Histoire du concept de surpopulation

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L'évolution de la population mondiale du Xe millénaire av. J.-C. à aujourd'hui.

L'histoire du concept de surpopulation retrace les idées et les préoccupations que se sont faites les sociétés au sujet de la surpopulation. Ce débat, initié dès l'Antiquité avec les auteurs grecs et les récits bibliques, a atteint son paroxysme au XVIIIe siècle avec le pasteur Thomas Malthus, qui a donné son nom à une politique prônant la restriction démographique, le malthusianisme. Tantôt favorables à un contrôle des naissances, tantôt hostiles, les motivations des tenants du concept sont d'ordres économique, politique, éthique, religieux, philosophique et, plus particulièrement depuis le XXIe siècle, écologique.

La difficulté de survivre sous le Paléolithique

La croissance démographique durant le Paléolithique est extrêmement lente : la population totale d'homo sapiens vivant sur Terre est estimée à environ 10 000 personnes il y a plus de 160 000 ans ; à 40 000 il y a 80 000 ans et à 500 000 personnes il y a 40 000 ans. Il s'agit d'une population essentiellement nomade composée de chasseurs qui, pour assurer son ravitaillement en gibier, a besoin d'un espace vital de 10 à 25 km2 par personne. Leur survie étant difficile, l'augmentation de la population constituait une difficulté supplémentaire en raison de la rareté de la nourriture. C'est ce qui explique les pratiques visant à limiter cette croissance recensées par des anthropologues[Qui ?] au sein des dernières populations[Qui ?] primitives du XIXe siècle, dont l'allaitement prolongé (garantissant deux ou trois ans de stérilité probable à chaque femme), l'élimination de nouveau-nés en cas de pénurie alimentaire (observée chez les San du Désert du Kalahari) et la mise à mort ou l'abandon de bouches considérées comme inutiles (notamment des vieillards, dont le corps pouvait même constituer un complément alimentaire, comme le rapporte Hérodote au Ve siècle av. J.-C. en ce qui concerne les Massagètes au nord du Caucase[1]).

Le Néolithique : populationnisme et premières considérations religieuses

La naissance de l'agriculture, ici représentée par un sceau-cylindre du IVe millénaire av. J.-C., a favorisé la sédentarisation et donc le sentiment de surpopulation.

Avec la naissance de l'agriculture, la population mondiale atteint 4 à 5 millions de personnes vers le XIIe siècle av. J.-C. et celle-ci, par conséquent, se sédentarise. Dès lors, en raison de la promiscuité, du contact permanent avec d'autres humains et de la présence d'animaux domestiques dans les foyers, la sédentarité favorise les contagions. L'étude de plusieurs nécropoles, comme à Mehrgarh, dans l'actuel Pakistan, révèle que l'espérance de vie des chasseurs était plus élevée que celle des paysans 2 000 ans plus tard. Mais dans le même temps, l'agriculture et l'élevage ont permis une relative sécurité alimentaire et donc, une forte augmentation de la natalité[2].

Dès lors que les conceptions religieuses païennes consacreront l'origine de la vie à la divinité, la famille nombreuse sera considérée comme une bénédiction. Au-delà de ces considérations religieuses, le fait d'avoir une descendance est l'assurance, pour les hommes, d'être pris en charge durant leur vieillesse et de pouvoir transmettre leur patrimoine. Plus largement, elle constitue une main d’œuvre peu chère et plus celle-ci est nombreuse, plus elle permettra au peuple d'en dominer numériquement un autre[2].

Le concept sous l'Antiquité

L'exemple hébraïque : le nombre comme arme

Dans l'Ancien Testament, le péché d'Onan est interprété comme un outrage au Créateur. Le récit de la Genèse raconte qu'Onan, refusant de féconder l’épouse de son défunt frère (comme la tradition l'exigeait), aurait préféré « laisser sa semence se perdre dans la terre »[3]. Réprimé pour cette attitude, Dieu le fit mourir. Néanmoins, selon le commentaire de la Bible du rabbin Raschi, Onan aurait été puni pour avoir transgressé les lois du lévirat, plus que « pour avoir gaspillé sa semence »[4]. Le nom d'Onan restera dans le judéo-christianisme marqué d'infamie[2] et constituera le fondement théologique de la condamnation de la contraception chez les commentateurs bibliques chrétiens.

Des rapports de force s'établissent entre groupes humains, formés en entités politiques. Le nombre devient alors un élément de puissance : il permet d'accabler l'intrus. Ainsi, le prophète Jérémie fait-il dire à Yahvé « Je les rends prolifiques, ils ne déclineront point. »[5]. Dans le livre d’Ézéchiel, cette intention est encore plus explicite : « Je multiplierai sur vous les hommes, la maison d'Israël toute entière... ; ils se multiplieront et fructifieront, je vous rendrai aussi peuplés qu'autrefois... ; je ferai marcher sur vous des hommes, mon peuple d'Israël, ils prendront possession de toi »[6]. Néanmoins poussés par la famine, les Hébreux demandent l'asile en Égypte, et s'installeront dans le delta du Nil. Comme le reconnaît le livre de l'Exode, « les fils d'Israël fructifièrent, pullulèrent, se multiplièrent et devinrent de plus en plus en forts : le pays en était rempli »[7]. Leur nombre devint une menace pour le pharaon, qui décida l'infanticide des nouveau-nés mâles[2].

Sous la conduite de Moïse, les Hébreux reviennent vers Canaan, la Terre promise. Dieu ordonne alors à Moïse de recenser le peuple et ses biens. Celui-ci déclare : « Allons-y ! Montons, et emparons-nous du pays ; nous arriverons certainement à le soumettre »[8]. La surpopulation est donc une stratégie de conquête, consciemment utilisée par les peuples du Proche-Orient, puisque, après avoir laissé passer une génération, les Hébreux, qui se sont multipliés, se préparent à envahir la Palestine[9].

La Grèce antique : privilégier la qualité à la quantité

Platon définit un optimum de population au-delà duquel la cité perdrait de son unité et privilégie un accroissement qualitatif, plutôt que quantitatif, de la population.

Le sentiment de surpopulation est très présent dans la Grèce antique, qui tient notamment au fait que les cités sont cloisonnées dans des plaines étroites et séparées par des montagnes difficiles d'accès. Leur superficie est généralement comprise entre 100 et 200 km2, exceptions faites d'Argos (600 km2), d'Athènes (2 600 km2) et de Sparte (8 000 km2). Par ailleurs, la croissance démographique est forte, grâce à une alimentation saine composée de céréales, de légumes, de poisson et d'huile d'olive ainsi qu'à une situation sanitaire plutôt satisfaisante. Cette croissance se fait néanmoins au détriment de l'environnement puisque les collines sont déboisées à la fin du VIIe siècle av. J.-C. La disparition des forêts est constatée par Platon dans le Critias, Solon recommande en -590 de ne plus cultiver de plantes en raison de leur érosion tandis que Pisistrate recommande la plantation d'oliviers pour le maintien du sol. Au milieu du Ve siècle av. J.-C., on dénombre 3 millions d'habitants pour l'ensemble Grèce-Macédoine-Épire[10].

Un contrôle des naissances s'opère alors dans la Grèce antique. Hippocrate mentionne à de nombreuses reprises des méthodes abortives, dont l'utilisation du sulfate de cuivre[10]. Socrate, fils de sage-femme, racontait qu'« en administrant des médicaments ou en prononçant des incantations, les sages-femmes peuvent donner l'éveil aux douleurs d'enfantement, ou bien, à leur gré, les amollir et que, si elles jugent utile l'avortement du fœtus, encore peu avancé, elles le font avorter »[11]. De nombreux cas d'abandons de nouveau-nés sont recensés et cette pratique est d'ailleurs réglementée à Sparte dans un esprit eugénique. En effet, à la naissance, le nouveau-né était présenté (exposé) aux anciens et en fonction de sa beauté (ou de sa laideur), le nouveau-né était soit pris en charge, soit jeté aux Apothètes, un gouffre situé au pied du Taygète[12].

Pour autant, la stérilité n'est pas souhaitée et le mariage est même encouragé, des sanctions financières étant prévues contre les célibataires. Il ne s'agit cependant pas d'inciter à faire le plus d'enfants possible mais d'en avoir assez pour perpétuer la lignée, assurer à la cité des citoyens et assurer le culte des ancêtres, ce qui est indispensable pour le bonheur des défunts dans l'autre monde[10].

Malgré leurs divergences notoires, Platon et Aristote, qui se sont intéressés au débat de la surpopulation, ont des positions semblables. Platon l'évoquera dans ses deux plus grands dialogues, La République et Les Lois. Dans le premier, il décrit la cité idéale, en définissent un optimum de population, seuil à partir duquel la population devient suffisante pour assurer la division du travail nécessaire à la production de ressources et pour que les citoyens gardent un sentiment d'unité. L’État, qui aura défini cet optimum, veillera à ce qu'il reste stable, par une stricte réglementation des mariages et de la qualité des reproducteurs, en accordant notamment aux meilleurs guerriers le droit à une plus large permission de coucher avec les femmes, pour qu'un maximum d'enfants naissent de leur semence. Le second dialogue, Les Lois, est conçu comme un ensemble de propositions destinées à une application concrète. Il suggère ainsi la répartition de la terre en 5 040 lots d'égale superficie, distribués en propriété privée aux citoyens, un nombre divisible par tous les nombres entiers de 1 à 12, sauf 11. Si la population tombe en dessous de l'optimum, il propose de faire appel à l'immigration sélective tout en veillant à la qualité, l’homogénéité et l'identité culturelle de ladite population. La mise en place de cette politique doit en outre être assurée par une surveillance policière accrue, des sanctions pécuniaires et sociales à quiconque enfreindrait la législation et l'utilisation importante de propagande[13]. L'idéal démographique de Platon est celui d'une population stationnaire, motivé par des raisons essentiellement politiques, le nombre de citoyens devant faciliter leur participation à la direction de affaires. Les questions démographiques de la Cité ne sont donc pas posées en termes économiques, la richesse étant perçue comme provenant d'une nature généreuse plutôt que du travail[14].

Aristote s'inscrit dans le prolongement de son précepteur mais lui reproche de n'avoir pensé qu'à réglementer le nombre de lots et non celui des enfants, qui va de pair. Il est par ailleurs moins préoccupé par le manque de ressources que générerait une surpopulation que par le maintien de l'ordre. Une cité trop peuplée, selon lui, est ingouvernable et favorise la criminalité ainsi que les usurpations des droits de cité[15]. Aristote s'intéresse davantage à l'organisation du travail que Platon et, de ce point de vue, considérait que la Cité, si elle ne devait pas être trop peuplée, ne devait pas non plus être trop petite, afin que la division du travail satisfasse l'ensemble des besoins de la population[14].

Au IVe siècle av. J.-C., la Grèce est en crise, la guerre du Péloponnèse, qui oppose des cités rivales, accompagne leur déclin respectif, qu'il soit d'ordre politique, économique ou moral. Aussi, les écarts entre riches et pauvres s'accentuent, la vie civique se dégrade et de nouvelles valeurs axées sur la richesse opposent le monde de la terre à celui de l'argent et du commerce. Cette crise s'accompagne d'un déclin démographique que décrit Polybe au IIe siècle av. J.-C. : « La Grèce souffre d'un arrêt de procréation et d'une disette tels que les villes sont dépeuplées. C'est que les gens aujourd'hui, aimant le faste, l'argent et la paresse par-dessus le marché, ne veulent plus se marier, ou s'ils sont mariés, élever une famille. C'est tout au plus s'ils consentent à avoir un ou deux enfants afin de les laisser riches et de les nourrir dans le luxe. »[14].

La Rome antique sous l'influence grecque

L'empereur Auguste échouera à inverser les comportements hostiles vis-à-vis de la natalité des Romains.

Au début de son histoire, Rome manque d'hommes : l'Ager romanus, c'est-à-dire le territoire propre de la ville, ne compte vers -500 que 120 000 habitants. Ce sous-effectif la met en danger par rapport à ses voisins. L'épisode mythique de l'enlèvement des Sabines en est l'illustration. Avec la conquête de la Grèce, les idées helléniques se répandent : les Romains adoptent le modèle grec de faible natalité. Pour autant, les Romains ne sont pas sujets au même sentiment de surpopulation que les Grecs, étant donné que l'Empire est, en termes de superficie, immense. Néanmoins, avec l'extension des conquêtes, l'immigration s'accentue à Rome : on voit l'arrivée de commerçants, d'affranchis, d'esclaves venus de toute la Méditerranée. Sous l'empereur Auguste, la ville de Rome compte près de 500 000 habitants. Les riches et les intellectuels qui en ont les moyens fuient l'entassement au profit des campagnes[16].

Préoccupé par cette faible natalité, l'empereur Auguste met en place une législature nataliste, en accordant une situation juridique avantageuse pour les grandes familles, en interdisant aux pères de s'opposer au mariage de leurs enfants, en limitant la durée des fiançailles, en donnant la possibilité aux hommes libres d'épouser des affranchies et, parallèlement, en pénalisant lourdement les célibataires[16]. Cette politique sera un échec et ne parviendra pas à inverser les comportements. Ainsi, dans les classes supérieures, les époux cessent d'avoir des enfants lorsqu'ils ont atteint leur quota de trois enfants, qui leur permet d'éviter les pénalités prévues par les lois augustiniennes. La contraception reste très répandue à Rome avec des pratiques comme le coït interrompu, l'usage de pessaires, les injections, les lavages et l'élaboration de potions à base d'hellébore ou d'armoise[17]. Contemporain d'Auguste, Ovide raconte, dans son œuvre Le Noyer : « Maintenant, la femme qui veut paraître belle corrompt l'utérus, et celle qui veut être mère est rare aujourd'hui »[18].

Longtemps occultée par l'historiographie, l'homosexualité était, selon John Boswell, également répandue de manière importante et ce, à tous les niveaux de la société. Au IVe siècle Jean Chrysostome écrit d'ailleurs qu'à Antioche, les hétérosexuels formaient une minorité. Les pratiques sexuelles non procréatrices étaient courantes. Aussi, d'après l'historien romain Dion Cassius, le philosophe Sénèque aurait initié son élève Néron à la sodomie[17]. Par la manière dont les Romains eux-mêmes se comparent par rapport aux autres peuples, l'historiographie illustre en outre la faible fécondité du monde romain. Ainsi, Strabon s'étonne-t-il du fait que les Égyptiens ne pratiquent pas l'exposition des nouveau-nés tandis que Tite-Live raconte que la Gaule est surpeuplée. À Rome, l'exposition des nouveau-nés était pratiquée, en dernier ressort, jusqu'à l'interdiction de l'infanticide par Constantin en 315[17].

L'expansion du christianisme et ses apports (IIIe - Ve siècle)

La christianisation de l'Empire romain

Avant la christianisation, le contexte culturel de l'Empire romain reste peu favorable à la fécondité. La philosophie hellénistique, représentée par le néoplatonisme, l'épicurisme et le stoïcisme garde une forte prégnance sur les Romains. Ces écoles prônent un mariage à but procréatif mais dissocient le mariage et l'amour ; elles mettent l'homosexualité et l'hétérosexualité sur le même plan. Par ailleurs, des contradictions subsistent : ainsi, les adeptes du stoïcisme sont partagés entre les détracteurs du mariage (qui voient dans le mariage un obstacle à l'acquisition de la sagesse) et ceux qui recommandent le mariage au point de vue politique et civique, comme Hiéroclès[19]. Progressivement, l'Empire romain se christianise : au début du IVe siècle, l'empereur Constantin accorde la liberté de culte aux chrétiens par l'édit de Milan en 313. En 391, Théodose fait du christianisme la religion officielle et obligatoire de l'Empire[20]. Ce processus de christianisation aura un impact important sur la politique conduite par les empereurs romains : en effet, si Auguste, Néron, Trajan et Hadrien mènent une politique que l'on pourrait qualifier de populationniste, l'empereur Constantin, sous l'influence du christianisme, prône la chasteté et la continence, et exalte le célibat. Plus tard, l'empereur romain d'Orient Justinien achèvera de supprimer les lois d'Auguste[21].

Précipité dans sa chute par les invasions barbares, l'Empire romain d'Occident se désintègre et donne lieu à la transformation de l'organisation politique, économique et sociale de la nouvelle Europe occidentale. Le pape Zosime écrit au Ve siècle : « La population a tant baissé en beaucoup de provinces que les Barbares ont été appelés. », mettant ainsi en garde contre un dépeuplement de l'Europe, la rendant ainsi vulnérable à nouvelles invasions[14].

Ancien Testament et Nouveau Testament : des conceptions a priori ambivalentes

Si l'Ancien Testament semble avoir donné sa bénédiction au mariage, à la procréation et à l'expansion de l'humanité (plus particulièrement celle du peuple élu), le Nouveau Testament glorifierait la chasteté et la virginité. Ainsi, tandis que la tradition hébraïque autorisait la polygamie, la répudiation de l'épouse stérile et le concubinage à des fins de reproduction, les Évangélistes témoignent de la dignité, voire de la nécessité de la chasteté par le célibat du Christ et la virginité perpétuelle de Marie[22]. Refusant toute ambivalence, les Pères de l’Église s'attarderont à démontrer que Dieu n'a qu'une parole, qui n'a pas changé entre l'ordre qu'il a donné à Adam et Ève de se multiplier et la déclaration de saint Paul selon laquelle « il est bon pour l'homme de s'abstenir de la femme »[20].

Dans l'Ancien Testament, l'une des premières paroles de Dieu est cet ordre formel et sans restriction : « Croissez et multipliez » ou, selon la traduction œcuménique de la Bible, « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la », un commandement énoncé une deuxième fois, après le Déluge. Néanmoins, les derniers livres de l'Ancien Testament livrent un autre point de vue : aussi, les livres écrits sous la domination hellénistique et influencés par conséquent par le scepticisme et le rationalisme de la pensée grecque sont-ils moins favorables à une expansion sans restriction. Le livre de l'Ecclésiaste proclame vers le IIIe siècle av. J.-C. que « tout est vanité »[23] : « Avec l'abondance des biens abondent ceux qui les consomment »[24]. Au Ier siècle av. J.-C., le Livre de la Sagesse proclamera : « Heureuse plutôt la femme stérile... heureux aussi l'eunuque,... mieux vaut ne pas avoir d'enfants et posséder la vertu »[25].

Le récit de la vie de Jésus que fait le Nouveau Testament le caractérise par son célibat, par le fait qu'il soit né d'une vierge et par le périple qu'il effectue avec des disciples exclusivement masculins. Ce portrait laisse donc à penser qu'il peut difficilement faire l'apologie d'un état qu'il refuse pour lui-même et ses apôtres. Dans l'évangile selon Matthieu, il paraît hostile à la procréation[26] : « Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là ! »[27] et rejette par ailleurs les liens du sang au profit des liens spirituels : « Quelqu’un lui dit : "Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler". Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : "Qui est ma mère, et qui sont mes frères ?" Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : "Voici ma mère et mes frères." »[28]. Dans l'évangile selon Luc, il accorde peu de considération pour le mariage : « Les enfants de ce siècle prennent des femmes et des maris ; mais ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris. »[29].

Les Pères de l'Église favorables à la continence

Dès le IIIe siècle, les signes du déclin de l'Empire romain d'Occident se manifestent : à la veille de la fin du monde antique, les Pères de l'Église penchent en faveur de la virginité[26]. Auteur latin converti au christianisme, Tertullien annonce la proximité de cette fin du monde et conseille par conséquent de mener une vie ascétique, en renonçant au mariage et à la procréation. Son contemporain grec Origène estime à ce titre qu'il faut s'affranchir de toutes les passions, et en particulier de l'instinct de reproduction[30]. Tertullien affirmait en outre qu'il n'était nul besoin d'augmenter la taille des familles, considérant que l'homme avait un impact néfaste sur la Terre : « comme témoignage décisif de l'accroissement du genre humain, nous sommes un fardeau pour le monde ; à peine si les éléments nous suffisent ; les nécessités deviennent plus pressantes, cette plainte est dans toutes les bouches : la nature va nous manquer ». Il considère même les « pestes, les famines, les guerres, les gouffres qui ensevelissent les cités » comme un « remède »[31].

Au IVe siècle, Grégoire de Nysse exprime avec plus de virulence son opposition au mariage et à la procréation. Dans son Traité de la virginité, il montre que donner la vie, c'est donner la mort : « En effet, la procréation corporelle... n'est pas plus principe de vie que de mort pour les hommes »[32]. Jean Chrysostome écrira en 380 un traité Ad viduam juniorem (À une jeune veuve), puis un Sur le mariage unique en 383 dans lesquels il condamnera le remariage, bien qu'à travers eux, ce soit une critique contre le mariage qui fut formulée. Dans son Traité sur la virginité, il s'opposera de manière plus radicale au mariage et à la procréation, écrivant par ailleurs que, devant un monde « plein » et suffisamment peuplé, le temps de « croître et multiplier » est révolu[33].

Le débat sur la fécondité et la virginité atteindra son paroxysme à la fin du IVe siècle et divisa profondément l’Église. Avant 383, Helvidius, hérésiarque chrétien, défend le mariage en s'appuyant sur le fait que Marie et Joseph étaient mariés et avaient plusieurs enfants puisque les Évangiles mentionnent les « frères » de Jésus, ce à quoi Jérôme de Stridon répondit que Joseph n'était que le gardien de Marie tandis que l'existence des « frères » de Jésus ne tiennent qu'à une mauvaise interprétation du terme dans les Évangiles. Plus tard, il s'opposa dans son traité Contre Jovinien au moine Jovinien qui affirme que les personnes menant une vie d'ascèse ont les mêmes mérites que les personnes qui ne la pratiquent pas, et que les péchés sont d'égale importance[34],[35].

Au Ve siècle, la politique de l’Église est toujours favorable à la virginité et cette position s'incarne notamment à travers Théodoret de Cyr ou Avit de Vienne qui, dans le De laude virginitatis, décourage sa sœur du mariage. Dans son traité Ad ecclesiam adversus avariciam, l'auteur Salvien de Marseille considère qu'il y a trop d'enfants et que cela nuit à la charité, les parents hésitant à donner, afin de ne pas léser leurs héritiers : cet argument contre la procréation, alors novateur, sera notamment souvent utilisé au cours du Moyen Âge. Des courants de pensée, que saint Augustin listera dans son Livre des hérésies, s'opposent également à la procréation. Il marque ainsi la différence entre les théologiques orthodoxes et les sectes hérétiques, telles que les Valésiens qui se rendent eunuques pour servir Dieu ; les apostoliques qui rejettent tout ce qui touche, de près ou de loin, au sexe ou les adamites qui refusent les relations sexuelles sous prétexte que le couple initial n'a fait l'amour qu'après le péché originel[36].

Néanmoins, si l’Église défendait la virginité, elle n'approuvait pas le contrôle des naissances : Tertullien comparait l'avortement tardif à un infanticide, tandis que recourir à cette pratique faisait de la femme une prostituée et du mari un adultère pour saint Augustin. Ce dernier, avec saint Jérôme et Épiphane, condamnait sans équivoque le coït interrompu[37].

Le concept sous le Moyen Âge (Ve – XVe siècle)

Conséquences de l'essor démographique sur les conditions sanitaires et l'imaginaire collectif

Estimations de la démographie médiévale (VIe – XIVe siècle)

Le Domesday Book, ici dessiné par William Andrews en 1900, recense les biens et sujets du nouveau roi d'Angleterre Guillaume le Conquérant au XIe siècle.

Le recensement de la population médiévale est difficile à obtenir depuis la chute de l'Empire romain, les souverains des royaumes barbares n'ayant ni le désir, ni les moyens de comptabiliser leurs sujets[38]. En effet, peu à peu convertis au christianisme depuis l'édit de Milan de 313, les souverains du système féodal médiéval sont imprégnés de la thèse de saint d'Augustin qui, dans La Cité de Dieu (426), préconise l'indifférence de l’Église chrétienne à l'égard des questions démographiques et plus largement politiques et économiques. En ce sens, alors que l'Antiquité abordait les questions de population sous un angle politique, le Moyen Âge privilégie un point de vue théologique et moral[14]. Seuls les polyptyques des grands monastères, qui dressent l’inventaire de leurs biens et de leurs dépendants, permettent d’estimer la démographie durant la dynastie carolingienne, entre le VIIIe et le Xe siècle. À partir du XIe siècle, les principales monarchies européennes organisent de rares dénombrements dont l’interprétation reste délicate. En effet, les documents fiscaux comptabilisaient non pas les individus mais les feux, c’est-à-dire les foyers familiaux dans leur ensemble. Toutefois, en 1096, le Domesday Book permet le recensement précis de tous les sujets et les biens du royaume d'Angleterre que Guillaume Ier venait de conquérir. En France, l'État des paroisses et des feux, réalisé en 1328, constitue le seul dénombrement de l'ensemble du royaume[38].

Malgré leur rareté, les sources disponibles suffisent à établir le constat d'une amorce d'une reprise démographique au VIIIe siècle, lente et ponctuelle, grâce à la disparition des grandes épidémies et l'espacement des famines. L'empire de Charlemagne, avec ses 15 à 18 millions d'habitants, n'est pas uniformément peuplé : aussi, le polyptyque de Saint-Germain-des-Près donne des densités de 26 à 29 hab./km2, avec un taux de fécondité de 5,1 enfants par femme dans de nombreux secteurs de l'actuelle Île-de-France. Par ailleurs, cette reprise démographique est permise par la stabilisation de la cellule familiale : la lutte des autorités ecclésiastiques contre l'avortement, l'infanticide et le concubinage est loin de faire disparaître ces conduites mais façonne peu à peu les esprits en culpabilisant ses auteurs[39],[38].

De l'an 1000 à l'an 1340, la population européenne passe de 24,7 à 55,9 millions d'habitants, soit une croissance de 126 % et une augmentation annuelle moyenne de 2,41 %. L'historien médiéviste Guy Fourquin constate que « vers 1300, les campagnes d'Occident étaient donc à la fois surpeuplées et menacées à brève échéance de catastrophes »[40]. En effet, prenant l'exemple du Vexin, il y décrit des densités vers 1300 supérieures à celles de 1800, causant une extrême fragmentation des exploitations paysannes ainsi qu'une forte hausse des prix des céréales et une baisse des salaires[38].

Le surpeuplement à partir du XIVe siècle et ses conséquences

L'ampleur de la peste noire, qui décima l'Europe entre 1347 et 1352, rendra difficile jusqu'au milieu du XVe siècle tout redressement démographique.

L'Europe de 1300 est surpeuplée par rapport à ses capacités productrices. Alfred Fierro écrit d'ailleurs à propos du Dauphiné : « Le nombre exagéré de bouches à nourrir me semble à l'origine des famines qui n'ont cessé de frapper l'Europe à partir de 1315 »[41]. Ce constat est partagé par la majorité des historiens[42]. Ainsi, l'explosion démographique de l'Europe est nettement ralentie par des crises alimentaires, à l'instar de la grande famine de 1315-1317, qui aurait causé la mort de millions de personnes sur le continent. Par exemple, la ville belge de Ypres déplora, entre mai et octobre 1316, 2 794 morts de faim. Plus tard, la peste noire tuera entre 30 et 50 % de la population européenne, entre 1347 et 1352[43]. Cet événement marquera durablement la démographie médiévale : alors qu'avant 1348, chaque famine était suivie par un sursaut de la natalité qui comblait rapidement le recul démographique, la mort noire, en raison de son ampleur, empêchera tout renouvellement de la population.

Il faudra attendre les années 1440 et 1450, soit plus d'un siècle, pour constater un redressement démographique, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. L'âge du premier mariage est à ce propos un révélateur pertinent de ces évolutions : très élevé au début du XIVe siècle en raison de la surpopulation, il s'abaisse pendant la période de recul démographique et remonte vers la fin du XVe siècle[44].

Le sentiment de surpeuplement dans l'imaginaire collectif

Si le clergé garde le monopole de l'expression écrite, plusieurs sources attestent le sentiment de surpeuplement qui anime divers milieux de la population médiévale. Ainsi, certaines chartes de fondation de villages et de bastides donnent explicitement comme motif la nécessité de répondre à une pression démographie accrue. L'édification du bourg nouveau d'Argenton-Château en 1068-1069 est justifiée en latin « propter populorum augmentationem et propter castelli dilatationem »[45],[46].

En 1095, dans son appel de Clermont, le pape Urbain II invite la chrétienté à se développer en Orient pour profiter de la place et des richesses. Dans une bulle papale du , Jean XII justifie la création des diocèses de Lavaur et de Mirepoix par le fait « ... que la multitude des habitants a crû de façon démesurée ; ... le très Haut a fécondé la cité et le diocèse de Toulouse d'une telle multitude d'habitants qu'un seul pasteur n'y peut plus suffire ». En créant le diocèse de Rieux le , il avait déjà constaté que « Dieu a multiplié la population »[46].

Selon Pierre Riché, dès le haut Moyen Âge, « bien des hommes et des femmes refusent l'enfant pour des raisons morales ou économiques »[47]. À travers les décisions conciliaires et les pénitentiels, on discerne des motivations qui tiennent à la peur du surnombre de la famille : le pénitentiel attribué à Bède le Vénérable prévoit des peines moins sévères si l'infanticide est motivé par la peur de ne pas pouvoir nourrir l'enfant, prévoyant trois ans de pénitence au lieu de sept[48].

Pourtant, les famines ne sont pratiquement jamais attribuées à un excédent de bouches à nourrir par les contemporains qui mettent en cause le niveau des récoltes, lesquelles dépendent des conditions climatiques et donc, de la volonté divine[48]. De manière plus isolée, les interrogatoires de l'Inquisiteur Jacques Fournier à Montaillou, portant sur la période 1280-1324, révèlent un certain sentiment de surpopulation de la part de la communauté cathare, pour des raisons religieuses. Celle-ci s'inquiète notamment du devenir des âmes après la mort : « Où donc, déclarent trois d'entre eux, pourrait-on mettre ces âmes tellement nombreuses de tous les hommes qui sont morts et de ceux qui sont encore vivants. À ce compte, le monde serait plein d'âmes! Tout l'espace compris entre la ville de Toulouse et le col de Mérens ne parviendrait pas à contenir celles-ci. »[49]. Cette inquiétude explique ainsi la croyance des cathares en la métempsycose, c'est-à-dire en le transvasement d'une âme d'un corps vers un autre, qu'elle va animer[48].

Débats sur la surpopulation dans la sphère intellectuelle et religieuse

Critiques du mariage et de sa finalité procréatrice

Le pape Grégoire VII, principal artisan de la réforme éponyme soumettra les prêtres au célibat sacerdotal.

Le thème de la contraception et de la stérilité resurgit dans les manuels de confesseurs de théologiens comme Alain de Lille, Pierre de Poitiers, Robert de Flamborough ou Thomas de Chobham. Ce dernier évoque implicitement, dans sa Summa confessorum, la pratique de la sodomie pour éviter la procréation : « Certains abusent des femmes soit dans l'endroit qui n'est pas fait pour cela, soit en ne respectant pas l'ordre naturel »[50]. La même source mentionne une pratique novatrice chez certains couples, qui consiste à se prêter secrètement serment avant le mariage d'éviter à tout prix l'enfantement[50],[48], voire de rester chastes, ce qui pose un problème canonique sur la validité d'un mariage non consommé et détourne la finalité de l'union[51].

Certains courants de la littérature médiévale critiquent le mariage, vu comme un contrat imposé à deux êtres qui ne s'aiment pas. C'est le cas notamment du Roman de la Rose écrit au XIIIe siècle, des œuvres satiriques des Goliards et de la satire misogyne Les Quinze joies de mariage, également critique à l'égard de la fécondité[51]. Grand succès de la littérature médiévale, La Légende dorée diffuse le modèle de la vierge martyre comme archétype de la perfection humaine tandis que Le Songe du verger vante les mérites de la virginité : « Virginité remplit paradis, et mariage remplit la terre » résume ainsi un vers de l’œuvre[52].

Cette consécration de la virginité explique en partie le succès des tiers-ordres au XIIIe siècle. La réforme grégorienne a accepté la coupure entre clercs et laïcs, en exigeant le célibat des prêtres, en attribuant aux laïcs la charge de la reproduction de l'espèce et en les réduisant à un rôle passif dans les cérémonies et offices religieux. Entrer dans les ordres constitue donc un moyen de garder un rôle actif au sein de l’Église. La vie religieuse représentait également une échappatoire pour les femmes, mariées de force, qui redoutaient chaque nouvelle grossesse[52].

Craintes d'un sous-effectif de la chrétienté et relativisme scolastique

Le contexte de croisades a permis d'observer la démographie du monde musulman. Alors qu'Urbain II considérait la chrétienté comme surpeuplée, les croisés insistent sur l'importance de l'effectif des Arabes. Pierre le Vénérable estime vers 1140 le nombre de musulmans « à un tiers », voire « presque la moitié du monde ». Les auteurs chrétiens imputent l'importance de ce nombre à la pratique de la polygamie et en la croyance à un paradis peuplé de nombreux houris. Mathieu Paris écrit, entre 1235 et 1259, que la fécondité constitue le point central de la doctrine de Mahomet, qui aurait institué la polygamie pour augmenter rapidement le nombre de ses fidèles. Ce constat est relativisé par d'autres auteurs comme Guillaume d'Auvergne qui considère que l'importance du nombre de musulmans est un leurre, en raison des vastes territoires que les Sarrasins contrôlent[46]. Il considère par ailleurs que les chrétiens monogames font autant d'enfants que les musulmans polygames et que l'hyperactivité sexuelle des musulmans a un effet anticonceptionnel, en ce sens où la recherche primordiale du plaisir les rend peu féconds[53].

Les scolastiques, influencés par la philosophie grecque, contextualisent l'injonction biblique « Croissez et multipliez », arguant qu'elle n'est dorénavant plus un ordre mais une permission. Aussi, le théologien Pierre Lombard considère-t-il que l'accroissement de la population était un impératif à la création du monde et juste après le Déluge « quand pratiquement toute la race humaine avait été balayée ». « Tout comme au début Abraham plaisait à Dieu par le mariage, maintenant les vierges plaisent par la chasteté. Il servait la loi de son temps, nous servons la loi de notre temps, sur lequel arrive la fin du monde. » écrit-il dans son Livre des Sentences[54],[53]. Figure prééminente des scolastiques, Thomas d'Aquin, témoin de la forte croissance démographique, est favorable à une croissance modérée de la population. Consacrant la virginité en tant qu'état supérieur à celui du mariage, il met toutefois en garde contre une généralisation de la pratique au nom de la survie de l'espèce humaine. Il rappelle en ces termes l'exigence des tuteurs vis-à-vis de leur progéniture : « Engendrer un homme serait vain si ne lui était assurée sa subsistance sans laquelle il ne pourrait survivre. L'éjaculation de la semence doit être ainsi réglée que s'ensuivent et une génération parfaite et l'éducation de l'engendré... »[55],[53].

Relecture de l’œuvre aristotélicienne

À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, l'Occident redécouvre les Politiques d'Aristote à travers une première traduction complète entreprise par le dominicain flamand Guillaume de Moerbeke. L’œuvre connaît un succès immédiat, notamment dans les couvents dominicains et franciscains ; des manuscrits ayant été retrouvés dans les universités de Paris, d'Oxford, de Padoue et de Bologne. Largement commentée, l'œuvre d'Aristote intéresse ses contemporains sur ses considérations sur l'ordre public, sur l'intervention de l’État et la taille idéale de la cité[56]. Une étude de Peter Biller[57] du vocabulaire et de la sémantique des commentateurs d'Aristote révèle la fréquence de l'utilisation du terme « excès » et ses superlatifs lorsqu'il s'agit de la population. Ces commentateurs d'Aristote expriment la crainte de la sédition qu'ils imputent à la pauvreté et donc à la surpopulation[56].

Les moyens de limiter la population conseillés par Aristote durant l'Antiquité se confrontent toutefois aux contraintes morales chrétiennes du Moyen Âge. Thomas d'Aquin, commentant Aristote, écrit : « Voulant, cependant, qu'ils ne procréent pas de nombreux enfants, afin d'éviter que la multitude des hommes n'excède la quantité de biens, il voulait que les hommes n'aient pas affaire aux femmes, et pour cela il permettait les honteuses relations sexuelles entre les mâles », pointant de fait la pratique de l'homosexualité et mettant en garde contre une réinterprétation trop rigoriste de l’œuvre aristotélicienne. Pierre d'Auvergne, particulièrement préoccupé par le danger du surpeuplement, approuve implicitement les solutions d'Aristote : « Il faut comprendre que, puisque la cité est une communauté qui se suffit à elle-même, les citoyens devraient se suffire, et ne pas être pauvres. Et on devrait donc éviter dans la cité les causes de pauvreté, c'est-à-dire une multitude d'enfants qui se partagent les héritages... [car] n'ayant pas les moyens de faire les choses pour lesquelles ils sont nés, ils seront forcés de les prendre où ils pourront, nuisant aux citoyens et aux autres par le vol, le meurtre, et ils s'allieront aux ennemis »[58],[56].

Cette relecture fait de plus en plus la surpopulation un problème socio-économique, y compris dans la sphère intellectuelle, et non plus seulement théologique. L'évêque de Lisieux Nicole Oresme, également savant mathématicien et physicien, conseiller de Charles V en matière économique, rédige Le Livre de Politiques d'Aristote, qui rend accessible pour la première fois aux milieux de cour les débats sur les problèmes démographiques[56].

Le concept sous l'époque moderne (XVIe – XVIIIe siècle)

Bibliographie

Notes et références

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