Jacobinisme

doctrine politique qui défend la souveraineté populaire From Wikipedia, the free encyclopedia

Le jacobinisme est un concept qui renvoie à des principes politiques défendus pendant la Révolution française, tels la liberté et l'égalité, ou encore la souveraineté populaire, puis, plus tardivement, l'unité et l'indivisibilité de la République française.

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Jacobinisme
Sceau du Club des Jacobins.
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Doctrine

Définition

Le jacobinisme pourrait être défini comme une tendance (elle-même traversée par différents courants) développée et mise en application lors de la Révolution française de 1789. Le point de convergence de tous les courants du jacobinisme serait probablement une attitude ouvertement anti-absolutiste et une volonté de réaliser les principes portés par les patriotes. Si les termes de l'historien François Furet dans Penser la révolution française laissent supposer qu'il y aurait une doctrine jacobine clairement identifiable (« le jacobinisme est à la fois une idéologie et un pouvoir : un système de représentations et un système d’action »), la recherche historique universitaire a au contraire démontré qu'il n'en était rien. Ainsi, les historiens Michel Biard et Pascal Dupuy relèvent-ils : « Toutes ces sociétés ne forment pas un ensemble très cohérent, loin de se soumettre à une direction politique. L'on ne saurait valablement parler d'un "bloc jacobin" appuyé sur un réseau homogène de sociétés populaires »[1].

L’historiographie révolutionnaire considère généralement que la sociabilité politique, portée notamment par les clubs jacobins, sociabilité qui voit l'entrée massive d'un nouvel acteur dans les affaires de la Cité, le peuple, est l’un des phénomènes majeurs de la Révolution[2].

Langue commune

La politique d'une langue commune à l'ensemble du territoire national apparaît dès l'Ancien Régime[3].

La tradition jacobine, qui favorise la primauté d'une langue véhiculaire commune à tous les citoyens, au nom d'une libération personnelle face aux pesanteurs socio-culturelles locales, est souvent définie à partir du rapport de Barère sur les idiomes étrangers et l’enseignement de la langue française présenté à la Convention nationale au nom du comité de salut public le 8 pluviôse an II (), même si celui-ci ne fait plus partie du club des Jacobins depuis la crise de rupture des feuillants et n'exprime pas une opinion propre aux seuls révolutionnaires jacobins[4]. Dans ce discours, il appelle à populariser la langue française : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle l'italien, et le fanatisme parle le basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreur. »[5].

Partisans

Le jacobinisme est la pensée politique des Montagnards. Elle est partagée par Robespierre, Danton, Camille Desmoulins ou Saint-Just[6],[7].

Histoire

Origine

Le jacobinisme est originaire de France. Ce terme renvoie à l’histoire du Club des jacobins pendant la Révolution française, qui culmine avec le gouvernement révolutionnaire du Comité de salut public[6].

Après les Journées d’octobre 1789 (5 et 6), la Société s’installe dans la bibliothèque du couvent des Jacobins, rue Saint-Honoré à Paris et prend le nom de « Société des Amis de la Constitution ». Commence alors véritablement l’histoire du Club et de ses affiliés. On a l’habitude de diviser cette histoire en trois périodes (selon Michelet). Certains historiens comme Claude Mazauric refusent cette périodisation car elle correspond trop aux trois Assemblées successives[8] (Constituante, Législative et Convention). Dès l'été 1789, de nombreuses sociétés des Amis de la Constitution se créent dans toute la France et s'affilient entre elles ; les historiens Jean Boutier et Philippe Boutry écrivent : « Au 31 décembre 1790, la France compte déjà plus de 300 sociétés […] l'an II, avec ses quelque 3500 créations (qui font suite aux 517 créations de janvier à septembre 1793), marque l'explosion généralisée de la sociabilité politique révolutionnaire »[9].

Ce qui va faire la force de cette Société, et va la rendre dangereuse pour l’Assemblée constituante dès lors que modérés et monarchistes votent ce que les patriotes qualifient de « lois et décrets anticonstitutionnels », c’est bel et bien l'étendue de son réseau. Si d’emblée, elle entend se comporter comme la cellule mère de tout un essaim de groupements similaires, dont chaque chef-lieu de département doit posséder sa réplique en une organisation calquée au plus près sur la sienne, la pratique révèle au contraire que les sociétés du pays n'entendent pas se faire dicter leur conduite, générant parfois même des tensions entre elles (Aix, Marseille, Pertuis). Les Jacobins vont dès les premiers temps de la Révolution dépêcher dans tout le pays ce que l'historien Jacques Guilhaumou a identifié comme des « missionnaires patriotes »[10].

Évolution du terme et du concept : de la Révolution au centralisme

Principes politiques esquissés par les Jacobins au cours de la période révolutionnaire

Leurs idées sont modérées au départ. En effet, les membres de la Société préconisent une monarchie constitutionnelle libérale mais non démocratique (les Jacobins sont tous des citoyens actifs : des bourgeois qui paient une cotisation annuelle élevée de 24 Livres françaises). À ce propos, l'historien Albert Mathiez, dans son ouvrage consacré aux Cordeliers, qui se situaient à la gauche des Jacobins, notait : « Même quand il s'ouvre aux simples particuliers, l'élément parlementaire continue d'y [au club des Jacobins] prédominer. Les cotisations élevées exigées à l'entrée en éloignent les petits bourgeois. Les jacobins doivent à leur recrutement d'être un club parlementaire et bourgeois et à leur organisation d'être un club national »[11].

Selon l'universitaire spécialiste du républicanisme français Brigitte Krulic, le rapport des Jacobins à l’État-nation et à la centralisation est lié à leur rousseauisme et à la place dans leur vision de l'universalisme républicain. Suivant la pensée de Jean-Jacques Rousseau, la loi est l'expression d'une volonté générale formée par la raison des citoyens égaux, et pas par des corps constitués, des « factions » ou des groupes d'intérêt. Le concept de nation, communauté politique souveraine et indivisible faite de citoyens égaux correspond alors à cette conception. Cette approche rejoint un attachement des jacobins à l'universalisme, qui doit être mis en œuvre via l'égal rapport de tous à un seul et même État, à une loi commune. Ce rapport entre universalisme et nation est explicitement assumé par le jacobin Camille Desmoulins lorsque celui-ci déclare « Nous ne sommes plus de Chartres ou de Montlhéry, nous ne sommes plus Picards ou Bretons, nous ne sommes plus d'Aix ou d'Arras, nous sommes tous français, tous frères », pastichant ainsi les formules utilisées par saint Paul pour proclamer l'universalisme chrétien. Cependant, Jacques Guilhaumou, historien du discours, a mis en évidence l'impossibilité d'assimiler jacobinisme et centralisation, évoquant même, notamment pour le cas de la Provence, un « fédéralisme jacobin ». Dans Marseille républicaine (1791-1793), il note que : « l’opposition classique entre le « centralisme parisien » et les réalités régionales, qui plus est entre le « centralisme jacobin » et le « fédéralisme girondin », n’est plus valide, en dépit de sa fortune historiographique. Les travaux récents lui ont fait perdre toute valeur explicative. » Cela ne contrevient cependant en rien à l'attachement à l'unité et l'indivisibilité de la République. Le projet politique ainsi constitué se heurte donc à l'existence de corps constitués et aux sentiments d'appartenance particuliers au sein de la nation[12]. L'héritage politique jacobin s'oppose en cela aux revendications régionalistes ou communautaristes, et est encore réactivé dans les débats entourant ces questions. Au-delà des discours politiques, des décisions du Conseil constitutionnel interdisant les statistiques ethniques[13] ou restreignant la reconnaissance et l'enseignement des langues régionales[14].

Le jacobinisme comprend un attachement aux principes de droits de l'homme. Cela est illustré par le texte de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, dans lequel est très impliqué la figure jacobine et député montagnard Saint-Just. L'universalisme de la Déclaration de 1789 y est à nouveau exprimé, puisque sont déclarés les droits d'un « Homme » abstrait et pas seulement des citoyens, tandis que les libertés politiques présentes dans le texte précédent sont reprises mot pour mot et accrues (concernant les libertés de manifestation et de réunion). Le texte de 1793, porté par les Montagnards, ajoute en revanche à ces libertés politiques l'introduction de droits sociaux, la souveraineté populaire, un républicanisme explicite et le devoir d'insurrection pour résister à l'oppression. L'engagement des jacobins dans la défense des droits humains les conduira à jouer un rôle important dans l'abolition de l'esclavage. Si, par sa composition encore hétéroclite, le club avait été divisé sur cette question en 1791, nombre de ces membres s'étaient déjà engagés dans une dénonciation virulente de l'esclavage et du « lobby colonial » alors dominant: c'est le cas de l'abbé Grégoire, de Marat (auteur de Les chaînes de l'esclavage) mais aussi de Maximilien de Robespierre, qui exprime alors l'exigence fondamentale qu'est pour lui cette abolition via sa célèbre formule « Périssent les colonies plutôt qu'un principe[15] ». Cet engagement marque l'action des jacobins pendant la période de la Convention, qui aboutit à l'abolition dans une assemblée où le club est à l'apogée de son influence et grâce à l'action de membres comme Danton ou Jean-François Delacroix. Les jacobins compteront d'ailleurs parmi eux le premier député noir de l'histoire de France, montagnard, le député de Saint-Domingue Jean-Baptiste Belley. Dans un film pédagogique récent (Les Jacobins : des centralisateurs ?[16]).

En matière socio-économique, le jacobinisme finit par se distinguer des autres courants révolutionnaires et se montre sur certains points avant-gardistes. Les premiers temps de la Révolution avait été marqués par des réformes libérales relevant d'une doctrine du laisser-faire, notamment portée par le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier. Cette dernière, qui supprime les guildes et corporations, peut elle-même se rapprocher de la doctrine d'égalité de tous devant la loi et de suppression des corps particuliers du club des Jacobins (dont Isaac le Chapelier est d'ailleurs fondateur). Mais le club va ensuite devenir le cadre d'élaboration de doctrine visant à dépasser ce laisser-faire pour construire un État social. La théorisation de cet aspect a été particulièrement poussée par le député jacobin Bertrand Barère, qui présente à la Convention, le 11 mai 1794, un « rapport sur la bienfaisance nationale ». Celui-ci débouchera le jour-même sur un décret relatif à « l'extinction de la mendicité des campagnes » et sur un grand projet intitulé Livre de la bienfaisance nationale. Le texte du rapport propose de rompre radicalement avec l'approche par la charité, jusque-là employée pour pallier les difficultés sociales en prenant appui sur les structures de l’Église, pour lui substituer une approche basée sur les droits sociaux et l'assistance publique. Est affirmé le devoir de la République d'agir contre les différentes situations de dépendance qui peuvent advenir au cours de la vie, selon une philosophie qui évoque le futur État social et sa description par Beveridge comme protégeant « du berceau à la tombe ». Barère y présente aussi la solidarité nationale comme le moyen d'éradiquer une mendicité par nature "incompatible avec le gouvernement populaire" et une nécessité pour concrétiser les valeurs de liberté et d'égalité proclamées par le régime. Une analyse analogue est portée par l'historien Fabrizio Calorenni dans son ouvrage consacré à Saint-Just : « Aussi du point de vue économique, les Jacobins présentaient une pensée bien structurée dont les racines reposaient fondamentalement sur une forme de « libéralisme égalitaire », caractérisé par l’affirmation politique et sociale de l’idée d’une égalité qui est la volonté de donner vie à une conception de la liberté qui n’est pas seulement réservée à la classe possédante mais aussi, au contraire, pouvait être la plus ample possible »[17]. Il faut néanmoins relever que cette sensibilité sociale du « jacobinisme » n'est pas une forme de communisme : si elle est critique des inégalités et appelle une intervention des pouvoirs publics, elle ne remet pas en cause la propriété privée (non limitée à la possession des biens matériels) qui demeure garantie par la déclaration des droits de 1793[18].

L'hégémonie politique ?

Lorsque Brissot et les Girondins sont exclus du club en octobre 1792 du fait de leur refus des mesures sociales et d'exception, les Jacobins incarnent un républicanisme radical dont Robespierre notamment est une figure de proue. Les Jacobins deviennent alors une puissance politique de premier plan. Le , la Société des Amis de la constitution s’était auparavant débaptisée solennellement et avait décidé de se nommer « Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité », une nomenclature imitée par les affiliées de toute la France. Le réseau jacobin et plus largement le « mouvement populaire » jouent un rôle d’opposition à la droite de la Convention (Girondins, Modérés), qui tient pour l'heure les affaires. Pour cela, Robespierre et le Club s’appuient davantage encore sur le peuple. D'ailleurs, Jacques Guilhaumou relève : « Pendant l'été 1793, le club [des Cordeliers] conquiert, avec l'aide des délégués de la fête du 10 août, une position hégémonique au sein du mouvement jacobin »[19].

Les jacobins participent à l'arrestation des Girondins le [20].

Hébert est admis au club des Jacobins le [21].

Les Néo-jacobins

Sous le régime du Directoire qui se met en place à partir de , une alternative républicaine décrite à l'époque comme notamment « énergique », « terroriste » ou « jacobine » émerge en opposition par rapport à ce que les historiens qualifient de « républicains directoriaux », partisans de ce régime perçu comme un « juste milieu », à la fois opposé aux royalistes et aux démocrates. Cette opposition républicaine et démocrate au régime est décrite comme « néo-jacobine » par les historiens, mais elle demeure hétérogène et divisée, avec néanmoins des références communes comme la Constitution de 1793. Elle se retrouve notamment au sein du Club du Panthéon et dispose de journaux comme Le Tribun du peuple de Babeuf. Ce club est toutefois fermé en , et la répression qui fait suite à la Conjuration des Égaux affaiblit ce courant au profit des conservateurs[22].

Dès les élections d'avril 1798 les « néo-jacobins » progressent, notamment après la répression des royalistes lors du coup d'État du 18 fructidor an V. Cependant, la loi du 22 floréal an VI annule largement les victoires jacobines[23]. Les républicains « prononcés » parviennent toutefois à revenir en force à la suite des élections de 1799. Cette progression conduit à une vitalité républicaine avec de nombreuses sociétés politiques, dont le Club du Manège à Paris. Des lois de « salut public » sont adoptées, un emprunt forcé est imposé aux plus riches et les anciens nobles et parents d'émigrés sont transformés en otages, ce qui selon l'historien Hervé Leuwers rappelle 1793. La mouvance républicaine revendique le respect des élections, la liberté d'association et la liberté de la presse, ainsi qu'une fiscalité progressive. Toutefois, cette tendance suscite une crainte de la part des « républicains directoriaux » conservateurs, qui cherchent la stabilité politique et le renforcement du régime. Ces derniers organisent alors le coup d'État du 18 Brumaire contre un prétendu « complot jacobin », renversant le Directoire et instaurant le Consulat. Par la suite les jacobins sont réprimés, avec la fermeture de la presse et des clubs[24].

Une référence républicaine associée ultérieurement au centralisme

Aux XIXe et XXe siècles, le jacobinisme est accusé par ses détracteurs conservateurs d'être synonyme de dictature révolutionnaire, dictature de la liberté. Cette idéologie est rejetée par les libéraux tandis que les républicains, au contraire, vont puiser à cette source et se référeront toujours aux grands ancêtres jacobins. Après l'installation de la République, en 1880, le jacobinisme entre dans le patrimoine national, mais ce n’est plus qu’un jacobinisme adapté consensuel. Plus tard, et aujourd’hui encore, le jacobinisme est associé à une conception centralisatrice de la République française, faisant de Paris le lieu essentiel d’exercice du pouvoir, à la différence de ce qui existe dans les pays fédéralistes ou qui du moins ont fait de fortes dévolutions de pouvoir aux entités régionales et locales. Toutefois, historiquement les jacobins ont au contraire défendu les communes. Le terme jacobinisme est donc couramment utilisé aujourd'hui, par glissement de sens, comme synonyme de centralisme (voir aussi parisianisme). Le juriste Francis-Paul Bénoit considère que cette association est un « faux sens historique ». En effet, si les jacobins sont principalement attachés à l’unité du peuple souverain, ils défendent également l’administration communale. Il s'agit donc d'une doctrine qui s'inscrit dans le contexte de la période révolutionnaire, et qui n'a aucun rapport avec des conception centralisatrices ultérieures à cette période[25].

Héritage

Pour Francis-Paul Bénoit :

Le jacobinisme a été pour une large part un rêve, souvent cruel et sanglant, sans portée institutionnelle durable. Il n’en reste pas moins pour autant, non seulement un des phénomènes politiques les plus considérables de notre histoire [de France], mais aussi une des idéologies les plus importantes de notre pays[7].

Au XXe siècle, d'après François Furet, la tradition jacobine peut plaire aux gaullistes, aux communistes et à la tendance jacobine existant à l'intérieur du Parti socialiste (par opposition à la "deuxième gauche". Dans son article sur le jacobinisme, François Furet écrivait cette définition en 1992, c'est-à-dire à une époque où Jean-Pierre Chevènement était encore membre du Parti socialiste : « L’élasticité sémantique du terme, dans la politique française de cette fin du XXe siècle, témoigne de ce travail du temps. Jacobinisme ou jacobin peuvent y désigner, selon les cas, des prédilections très diverses : l’indivisibilité de la souveraineté nationale, la vocation de l’État à transformer la société, la centralisation gouvernementale et administrative, l’égalité des citoyens garantie par l’uniformité de la législation, la régénération des hommes par l’école républicaine, ou simplement le goût sourcilleux de l’indépendance nationale. Dans cette nébuleuse de sens domine toujours la figure centrale de l’autorité publique souveraine et indivisible, dominant la société civile ; ce qui est après tout un paradoxe, s’il est vrai que l’histoire du club des Jacobins est celle d’une incessante usurpation sur la Convention, régulièrement investie de la souveraineté du peuple par l’élection de . Mais ce paradoxe – outre qu’il en dit peut-être long sur la faiblesse de la tradition juridique en France et sur la tyrannie vague des souvenirs historiques – exprime aussi au bout de deux siècles une espèce d’embourgeoisement du jacobinisme, passé de l’état de patrimoine révolutionnaire au statut de propriété nationale. Parvenu à ce stade éminent de dignité historique, le concept a perdu tout caractère subversif et aussi, comme on l’a vu, tout sens précis ; mais en évoquant dans les mentalités les vertus d’un État fort, porteur du progrès et figure imprescriptible de la nation, il permet de joindre sa tradition à celle qui l’a précédée et à celle qui l’a suivie, et de recoudre ce que la Révolution avait déchiré : formant un pont entre l’ancienne monarchie et l’État napoléonien, la tradition jacobine retrouve un air de famille. Si bien qu’elle peut aussi faire une place à la droite et diviser la gauche ; plaire aux gaullistes comme aux communistes, et tracer une ligne de démarcation à l’intérieur du parti socialiste »[26].

Pierre Rosanvallon estime que le jacobinisme, qui s'est traduit au cours de la Révolution française, avec la loi Le Chapelier (1791), par le rejet des corps intermédiaires, se manifeste aujourd'hui dans la vie politique française par une « culture de la généralité » constamment activée dans les discours politiques. La recherche du meilleur régime politique passe par une volonté d'encadrer les particularités sous une même généralité. Cette caractéristique apparaît dans l'élaboration des lois[27].

Les jacobins dans le monde

Dans nombre de pays d'Europe, des réseaux reprenant les méthodes et le nom des Jacobins s'organisent, pour acquérir la liberté politique et de conscience, la fin de la domination de l'aristocratie, la garantie d'une constitution basée sur le peuple souverain. C'est le cas en Italie, en Pologne, en Allemagne, en Belgique, en Angleterre et en Irlande, aux Pays-Bas, en Suisse, en Autriche-Hongrie, dans l'Empire ottoman. Ce mouvement s'appuie sur la Révolution française, les occupations militaires venant des guerres de défenses de la Révolution, et les républiques-sœurs. Il est en même temps entravé par le Directoire, le Consulat et le bonapartisme. En prolongement de ces réseaux, ou en écho à ce qui est rapporté de la Révolution française, des groupes se constituent aux États-Unis, aux Caraïbes, au Brésil[28].

Les activistes favorables à la révolution ou aux réformes en dehors de la France avaient peu de points communs avec le jacobinisme français de 1793-1794. Bien qu'ils soient souvent désignés dans l'historiographie comme des « jacobins », la majorité d'entre eux ne peuvent, selon les critères établis par Robespierre pour une attitude conforme à la volonté générale, être considérés comme tels. Parmi les rares exceptions, on peut citer Jacques Grenus, de Genève, et Joseph-Antoine Rengguer, de la principauté épiscopale de Bâle ou de la République rauracienne, respectivement. Ils ont rassemblé des partisans dans leurs régions, ont adopté des positions robespierristes et ont milité en faveur de l'adhésion à la France[29].

Le magazine américain de gauche radicale Jacobin se réclame d'un héritage socialiste tout en arborant le nom de jacobin[30].

Notes et références

Voir aussi

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