Hugh Sinclair (militaire)

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Surnom« C »
« Quex »
Nom de naissanceHugh Francis Paget Sinclair
Décès (à 66 ans)
Londres
Hugh Sinclair
Hugh Sinclair (militaire)
Sinclair (de profil, à l'arrière de la voiture) à Tallinn en 1918, pendant la guerre civile russe[1].

Surnom « C »
« Quex »
Nom de naissance Hugh Francis Paget Sinclair
Naissance
Southampton, Hampshire
Décès (à 66 ans)
Londres
Allégeance Royaume-Uni
Arme Royal Navy
Grade Amiral
Années de service 1886 – 1939
Commandement Secret Intelligence Service
Government Code and Cypher School
Conflits Première Guerre mondiale
Guerre civile russe
Distinctions Chevalier commandeur de l'Ordre du Bain

Sir Hugh Sinclair (1873-1939) est un amiral britannique, chef (« C ») du Secret Intelligence Service et directeur de la Government Code and Cypher School pendant l'entre-deux-guerres.

Hugh Francis Paget Sinclair, né le à Southampton, était le fils d'Agnès Sinclair. Son père biologique, l'amiral Beauchamp Seymour, était un aristocrate descendant en filiation patrilinéaire du 1er duc de Somerset, oncle du roi Édouard VI d'Angleterre. Bien qu'il ne reconnût jamais les trois enfants – Frederick, Hugh et Evelyn – qu'il engrendra avec Agnes Sinclair, l'amiral Seymour leur légua sa fortune à sa mort[2].

Hugh Sinclair se maria en 1908 avec Gertrude Attenborough, qui donna naissance à deux fils.

Quand il commandait le HMS Renown, en 1916, les marins l'entendirent se disputer dans sa cabine avec Gertrude.

Visiblement placée sous surveillance par son mari, elle fut surprise – ou piégée – dans une chambre d'hôtel à Dieppe avec un boxeur français, ce qui lui valut un article dans The Times en 1920 et justifia leur divorce devant un tribunal[3],[4].

Hugh Sinclair était surnommé « Quex », en référence à la pièce comique d'Arthur Wing Pinero, The Gay Lord Quex (1899). Le personnage du marquis de Quex est un séducteur en quête de rédemption, poursuivi par une réputation de libertin[5].

Après son divorce, il vécut avec sa sœur Evelyn à Queen Anne's Gate, à côté du quartier général du Secret Intelligence Service.

Carrière dans la Royal Navy

Hugh Sinclair étudia à l'école préparatoire de Stubbington, « berceau de la Royal Navy », avant d'intégrer le Britannia Royal Naval College de Dartmouth à l'âge de treize ans. Il fit ses classes sur le HMS Britannia – le navire d'entraînement des cadets – et atteignit le grade de lieutenant en 1894.

En 1904, il fut promu commander sur le croiseur blindé HMS Leviathan. Deux ans plus tard, on l'envoya rétablir l'ordre sur les quais de Portsmouth, où avait éclaté une émeute d'ouvriers chauffagistes.

Ayant obtenu ses galons de captain, il embarqua sur le cuirassier HMS London en 1910, comme flag captain du commandant en second de l'Atlantic Fleet, le contre-amiral Carden, puis le contre-amiral Cradock. Il suivit ce dernier à bord du HMS Hibernia, cuirassier de la Home Fleet.

Fin 1912, Hugh Sinclair intégra l'état-major de l'amirauté, dans la section des torpilles[6].

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il devint directeur de la division de mobilisation. En 1916, il commanda le HMS Renown, qui bloquait à la marine allemande l'accès à la mer du Nord. L'année suivante, il fut transféré à bord du HMS Lion – navire amiral de la Grand Fleet – comme chef d'état-major du vice-amiral Pakenham.

Le commodore Hugh Sinclair devint directeur du renseignement de l'amirauté en 1919. À son initiative, la Room 40 (le service de cryptologie de la Royal Navy) et le MI1b (celui du War Office) fusionnèrent pour former la Government Code and Cypher School (GC&CS), qui travailla au déchiffrement des communications bolchéviques pendant la guerre civile russe.

Promu contre-amiral, Sinclair prit les commandes du Submarine Service en 1921[6].

Chef du Secret Intelligence Service

Hugh Sinclair succéda en 1923 au capitaine Cumming C »), fondateur du Secret Intelligence Service (SIS). Il redevint par la même occasion directeur de la GC&CS, la section cryptologique, dont il confia le commandement effectif à Alastair Denniston.

Antibolchévisme

Sinclair tenta aussi de prendre le contrôle du Security Service, pour combattre le communisme international sur le sol britannique comme à l'étranger. Dans l'objectif de nuire au Parti travailliste avant les élections de 1924, son service fit circuler la « lettre de Zinoviev », un document forgé par des Russes blancs, dont il défendit l'authenticité devant le Foreign Office[5].

En 1925, le SIS et la GS&CS emménagèrent au 54 Broadway (où demeura le siège de l'organisation jusqu'en 1964). Une lumière passant du rouge au vert signifiait à ses visiteurs quand ils pouvaient entrer dans son bureau. Son appartement personnel de Queen Anne's Gate était directement relié au bâtiment.

Le nouveau « C » abandonna l'uniforme naval pour des vêtements civils et un chapeau melon. Il était connu dans les gentlemen's clubs de Whitehall pour son art de la table, sa valise de cigares toujours à portée de main, et sa voiture italienne qu'il garait devant le Foreign Office[5].

La GC&CS espionnait les canaux diplomatiques soviétiques. À Hampstead, au nord de Londres, le siège de la All-Russian Co-operative Society – une banque créée par Vladimir Lénine dans le cadre de sa « nouvelle politique économique » –, servait de couverture à des activités subversives.

Le , le Security Service (MI5) prit d'assaut le bâtiment. Le gouvernement de Stanley Baldwin décida dans la foulée de rompre les relations diplomatiques avec l'URSS de Joseph Staline. Le soutien du Komintern à la grève générale de 1926 au Royaume-Uni fut publiquement dénoncé par le Premier ministre, qui lut des messages interceptés devant la Chambre des communes. Après cet épisode, les cryptographes soviétiques utilisèrent des « masques jetables », que les équipes d'Alastair Denniston ne parvinrent plus à déchiffrer[7].

Hormis la défection en 1928 du secrétaire de Joseph Staline, Boris Bajanov, accueilli à Paris par le 2e bureau, le SIS ne put infiltrer le sommet de l'État russe. La surveillance active du NKVD rendait quasiment impossible les opérations d'agents doubles, contrairement à ce que martela la propagande lors des procès de Moscou[5].

Crise des années 1930

Après le krach de l'automne 1929, Hugh Sinclair vit rétrécir ses budgets. Il se plaignait que ses finances équivalussent au coût annuel de l'entretien d'un destroyer dans les eaux britanniques. À cela s'ajoutait un désintérêt du Foreign Office à l'égard des activités de « C », dont se méfiait le Premier ministre Ramsay MacDonald depuis l'affaire de la lettre de Zinoviev[8]. Les diplomates employaient souvent leurs propres agents de renseignements[5].

Il fut promu amiral en 1930. La liaison avec l'Armée de terre était assurée par son adjoint, le colonel Stewart Menzies, et celle avec la Royal Air Force par Frederick Winterbotham. Le SIS, dont l'existence était un secret d'État, formait la 6e section du renseignement (MI6) au bureau de la Guerre.

En 1932, Sinclair accusa un ancien agent, Compton Mackenzie, d'avoir enfreint l'Official Secrets Act. Dans son ouvrage Greek Memories, Mackenzie s'était inspiré de son expérience à l'époque du capitaine Cumming. Il avait dévoilé les noms de quatorze espions actifs pendant la Première Guerre mondiale et divulgué l'acronyme secret MI1c (toujours utilisé par la section de Stewart Menzies). Il avait surtout révélé que les bureaux des passeports des ambassades britanniques servaient de couverture aux chefs de stations du MI6 – une information qui devint un secret de Polichinelle en Europe.

Compton Mackenzie fut condamné à une amende de cent livres. Il publia l'année suivante Water on the Brain, une satire déguisée du service de l'amiral Sinclair. L'auteur tournait en dérision la rivalité avec le MI5 d'un « Chef » paranoïaque, écrivant à l'encre verte et partageant ses quartiers avec des cryptanalystes qui espionnaient les Russes[5].

Dans les années 1930, « C » contrôlait un réseau d'une vingtaine de stations en Europe : Berlin (dirigée par Frank Foley tout au long de l'entre-deux-guerres[9]), Paris (où Wilfred Dunderdale officiait en liaison avec le 2e bureau), Rome (Claude Dansey – « Z » – y espionnait les fascistes et le Vatican), Madrid (Hugh Pollard aida le général Franco pendant la guerre civile), Lisbonne, Vienne, Berne, Bruxelles, La Haye, Copenhague, Oslo, Stockholm, Helsinki, Varsovie, Prague, Bucarest, Sofia, Athènes et Constantinople.

À l'autre extrémité de l'Eurasie, Arthur Peel, un lieutenant-colonel des Royal Marines, lui transmettait des informations sur l'Empire japonais. Deux antennes existaient en Amérique : New York et Buenos Aires. Le renseignement à l'intérieur de l'Empire britannique, des Caraïbes à l'Océanie en passant par l'Inde et le Proche-Orient, relevait du domaine de la Naval Intelligence Division et du MI5[5].

Retour de la menace allemande

L'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir fit progressivement passer la lutte antibolchévique au second plan. Dès 1934, les rapports du MI6 – notamment ceux de Frederick Winterbotham, Desmond Morton et Frank Foley – documentèrent le programme de réarmement du Troisième Reich[6].

Après que le Parti conservateur de Stanley Baldwin eut remporté les élections de 1935, l'amiral Sinclair, intronisé comme chevalier commandeur de l'Ordre du Bain, se rapprocha de Warren Fisher (secrétaire du trésor de Sa Majesté) et de Maurice Hankey (secrétaire du Cabinet)[6]. Il dînait souvent en compagnie de Robert Vansittart (sous-secrétaire d'État permanent du Foreign Office), qui cultivait son propre réseau d'informateurs en Europe.

Devant le manque de fonds alloués au SIS, infiltré par des agents doubles nazis, en particulier à la station de La Haye, « C » confia à Claude Dansey Z ») la direction d'un réseau autonome, dirigé depuis Zurich et financé par de grands patrons d'industrie[5].

Le roi George V mourut en 1936. Son fils Édouard VIII, sympathisant nazi notoire, avait pour concubine Wallis Simpson, une actrice américaine divorcée, proche de l'ambassadeur allemand à Londres, Joachim von Ribbentrop. Le couple était surveillé par le MI5. Écarté du trône au profit de son frère George VI, Édouard VIII s'installa à Paris, où le MI6 et la police française gardèrent un œil sur lui.

Accords de Munich

En 1937, Neville Chamberlain succéda à Stanley Baldwin au 10 Downing Street. Résolument opposé à la « politique d'apaisement », Robert Vansittart fut remplacé par Alexander Cadogan. L'amiral Sinclair s'aligna sur les positions majoritaires à Whitehall, conseillant à Chamberlain de ne pas « antagoniser Hitler » et de faire pression sur les Tchécoslovaques pour qu'ils cédassent les Sudètes, avec l'espoir d'éviter la guerre. Les accords de Munich furent signés le .

L'amiral Canaris, chef de l'Abwehr, entretenait le flou autour des intentions allemandes[10]. Des rumeurs contradictoires parvenaient de toute l'Europe. Jusqu'en , « C » crut que l'Allemagne, après avoir attaqué la Pologne, poursuivrait en Ukraine contre l'URSS. Il déconseilla à Chamberlain de négocier avec Staline et Molotov.

Dans un rapport qu'il remit à Lord Halifax, Hugh Sinclair décrivit Adolf Hitler comme un être « fanatique, mystique, vaniteux, rusé et impitoyable, alternant entre des moments d'exaltation et de dépression, animé par l'amertume et le ressentiment, avec des accès de folie, mais doté d'une grande ténacité, souvent combinée à une extraordinaire clarté de vision[11] ».

Avant la guerre, il créa la section D (« destruction ») pour planifier des opérations de sabotage et identifier des cibles en territoire allemand.

Enigma

Dans les années 1930, la Government Code and Cypher School déchiffra les communications de la Marine impériale japonaise après l'invasion de la Mandchourie, et celles de la Marina Militare pendant la guerre italo-éthiopienne et la guerre civile espagnole[5]. Les équipes d'Alastair Denniston échouèrent toutefois à percer le mystère d'Enigma, la machine de chiffrement allemande.

Au printemps 1938, « C » fit l'acquisition du domaine de Bletchley Park pour six mille livres. Il l'acheta avec son argent, le MI6 ne disposant pas des fonds nécessaires. La GC&CS y installa ses quartiers.

À l'été 1939, peu avant le Pacte germano-soviétique et l'invasion de la Pologne, le Biuro Szyfrów de Varsovie, qui avait réussi à déchiffrer Enigma avec l'aide du 2e bureau français, transmit à Bletchley Park sa documentation ainsi qu'un exemplaire de la machine.

Très malade d'un cancer, Hugh Sinclair céda le commandement à son adjoint Stewart Menzies. Il mourut le .

Sa sœur Evelyn rendit au trésor de Sa Majesté – pour un denier symbolique – le domaine de Bletchley Park, où fut organisé « Ultra » pendant la Seconde Guerre mondiale[4].

Décorations

Notes et références

Liens externes

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