Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre
écrivain et botaniste français
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Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, né le au Havre et mort le à Éragny[1] (actuel Val-d'Oise), formé comme ingénieur des ponts et chaussées, est un écrivain et botaniste français, resté célèbre pour son roman Paul et Virginie.
| Fauteuil 27 de l'Académie française | |
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| Directeur du Muséum national d'histoire naturelle | |
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Bernardin |
Biographie
Origines familiales et formation
Il est le fils de Nicolas Saint-Pierre et de Catherine Godebout. Il a pour marraine Bernardine de Bayard, qui prétend descendre du chevalier Bayard[2].
Montrant dès l’enfance un esprit à la fois rêveur et aventurier, goûtant les charmes de la nature, désireux de l’inconnu, Bernardin de Saint-Pierre est d'un caractère inquiet, irritable, facilement rebuté par les difficultés et les devoirs.[réf. nécessaire]
Il étudie d'abord chez un curé de la ville de Caen qui lui enseigne les éléments des langues anciennes. À l'âge de 11 ans, il lit Robinson Crusoé[3], que lui a offert sa marraine. Il demande alors à partir en mer. L'un de ses oncles, capitaine de navire, qui part en Martinique, le prend à son bord alors qu'il n'a que 12 ans[4]. Mais les fatigues de la navigation et le service des manœuvres auquel il est astreint dissipent ses illusions[5].
Revenu au Havre, il est ensuite envoyé au collège des Jésuites de Caen pour y étudier les sciences sous la direction de l'abbé de La Caille[6]. Il s’enthousiasme à la pensée d’aller dans des pays lointains convertir les peuples barbares. Mais son père tempère cet élan en le renvoyant faire sa philosophie au collège de Rouen[7].
Il entre ensuite à l’École des ponts et chaussées[8]. Après avoir obtenu le diplôme d'ingénieur, il entre dans le corps de jeunes ingénieurs que le ministre de la guerre a établi à Versailles.
Carrière d'ingénieur
Envoyé en cette qualité à l’armée, à Düsseldorf[9], sa susceptibilité et son insubordination le font destituer.
Il rentre au Havre, où son père s’est remarié. Ne pouvant s’accorder avec sa belle-mère, il part vivre à Paris en , presque sans ressources. L’année suivante, il obtient d'être envoyé comme ingénieur à l’île de Malte[8], que menacent les Ottomans. La guerre n’ayant pas lieu, il rentre à Paris avec l’intention d’enseigner les mathématiques.
Ne trouvant pas d’élèves, il propose au ministre de la Marine d’aller lever le plan des côtes d’Angleterre, proposition qui reste sans réponse.
Séjours en Russie, en Pologne et en Allemagne
Il décide alors de tenter la fortune à l’étranger. Ayant emprunté un peu d'argent, il part pour la Hollande, puis à Saint-Pétersbourg en Russie, plein d’espoir dans la bienveillance connue de l’impératrice Catherine pour les Français[10]. Pourvu d’une sous-lieutenance dans le corps du génie, il ne parvient pas à faire agréer au gouvernement le projet d’une compagnie pour la découverte d’un passage vers les Indes orientales par la Russie.
Passé en Pologne[11] pour soutenir la cause de Charles Radziwiłł contre Poniatowski, il rencontre à Varsovie la princesse Marie-Caroline Radziwiłł, née Lubomirska, connue sous le nom de « Miesnik » (du polonais « Miecznik », nom de la charge occupée par son ex-mari Charles-Stanislas Radziwiłł au temps de leur mariage). Il conçoit pour elle une passion[12], dont les « fureurs » le font congédier au bout de quelques mois.
Parti pour Dresde avec l’intention de se mettre au service de la Saxe[13], il se rend à Berlin, où il ne peut se fixer en raison d'une aventure galante[14], et rentre en France en novembre 1766[15].
Retour en France (-)
Sans ressources, criblé de dettes et partout éconduit, Bernardin est alors sur le point d’échanger sa vie aventureuse contre celle d’écrivain. Il se retire à Ville-d'Avray[16], y loue une chambre chez le curé. Il y met en ordre ses observations et ses souvenirs de voyage, et rédige des Mémoires sur la Hollande, la Russie, la Pologne, la Saxe et la Prusse. Il tourne son esprit systématique vers des spéculations hasardeuses. Il écrit à Pierre Michel Hennin : « J’ai recueilli sur le mouvement de la terre des observations, et [...] j’en ai formé un système si hardi, si neuf et si spécieux, que je n’ose le communiquer à personne[17]. » et « Je m’accroche à tout, et laisse flotter çà et là des fils, comme l’araignée, jusqu’à ce que je puisse ourdir ma toile[18]. »
Dans l'océan Indien (-)
Ces projets littéraires encore retardés, il sollicite et obtient un brevet de capitaine-ingénieur pour l’Île de France (actuelle Île Maurice) grâce à la protection du baron de Breteuil[4] et part en .
Sur place, il s'étonne de trouver, au lieu d'une île paradisiaque et sauvage, un endroit en proie à une féroce spéculation foncière et agricole, déjà largement déforesté : il lui faudra convaincre le gouverneur de l'île que les forêts primaires et une gestion raisonnée du développement agricole sont nécessaires au climat et à la conservation des sols si riches de l'île, et que celle-ci ne pourra durablement se développer qu'à condition qu'on y respecte l'environnement. Ce faisant, il fonde l'un des premiers programmes de conservation de la nature (on parlerait aujourd'hui de services écosystémiques). Il essaie vainement de séduire Françoise Robin, la jeune épouse de Pierre Poivre, le premier intendant des îles de France et de Bourbon.
Bernardin demeure trois ans aux Mascareignes, et rapporte ces voyages dans un gros ouvrage publié à son retour en : Voyage à l’Île de France, à l’île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance par un officier du roi (Amsterdam et Paris, , 2 volumes in-8o).
Débuts littéraires
Revenu à Paris en juin , il se met à fréquenter la Société des gens de lettres. D’Alembert le présente dans le salon de Julie de Lespinasse, mais il y réussit mal et se trouve en général déplacé dans le monde des encyclopédistes. Grâce à d’intimes analogies, Il se lie plus étroitement avec Jean-Jacques Rousseau, avec lequel il va se promener à la campagne, où ils s’entretiennent longuement ensemble sur la nature et l’âme humaine. Bernardin cherche à adoucir la noire mélancolie du philosophe, et en est atteint lui-même. Dans le préambule de l’Arcadie, il se peint cherchant la solitude : « À la vue de quelque promeneur dans mon voisinage, je me sentais tout agité, je m’éloignais. […] En vain j’appelais la raison à mon secours, ma raison ne pouvait rien contre un mal qui lui volait ses propres forces[19]. »
En , un projet de mariage avec Louise-Félicité de Keralio ne voit pas le jour en raison de son échec à obtenir un poste à l'École royale militaire. La même année, il publie son Voyage à l’Île de France, à l’Île Bourbon, au cap de Bonne-Espérance, par un officier du roi, récit sous forme de lettres à un ami, où transparaissent déjà les principales lignes de son talent. Mais il lui vaut l'inimitié de la cour, parce qu'il donne des détails aussi exacts qu'indiscrets sur les désordres de la colonie et sur la lamentable situation des noirs[4]. Il prépare ensuite la publication de ses Études de la nature. Il passe tout l’hiver de à à recopier cet ouvrage, à y ajouter, à y retrancher. « L’ours, disait-il, ne lèche pas son petit avec plus de soin. Je crains, à la fin, d’enlever le museau au mien à force de le lécher ; je n’y veux plus toucher davantage[20]. »
Bernardin de Saint-Pierre est certainement celui qui a exprimé de la manière la plus simple la théorie du finalisme anthropocentrique à l'œuvre dans la nature :
- « Il n’y a pas moins de convenance dans les formes et les grosseurs des fruits. Il y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l'homme, comme les cerises et les prunes ; d’autres pour sa main, comme les poires et les pommes ; d’autres beaucoup plus gros comme les melons, sont divisés par côtes et semblent destinés à être mangés en famille : il y en a même aux Indes, comme le jacq, et chez nous, la citrouille qu’on pourrait partager avec ses voisins. La nature paraît avoir suivi les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés à nourrir l'homme, que dans la grandeur des feuilles qui devaient lui donner de l’ombre dans les pays chauds ; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne, une famille entière, et tous les habitants du même hameau[21]. »
Après la publication des Études (Didot, 3 vol., ), l’auteur, inconnu, rebuté et indigent la veille, passe en quelques jours à l’état de grand homme et de favori de l’opinion. Tout ce qui sort de sa plume est assuré du succès. Les pages de Paul et Virginie () ne rencontrent cependant pas, à leurs débuts, l’accueil espéré, et sans l’intervention du peintre Vernet, il les aurait certainement détruites. Il demeure à cette époque au n° 21 du quai des Grands-Augustins.
Dénonciation de l'esclavage
Quand Bernardin de Saint-Pierre naît au Havre en , la ville est alors un des ports négriers français.

Après avoir demeuré trois ans aux Mascareignes, il publie, en , à l’apogée de la traite française, son Voyage à l’Île-de-France, à l’Île Bourbon, au cap de Bonne-Espérance, par un officier du roi. Dans La Lettre XII, il expose un virulent réquisitoire contre l’esclavage et le colonialisme, en fustigeant, sans les nommer, ses contemporains philosophes : Montesquieu, Voltaire, Rousseau :
« Je suis fâché que des philosophes qui combattent les abus avec tant de courage n’aient guère parlé de l’esclavage des noirs que pour en plaisanter. Ils se détournent au loin ; ils parlent de la Saint-Barthélemy, du massacre des Mexicains par les Espagnols, comme si ce crime n’était pas celui de nos jours, et auquel la moitié de l’Europe prend part. Y a-t-il plus de mal à tuer d’un coup des gens qui n’ont pas nos opinions, qu’à faire le tourment d’une nation à qui nous devons nos délices ? Ces belles couleurs de rose et de feu dont s’habillent nos dames ; le coton dont elles ouatent leurs jupes ; le sucre, le café, le chocolat de leurs déjeuners, le rouge dont elles relèvent leur blancheur : la main des malheureux noirs a préparé tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous pleurez aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé de pleurs et teint du sang des hommes[22]. »
En il rédige Empsael et Zoraïde[23], une pièce de théâtre où il choisit d’inverser la situation qui prévalait à son époque : les Africains sont les maîtres et les Européens les esclaves. Elle ne sera jamais jouée, et ne sera publiée qu'en [24].
Enfin, son roman Paul et Virginie, publié en 1788, s’oppose frontalement et sans ambiguïté à l’esclavage et au racisme, au nom de la fraternité entre tous les hommes.
Période de la Révolution française (-)
En , il est nommé intendant du Jardin du Roi en remplacement du marquis de La Billarderie, et il rédige un projet d'extension par une ménagerie[25],[26].
Mais, après la chute de Louis XVI () et l'établissement de la République, la Convention nationale, à l'initiative de Lakanal, décide en la dissolution des Jardins du Roi et leur conversion en Muséum d’histoire naturelle. Le poste d'intendant est supprimé et remplacé par un directeur assisté de douze professeurs : le poste de directeur est confié à Daubenton.
Appelé vers la fin de à professer la morale à l’École normale de l’an III, instituée par la Convention, Saint-Pierre ne paraît que deux ou trois fois dans sa chaire et, malgré les applaudissements, reconnaît qu’il n’a pas le talent de la parole.
En , il est nommé membre de l’Institut de France, dans la classe de morale (l'actuelle Académie des sciences morales et politiques). Il y côtoie le précurseur du romantisme, Louis-Sébastien Mercier, et a souvent des discussions vives et pleines d’aigreur avec ceux de ses collègues qu’il appelle les athées, Naigeon, Volney, Morellet et Cabanis.
Il soutient à partir de le culte révolutionnaire de la théophilanthropie, qui vise à renforcer la République en remplaçant le catholicisme par une autre religion.
Période du Consulat et de l'Empire (-)
Les premiers contacts de Bernardin avec la famille Bonaparte se font par l'entremise de Louis qui l'apprécie ; il met Joseph en contact avec lui et, finalement, avec celui qui n'est encore que le général Napoléon Bonaparte[27].
Napoléon, lecteur assidu, aime beaucoup Paul et Virginie, beaucoup moins l'auteur. Revenant de l'armée d'Italie en , le futur empereur rencontre Bernardin lors d'un dîner chez le directeur Nicolas François de Neufchâteau. « Je vous connais, citoyen, j'ai lu vos ouvrages […] Jean-Jacques était votre ami ? - Oui, général, Jean-Jacques était mon bien bon ami; […] il vous a prédit[n 1] en parlant de la Corse[28]. » Par la même occasion, Bernardin se plaint de sa gêne financière. Lui rendant sa visite quelques jours plus tard, Napoléon laisse discrètement 25 louis sur un coin de sa cheminée, délicatesse qui fait rire tout le monde et, à sa grande honte, il apprend que Bernardin « […] faisait métier de demander à tout-venant, et de recevoir de toutes mains[29]. » Il en gardera toujours une certaine rancune dont Bernardin eut à souffrir. Selon Louis-Aimé Martin, ardent défenseur de Bernardin, les faits ne se seraient pas passés tels que Napoléon les a contés à Sainte-Hélène : Bernardin n'aurait réclamé que du retard des paiements du Directoire et le général Bonaparte n'aurait laissé que le solde de ces arriérés sur la cheminée[30]. Tout ceci n'empêche pas Napoléon de remercier Bernardin le 23 frimaire an VI () pour l'envoi de quelques œuvres, en utilisant cette belle formule : « Votre plume est un pinceau[31]. »
Lauréat de l’Académie de Besançon, il est élu à l’Académie française en .
Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le [32] alors qu'il résidait au numéro 15 rue de Bellechasse.
Lagrange n'a jamais pardonné à Bernardin d'avoir attaqué les sciences. Parlant de l'Institut, Lagrange dit : « Si Bernardin était de notre classe[n 2], s'il parlait notre langue, nous le rappellerions à l'ordre, mais il est de l'Académie et le style n'est pas de notre ressort[33]. » Napoléon semble l'approuver puisqu'il assure : « Ce qu'il dit des marées et de beaucoup d'autres choses dans les Harmonies de la Nature est ridicule. Qu'il fasse des fables, des romans comme Paul et Virginie, c'est bien, il y excellait, mais qu'il ne parle pas de géométrie et de sciences auxquelles il ne comprend rien[34]. » Lorsque Bernardin vient se plaindre de Lagrange, le Premier consul lui répond : « Savez-vous le calcul différentiel ? - Non. - Eh bien ! Allez l'apprendre, et vous vous répondrez à vous-même[33],[35]. » Napoléon le poursuit en disant : « M. Bernardin, quand nous donnerez-vous des Paul et Virginie ou des Chaumières indiennes ? Vous devriez nous en fournir tous les six mois[36]. »
Montrant qu'il avait la rancune tenace, Napoléon sera catégorique à Sainte-Hélène : « Bernardin de Saint-Pierre était un mauvais homme. Il avait épousé la fille de Didot, qu'il rendit très malheureuse. Je lui ai donné une fois douze mille francs[n 3], mais c'est tout ce qu'il a retiré de moi. Mais il a retiré beaucoup d'argent de Lucien [37]. » L'Empereur semble oublier qu'il avait accordé à Bernardin une pension de 2000 francs le [38].
À Longwood, après dîner, Napoléon fera lire souvent Paul et Virginie et Gourgaud, dans son journal de Sainte-Hélène en , rapporte que : « La lecture de Paul et Virginie émeut l'Empereur. Je pleure, ainsi que Mme de Montholon qui me dit en sortant que, dans notre position ici, de pareilles lectures remuent trop l'âme, elle en a la digestion troublée. »
Mariages et descendance
Le 6 brumaire an II () à l’âge de cinquante-six ans, il épouse Félicité Didot née le 7 mars 1773 et qui n’en a que vingt. Elle est la fille de Pierre-François Didot et la famille Didot est une dynastie d'imprimeurs célèbres. De leur union naîtront Virginie Bernardin de Saint-Pierre (-) le 12 fructidor an II (), mariée au général Marie Joseph Gazan, et Paul Bernardin de Saint-Pierre (-) le 16 germinal an VI ().
Des conflits apparaissent très tôt entre le couple Bernardin et la famille Didot, sans que l'on sache exactement les motifs. Louis-Aimé Martin qui fût l'élève et l'ami de Bernardin avant d'en épouser sa veuve, prétend que la belle famille était « divisée par la jalousie et l'intérêt[39]. » A cela vient s'ajouter une triste affaire de dot de la mariée ayant été versée à Bernardin sous forme de papiers qui auraient rapidement perdu 75 pour cent de leur valeur[39]. Après la naissance de leur fils Paul, la santé de Félicité vient rapidement à décliner. Il n'en fallait pas plus pour que les ennemis de Bernardin se déchaînent contre lui. La rumeur publique l'accuse de tous les maux et d'être responsable des problèmes de santé de son épouse. Le 25 ventôse an VII () Félicité rédige une lettre défendant son époux[40]. Aimé Martin en arrivera à traiter de « [...] misérable. » Léger Didot frère de la jeune épouse qui, prétend il, n'a de cesse de poursuivre l'innocent Bernardin pour le calomnier et le ruiner. Dans un procès retentissant intenté par Léger Didot, et jugé le , Aimé Martin fut condamné à une amende pour calomnie et diffamation.
Félicité décède le 27 frimaire an VIII () d'un mal de poitrine.
Ayant perdu sa première femme, il épouse le 18 brumaire an IX () Marguerite Charlotte Désirée Lafitte de Pelleport, une des filles du libelliste Anne-Gédéon de La Fitte de Pelleport. De son second mariage il a un fils : Bernardin, mort à l'âge de trois ans.
Mort et funérailles
Sa nouvelle épouse calme ses dernières années avant sa mort ; Bernardin se retire à Éragny-sur-Oise dans une demeure vraisemblablement construite au XVIIIe siècle, qui fut probablement l'ancien presbytère de Jean-Noël Deluche Delacroze, curé, élu maire en , guillotiné le . La maison est entourée d’un jardin, et située à quelques pas des berges de l’Oise[41].
Il décède le . Son ami Louis-Aimé Martin écrit « la terre était couverte de neige, un vent froid agitait quelques arbrisseaux placés sous sa fenêtre ... Tout était triste dans la nature[42]. »
Lors des funérailles, le , François-Auguste Parseval-Grandmaison prononce un discours au nom de l'Institut qui termine par cette citation de Bernardin : « Le tombeau est un monument placé sur les limites des deux mondes[43]. »
Il repose au cimetière du Père-Lachaise, Division 11. Ses enfants Paul et Viginie reposent avec lui ainsi que son gendre Marie Joseph Gazan, époux de Virginie [44].
L’écrivain
On remarque chez Bernardin de Saint-Pierre une différence profonde entre l’écrivain et l’homme. Celui-ci est irascible, morose et tracassier ; celui-là est doux, calme et tendre. De la jeunesse à la fin de sa vie, l’écrivain rêve d'une sorte de république idéale, dont tous les habitants seraient unis par une mutuelle bienveillance, alors que les moindres froissements de la vie irritaient la nerveuse susceptibilité de l’homme. Nul être n’est moins propre à réaliser le monde d’ordre et d’harmonie, cette espèce d’Éden ou d’âge d’or, que l’écrivain s’obstine à imposer à la nature. À la fin et en désespoir de cause, Bernardin renonce à la poursuite de ses projets lointains et, au lieu de vouloir réaliser les choses, il s’avise de les décrire. « L’utopiste à bout de voie, dit Sainte-Beuve, saisit la plume et devint un peintre. Ces harmonies qu’il ne pouvait réaliser sur la terre, dans l’ordre politique et civil, il les demanda à l’étude de la nature, et il raconta avec consolation et délices ce qu’il en entrevoyait : "Toutes mes idées ne sont que des ombres de la nature, recueillies par une autre ombre." Mais à ces ombres son pinceau mêlait la suavité et la lumière ; c’est assez pour sa gloire[45]. »
Dans l’Arcadie (Angers, , in-18), une sorte de poème en prose, Bernardin décrit la république idéale dont il rêve. Dans les Études de la nature (Paris, , 3 vol. in-12), il a, suivant ses propres paroles, d’abord l’idée d’écrire une histoire générale de la nature. Mais renonçant à un plan trop vaste, il se borne à en rassembler quelques portions. La première partie est dirigée contre les athées, dont il fait des partisans du désordre et du hasard. Il leur oppose l’ordre et l’harmonie de la nature, où il trouve d’admirables thèmes pour son talent. Vers la dixième étude, il commence plus directement l’exposition de ses vues et des harmonies telles qu’il les conçoit : le jeu des contrastes, des consonances et des reflets en toutes choses. La dernière partie de l’ouvrage est surtout relative à la société, à ses maux et aux remèdes qu’on y peut apporter. Le mérite et l’originalité de l’auteur est d’y substituer, d’un bout à l’autre, le sentiment, l’éloquence, le charme des tableaux à la science.
Le talent de peintre de la nature de Bernardin est le plus apparent dans son Paul et Virginie (Paris, , in-12). Chef-d’œuvre de Bernardin, « dont on aurait peine à trouver le pendant dans une autre littérature[46] », il présente, sur fond d’un paysage neuf et grand, deux gracieuses créations de figures adolescentes, et peint la passion humaine dans toute sa fleur et dans toute sa flamme. « Presque tout, en a dit Sainte-Beuve, est parfait, simple, décent et touchant, modéré et enchanteur. Les images se fondent dans le récit et en couronnent discrètement chaque portion, sans se dresser avec effort et sans vouloir se faire admirer ... Ce qui distingue à jamais cette pastorale gracieuse, c’est qu’elle est vraie, d’une réalité humaine et sensible. Aux grâces et aux jeux de l’enfance ne succède point une adolescence idéale et fabuleuse. Nous sommes dans la passion, et ce charmant petit livre que Fontanes mettait un peu trop banalement entre Télémaque et la Mort d’Abel, je le classerai, moi, entre Daphnis et Chloé et cet immortel quatrième livre en l’honneur de Didon. Un génie tout virgilien y respire[47]. » Le manuscrit de Paul et Virginie, lu dans le salon de Suzanne Necker, devant Buffon, Thomas, etc., n’a aucun succès, mais à peine imprimé, il est apprécié à sa juste valeur. Bernardin est, avec moins de passion et plus d’esprit, aussi parfait dans La Chaumière indienne (Paris, , in-8o), qui, dans sa grâce et sa fraîcheur, est un paradoxe, une attaque contre la science. Les tableaux offerts par les Harmonies de la nature (Paris, , 3 vol. in-8o) portent les traces de toutes les exagérations de la manière de leur auteur, qui ont fait dire à Joubert : « II y a dans le style de Bernardin de Saint-Pierre un prisme qui lasse les yeux. Quand on l’a lu longtemps, on est charmé de voir la verdure et les arbres moins colorés dans la campagne qu’ils ne le sont dans ses écrits. Ses Harmonies nous font aimer les dissonances qu’il bannissait du monde et qu’on y trouve à chaque pas[48]. »
Les autres écrits de Bernardin de Saint-Pierre sont : Vœux d’un solitaire (Paris, , in-12), qui tendent à concilier les principes nouveaux avec les idées anciennes ; Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin national des plantes (Ibid., , in-12) ; De la Nature de la morale (, in-12) ; Voyage en Silésie (, in-12) ; la Mort de Socrate, drame, précédé d’un Essai sur les journaux (, in-18) ; le café de Surate, conte satirique ; Essai sur J.-J. Rousseau et récits de voyage.
Ses Œuvres complètes sont d’abord publiées par Aimé Martin (Paris, -20, 12 vol. in-8o), une édition plusieurs fois reproduite sous divers formats. Le même éditeur a publié aussi la Correspondance de Bernardin de Saint-Pierre (, 4 vol. in-8o), ses Œuvres posthumes (-, 2 vol. in-8o), et ses Romans, contes, opuscules (, 2 vol. in-18).
Décorations et distinctions
Œuvres
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l’Île de France, à l’île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance, par un officier du roi (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l’Île de France, à l’île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance Tome premier, vol. I, (Amsterdam), Merlin, 1773a (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l’Île de France, à l’île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance Tome second, vol. II, (Amsterdam), Merlin, 1773b (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature. : Quatrième édition, revue, corrigée et augmentée., (Paris), de l'Imprimerie de Monsieur, (1re éd. 1784)Disponible en ligne sur LillOnum
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature. : Tome premier, t. I, (Paris), de l'Imprimerie de Monsieur, 1791a (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature. : Tome second, t. II, (Paris), de l'Imprimerie de Monsieur, 1791b (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature. : Tome troisième, t. III, (Paris), de l'Imprimerie de Monsieur, 1791c (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature. : Tome quatrième, t. IV, (Paris), de l'Imprimerie de Monsieur, 1791d (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature. : Tome cinquième, t. V, (Paris), de l'Imprimerie de Monsieur, 1791e (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, L’Arcadie, (Angers), Pavie, (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, (Paris), de l'imprimerie de Monsieur, (1re éd. 1788) (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, La Chaumière indienne, (Paris), de l'imprimerie de Monsieur-chez P. Fr. Didot le jeune, (1re éd. 1790) (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Le Café de Surate (1re éd. 1790) (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Les Vœux d’un solitaire, pour servir de suite aux Études de la nature, (Paris), P.F. Didot le jeune, 1789-1792 (1re éd. 1789), 2 vol. in-12 XXXV-411-LVI-73 p. (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, De la Nature de la morale, fragment d'un rapport sur les mémoires qui ont concouru pour le prix de l'Institut national, dans sa séance publique du 15 messidor de l'an 6, sur cette question : "Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d'un peuple ?", (Paris), Imprimerie-librairie du "Cercle social", an 6 (1797)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage en Silésie, (Paris), impr. de P. Didot l'aîné, , in-18 (lire en ligne)
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, La Mort de Socrate, (Paris), impr. de P. Didot l'aîné, , In-24, XL-191 p.
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (Publié en 3 vol. par Louis-Aimé Martin), Harmonies de la nature, Paris, Méquignon-Marvis,
- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre et Maurice Souriau, Empsael et Zoraïde, ou, Les Blancs esclaves des Noirs à Maroc, Caen, L. Louan, (lire en ligne).

- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre et André Bellesson, Œuvres choisies de Bernardin de Saint-Pierre, Paris, Firmin-Didot, , 493 p. (lire en ligne).

- Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (texte établi, présenté et annoté par Gérard Pouchain), Voyage de Normandie, Mont-Saint-Aignan : Presses universitaires de Rouen et du Havre, coll. « Lumières normandes »,