Wikiwand AI

Jean-Pierre Melville

réalisateur français From Wikipedia, the free encyclopedia

Jean-Pierre Melville est un réalisateur et scénariste français, né le dans le 9e arrondissement de Paris et mort le dans le 13e arrondissement de Paris.

Nom de naissance Jean-Pierre Grumbach
Nationalité Française
Faits en bref Nom de naissance, Naissance ...
Fermer

Ses films, dominés par la solitude, l'échec et la mort, sont devenus, pour la plupart, des classiques du cinéma français, notamment les trois films qui forment une trilogie sur la France occupée (Le Silence de la mer, Léon Morin, prêtre et L'Armée des ombres) ainsi que les films Le Doulos, Le Deuxième Souffle, Le Samouraï, Le Cercle rouge et Un flic.

Son écriture et son style visuel, entre autres, ont inspiré de nombreux réalisateurs américains comme Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Michael Mann ou encore Jim Jarmusch.

Biographie

Enfance

Jean-Pierre Melville naît le sous le nom de Jean-Pierre Grumbach, de Jules et Berthe Grumbach, famille juive alsacienne installée à Paris.

Abraham, son arrière-grand-père (Wittenheim, 1812 - Belfort, 1879)[réf. souhaitée], puis son grand-père Jacques (Belfort, 1841-1899)[réf. souhaitée], tenaient une boucherie à Belfort. À la mort de Jacques, sa veuve Pauline, fille d’un marchand de chevaux, a poursuivi l’activité de son mari. Arthur, l’aîné de Jacques et Pauline, a pris la suite, mais Jules (né à Belfort en 1875), l’autre fils, s’est lancé dans une carrière de négociant en gros de vêtements. Il a épousé Berthe, sa cousine germaine, et le couple s’est installé à Paris, rue de la Chaussée-d’Antin, et a donné naissance à quatre enfants : Jacques en 1902, Simone en 1904 (morte six ans plus tard), Janine en 1912 et Jean-Pierre en 1917.

Intérêt précoce pour le cinéma

En vacances à Belfort, Jean-Pierre est tout petit garçon quand il découvre le cinéma dans une brasserie de la ville, La Grande Taverne[1]. En 1923, alors qu'il a 6 ans, ses parents lui offrent une caméra Pathé-Baby. Il commence à réaliser ses premiers films en filmant ses proches : ses parents, sa sœur Janine (1912-1978) et son grand frère Jacques (1902-1942). Il est par ailleurs le cousin de Michel Drach et de Nicole Stéphane, qui ont tous deux débuté avec lui.

Au lycée Condorcet, puis au lycée Michelet, il est un élève remuant, dissipé, passable. En 1933, à l'âge de 15 ans, il décide de devenir cinéaste après avoir assisté à la projection du film épique de Frank Lloyd : Cavalcade. Il se vanta d'avoir revu le film une centaine de fois[2]. C'est là que naît sa passion du cinéma américain, qui l'influencera de manière capitale.

Faits de guerre et premier long métrage

Durant la Seconde Guerre mondiale, il part rejoindre la France libre à Londres en 1942. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de « Melville », en hommage à l'auteur de Moby-Dick, Herman Melville[3]. Revenu en France, dans la région de Castres, il fait partie de la Résistance[4], puis participe au débarquement en Provence. Après la guerre, il demande une carte d'assistant metteur en scène qui lui est refusée[5]. Il devient son propre producteur et tourne un court métrage, Vingt-quatre heures de la vie d'un clown. Malgré le désaveu ultérieur de Melville, ce court-métrage documentaire reste significatif. Il offre un portrait sensible et maîtrisé du clown Béby, figure du déclin d’un art populaire. Dès ce premier essai, Melville révèle son intérêt pour la duplicité, l’ambiguïté et le décalage entre apparence et réalité. La séquence du maquillage vue sous trois angles annonce les plans de reflet qui deviendront la signature de son cinéma.

En 1947, il économise, achète de la pellicule — au marché noir car, refusant d'adhérer au syndicat des réalisateurs, il ne pouvait obtenir de « bonnes pellicules »[réf. nécessaire] — et réalise, dans des conditions très précaires, son premier long métrage : Le Silence de la mer, sans l'autorisation de l’auteur, Vercors. Ses méthodes de tournage sont, avant l'heure, celles de la Nouvelle Vague, ce qui lui vaudra l'appellation de « père » du mouvement, qu'il récusera plus tard.

Carrière cinématographique

Longtemps perçu comme un intellectuel, en raison notamment de son adaptation très littéraire du Silence de la mer, au point de ressembler à Jean Cocteau[réf. nécessaire], le metteur en images tout désigné de ses Enfants terribles, il récusait ce terme, se percevant davantage comme un auteur[réf. nécessaire]. C'est dans cet état d'esprit qu'il tourne Bob le flambeur en 1955, une histoire tantôt truculente tantôt dramatique sur le milieu parisien.

En 1947, il a créé ses propres studios, les studios Jenner, dans le 13e arrondissement de Paris au 25 bis, rue Jenner, réinventant l'usage d'un entrepôt au-dessus duquel il vécut de 1953 à 1967, descendant même nuitamment préparer les plans du lendemain. Il y produit ses films jusqu'au , lorsqu'un incendie détruit les studios alors qu'il tourne Le Samouraï (1967). Obsessionnel, il persiste à rester dans ses studios, où il monte L'Armée des ombres (1969). En 1961, il avait travaillé avec Michel Mardore pour le producteur Georges de Beauregard à un projet intitulé Les Don Juans (avec Jean-Paul Belmondo et Anthony Perkins), qu'il avait abandonné au profit du Doulos (1962).

Jean-Pierre Melville conçoit Le Samouraï (1967) spécialement pour Alain Delon. Le film suit un tueur à gages trahi par ses commanditaires et traqué par la police. Le tournage débute le dans les studios de Melville rue Jenner à Paris, lorsqu'un incendie détruit les décors. Le film sort en . L'accueil public est d'abord réservé (moins de deux millions d'entrées), puis Le Samouraï devient progressivement un classique du cinéma, influençant de nombreux réalisateurs internationaux[6].

Le Samourai

Melville écrit à propos de sa rencontre avec Delon :

« Je découvrais un acteur humble et d'un immense talent. Nous nous adressâmes très peu la parole, trop occupés à nous déchiffrer. (…) Ce fut pour moi – et, je l'espère, pour lui – une des plus belles lunes de miel que j'aie jamais connues. Voilà la qualité indiscutable d'Alain Delon : c'est un professionnel véritable. Un acteur pour qui rien d'autre n'existe que le film (…)[7]. »

Après l'incendie de ses studios, il achète une maison à Tilly, dans les Yvelines, après en avoir visité plus d'une centaine en trois mois[8]. Située en bordure des champs, elle lui permet de retrouver la solitude et les grands espaces dont il était friand.

Capable de se montrer aussi bien jovial que glacial, Jean-Pierre Melville se disputait souvent avec son entourage. Il s'est fâché avec un très grand nombre de ses collaborateurs. Entre autres anecdotes célèbres : sur le tournage de L'Aîné des Ferchaux (1963), Melville s'en prenait sans arrêt à Charles Vanel, à la suite de quoi, Jean-Paul Belmondo, qui ne supportait plus ces remontrances, arracha les lunettes et le chapeau de Melville, le poussa violemment pour qu'il tombe, puis quitta le plateau avec Vanel pour ne plus y revenir, ce qui posa de gros problèmes[9],[10] ; durant tout le tournage de L'Armée des ombres (1969), Lino Ventura n’adressa plus la parole à Melville, ne communiquant avec lui que par assistant interposé ; Melville avait en effet déclaré à la presse que Ventura avait eu de très grandes difficultés à monter dans le wagon au début du film Le Deuxième Souffle (1966) ; en fait, le cinéaste avait caché à son acteur qu'il avait donné l'ordre d'augmenter la vitesse du train.

Pendant plusieurs années, Melville siégea à la Commission de classification des œuvres cinématographiques et pourchassa toute manifestation de la pornographie au cinéma[11]. Il était avant tout un homme nostalgique, se définissant lui-même comme un « passéiste »[12], tentant aussi de réinventer à l'écran les plus forts instants de sa vie privée, sans pour autant jamais faire du réalisme.

En 1970, Melville relance un projet autour de trois criminels réunis pour un casse et réalise Le Cercle rouge, son plus grand succès. Après plusieurs essais de casting, le réalisateur arrête son choix sur Yves Montand, Bourvil et Alain Delon. Le film réunit 4 300 000 spectateurs, et est le cinquième film de l'année au box-office français. La critique dans son ensemble reconnaît un grand film. Peu après, il propose à Delon un rôle de commissaire dans Un flic. Catherine Deneuve est choisie pour incarner Cathy, maîtresse à la fois du policier et du gangster (Richard Crenna). La critique se montre très sévère. Le public est au rendez-vous : près d'1,5 million d'entrées.

Parfois tenaillé de tendances maniaco-dépressives, il fit ainsi construire une cabane en bois sur le plateau de son dernier film, Un flic, en 1971 et n'en sortait que pour diriger ses acteurs ou pour régler les éclairages[réf. nécessaire]. Melville demanda aussi à Florence Moncorgé-Gabin, scripte du film, de porter une perruque, car il n'aimait pas la couleur d'origine de ses cheveux[réf. nécessaire].

Mort

Tombe de Jean-Pierre Melville au cimetière parisien de Pantin (division 8).

L'échec relatif d'Un flic sorti en 1972 le toucha considérablement, selon le récit qu'en a fait son ami Philippe Labro dans Je connais gens de toutes sortes.

Il meurt peu de temps après, des suites d'une rupture d'anévrisme[13] survenue dans le restaurant de l'hôtel PLM Saint-Jacques à Paris, alors qu'il travaillait à Contre-enquête, un film d'espionnage avec Yves Montand dans le rôle principal[14]. Philippe Labro dînait avec lui ce soir-là[15]. Il meurt à 55 ans, comme son arrière grand-père, son grand-père et son père, ayant toujours été persuadé qu'il mourrait à cet âge[16].

Jean-Pierre Melville repose dans le caveau familial au cimetière parisien de Pantin (8e division).

La plaque commémorative dévoilée rue Jenner en 2021.

Les bâtiments des studios de la rue Jenner ont été détruits pour faire place à des immeubles résidentiels. Depuis 2021, une plaque rappelle, au no 17 bis, la présence des studios et les films qui y ont été tournés.

Style

Bertrand Tavernier dans son documentaire Voyage à travers le cinéma français (2016) vante le ton grave, sombre des films de Melville : il le connut personnellement, étant son assistant, avec Volker Schlöndorff, et son attaché de presse.

Philippe Labro définit ainsi l'esthétique de Melville à partir du Samouraï : « Est melvillien ce qui se conte dans la nuit, dans le bleu de la nuit, entre hommes de loi et hommes de désordre, à coups de regards et de gestes, de trahisons et d'amitiés données sans parole, dans un luxe glacé qui n'exclut pas la tendresse, ou dans un anonymat grisâtre qui ne rejette pas la poésie[17]. »

Filmographie

Réalisateur

Projets inaboutis

Acteur

Citation

« Le métier du cinéma n'est comparable à aucun autre. Il obéit aux lois qui régissent le «show business» mais tout le monde est d'accord pour reconnaître que personne ne connaît ces lois. Chaque film est un prototype. Une pièce de théâtre cesse d'en être une si elle dépasse la centième. L'effort de chaque représentation n'est plus fait en vain. Tandis que, pour toujours, l'effort de création, de tournage, de distribution et d'exploitation d'un film demeurera un risque total. C'est le métier le plus dangereux du monde. »

— Jean-Pierre Melville, entretien avec Michel Mardore[20]

Postérité

Parmi les remakes, emprunts et citations de l'œuvre de Melville, on peut citer :

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks