Institut national des jeunes sourds de Paris
établissement d'enseignement spécialisé à Paris
From Wikipedia, the free encyclopedia
L'Institut national des jeunes sourds de Paris (INJS, également surnommé Institut Saint-Jacques[1]) est un institut français d'enseignement gratuit spécialisé dans l'éducation des jeunes sourds. Fondé en 1791, il est situé au 254, rue Saint-Jacques, dans le 5e arrondissement de Paris, depuis 1794. C'est l'un des plus anciens établissements scolaires pour sourds au monde. L'enseignement gratuit et collectif dispensé dans cette école a permis à la communauté sourde de développer non seulement la langue des signes française mais aussi une véritable culture sourde en France, puis dans de nombreux autres pays où la LSF a été enseignée.
| Fondation | 1791 |
|---|---|
| Type | École pour sourds (en) |
| Composante | Ministère des Solidarités et de la Santé |
|---|---|
| Académie | Paris |
| Directrice | Élodie Hemery |
| Niveaux délivrés | De la 6e jusqu'en fin d'année de BAC pro ou CAP |
|---|---|
| Langue(s) des cours | Langue des signes française et Français |
| Ville | Paris 5e (254 rue Saint-Jacques) |
|---|---|
| Pays |
|
| Site web | injs-paris.fr |
| Coordonnées | 48° 50′ 36″ nord, 2° 20′ 29″ est |
|---|---|
Historique
En 1772, douze ans après la création de la première école pour sourds au monde, la Dumbie House (en) d'Édimbourg en Écosse en 1760, le prêtre français Charles-Michel de L'Épée (1712-1789) établit une école informelle pour les jeunes sourds, chez lui, à Paris, au numéro 14 de la rue des Moulins[2], afin de développer une nouvelle méthode pédagogique rivale des recherches de Jacob Rodrigue Pereire[3], qui travaille sur le sujet depuis 1734 et éduque des jeunes sourds à son domicile parisien depuis 1749. Les recherches de financement de l'abbé de l'Épée sont difficiles car l'archevêché de Paris refuse de l'aider, en raison de sa réputation de janséniste.
Le , Louis XVI finit par lui attribuer une pension de 6 000 livres sur sa cassette personnelle, sur arrêt du Conseil du Roi, avant d'assurer la pérennité matérielle de l'établissement en le prenant à sa charge. Il place l'institution sous protection royale et lui accorde une subvention[3].
Un arrêt de 1785 () érige l'institution en établissement d'éducation et ordonne son transfert au couvent des Célestins[4]. Le monastère des Célestins ayant été supprimé en 1778, son patrimoine était revenu à l'État (les rois de France étant statutairement « avoués du Clergé »).
L'abbé de L’Épée décède en 1789 et l'abbé Sicard lui succède à la tête de cette institution.
Le un projet de décret propose de créer l'Institution des sourds-muets de Paris afin de poursuivre de l'œuvre philanthropique de l'abbé de L'Épée[5]. Cette loi, votée le [6], honorait ce bienfaiteur en portant son nom au rang des citoyens ayant mérité de la Patrie et réattribuait à l'établissement les biens de l'ancien couvent précédemment légués par le Roi, afin qu'ils ne figurent pas dans la liste des biens nationaux destinés à la vente.
Le , l’école des aveugles de Valentin Haüy rejoint l’école des sourds au couvent des Célestins ; le est publié le premier règlement de l’Institution des sourds-muets et des aveugles-nés[7],[8].
Le , l'abbé Sicard demande la séparation des deux écoles ; la convention nationale autorise, le , les comités d’aliénation et de secours publics à placer les sourds-muets dans l'ancien séminaire Saint-Magloire, où se trouve toujours l'INJS aujourd'hui[6], à l'angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des deux églises[9] (qui sera renommée Rue de l'Abbé de l'Epée en 1846), et ils s'y installent le [10],[4].
Un décret de la Convention du assimile l’institution des sourds-muets de Bordeaux à celle de Paris[7] et les réglemente[10]. À la fin de l’année 1800, Jean Itard est nommé médecin de l’Institution parisienne, et le restera jusqu’à sa mort en 1838[10].
Les bâtiments sont reconstruits en 1823 par Antoine-François Peyre[4].
- L'institut en 1805.
- Portail d'entrée.
- Plaque commémorative devant l'entrée.
Influence sur la communauté et la culture sourdes
L'enseignement gratuit et collectif dispensé dans cette école a permis à la communauté sourde de développer non seulement la langue des signes française mais aussi une véritable culture sourde à Paris, puis en France[11] et dans de nombreux autres pays où la LSF été enseignée par des professeurs formés dans cet institut, permettant ainsi le développement des langues de la famille de la langue des signes française.
Influence sur les langues des signes de la famille dite « française »
La famille des langues des signes dites « françaises » comprend les langues des signes américaine, québécoise, brésilienne, austro-hongroise, russe ou encore mexicaine, parmi de nombreuses autres partageant une syntaxe et un vocabulaire partiellement communs hérités de la LSF des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.
Ainsi, Laurent Clerc, ancien élève et professeur à l'INJS, a cofondé en 1817 la première école permanente pour sourds aux États-Unis, à Hartford, avec Thomas Hopkins Gallaudet. L'ASL (American Sign Language) qui s'y est développée descend directement du mélange entre LSF et signes locaux.
En Russie, des éducateurs formés à Paris ont contribué à l'établissement de l'éducation des sourds dans la première école russe pour les sourds à Pavlovsk au début du XIXᵉ siècle[12].
C'est également le cas aux Pays-Bas, en Belgique, en Espagne et en Italie, où les méthodes pédagogiques de l'abbé de l'Épée et de ses successeurs ont influencé le développement des écoles pour sourds.
Au Brésil, Édouard Huet, formé à l'INJS, a fondé en 1857 l'Institut national d'éducation des sourds (pt) à Rio de Janeiro[13],[14]. La Libras (langue des signes brésilienne) qui s'y est développée conserve une parenté structurelle avec la LSF.
Au Mexique, c'est également Édouard Huet qui fonde en 1866 la première école pour sourds du pays, introduisant à nouveau un enseignement inspiré du modèle parisien[13],[14]. Son rôle est considéré comme fondateur dans l'histoire de l'éducation des sourds au Mexique.
Directeurs
- 1760-1789 : Abbé de l’épée[A 1]
- 1789-1794 : Abbé Masse
- 1794-1797 : Abbé Sicard
- 1797-1799 : Alhoy
- 1799-1822 : Abbé Sicard
- 1822-1822 : Abbé Goudelin (avril - septembre)
- 1823-1827 : Abbé Perier
- 1827-1831 : Abbé Borel
- 1831-1838 : Désiré Ordinaire
- 1838-1848 : Adolphe de Lanneau
- 1848-1848 : Garay De Monglave
- 1848-1858 : Adolphe de Lanneau
- 1858-1866 : Volney De Col
- 1866-1872 : Léon Vaisse
- 1872-1880 : Martin Etcheverry
- 1880-1884 : docteur Peyron
- 1884-1895 : Ernest Javal
- 1895-1898 : M. Debax
- 1898-1903 : Désiré Giraud
- 1903-1921 : Victor Collignon
- 1921-1928 : Lucien Dautresme
- 1928-1931 : Maurice De Veulle
- 1931-1935 : Joseph Géry
- 1935-1949 : François Xéridat
- 1949-1949 : Louis Nermond
- 1949-1955 : Gabriel Jaffrès
- 1955-1968 : Robert Colin
- 1968-1978 : Jean Chasse
- 1978-1981 : Louis Dessaint
- 1981-1991 : Patrick Monod-Gayraud
- 1991-1996 : Jean-Pierre Dabrowski
- 1996-2002 : Jean-François Michel
- 2002-2005 : Muriel Lejeune
- 2005-2014 : Jean-François Dutheil
VACANT
- 2015-2023 : Élodie Hemery
- 2023-2024 : Paul Flad
Élèves ou/et professeurs sourds
- Pierre Adeline
- Pierre Bernhard
- Josef Albert Soult Berg
- Ferdinand Berthier
- Armand Berton
- Lucien Blanvillain
- Jacques-Henri de Bourbon
- Guy Bouchauveau
- Bruno Braquehais
- Paul Choppin
- Isaac-Etienne Chomel
- Laurent Clerc
- David Comberry
- René Dunan
- Ernest Dusuzeau
- Claudius Forestier
- Henri Gaillard
- Luca Gelberg
- Joseph Henrion
- Édouard Huet
- Alphonse Lenoir
- Félix Martin
- Jean Massieu
- Émile Joseph Mercier
- Lucien Morel
- Eugène Née
- René Princeteau
- Frédéric Peyson
Directeurs, professeurs et docteurs
- Abbé de L'Épée
- Abbé Sicard
- Louis François Joseph Alhoy
- Roch-Ambroise Auguste Bébian
- Jean Itard
- Ludovic Goguillot
- Jules François René Ladreit de La Charrière
- André Castex
- Théophile Denis
- Charles Cros
- Laurine Duler (réceptrice)
- Louis-Pierre Paulmier
- Pierre Michel Adam (professeur de gravure)
L'institut dans l'art
Cinéma
- L'Enfant sauvage de François Truffaut (1970) a été tourné dans les locaux de l'institut. Une place située dans l'institut porte le nom du réalisateur.
- En 1977, François Truffaut retourne à l'Institut pour choisir un enfant sourd pour son film La Chambre verte. Dix élèves sont réunis et c'est le jeune Patrick Maléon, 13 ans, qui est sélectionné. Il a pour partenaire dans le film Truffaut lui-même et Nathalie Baye.