James Graham (médecin écossais)
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James Graham, né le à Édimbourg où il est mort le , est un thérapeute et entrepreneur britannique d'origine écossaise, qui se rendit célèbre à Londres dans les années 1780 en ouvrant des établissements de soin destinés aux femmes, convoquant la terre, la musique et l'électromagnétisme.
Longtemps considéré comme un charlatan[1] par une partie du monde médical, il est aussi regardé aujourd'hui comme un pionnier de la sexologie et des médecines alternatives et son hygiénisme, à l'instar du mesmérisme, appartient à un courant propre à la fin de son siècle, représentatif de conflits et de contradictions[2].
James Graham est le fils d'un sellier installé à Édimbourg. Il entreprend des études de médecine à la Edinburgh Medical School, reçoit l'enseignement d'Alexander Monro et William Cullenmais, mais abandonne sans obtenir de diplôme. Probablement grâce à l'aide du médecin William Buchan, futur auteur du best-seller Domestic Medicine (1769), Graham s'installe comme apothicaire à Doncaster, dans le Yorkshire, et épouse en 1764 Mary Pickering, originaire d'Ackworth. Le couple aura trois enfants, dont un fils, James, futur diplomate, et une fille, qui leur survécurent ; l'un de ses descendants est Samuel Graham-Sandberg (1851-1905), un spécialiste du Tibet.
En 1770, Graham quitte l'Angleterre, embarque pour l'Amérique, et parcourt les colonies britanniques en tant qu'oculiste et « audiologiste », avant de s'établir à Philadelphie. Il pose des prothèses oculaires et pratique des opérations de la cataracte, et est le seul à employer le terme de glaucome. C'est là qu'il apprend les principes de l'électricité auprès d'Ebenezer Kinnersley (en), ami et collaborateur de Benjamin Franklin : plus tard, Graham devait écrire que c'est à Philadelphie qu'il a commencé à développer le prototype de son « lit céleste » (voir ci-dessous). Quittant l'Amérique à l'époque des premiers signes de la Révolution américaine, il revient en Europe[3].
Après un voyage en Hollande, en Allemagne et en Russie en 1776, Graham s'installe à Bath, dans le Somerset, ville thermale fréquentée par toute la gentry anglaise. Horace Walpole le consulte pour soigner sa goutte. Des publicités vantant ses cures par « Effluvia, vapeurs et applications éthérées, magnétiques ou électriques » attirent sa première patiente célèbre, l'historienne Catharine Macaulay. En 1778, âgée de 47 ans, elle épouse le jeune frère de James, William, âgé de 21 ans, ce qui fit jaser. Au cours d'un voyage d'études en Europe durant l'été 1779, Graham obtient le soutien de Georgiana Spencer (1737-1814), épouse de John, 1er comte Spencer, l'un des hommes les plus fortunés du pays, et elle l'aide à s'installer à Londres.

En , il y inaugure son premier « Temple de la Santé » (Temple of Health), niché au cœur du complexe immobilier spéculatif conçu par les frères Adam, The Adelphi Arches : une vaste salle, où il présente des appareils électromagnétiques sophistiqués, servant à traiter ses patients par musicothérapie, chimie pneumatique, électricité et magnétisme, tout en donnant des conseils matrimoniaux à travers des brochures, des conférences médicales et vendant des remèdes, des élixirs, tels que « L'Éther électrique » (Electrical Aether) et le « Baume éthéré nerveux » (Nervous Aetherial Balsam). Il procède suivant un cérémonial, rassemble ses patientes et se met en scène avec l'aide de plusieurs jeunes assistantes qu'il appelle les « Déesses de la Santé », exhibées comme modèles de perfection physique. Une rumeur prétendit plus tard que la jeune Emma Hamilton (alors connue sous le nom d'Amy Lyons) incarnait dans cet établissement la déesse « Hébé Vestina ». Le Temple de la Santé connait un vif succès, et Graham devient la coqueluche du Londres mondain, puis bientôt dans la presse et sur la scène, figurant dans des pièces satiriques, des poèmes, des gravures et des caricatures de journaux. Durant toutes les années 1780, il s'affiche publiquement avec des personnalités de la haute société[4].

En , succès aidant, Graham inaugure un nouveau lieu, le « Temple d'Hymen », cette fois à Schomberg House, sur Pall Mall : l'espace est conçu pour abriter le « Lit Céleste » (The Celestial Bed) nouvellement construit. Cet « édifice prodigieux » mesurait 3,7 sur 2,7 mètres et était surmonté d'un dôme orné d'automates musicaux, de fleurs fraîches et d'un couple de tourterelles vivantes. Des parfums orientaux stimulants et des gaz « éthérés » étaient diffusés depuis un réservoir situé à l'intérieur du dôme. Un sommier inclinable plaçait les couples qui venaient ici dans la « position optimale », c'est-à-dire pour parvenir à concevoir un enfant ; durant l'acte, leurs mouvements déclenchaient de la musique d'orgues qui diffusaient des « sons célestes », dont l'intensité augmentait avec l'ardeur des occupants du lit. Cette création électrifiée et magnétique était isolée par 40 tiges de verre. À la tête du lit, au-dessus d'un tableau-automate célébrant Hymen, le déesse du mariage, et scintillant d'électricité, on pouvait lire ces mots : « Soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre ! »[5].
À Schomberg House, Graham donne une conférence, Lecture on Generation, il s'agit d'une dissertation sans détour qui promeut l'acte sexuel comme un acte patriotique, et la procréation comme un devoir national. Il recommandait le lavage des parties génitales à l'eau froide comme essentiel à une bonne santé sexuelle et condamnait la prostitution et la masturbation. Par ailleurs, Graham diffuse sous la forme de brochures des conseils matrimoniaux pour les jeunes couples qu'il appelle A Private Advice[5].
Graham rencontre rapidement des difficultés financières. Il doit fermer le Temple de la Santé d'Adelphi en et s'efforce de recouvrer ses frais à Schomberg House. En , il est contraint de vendre la plupart de ses biens. Il est possible qu'il change de nom, pour tromper ses créanciers, se faisser passant pour le « docteur Hart »[4].

Il retourne à Édimbourg pour y exposer les vestiges de son appareillage dans un Temple de la Santé provisoire sur South Bridge Street. Revenu à Londres, Graham développe ensuite une nouvelle thérapie, qu'il nomme « bain de terre » dans une brochure datée de 1790 intitulée A Short Treatise on the All-Cleansing, All-Healing, All-Vigorating Qualities of the Earth. Dès 1786, il devait organiser des démonstrations publiques de ce bain de terre — différent ici du bain de boue — sur Panton Street, et donner des conférences, lui-même enterré jusqu'au cou. Il croyait la terre, organisme vivant, capable d'absorber les toxines du corps humain. Dans sa brochure, Graham explique que le bain de terre agit comme remède contre les spasmes, les convulsions, les affections nerveuses, la lèpre, les rhumatismes, tuberculose, la goutte, le scorbut et le cancer... Il est possible que cette idée de thérapie lui soit venue du savant hollandais Gerard van Swieten, qui, dans ses commentaires des aphorismes de Herman Boerhaave, évoque cette balneum terrae très courante du temps du royaume de Grenade[6].
À partir du milieu des années 1780, Graham devait prêcher et s'opposer aux idées religieuses de Joseph Priestley. À travers ses nombreuses publications, en une prose fleurie et hyperbolique, Graham fait montre d'un humanisme certain, s'opposant à la guerre, à l'esclavage — une idée qui prenait alors forme dans son pays —, encourageant l'éducation des femmes, l'agriculture, la tolérance religieuse et la diète.
Fin 1792, strictement végétarien, Graham commence à expérimenter le jeûne prolongé afin de prolonger sa vie. Il est alors parfois interné chez lui, considéré comme aliéné, une rumeur prétend qu'il abusait de l'opium[5].
Il meurt à son domicile d'Édimbourg en , sans doute d'épuisement, le jour de ses 49 ans. Il est inhumé au cimetière de Greyfriars Kirkyard.
Notes et références
- ↑ (en) Morris Fishbein, Fads and Quackery in Healing: An Analysis of the Foibles of the Healing Cults, New York Covici Friede, 1936, p. 5-6.
- ↑ (en) Peter Otto, « The Regeneration of the body: Sex, Religion and the Sublime in James Graham's Temple of Health and Hymen », in: Romanticism and Sexuality, 23, août 2001 — sur Érudit.
- ↑ (en) C.T. Leffler, et al., « Ophthalmology in North America: Early Stories (1491-1801) », in: Ophthalmology and Eye Diseases, 9, 2017, p. 1–51
- 1 2 Gabriel Mourey, Gainsborough. Biographie critique, Paris, Librairie Renouard - Henri Laurens, éditeur, (sur Archive.org), p. 61-62
- 1 2 3 Eric Jameson, « James Graham Masterquack », in: The Natural History of Quackery, Charles C. Thomas Publisher, 1961, p. 112–132 — sur Hathi Trust
- ↑ W. L. Whitwell, James Graham, Master Quack, in: Journal of Eighteenth Century Life, 4, 1977, p. 43-49.