [26] (voire un peu plus, jusqu'au IIIe siècle[fegi 2]), et elle aurait comme origine soit la culture de Sini Gaï, soit celle de Yankoski. Elle se déploie dans les environs du lac Khanka au début, avant de se déplacer vers les bassins de la Suifen et de l'Artiomovka, où elle atteint son apogée. Cette culture était connue des Chinois et des Coréens[fegi 5],[27],[28]. C'est la première culture qui possède un système sociétal important, avec la normalisation du sédentarisme, de la métallurgie, et l'apparition des kangs, des mariages, pour créer des liens économiques entre les tribus[29].
Entrée dans l'ère commune, fin de l'âge du fer

Vers le IIIe siècle, la culture de Kroounovka disparaît, et les habitants étaient alors les Yilous. La culture de Poltsé naît dans le bassin de l'Amour à la fin du VIIe siècle av. J.-C., se déplace dans la région entre le IIIe siècle av. J.-C. et le début du Ier siècle. Les raisons du déplacement sont probablement la présence de tribus mongoles belliqueuses dans la région, comme les Xianbei, la croissance démographique importante et le changement climatique. Tandis que la culture ne change pas dans les bassins de l'Oussouri et de l'Arsenievka et le littoral du golfe de Pierre-le-Grand, ses populations qui se déplacent le long de la côte orientale donnent naissance à la culture d'Olga. La culture d'Olga s'étend sur tout le littoral sud et est du Primorié[fegi 2],[30]. Le Primorié s'arme à cette époque, avec la construction aussi de forteresses, comme à Boulokcha (mont Plemiannik[note 1]). L'économie connaît un essor, avec la construction de chemins, des activités métallurgiques, agricoles (meilleurs outils de labourage) et artisanales plus importantes. Des échanges ont lieu avec la Corée et le Japon. Sur le plan social, l'essor économique fait apparaître des inégalités, avec des classes sociales[31],[fegi 5],[32],[33],[34].
La culture de Poltsé disparaît vers le IVe siècle, et celle d'Olga entre les IVe et VIe siècles[33],[34]. D'après les chroniques chinoises, les Yilous qui composaient la culture de Poltsé faisaient allégeance au royaume de Puyŏ, même si celui-ci ne contrôlait pas leur territoire. Les nouvelles technologies, l'apparition de hiérarchies généralisées et d'inégalités sociales ont créé des conditions favorables à l'apparition d'un État dans le Primorié. Cependant, une dernière culture doit encore arriver avant la création d'un pays sur ces terres, et ainsi entériner l'âge du fer[fegi 5],[32].
Moyen Âge

Premiers empires
Peuple Mohe
Les Mohe (chinois : 靺鞨) sont un peuple toungouse, mentionnés dès les IVe et Ve siècles par les chroniques chinoises. Descendant possiblement des Yilous et des Sushens, leur origine reste néanmoins controversée. Ils avaient une hiérarchie sociale, avec des nobles, des anciens[35], des esclaves. En contact avec les pays alentour, ils pouvaient organiser des raids sur leurs voisins. La transition entre un mode de vie tribal et un État est alors en cours. L'agriculture[36] et l'élevage étaient extensifs[35]. Selon les chroniques chinoises, il y avait plusieurs dizaines de tribus au VIIe siècle, dont sept[37] célèbres et influentes ; les Sumo, les Gudo, les Anchegu, les Baishan, les Haoshi, les Heishui et les Fune, chacune ne s’immisçant pas dans les affaires des autres, mais s'unissant en cas d'ennemi extérieur[fegi 6]. Parmi ces tribus, il y avait les Heishui Mohe vivant dans les bassins du Sungari, de l'Oussouri et de l'Amour. Il y avait aussi les Khaoshi Mohe, une tribu moins célèbre, qui vivait sur la côte orientale et une partie du golfe de Pierre-le-Grand[note 2]. Les localités Mohe étaient situées à la confluence de rivières, avaient des structures défensives sous la forme de remparts et de fossés sur deux ou trois rangées[36].
Certains clans étaient vassaux de Koguryo, et en 598, lors de la première des guerres Koguryo-Sui, les Mohe viennent en aide aux Coréens[fegi 6]. En 641, les Mohe s'allient aux Coréens et aux Seyanto, et la guerre Koguryo–Tang éclate en 645. Mais lorsque cette guerre se solde en 668 par l'échec des Mohe et de leurs alliés Koguryo, les populations s'exilent vers la Mandchourie et le Primorié contrôlés par les Mohe. De nombreuses tribus doivent en punition devenir vassales de la Chine et se disperser, d'autres sont faites prisonnières, mis à part les Sumo Mohe qui restent unis[fegi 6].
Lorsque la Chine connaît des troubles politiques en 691, des Khitans se rebellent contre Wu Zetian, et de nombreuses populations du Liaoning fuient sur les anciennes terres de Koguryo[fegi 6],[38], dont de nombreux Mohe qui avaient passé plus de 30 ans en captivité en Chine[39],[40],[37]. La Chine offre aux leaders des fuyards Dae Jungsang (Qiqi Zhongxiang) et à Geolsa Biu (Qisi Biyu) des titres de duc, mais les deux refusent. La bataille de Tianmenling a alors lieu en 698 dans le Jilin entre les Mohe et Coréens d'une part, et une armée chinoise d'autre part, menée par le général Li Kaigu. Daejoyeong, d'origine Mohe[41] et fils de Jungsang, ce dernier étant mort, vainc les Chinois et se proclame roi de Jin[42], Jin étant le premier nom du royaume Balhae[43],[fegi 6].
Balhae
Jin, renommé Balhae en 713 lorsque le royaume accepte de devenir vassal de la Chine, scellant alors une alliance[38], s'établit sur le nord de la Corée, certaines parties du Jilin et le sud-ouest du Primorié[37],[42]. Les Sumo Mohe sont une composante directe du royaume, et Balhae conquit par la suite de nombreuses régions Mohe. De nombreuses batailles ont lieu pour la conquête du territoire, jusqu'au milieu du VIIIe siècle. Balhae construisit de petits forts et des forteresses pour défendre les lieux[44]. En 726 commence le principal obstacle de la conquête, les Heishuie Mohe qui voulaient garder leur indépendance[45]. Ils s'allient à la Chine, mais en 728, le Japon apporte son soutien à Balhae. La guerre éclate en 732, et se solde en 735 par la victoire de Balhae. L'annexion des terres des Heishuis Mohe des bassins de l'Oussouri et du Sungari a lieu, mais pas de l'Amour. Balhae est à cette époque de facto totalement indépendant, même s'il est de jure toujours vassal de la Chine. Les annexions et conquêtes continuent sous le roi Da Qinmao (737 - 793), le Primorié devenant totalement subjugué Balhae[46].


Balhae est divisé en 15 régions, dont cinq partiellement ou totalement sur le territoire actuel du Primorié. Il y a la région de Longyuan, avec comme capitale Dongjin, dans le nord de la Corée et l'actuel raïon de Khassan ; la région du Shuiabin[37], avec comme capitale Yanzhou[note 3], l'ancienne Oussouriïsk, qui s'étalait sur la plaine du Khanka et de la Suifen. Le nom de Shuiabin était par ailleurs l'ancien nom du fleuve Suifen[37]. À l'est (vers Nakhodka) se trouve la région de Dingli, avec comme capitale Dingzhou (vers Partizansk). Au nord, il y a Anzhou qui gère la région d'Anbian, s'étalant sur le littoral oriental du Primorié. Enfin, dans le cours de l'Oussouri, se trouve la région d'Anyuan, gouvernée à Ningzhou[fegi 2],[47]. Un total de 200 villes et villages du Balhae sont connus au Primorié[48],[49], ainsi que quelques autres lieux religieux comme la grotte de Possiet[fegi 2]. Plusieurs temples bouddhistes se trouvaient dans la région[48]. Balhae était un État puissant, à la pointe sur les connaissances scientifiques, et avec une population très alphabétisée. L'agriculture jouait un rôle important, dont au Primorié avec ses terres fertiles, où le riz, le soja et de nombreux arbres fruitiers étaient désormais cultivés. La religion s'est propagée, avec le bouddhisme chez les nobles, et le nestorianisme et chamanisme dans le reste de la population[50],[51],[52].
En 907, Balhae entre en guerre contre les Khitans, ces derniers venant de fonder la dynastie Liao[53]. Les Khitans, peuple de Mongolie et de Mandchourie, étaient jusque-là vassaux de Balhae. Avec la guerre, Balhae perdit peu à peu des territoires, et en 925, le Silla s'allie avec les Khitans ; l'année suivante, la capitale Sanggyeong est assiégée, mettant fin aux Balhae[48],[50],[51],[52],[54].
Sous la domination chinoise
Dynastie Liao
Au Xe siècle

Lorsque Balhae est vaincu en 926, la dynastie Liao met en place le royaume de Dongdan, un État fantoche dirigé par Yelü Bei, le fils de l'empereur Liao. Mais très vite, le fils est contraint de fuir après que son frère Yelü Deguang est devenu empereur Liao. Bei, sur les conseils de l'empereur Mingzong, fuit chez les Tang postérieurs. Le royaume de Dongdan continue d'exister sur le papier pendant un temps, avant d'être incorporé en 936 (ou 982 selon le point de vue)[51],[52],[55].

De nombreux Bohais n'acceptent pas la défaite, et des soulèvements éclatent à travers le royaume. Le premier d'ampleur éclate en 929 lorsque des membres de l'ancienne famille royale proclament le royaume de Balhae postérieur, mais la révolte est matée, puis une autre en 934[54]. La dynastie Liao déplace les populations de Balhae pour les désunir, en 938, des rebelles fondent le royaume de Ding'an, la région subitt les effets de l'éruption du mont Paektu en 946, avec des déplacements massifs de population, qui désunissent encore plus des troupes balhae. L'empereur Khitan ordonne dans un décret que les habitants de Balhae viennent vivre dans la dynastie Liao, et la région perd alors environ les deux tiers de ses habitants[48],[56]. Le territoire se dépeuple, devenant une périphérie reculée. Les fonctionnaires sont pris par Balhae pour éviter une nouvelle rébellion. Une révolte des Balhae éclate en 975, en vain. En 982, Dongdan est annexé, et les Balhae cherchent alors à nouer une alliance avec les Jürchens, les descendants des Mohe dont des Heishui mohe. En 983, Ding'an est conquis en partie par la dynastie Liao, mis à part les zones montagneuses où les rebelles se réfugient. En 985, les Khitans mettent fin totalement à Ding'an. Les survivants arrivent à faire une alliance avec les Jürchens et surtout les Chinois de la dynastie Song. Liao en sort victorieux, et une nouvelle expédition en 988-989 des Liao incendie, pille les villages et tue les habitants. Une dernière expédition en 990 affirme le pouvoir Liao[51],[52],[55].
Les Jürchens deviennent alors le principal peuple vivant sur les terres du Primorié, des descendants possibles des Heishui mohe[57]. Le nom des Jürchens apparaissait dans les chroniques khitanes, mais jamais celui des Heishui mohe. Ce changement de nom est intervenu au cours du IXe siècle, et au XIe siècle, le nom d'Heishui a disparu. De plus, les Jürchens seraient aussi, dans une moindre mesure, composés de Balhae et d'autres peuples de la région. Sinon en 991, une alliance de tribus vivant dans le sud du Primorié et nord de la Corée se soulève, composée de 30 tribus, mais elles sont écrasées par les Khitans[51],[52],[55].
Révoltes au Primorié aux XIe – XIIe siècles

Les Jürchens vivant au Primorié sont principalement des rebelles à cette époque. Un clan y vivant, le clan Wanyan, cherche à unifier les tribus, et le clan possède un chef dit le « wanyan ». Le clan cherche à unifier la région, mais les autres tribus s'y opposent[58]. Le clan wanyan, qui cherche à imposer des lois et impôts, conquiert avec le wanyan Shilu (完颜石鲁) entre 1010 et 1021 les tribus Suifen et Yelan[note 4]. C'est en grande partie la désunion de ces tribus qui a permis de les conquérir[59],[58]. Son fils, le wanyan Wugunai (完颜乌骨迺), est plus laxiste envers les tribus[59], mais le wanyan suivant, Helibo (完颜劾里钵), est plus ferme, provoquant un soulèvement des tribus de la côte, qui est finalement maté par la tribu Yelan[58]. Le wanyan Yingge (完颜盈歌 ; règne de 1094-1103[60]), osa placer des chefs d'autres tribus que les Wanyan aux tribus[59]. Mais un qu'il avait nommé, Haigean, chef de tribu Wazhun, se soulève, conquérant la Suifen, le Tumen, et une partie de plaine du Khanka[note 5]. Haigean devint maître de la région agricole du Primorié, et conquiert deux places fortes héritées de Balhae[58].
Yingge envoya le chef Nagenne pour mater Haigean, mais Nagenne se soulève lui aussi pour son propre profit. Nagenne réprime les différentes tribus (sauf Haigean, trop fort), tribus qui se plaignent auprès de Yingge. Ainsi, lorsque les plaintes arrivent, la région est tenue par deux chefs rebelles, qui ont fait alors une union tribale, à un pouvoir déjà rebelle à la dynastie Liao[58]. Yingge envoie deux chefs militaires, Vasai et Yeha pour « examiner les plaintes ». Après plusieurs batailles, Nagenne fut tué, et Vasai conquit les terres des tribus de la Suifen. Le clan Wanyan est désormais maître sur ces terres, provoquant néanmoins toujours un mécontentement des tribus Suifen[58].

Les tribus Suifen, voulant toujours une indépendance, créent une union tribale avec les Yelan et les Heshile. L'alliance, nommée coalition Asu d'après le nom du chef des Heshile, veut à la fois battre les Wazhun et les Wanyan, et réussit à fédérer 35 tribus, dont 14 tribus de la Suifen. Le général Wanyan Aduga, malgré le renforcement de la coalition, profite des divisions internes de la coalition et d'une erreur stratégique de Dong'en[note 6] (un des commandants de la coalition, par ailleurs le fils de Nagenne mais pas dans le même camp) qui s'attaqua à un chef mineur au lieu d'aller aider Luke, un autre général, chef de la tribu Wugulun. Les forces de la coalition sont détruites, et en 1102, Asu, le chef, s'enfuit dans les terres contrôlées par la dynastie Liao, pour tenter de créer à nouveau un soulèvement chez les Yelan et Suifen, mais sans succès[58].
Asu et les nombreux rebelles se réfugièrent dans le nord du royaume Goryeo. Goryeo était mécontent de ces arrivants, et engagea un dialogue avec les Wanyan pour qu'ils soient repris, mais vu que les Wanyan ne répondirent pas, ils lancèrent une guerre contre les Wanyan, mais Goryeo perdit, tandis qu'Asu ne se mêla pas du conflit. Wuyashu (完顏烏雅束), wanyan de 1103 à 1113[61], tenta de résoudre le conflit avec la coalition par voie diplomatique, sans succès, et les batailles coninuèrent[58]. En 1107, profitant du chaos, Goryeo envoya 170 000 hommes dans le nord de la Corée et dans le sud du Primorié[62] pour conquérir le territoire. Les Jürchens, de la coalition ou des Wanyan, perdirent, et la Corée construisit des forts. En 1109, la plupart des Jürchens se rassemblèrent, craignant une attaque des Khitans à cause de leur affaiblissement, et lancèrent une attaque contre Goryeo et les Suifen et Yelan[62],[58]. Les Mohe encore un peu existant rejoignirent les Jürchens, ce qui permit à ceux-ci de défaire Goryeo, qui réclama finalement la paix. Le Primorié fut retourné aux Jürchens, une ligne de démarcation apparut entre Jürchens et Coréens, et les Yelan, Suifen et d'autres chefs de tribus se rangèrent du côté des Wanyan à la suite de la victoire contre Goryeo[63],[62].
Dynastie Jin

Une fois l'unification par le clan Wanyan des tribus Jürchens lors de la guerre contre Goryeo, Aguda, un chef Jürchen, désobéit en 1112 à l'empereur Liao (il refuse de venir à une danse)[57]. En septembre 1114, Ningjiangzhou est capturée par Aguda, le chef du clan Wanyan, rentrant alors en révolte. Il se proclame en janvier suivant empereur, fondant la dynastie Jin[fegi 7],[58],[64],[65],[66]. De 1115 à 1121, la dynastie Song voit dans la dynastie Jin son allié naturel face à la dynastie Liao, et scelle l'« Alliance conclue en mer », qui est rompue en 1125 quand les Jin se rendent compte de la faiblesse des Song. La dynastie Jin règne désormais sur le nord de la Chine et le Primorié[67], et parallèlement, Aduga (désormais Jin Taizu) propose en 1115 à Asu de revenir dans ses terres. Pour Jin Taizu, cela éviterait que pendant qu'il attaque les Khitans, les tribus Suifen et Yelan décident d'à nouveau se rebeller[fegi 7],[58].
En 1122, Esykuy (aussi connu sous les noms de Yesykui, Digunai, Wanyan Zhong[68]), chef militaire, déplace son quartier militaire à Xuiping[69], puis en 1124, accompagné de mille soldats, dirige des opérations dans la région pour prévenir et mater les rébellions, tandis que Jin Taizu place des troupes au Primorié. Esykuy a installé son quartier général à Suibing[note 7], ou plus précisément en périphérie, car il ne voulait pas expulser des habitants, ce qui aurait pu recréer une révolte. Ce quartier général devient une petite ville, sur une colline, nommée en chinois Xuping[70], et le chef-lieu de la province éponyme, avec Esykuy comme chef de la province[fegi 7],[58]. Jusqu'à sa mort, il s'efforça de reconstruire et de fortifier les anciennes forteresses de Balhae : Syupin (colonie du sud de l'Oussouri), Chite-Syupin (colonie occidentale de l'Oussouri), Krasnoïarovskoïe (vallée d'Or) et Nikolaïevskoïe sur le fleuve Suchan[71]. Esykuy meurt en 1148, il faut attendre 1193 pour qu'un mausolée lui soit érigé. Pendant sa gouvernance, il a renforcé le pouvoir central sur quasi tout le Primorié[fegi 7], et a fait fleurir l'économie locale. Pendant le reste de la dynastie, le Primorié a été calme, devenant une région périphérique lointaine[58].
Sous la dynastie Jin, les Jürchens pratiquaient l'élevage du bétail et des chevaux (la chasse n'étant pas importante économiquement[72]), des poteries de haut niveau avec une production industrielle pour un large marché. Il y avait de la production de bois et de cuir[72],[73], mais aussi d'obus. Bien qu'existant déjà auparavant, les kang, un système de chauffage, devient omniprésent, subsistera chez les peuples autochtones d'Extrême-Orient jusqu'au début du XXe siècle[73]. Le développement des arts décoratifs et des beaux-arts est attesté au Primorié et plus largement chez les Jürchens par des statuettes en bronze[73]. Le bouddhisme se répand au Primorié et chez les Jürchens. Sur le site de Nikolaïevskoïe, les restes d'un monastère bouddhiste ont été retrouvés[74].
L'actuel Primorié était couvert par certaines régions (districts/circuits) de la dynastie Jin : Helan ; Huilgai ; Xuipin et Yelan[75].
Xia orientaux
En 1210, une ambassade Jin arrive à la cour de Gengis Khan, pour annoncer l'accession au trône de Jin Weishaowang et exiger des Mongols qu'ils se soumettent et deviennent un État vassal de la dynastie Jin. Les Mongols ne l'entendent pas ainsi, et l'année suivante, ils lancent l'invasion mongole de la dynastie Jin. La dynastie perd petit à petit ses territoires, et en 1212, ils prennent Mukden, une des capitales de l'Empire[76].

En 1215, Puxian Wannu, un des généraux de l'empereur, profitant de la perte de confiance des généraux envers l'empereur Jin, se rebelle[77]. Il fonde dans les terres les plus orientales de l'Empire (Primorié et des parties du Heilongjiang et Jilin), le royaume des Jin orientaux (aussi nommé Dongzhen)[78]. La capitale de l'État sécessionniste est Liaoyang. Mais lors d'une campagne, cette année-là, les Mongols prennent la capitale de la dynastie Jin, et ainsi des proches de Wannu. Wannu marche alors avec une armée de 100 000 hommes[note 8] vers Kaiyuan[note 9],[78], où il proclame le royaume des Xia orientaux. Afin d'éviter une conquête par les Mongols, il se déclare vassal de Gengis Khan et il lui envoie son fils. Mais il fait aussi une alliance avec les Coréens, lorsque les Khitans les envahissent. Mais les Khitans sont des alliés des Mongols, ce qui laisse présager le pire[79],[80],[fegi 8]. En parallèle, les Xia orientaux concluent des relations diplomatiques et commerciales avec Goryeo, tout en maintenant des relations pacifiques avec les Mongols. Wannu décide aussi de mater des révoltes de Khitans rebelles dans les terres mongoles[fegi 8].
En 1230, les Mongols lancent une conquête du pays, excédés par les Xia orientaux et en particulier par Ningyasu, l'empereur depuis 1224 qui lance des raids contre les Mongols. Avec l'aide de Goryeo qui les autorise à passer sur leur territoire, les troupes mongoles atteignent en 1233 Kaiyuan et Yanji, les capitales de l'Empire, les assiégeant et les prenant. À Yanji, la capitale méridionale, Puxian Wannu et Ningyasu sont capturés[78]. Tous les membres de la famille royale sont capturés lors de ces prises. En 1235, quelques Jürchens tenant des forteresses résistent toujours dans le Primorié, avant de finir par être matés par les Mongols[79],[80],[fegi 8].
L'occupation de courte durée a permis l'arrivée de nombreux Jürchens au Primorié, qui ont transmis de nombreuses techniques aux Jürchens locaux. Le territoire est devenu à cette époque fortifié[78], avec une quarantaine de forteresses[81],[fegi 2]. Mais lorsque les Xia orientaux s'effondrèrent, la désolation devint la norme dans la région, les villages et forteresses souvent laissés à l'abandon, les animaux d'élevage libérés dans la nature[51],[fegi 8],[79]. De nombreux Jürchens se réfugièrent dans la taïga, rompant tout contact avec l'extérieur[82].
Le Primorié au sein d'États mongols

L'Empire mongol s'installa ainsi sur ces terres, et rattacha l'endroit à la région de Liaoyang. Dès 1235, l'Empire installe une garnison à Yanji et une autre à Kaiyuan. Un soulèvement eut lieu en 1245, vite maté. Les Jürchens récalcitrants tentèrent pendant encore environ 40 ans de chasser les Mongols, en vain[83].
En 1261, Kubilai Khan créa dix administrations dans la nouvellement créée région de Kaiyuan, dans le but de pacifier la région. Mais en mai 1263, la région et ses administrations sont abolies. En mars 1266, la région de Kaiyuan est recréée, puis en 1271, Kubilai Khan fonde la dynastie Yuan. La région est affectée en novembre 1280, lorsque 3 000 soldats venant de la région furent recrutés pour participer à la deuxième invasion mongole du Japon. Puis en mars 1286, la région de Kaiyuan fut à nouveau dissoute[83].
La zone est devenue une région isolée, très peu peuplée, et presque sans civilisation. La dynastie Yuan provoqua une fuite des cerveaux, et recruta de nombreux soldats dans la région pour les envoyer autre part. Les Jürchens récalcitrants se sont regroupés dans de petites communautés. Les Mongols laissèrent les communautés désigner leurs chefs de communauté, profitant ainsi d'une certaine autonomie, sorte de compromis pour éviter une rébellion[83]. En 1368, la dynastie Ming ds'impose en Chine face à la dynastie Yuan, mais pas en Mandchourie, où les Ming mènent, en 1387, une campagne militaire en Mandchourie, qui permet la prise de contrôle de la dynastie Ming sur la Mandchourie, y compris le Primorié actuel[83].
Sous la dynastie Ming
Une multitude de tribus

Après la chute de cet État mongol, les nombreux petits clans et tribus, assez faibles, dispersés à travers la région cherchent à s'unir entre elles. D'autres cherchent la protection de la Chine ou de la Corée, qui souhaitent ces derniers soumettre les derniers Jürchens. Ces locaux étaient alors semi-nomades, faisaient de l'agriculture et du commerce, et les batailles entre tribus étaient fréquentes. Les chefs de nombreuses tribus ont envoyé des ambassades auprès de la dynastie Ming, ce qui a permis de garantir une paix avec les Chinois[83].
Entre 1404 et 1434, la dynastie Ming cherche à étendre son influence. En 1409, elle crée la commission militaire régionale de Nurgan, chargée de la Mandchouie. Elle cherche à propager le bouddhisme tandis que les chefs de tribus Jürchens ont été nommés membres de la commission pour s'assurer de leurs loyautés.Même si une commission existait, la région était assez indépendante, le pouvoir n'ayant aucun intérêt à imposer un pouvoir fort[83]. En 1491, la forteresse de Ts Zaoshan[note 10] fut attaquée par la tribu Jürchen « Nimache », capturant hommes et bétails. Ils furent pourchassés par des troupes chinoises, et le chef de la tribu fut tué quelques jours plus tard[83].
Les Ming ont classé les Jürchens en trois groupes : les Jürchens Jianzhou, les Jürchens Haixi et les Jürchens Haidong (ou « sauvages »). Les Jianzhou correspondent à trois tribus : les Odoli, Huligai et Tuowen. Les Haixi sont contrôlés par l'alliance Hūlun, une confédération tribale composée des Ula, Hada, Hoifa et Yehe. On sait peu de choses sur les Jürchens « sauvages », mis à part que parmi eux il y avait les tribus Donghai, Warka, Woji et Khurkha[83].
Unification des Jürchens au Primorié

Nurhachi, le chef de la tribu Mandchukuo, commença en 1582 à unir les Jürchens. Les réussites s'enchaînent en Mandchourie, en unifiant peu à peu les Jürchens, mais le Primorié, lieu des tribus sauvages est plus compliqué. En 1593, neuf tribus, surtout Haixi, se liguent contre lui, mais il brise l'alliance. Fort de cette victoire, il commence à s'intéresser aux tribus sauvages, qu'il souhaite désormais conquérir[83].
En 1607, sur ordre de Nurhachi, le prince Bayala, le commandant de haut rang Eidu et l'adjudant Khurhan s'opposèrent avec un millier d'hommes aux tribus Woji. Deux ans plus tard en 1609, un détachement d'un millier de soldats dirigé par Khurhan envahit le district de Hue[note 11]. Le détachement captura 2 000 familles dans la région qui furent amenées en Mandchourie[83],[84].
Puis en 1610, le général mandchou Eidu arrive dans la vallée de la Suifen avec un détachement d'un millier de soldats, et il invite à l'endroit du village actuel de Razdolnaïa (territoire de la tribu Voji/Woji), à rejoindre Nurhachi. Cette tribu vivait dans le sud du Primorié, de la Suifen jusqu'au fleuve Partizanskaïa. Ils refusèrent, et le général conquit militairement la région, capturant plus de 10 000 personnes rien que dans le district de Yelan (ou Ye Yelan, ou Yalan ; le bassin du fleuve Partizanskaïa)[83],[84].
Pendant l'année 1614, 200 familles ayant déposé les armes et 1 000 autres captives sont emmenées en Mandchourie depuis les districts de Yalan (rivière Suchan) et de Xilin (la rive orientale de la baie de l'Oussouri)[84]. En 1615, les Huit Bannières ont mené une campagne contre les tribus du Primorié, tuant 800 personnes, capturant 10 000 personnes réparties en 500 familles. Enfin 1616, Nurhachi proclame la dynastie des Jin postérieurs après avoir unifié les Jürchens, et deux ans plus tard, il se lance dans la guerre contre la dynastie Ming[83]. Le , les troupes d'Ubahai et de Jingurdai se sont opposées aux tribus Warka, ont attaqué la région de Nimanya (la rivière Iman), capturant plus de 1 000 personnes[85].
Le 15 novembre 1635 ( dans le calendrier grégorien), les troupes mandchoues attaquent le sud du Primorié, afin de conquérir une bonne fois pour toutes l'endroit, avec 4 colonnes de soldats qui s'occupèrent de différents endroits. Le premier, sous le commandement d'Ubahai, s'installa à Eheikulun et Eleyuso ; le second, sous le commandement de Dojili, s'est déplacé vers Yalan (aujourd'hui la rivière Partizanskaïa), Lilin et Hue (rivières modernes Daubi-He et Suchan) ; le troisième, dirigé par Zhafuni, se dirigeait vers Akuli et Niman (aujourd'hui les rivières Vaku et Iman) ; le quatrième, sous le commandement d'Ushit, se rendit à Noley et Avan. Les autochtones capturés étaient constitués en cinq compagnies spéciales (nyuru), dont deux comprenaient des habitants du bassin fluvial de la Suifen et trois les autochtones du bassin de l'Iman[85].
Dynastie Qing
En 1644, Pékin est prise par les Mandchous, et la désormais dynastie Qing règne sur la Chine, dont la Mandchourie. Pendant le début du règne de Kangxi, il encourage l'installation en Mandchourie ou dans la citoyenneté des tribus du Primorié. Pour ce faire, il crée des prix avec des distinctions pour ceux arrivant à en faire rentrer que ce soit de manière pacifique ou militaire. Cela entraîne de nombreuses campagnes mandchoues dans la région, et les Jürchens demandent alors l'arrêt des combats. En effet, les villes sont attaquées, et les Jürchens fuient dans la taïga ou dans la montagne. L'agriculture est abandonnée, tout comme l'artisanat, et la chasse, cueillette et pêche redeviennent au goût du jour[83].
De plus, avec l'arrivée dans le Haut-Amour (oblast actuel de l'Amour et Transbaïkalie) de cosaques de Sibérie, des populations indigènes de la zone migrent vers le Primorié[83].
Le Primorié dans les sources chinoises
Dans la « Description historique et géographique de la dynastie Daiqing », l'on apprend que le Primorié s'appelait à cette époque « Woji », et qu'il était habité par les Donghai-Wojibu, ce qui signifie « tribus forestières de la mer Orientale ». Sur la rive sud de la rivière Xise[note 12], selon la « Carte de la province de Jilin », se trouvait des camps de la tribu Kya-ka-la. Cette tribu de langue toungouse s'étalait de l'actuelle Vladivostok à la rivière Xise en général. Le chercheur japonais Sei Wada a contesté cette situation, la plaçant en général dans le cours supérieur de la rivière Iman. Selon ce dernier, cette tribu s'agissait des actuels Orotches et Oudihés du Sikhote-Aline, qualifiés autrefois sous la dynastie Yuan de « Jürchens sauvages ». Il y avait aussi selon des sources chinoises et russes la tribu Varka de langue toungouse, s'étalant du bassin fluvial du Tumen au cours supérieur de l'Oussouri, et peuplant le littoral y compris les îles[86].
Toutes les études actuelles s'accordent à dire que depuis l'invasion mongole du XIIIe siècle se trouvait sur les versants ouest et est du Sikhote-Aline[86] deux grandes associations ethniques (ou unions tribales) parlant le toungouse, les Woji et les Varka (Warka), qui sont les ancêtres des Nanaïs, Oudihés et Orotches[84]. Il y avait aussi, mis à part les Toungouses-Mandchous, d'autres peuples, avec des Nivkhes et des Aïnous[84].
La « période sombre » causée par Kangxi et la Dynastie Qing
Néanmoins, c'est l'empereur Kangxi (1662-1722) qui eut la plus grande activité contre les tribus du Primorié. Il mit en place des récompenses pour l'organisation de campagnes militaires afin d'inciter ses généraux. Dans un livre impérial, il est rapporté que « Au cours des premières années du règne de l'empereur Kangxi, selon le rapport le plus soumis, il était permis de décerner des récompenses aux participants aux campagnes visant à « amener à la citoyenneté » les nouveaux Mandchous dans l'ordre suivant : pour 100 familles attirées, une distinction du premier degré ; pour 80 familles, une distinction militaire du deuxième degré ; pour 60 familles, une distinction militaire du troisième degré ; pour 40 familles, une distinction militaire du quatrième degré et pour 20 familles, une distinction militaire du cinquième degré »[85].
Ces actions ont inévitablement forcé les tribus Toungouses et Mandchoues à se déplacer vers des endroits plus inaccessibles, particulièrement le nord du Primorié et la région du fleuve Amour. Ces déplacements étaient devenus une réponse traditionnelle de ces tribus lors de menaces extérieures. Ce trait se retrouve d'ailleurs chez les Nanaïs encore aujourd'hui, car même s'ils sont sédentaires, ils n'ont pas eu un seul lien de résidence. La distance n'est pas un problème pour les tribus, pouvant faire des trajets de l'Oussouri à l'Arsenievka, et de l'Arsenievka à l'Amour, en abandonnant à chaque fois sa fanza[85],[87].
C'est ainsi que commence la « période sombre » au Primorié des XVIe – XVIIe siècles. Le Primorié n'étaient certes pas vide, avec la population toungouse-mandchoue assez importante (tribus Woji et Warka), mais qui étaient souvent chassés de leurs terres[87].
Découpage administratif sous la dynastie Qing
Sur le plan administratif, le Primorié d'aujourd'hui était réparti entre les districts (comtés) de Helinlu, Yalanlu, Suifenlu, Huelu et Nimachalu de la dynastie Qing[87]. Le district de Helinlu comprenait la côte orientale de la baie de l'Oussouri, y compris l'actuel raïon de Chkotovo, depuis la rivière Maihe jusqu'à la baie de Vostok. Ensuite, les bassins des rivières Suchan et Suzuhe, depuis les contreforts sud de la crête du Sikhote-Aline jusqu'à la mer, formaient le district de Yalanlu. Le district de Suifenlu était lui situé dans le bassin de la Suifen et le territoire adjacent. Le district de Huelu était situé dans le bassin des rivières Daubi-He et Ulakhe, et le district de Nimachalu couvrait la rivière Iman et ses environs[84].
Explorations russes et européennes

Alors que le Primorié est sous domination Ming puis Qing, la conquête de la Sibérie par le tsarat de Russie commence (dans un premier temps Sibir) dès 1581[88]. En 1636, Dmitri Iepifanovitch Kopylov part de Iakoutsk, fondée en 1632[89], et atteint en mai 1638 la mer d'Okhotsk[90], où Okhotsk est fondée en 1647 par Ivan Moskvitine[91]. Ce dernier apprend par les Nivkhes l'existence du fleuve Amour, mais ne tente pas d'exploration[fegi 9]. Vassili Poïarkov explore l'Amour entre 1643 et 1646, et ses descriptions détaillés[92] qu'il rapporte à Iakoutsk entraînent de nouvelles expéditions, dont une qui atteint le lac Beloïe, lac aujourd'hui connu sous le nom de lac Khanka (premiers russes au Primorié)[91]. À la suite des conflits frontaliers sino-russes, où les Qing sortent vainqueurs les Chinois gardent la région de l'Amour et le Primorié, les Russes étant repoussés[93],[94],[95].
En 1787, Jean-François de La Pérouse, lors de son expédition autour du monde, cartographie l'Extrême-Orient, dont le Primorié. Le 23 juin, il mouille dans une baie qu'il nomme la baie de Ternay, du nom de son mentor Charles-Henri-Louis d'Arsac de Ternay. Cette baie est aujourd'hui celle de Terneï, avec le village homonyme. Entre 1793 et 1796, William Robert Broughton, un Anglais, répète l'expédition de La Pérouse[fegi 10].

























