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Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil

homme politique français From Wikipedia, the free encyclopedia

Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil, seigneur de Maréfosse, né le à Pondichéry et guillotiné le à Paris, est un juriste, pamphlétaire et homme politique français.

Décès
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Faits en bref Député aux États généraux de 1789, 7 mai 1789 - 30 septembre 1791 ...
Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil
Portrait par Jean-François Legrand
Fonction
Député aux États généraux de 1789
-
Biographie
Naissance
Décès
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père
Conjoint
Enfant
Jacques du Val d'Espremesnil (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Comité colonial de Saint-Domingue (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Origines

Issu d’une vieille famille havraise, Jean-Jacques Duval – ou « du Val » – d’Éprémesnil descend d’Alain du Val de Coupeauville, père de Jacques, qui acquiert en 1645 la terre d’Éprémesnil, bailliage de Montivilliers en pays de Caux.

Jacques II (1672-1748), grand-père de l’avocat au Parlement, fait fortune comme agent de Law au Havre, puis comme directeur d’une des premières compagnies de commerce encouragées par Colbert, la compagnie du Sénégal[Note 1]. Il obtient en 1719, la qualité de seigneur d’Éprémesnil – qui ne lui confère pas pour autant la noblesse – « pour service rendu en sa charge de président au grenier à sel et premier échevin du Havre ». De son mariage, il a sept enfants.

Jacques III Duval d’Éprémesnil (1714-1764), l’aîné, est armateur, administrateur de la Compagnie des Indes à Lorient et voyage à travers le monde. On dit que, pour mieux connaître les principes de la religion des Indiens, il « brava mille dangers », pénétrant « en habit de brahmine dans les pagodes indiennes » dont il décrit et dessine les cérémonies. Il est également l’auteur d’un Traité sur le commerce du Nord. Propriétaire aux Indes à la veille de la prise de Pondichéry par les Anglais, membre du conseil supérieur de Mahé (1742), de Chandernagor (1746) puis de Pondichéry, commandant général des établissements français des Indes orientales (1755) et gouverneur de Madras[Note 2]. Il épouse Anne-Chrétienne-Françoise Vincens[Note 3] dont il a un fils unique, Jean-Jacques, né en 1745 (baptisé le 30 janvier 1746[1]) à Pondichéry. La prise de Pondichéry par les Anglais et l’abandon des florissants comptoirs de la route des Indes est une catastrophe vécue comme telle par la famille d’Éprémesnil.

Carrière et opposition parlementaire

Très actif, très entreprenant, Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil a la réputation de s’opposer sourdement, chaque fois que l’occasion se présente, aux ministres et à l’autorité monarchique. Il exprime sa fronde de toutes les manières possibles.

Il épouse une demoiselle Madeleine Desvaulx, fille du baron d’Oinville, qui meurt prématurément après lui avoir donné un fils, né le . Pour se distinguer de son père, celui-ci porte le nom de Jacques Duval de Maréfosse[Note 4]. Devenu entre-temps avocat au Parlement de Paris, Duval d'Éprémesnil est exilé en 1771 lors de la « réforme Maupeou ».

Procès et réhabilitation de Lally-Tollendal

Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil est avocat au Châtelet de Paris à partir de 1766[1]. Georges Duval de Leyrit, oncle de d’Éprémesnil et ex-gouverneur général de Pondichéry, accuse le dernier gouverneur des Indes, le comte de Lally-Tollendal d’avoir abusé de sa fonction et livré contre argent Pondichéry aux Anglais. À l’issue d’un procès mémorable plaidé en 1766 au Parlement de Paris, le comte est convaincu de haute trahison et décapité au sabre.

Soutenu par Voltaire dès 1773, Gérard de Lally-Tollendal, fils du comte exécuté, saisit le Parlement de Normandie pour examiner à nouveau cette cause ; d’Éprémesnil, agissant en mémoire de son oncle l’accusateur, s’interpose, recherche et obtient la non-recevabilité qui est confirmée par le Conseil d’État, déniant au jeune Lally, né hors mariage, sa qualité de fils légitime de Lally-Tollendal.

Liaison avec Madame Thilorier

Membre de la loge maçonnique des Neuf Sœurs – qui est fort contestée par Louis XVI qui veut la dissoudre en 1779 –, il tombe amoureux de l’épouse d’un « frère » et ami, Jacques Thilorier, rencontrée en 1778 lorsque celle-ci est une des six « berceuses »[Note 5] de Nicolas Beaujon, et avec laquelle il a une liaison cachée.

Née Françoise-Augustine Sentuary, cette jeune Bordelaise défraie déjà la chronique : quelques années plus tôt, elle avait été une des « créatures » de Clugny de Nuits, contrôleur général des Finances à qui, selon la correspondance du maréchal de Saxe, elle soutire une pension de 12 000 livres. Entraînée par sa sœur Michelle de Bonneuil, Mme Thilorier devient ensuite devenue une des « berceuses » de Nicolas Beaujon, qui a établi chez lui un sérail de jeunes et jolies femmes, bien nées qui faisaient les honneurs de sa maison[Note 6]. Chantée par Évariste de Parny, Mme Thilorier pose deux fois pour Élisabeth Vigée Le Brun, également pour le pastelliste Jean-Baptiste Perronneau[Note 7] et d’autres artistes.

Devenue veuve en 1783, elle cherche et réussit au mois d’ à se faire épouser par d’Éprémesnil, dont elle vient de mettre au monde l'enfant[Note 8]. Chamfort raconte drôlement que, pour arriver à ses fins, elle lui aurait fait découvrir la pierre philosophale, en échange de quoi il aurait consenti à l’épouser, malgré la réputation de libertinage attachée à sa réputation et à celles de ses deux autres sœurs qui, comme elle, ont fait le bonheur des poètes érotiques et des peintres.

Disciple de Mesmer

« Dans ce temps-là, rapporte un contemporain, tout était magnétisme : la reine magnétisait le comte d’Artois, M. Necker magnétisait les finances, Louis XVI magnétisait le vin de Bourgogne et Mesmer magnétisait les jolies femmes et l’argent des sots[2] ».

Promoteur et disciple de Franz Anton Mesmer, Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil contribue à faire connaître la pratique thérapeutique du magnétisme animal, un fluide aux effets bénéfiques pour les personnes souffrant de troubles somatiques ou nerveux. Derrière les aspects plus ou moins sérieux de la théorie médico-psychologique du magnétisme, se développe une pratique lucrative dont Mesmer tire d’énormes bénéfices. Il a l’idée d’enseigner sa pratique, dont les cours coûtent fort cher. Les disciples peuvent alors enseigner à leur tour. D’Éprémesnil, avec ses amis l’avocat Nicolas Bergasse et le vicomte de Puységur, sont parmi les premiers élèves de Mesmer. Ils peuvent enseigner à leur tour et soigner leur entourage. Bergasse magnétise lui-même de belles indolentes, rue du Coq-Héron, et d’Éprémesnil, qui a magnétisé Mme Thilorier, se fait le défenseur des théories de Mesmer lorsqu’elles commencent à être attaquées par l’Académie de médecine.

On reproche à Mesmer d’être un charlatan, et on ne prend pas au sérieux ces séances individuelles ou de groupe au cours desquelles les mondains des deux sexes se touchent mutuellement autour d’un baquet. D’Éprémesnil publia ainsi des « Réflexions préliminaires » sur le bien-fondé du mesmérisme, en réponse aux critiques contenues dans la pièce intitulée Les Docteurs modernes, jouée au Théâtre-Italien le . À cette occasion, il monte dans les loges supérieures du théâtre et déverse sur le parterre une pluie de tracts favorables à Mesmer, qu’il ne supporte pas de voir ridiculiser. Mesmer est néanmoins bientôt exilé, emportant, dit-on, avec lui, une somme avoisinant 500 000 livres.

Spéculateur et affairiste

La spéculation immobilière parisienne a pris son plein essor déjà sous Louis XVI, où plusieurs quartiers sont lotis. Certains terrains proches des grands boulevards, et surtout la chaussée d’Antin et le secteur Saint-Lazare sont très recherchés. D’Éprémesnil, qui fréquente la société interlope du cardinal de Rohan (Daudet de Jossan, la comtesse de Lamotte-Valois, le sieur Augeard, etc.), s’entend avec Rohan dans un projet concernant l’hôpital des Quinze-Vingts que les promoteurs ont prévu de déplacer et de reconstruire dans un nouveau quartier pour bénéficier d’énormes plus-values. De même, avec un certain nombre d’initiés, il achète des actions des Indes au moment où elles sont au plus bas, pour réaliser de substantiels bénéfices à la suppression du monopole de la Compagnie.[Quand ?]

Devenu adepte et ami de Cagliostro – le « grand Copte » – avec lequel il développe une franc-maçonnerie égyptienne, il participe à sa défense lorsque celui-ci est compromis, comme Rohan, dans l’Affaire du collier de la reine, dont le procès a lieu en 1786. D'Éprémesnil se montre fort critique avec Marie-Antoinette sur une autre affaire, lorsque celle-ci veut passer outre aux décisions du Parlement et lui faire rendre une décision favorable à la réhabilitation du comte de Lally-Tollendal.

Dans les mêmes années, il prend parti dans l’épineuse affaire Kornmann, tout aussi retentissante que les précédentes, dans laquelle s’opposent Beaumarchais, défenseur de Mme Kornmann, et son ami et condisciple de Mesmer, Nicolas Bergasse, défenseur de M. Konrmann. D'Éprémesnil fait partie du camp de ceux qui considèrent que cette dame, s'étant rendue coupable d’un adultère[Note 9], est dans son tort. Sachant que d’Éprémesnil avait lui-même entretenu (pour reprendre l’expression amusée de Chamfort), un « commerce criminel » avec Mme Thilorier, Beaumarchais s'apprête à publier un manifeste cinglant à ce sujet lorsque Mme de Bonneuil, sœur de l’ex-Mme Thilorier, vint le prier de n’en rien faire.

Prémices de la Révolution française

Vers la convocation des États généraux

Arrestation de d’Éprémesnil et de Goislard de Monsabert, au Parlement de Paris, le par les Gardes françaises (Abraham Girardet).

Duval d’Éprémesnil éprouve le besoin irrépressible de se mettre en avant et de marquer son opposition à l’autorité monarchique. En ce sens, il passe alors à juste titre pour « révolutionnaire ». Mais son opposition se révèle en fait corporatiste, celle de grands propriétaires terriens qui ne supportaient plus d’être soumis à la fiscalité commune quand la vieille noblesse y échappait. C’est cette « injustice » qui semble avoir été, en 1788, le moteur de son opposition frontale à Versailles.

Conseiller aux enquêtes au Parlement de Paris, il se montra l’un des parlementaires les plus opposés aux assemblées provinciales et à la subvention territoriale. Louis XVI ayant voulu faire enregistrer un nouvel emprunt en 1787, d’Éprémesnil demande la convocation des États généraux, ce qui, du jour au lendemain, en fait le héros des « révolutionnaires ». Ayant découvert le projet secret du gouvernement tendant à remplacer le Parlement par une Cour plénière, décidé à révéler en séance les agissements des ministres, il est arrêté en avec Goislard de Monsabert, au milieu de ses collègues, puis exilé à l’ile Sainte-Marguerite dans la Méditerranée. Toutefois, le projet du gouvernement échoue et d’Éprémesnil rentra au Parlement après quatre mois d’emprisonnement, dans une citadelle battue par les flots où était venue le rejoindre son épouse. Ils remontent ensemble à Paris, auréolés d’une réputation flatteuse de courageux opposants au despotisme. À Lyon, ils sont couronnés de roses et reçus à diverses cérémonies officielles puis, sur la route du retour, Mme d’Éprémesnil accouche d’un fils le , son mari y voyant un heureux présage, ainsi qu’il l’écrit à son vieil ami le comte d’Antraigues.

De retour à Paris, Mme d’Éprémesnil, qui s'est fait remarquer lors de l’exil de son mari, par des lettres adressées aux ministres[Note 10], alimente à nouveau la chronique en . Citée dans l’affaire du comte de Kersalaun[Note 11] sur lequel on a trouvé une lettre où elle prend vivement parti contre le ministre Breteuil, elle manque d'être envoyée à la Bastille par lettre de cachet[4].

À la veille de la discussion au Parlement sur la question du vote par ordre ou par tête, les partisans du vote par tête la chargent d’influencer son mari pour qu’il défende cette position et entraîne avec lui la majorité de ses collègues à se rallier à Necker. L’arrêt du , qui doit être soumis au Parlement, passerait certainement, savait-on, si d’Éprémesnil le proposait. Les présidents Bochard de Saron et Le Peletier de Rosanbo viennent au domicile de leur collègue, le conjurant « pendant trois-quarts d’heure » de ne pas appuyer cette proposition qui démonarchiserait la France. Dès qu’ils ont le dos tourné, Mme d’Éprémesnil « douée de tous les genres d’intrigues dont celui de séduction dont elle faisait un funeste abus » sur son mari, enjoint à celui-ci de favoriser le vote par tête. En séance du Parlement, d’Éprémesnil, allant dans le sens de son épouse, défend le lendemain ce principe qui est adopté à la majorité des voix, ouvrant une brèche immense aux partisans d’un changement profond des institutions[5].

Député de la Noblesse

Mais d’Éprémesnil, qui croit pouvoir représenter la noblesse aux États généraux, éprouve quelques difficultés à justifier l’ancienneté de la sienne. Comme Necker ne le soutient pas dans cette affaire, il se venge en attaquant impitoyablement le ministre[Note 12]. Il intrigue pour représenter finalement la noblesse de Paris hors les murs, et il siège à la droite de l’hémicycle[Information douteuse]. Comme député de la noblesse aux États généraux, il s’oppose à la réunion des trois ordres et à toutes les mesures permettant de faire avancer la situation. On s’aperçoit que ses interventions ne sont jamais constructives et il est accusé, par ses gesticulations et ses provocations, de vouloir discréditer l’assemblée ou de bloquer l’avancement de ses travaux.

Sa réputation flatteuse disparait donc aussi vite qu’elle est venue. On moque ses prétentions à la noblesse et on cherche à l’atteindre à travers sa femme. Lorsqu’on supprime les anciennes pensions abusives, les journalistes ne se font pas faute de rappeler que Mme d’Éprémesnil, autrefois Mme Thilorier, est une ancienne maîtresse du baron Clugny de Nuits, un ministre qui n'a pas laissé de bons souvenirs. Ils ignorent[Information douteuse] qu'aussi libérale que son mari est réactionnaire, elle a favorisé de façon décisive le vote par tête.

Le , d'Éprémesnil déclare à l'Assemblée que les papiers publics se sont trompés sur son compte. Le , c’est le partisan de l’absolutisme qui s'exprime en soutenant que, sur la question de la renonciation de Louis XVI au trône, « il n’y a[vait] pas à délibérer, car la couronne est héréditaire de mâle en mâle ». Et il réitère les principes « de l’inviolabilité de la personne du roi, de la couronne et de l’hérédité »[7]. En décembre, il se prononce « pour le privilège exclusif de la Compagnie des Indes »[Note 13] dont sa femme et lui ont conservé des actions, ce qui indique bien que sa volonté de changement se limite, avec une réforme de la fiscalité avantageuse aux grands propriétaires, à la liberté des grandes compagnies de commerce[8]. Il revint avec force sur le même sujet par un long discours du [9].

Pour le reste, il demeure intransigeant. Il reprend à son compte la sortie de Mirabeau cadet, son ami, qui déclare en  : « nous préférerons mourir sur nos bancs plutôt que renoncer à ce que la religion catholique, apostolique et romaine soit la religion de la Nation ». Et il ajpoute au cours de ce débat houleux qu’il n’a « point existé, qu’il n’existe point de pays policé qui ne reconnaisse une religion quelconque comme la religion de l’État »[10]. À l’issue de cette séance, Jacques Antoine Marie de Cazalès, l’abbé Maury et lui-même sont pris à partie par la foule. Il ne lâche pas un pouce de terrain, intervenant sur tous les dossiers touchant la prééminence de l’exécutif royal, sur les questions coloniales, et aussi religieuses. À la fin de l’année 1790, il est systématiquement attaqué par ses adversaires dès qu’il prend la parole ; cela dégénère souvent, et il y a de nombreux rappels à l’ordre.

Promoteur de la compagnie du Scioto

Madame Dépréménil s'échappant à regret des bras de M... D..., et se disposant à s'embarquer pour Scioto.

Avec William Playfair, le marquis de Lezay-Marnésia, député d’un bailliage de Franche-Comté, et Chais de Soissons, avocat au Parlement, il fonde, au début de l’année 1790, la compagnie du Scioto, dite aussi « compagnie des Vingt-quatre », qui achète du gouvernement américain trois millions d’acres en Amérique septentrionale, entre l’Ohio et le Scioto. On y prévoit la construction de la ville de Gallipolis. Le député acquiert personnellement 11 000 acres, mais les terrains ne sont jamais mis entre les mains des associés, restant occupés par les Indiens ; la société fait faillite, ruinant définitivement les candidats au départ, souvent des pauvres gens (domestiques, artisans, etc.), au chômage depuis l’émigration des riches aristocrates qui les employaient. Pour les venger, Camille Desmoulins écrit ce morceau d’anthologie du journalisme révolutionnaire dans lequel il donne la pleine mesure de son grand talent de pamphlétaire :

« Des navires chargés de dupes viennent de partir du Havre et de mettre à la voile pour le Scioto. Après une longue traversée sur l’Atlantique, il restera à ces insensés six cent lieues à faire pour s’enfoncer dans les vastes déserts de l’Ohio et du Mississippi. Les dames délicates qui, dans le délire d’une fièvre chaude, se condamnent à un tel exil auront le temps de se repentir. Devant leur imagination exaltée par les enchantements de la baguette que Mesmer a laissée à Bergasse et à d’Éprémesnil, les arbres se transforment en palais, les hordes sauvages en bergers tendres, la misère, la douleur, l’ennui, en une perspective riante de longues jouissances physiques et morales. Mais nos émigrants ne savent pas que les denrées du Scioto n’ont point de débouchés : qu’il n’y a là ni journaliers ni manœuvres, et qu’il ne pourra y en avoir de quatre ou cinq siècles.

Il sera trop tard pour ces jolies femmes d’écouter la raison lorsque leur chevelure servira de trophée à des barbares qui enlèvent le péricrâne aux paisibles laboureurs. Il me semble voir Mme d’Éprémesnil désespérée, les regards attachés sur les cheveux de son mari suspendus à un arbre avec l’épiderme, déplorant cette chevelure dont, au retour de l'île Sainte-Marguerite, il y a dix-huit mois, l’enthousiasme de la France aurait fait une constellation comme celle de Bérénice. Je la vois même, au milieu des forêts, sans aucun secours humain, se servant de ses faibles muscles pour se pratiquer une retraite dans un tronc d’arbre, se rappelant les beaux jours de Mme Thilorier, le boudoir de sa jeunesse, les vingt mille livres de pension et les douceurs du ministère de M. de Clugny.

Elle sera abandonnée par ses propres domestiques qui voudront mettre à profit des bras vigoureux et devenir propriétaires à leur tour. Et la veuve de messire d’Éprémesnil ne verra autour d’elle que des orangs-outans se disputant ses troisièmes noces. C’est alors que, rongée de chagrins et attaquée de consomption, elle regrettera les bords de la Seine et remettra à la voile pour Le Havre, si toutefois les vents et les tempêtes lui permettent d’y aborder, si toutefois elle n’est pas destinée à passer des bras des orangs-outans dans le ventre des requins[11]. »

Passage à la contre-révolution

Protection du roi

Dès le début de la Révolution, d’Éprémesnil s’implique dans les résistances secrètes à la Révolution. Il n’en laisse rien paraître à l’Assemblée constituante, mais beaucoup de députés et de journalistes, dont Camille Desmoulins ou Gorsas, le suspectent, dès le début, de vouloir un retour à l’ordre ancien. Dès avant la prise de la Bastille, il cherche à se faire admettre dans le salon de la duchesse de Polignac, premier lieu d’opposition radicale à la politique de Necker et plus encore aux projets de réunion des États généraux. Mais dans ce salon, d’Éprémesnil n'est jamais reçu comme il le voudrait : on se méfie de lui. Après les événements du , il s’entend avec un certain nombre de députés de son bord, et d’autres aristocrates du club monarchique, pour échafauder des plans d’évasion de la famille royale. On connaît l’épisode de la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes, mais une demi-douzaine de plans plus ou moins chimériques le précédent et le suivent. L’un des plus solides, financièrement parlant, est monté en par le duc de Villequier et sa sœur la duchesse de Villeroy : d’Éprémesnil et Cazalès y participent[Note 14].

Pour parer à ces menaces, le député Thouret est chargé de préparer une loi sur la résidence des fonctionnaires, y compris le roi, qui doit être considéré comme « le premier fonctionnaire de l’État ». Elle est vivement combattue par d’Éprémesnil et ses amis, qui cherchent désespérément à contrer le projet, articles par articles, notamment celui portant que le roi doit avoir sa résidence à portée de l’Assemblée lorsqu’elle est réunie, et que si le roi sortait du royaume et n’y revenait pas malgré les injonctions de l’Assemblée, il serait censé avoir abdiqué la royauté[12].

Mieux connue est la tentative dite des « chevaliers du poignard » qui a lieu le et qui tourne court. Un attroupement provoqué à Vincennes, où accourent La Fayette et un détachement important de la Garde nationale ayant entraîné une excitation au sein de la population parisienne, des gentilshommes armés se rendent au palais des Tuileries dans l'intention de protéger la personne du Roi. Les chevaliers, dits « du poignard » par allusion à des armes blanches qu’ils auraient portés sur eux, sont encadrés par la troupe des grenadier soldés, volontaires de service, commandés par le général Gouvion« qui n’avaient point été se promener à Vincennes » –, et désarmés. On reconnaît le prince de Poix, gendre du banquier Laborde, Berthier, fils de l’intendant Berthier de Sauvigny, Charles de Sartine, fils de l’ancien ministre de la marine, Louis de Vaudreuil, MM. de Vioménil, de Lamberye, d’Albignac, de Virieu, de Tilly, Félix du Muy, etc[13]. Plusieurs d’entre eux protestent. Si l’on en croit la presse du temps, le sieur Duval d’Éprémesnil est le plus vindicatif et le plus véhément au point qu’il reçoit force « horions, taloches et croquignoles ». Les protagonistes de l’affaire dite des chevaliers du poignard sont tournés en ridicule par la presse et la caricature.

Salon contre-révolutionnaire

Ces mésaventures n’arrêtent pas d’Éprémesnil, bien au contraire. Il est de ceux qui créent la première « agence de renseignements » à destination de l’émigration qui grossit de jour en jour, et qu’on nomme les « Salons français » puisque ses réunions semblent s’être déroulées dans ce lieu déjà connu, situé au no 50 des arcades du Palais-Royal et qui est utilisé, depuis 1785, comme un lieu de rassemblement des artistes, mécènes et amateurs d’art graphique. Le Rouennais Lemaître est l’un des membres de cette société artistique, et c’est lui qui, en relation avec d’Éprémesnil, Cazalès et d’autres gravitant dans les mêmes cercles, crée cette cellule de renseignements à l’usage des émigrés. Elle commence à fonctionner au début de l’été 1791 sous la direction de Lemaître et d’un ancien secrétaire de Cazalès, le chevalier Sandrier des Pommelles. Parti en émigration fin 1790, le comte d’Antraigues est le premier bénéficiaire de cette agence de renseignements à laquelle collaborent diverses personnes, dont des journalistes du journal les Actes des Apôtres et plusieurs des habitués du salon de Mme d’Éprémesnil.

À ce moment, M. et Mme d’Éprémesnil reçoivent beaucoup dans leur hôtel de la rue Bertin-Poirée, et tant les mémorialistes que les dénonciateurs donnent une idée des personnes qui fréquentent ce salon qui est probablement, par son influence politique dans les milieux aristocratiques, le premier salon contre-révolutionnaire. Malouet et Montlosier décrivent, dans leurs mémoires, les soirées musicales et politiques données par le couple d’Éprémesnil et leurs enfants[Note 15]. Il y a là un certain nombre de propriétaires coloniaux et notamment la famille Hosten, le frère cadet et la sœur (Mme de Cabris) de Mirabeau, des amis normands comme Hue de Miromesnil, le président de Frondeville ou Leduc de Biéville et ses deux fils Lillers et Bernières, et beaucoup de députés « noirs » parmi lesquels le ci-devant[Information douteuse] marquis de Ferrières, le comte de Foucauld-Lardimalie et l’abbé Maury. On y voit encore Parisau et l’abbé Arthur Dillon, journalistes contre-révolutionnaires, ou encore des intimes, les marquis de Beauharnais et de Cubières, les barons de Crussol et de Batz, la comtesse de Narbonne, Mme de Bonneuil et ses trois filles.

Le , Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil traverse la terrasse des Tuileries lorsqu’il est reconnu et désigné aux Fédérés marseillais (mais Les Marseillais n'étant pas à Paris avant le , il doit s'agir d'une erreur de date, Tuetey mentionne un document qui évoque une semblable anecdote le [14], sans parler des fédérés marseillais). Il est saisi au collet et frappé, puis entraîné de force au Palais-Royal pour y être pendu ou « lanterné ». Arrivé sur place, il est reconnu par Belmont et Mlle Devienne, acteurs du Théâtre-Français, qui alertent l’acteur de l’Opéra comique Micalef, lequel commande un détachement de la Garde nationale. La foule est très remontée contre d’Éprémesnil qui, déjà couvert de sang et de boue, est arraché tant bien que mal au lynchage en cours, et dirigé vers la Trésorerie nationale, dans un état grave. Prévenu entretemps, le maire Pétion s’adresse à la foule en colère qui, face à l’entrée de la Trésorerie, n'a pas renoncé à sa proie. Il annonce que d’Éprémesnil va être jugé au Tribunal criminel, qui le condamnerait certainement comme traître à sa patrie. Un peu plus tard, l’ancien député, encadré par une foule toujours nombreuse et déterminée, est incarcéré à la prison de l'Abbaye[1] où sa belle-fille[Note 16] et le dramaturge Antoine-Vincent Arnault lui administrent les premiers soins. Un peu avant les massacres de Septembre, on le relâche. Ne pouvant plus retourner chez lui, il est reçu chez son ami le comte de Ségur qui l’abrite[Note 17].

Complots de 1793

Après l’exécution de Louis XVI le , les royalistes recomposent leurs réseaux autour de la personne de d'Éprémesnil. Il sait pouvoir composer sur le dramaturge Antoine-Vincent Arnault, sur Claude-Armel Legras de Bercagny – qui épouse plus tard sa belle-fille et fait une carrière sous l’Empire –, sur le marquis de Parny, le comte de Bernières – fils de Leduc de Biéville –, le riche « Américain » Bellanger des Boulets, etc. Tous essaient de se créer des complicités au sein du Comité de sûreté générale – la police politique – et y parviennent. Dumouriez, qui est en Belgique, a le projet de retourner son armée contre la Convention et de préparer un retour de la monarchie. À Paris, les conspirateurs préparent le terrain. Mais l’histoire en décide autrement, et les petites échauffourées suscitées artificiellement sont réprimées ; ce manque de coordination dans l’action entraîne la défection du général Dumouriez[Information douteuse] qui passe à l’ennemi. Pour les royalistes de l’intérieur, la donne est modifiée et ils voient à regret s’éloigner la dernière occasion sérieuse pour eux de reprendre le contrôle des choses sans un recours à l’étranger[Information douteuse]. Ils se dispersent, émigrent, pour les uns ou s’enrôlent dans les armées de la République, pour les autres.

Très en vue, d’Éprémesnil est arrêté entre le 6 et le [15] avec une de ses complices, la ci-devant[Information douteuse] comtesse de Vauréal, née Marie-Ursule Aumont[Note 18], accusés l’un et l’autre d’avoir préparé en secret ou voulu favoriser le coup d’État manqué de Dumouriez. Grâce à Charles-Nicolas Osselin, député et membre du Comité de sûreté générale, « l’un des commensaux de la maison Vauréal », ils sont libérés[Note 19]. Le seul espoir pour les royalistes de l’intérieur est maintenant la politique du « pire », c’est-à-dire l’opposition frontale de la Commune de Paris avec la Convention qu’il s’agit à terme de renverser, et où les Girondins commencent à sentir le pouvoir leur échapper peu à peu. Par le jeu des nominations dans les hautes sphères de la Commune, beaucoup de ses membres influents sont en effet des aristocrates ralliés et déguisés, et plusieurs seront d’ailleurs agrégés à la « fournée » de ce que l’historiographie, qui n’est pas à une nuance près, a grossièrement nommé[Information douteuse] les hébertistes. La collusion de ces aristocrates à bonnet rouge, appartenant tous au club des Cordeliers dans sa version de l’an II, avec les anciens nobles, n’a pas cessé d’intriguer quelques historiens : mais ils n’ont jamais su mettre un nom sur la nébuleuse politique environnant le maire prétendument[réf. nécessaire] hébertiste, Jean-Nicolas Pache, agent du duc de Castries[réf. nécessaire], ou encore le citoyen Lhuillier – en relation étroite avec Benoist d’Angers, d’Éprémesnil et Jean de Batz –, qui entretiennent des liens secrets et néanmoins bien réels avec les milieux financiers royalistes[Note 20]. Toutes les entreprises initiées par la vieille noblesse pour laquelle, non sans courage, d’Éprémesnil se met en avant (voulait-il se « racheter » de ses « erreurs » passées ?) et qui, en fait, ne contrôle rien et est constamment trahi, vont être tragiquement vouées à l’échec.

Le , d’Éprémesnil, qui est sur le point de se retirer dans ses terres de Normandie, se fait délivrer un certificat de non-émigration par des membres importants du Département de Paris, à savoir Momoro, Raisson et La Chevardière. Il passe l’été avec les siens dans son château d’Éprémesnil mais, après la prise de Toulon, le bruit court dans la région qu’il intrigue pour faire livrer aux Anglais le port du Havre. Cette dénonciation reçue à la municipalité du Havre, qui n’est étayée par aucun document, est à l’origine de ses malheurs[Information douteuse].

Arrestation et exécution

Décrété d’arrestation le , recherché sur ordre du représentant Louchet, d’Éprémesnil dut se cacher. Selon une tradition[Laquelle ?], il se serait dissimulé plusieurs jours dans une cache à Rouelles, non loin du château d’Éprémesnil. Puis il se serait réfugié de nuit dans une autre de ses propriétés située à Maréfosse, près de La Remuée, en pleine campagne. Il est localisé et arrêté, placé contre argent en surveillance chez lui, puis, des propositions d’évasion lui ayant été faites, il est envoyé par précaution le 14 frimaire an II à la maison d’arrêt du Havre. Ramené à Paris le 10 pluviôse an II et incarcéré au Luxembourg[1], il obtint, le 13 ventôse, son transfert à la prison des Anglaises[1]son épouse, qui l'a suivi libre depuis Le Havre, est détenue depuis qu’elle a été arrêtée à son tour, lorsqu’elle s'est rendue à sa section du Contrat-Social pour y faire viser son passeport (27 pluviôse).

Il est jugé avec Malesherbes, le défenseur de Louis XVI, arrêté avec toute sa famille, et avec plusieurs anciens députés de la Constituante comme Le Chapelier et Thouret. Parmi les femmes jugées en même temps[pertinence contestée], Mme Le Peletier de Rosanbo et Aline de Chateaubriand sa fille, Mmes de Grammont et du Châtelet, et enfin la princesse Lubomirska qui, se déclarant enceinte, ne font que retarder l’heure du supplice. Ils sont condamnés à mort et guillotinés le 2[1] ou le 3 floréal an II ()[16].

Le 26 prairial an II, la Convention, par l’organe de Bertrand Barère de Vieuzac, décide de faire juger Mme d'Éprémesnil[17] avec les complices du « complot de l’étranger » tel qu’il fut servilement[réf. nécessaire] présenté à la Convention par Élie Lacoste – qui, comme Fouquier-Tinville est aux ordres de Barère, Collot et Billaud-Varenne, les trois instigateurs de cette affaire politico-policière. Elle est également condamnée et guillotinée le 29 prairial an II ()[16].

Compte tenu de la date de son exécution, son corps devrait avoir été inhumé dans les fosses communes du cimetière des Errancis, dont le contenu est transféré aux catacombes de Paris, à la suite de travaux d'urbanisme durant la seconde partie du XIXe siècle. L'historienne Sylvie Nicolas note néanmoins qu'il est inhumé à la chapelle expiatoire[1], comme s'il avait été inhumé tout d'abord au cimetière de la Madeleine, fermé en mars 1794.

Les papiers personnels de Jean-Jacques Duval d'Éprémesnil et de la famille d'Éprémesnil sont conservés aux Archives nationales sous la cote 158AP[18].

Œuvres

Jean-Jacques Duval d'Éprémesnil a publié de nombreuses brochures politiques dont :

  • Réflexion d’un magistrat sur la question du nombre et celle de l’opinion par ordre et par tête, , Paris, 20 p.
  • Nullité et despotisme de l’Assemblée nationale, 1790
  • Lettres de M. d’Éprémesnil et de M. de La Fayette à l’occasion du (...), , contenant réponse à certaines impostures imprimées...contre M. d’Éprémesnil sur le même sujet, 6 et
  • Réflexions sur les nouveaux décrets concernant les colonies, Paris,
  • Paris, 1823

Notes et références

Voir aussi

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