Joe Gibbs (producteur)
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Joe Gibbs, né Joel Arthur Gibson le à Salt Spring, dans la paroisse de Saint-James (Jamaïque), et mort d'une crise cardiaque le , est un producteur jamaïcain de reggae et de dub[1].
Formation et débuts
Joe Gibbs étudie l'électronique à Cuba, puis travaille comme technicien pour Stone & Webster à Montego Bay[2]. Il s'installe à Kingston, où il ouvre sur Beeston Street la boutique Amalgamated, atelier de réparation électronique doublé d'un point de vente de disques[2],[3]. En 1966, il y commence à enregistrer des artistes sur un magnétophone deux pistes, en collaboration avec Lee « Scratch » Perry, qui vient de quitter Coxsone Dodd[4]. Il se spécialise d'abord dans la production de singles pour les dancehall locaux[5]. Sa boutique, l'une des plus grandes de Kingston, lui sert aussi de baromètre commercial : les jours de marché, les disques s'y vendent après une écoute obligatoire au comptoir, et les demandes de la clientèle lui indiquent en temps réel ce qui s'impose dans les dancehalls[5].
Rock steady : le label Amalgamated
Avec l'aide de Bunny Lee, Gibbs lance le label Amalgamated[2]. Sa première production marquante est Hold Them de Roy Shirley (1967), l'un des premiers titres du rock steady, qui s'impose en tête des charts jamaïcains[2],[6].
Quand Perry quitte le label pour fonder Upsetter, Gibbs recrute Winston « Niney » Holness, dit Niney the Observer[7]. Jusqu'en 1970, il produit les Pioneers, Errol Dunkley et Ken Parker[8]. Les sessions font appel à Lynn Taitt et les Jets, avec l'organiste Ansel Collins et les cuivres de Tommy McCook, Bobby Ellis et Vin Gordon, ainsi qu'aux Hippy Boys, avec les frères Barrett à la section rythmique[8].
La rupture avec Lee Perry
La séparation avec Perry tourne au règlement de comptes. Fin 1968, Perry enregistre People Funny Boy, une chanson à charge contre son ancien employeur dont la mélodie parodie celle de Longshot, l'un des succès des Pioneers pour le compte de Gibbs[3]. Le morceau lance Perry comme producteur indépendant. Gibbs et les Pioneers répliquent avec des titres comme People Grudgeful et Pan Yu Machete[3].
Percée internationale
La première réussite internationale de Gibbs est Love of the Common People de Nicky Thomas, neuvième au UK Singles Chart à l'été 1970[6]. Il oriente alors sa production vers le reggae naissant sans abandonner ses artistes rock steady : les Ethiopians, Delroy Wilson, les Heptones. Les deux volumes de The Heptones and Friends sont de forts vendeurs en Jamaïque[9]. Il crée trois nouveaux labels : Jogib, Shock et Pressure Beat[9]. Au début des années 1970, Gibbs note que les ventes par single, qui atteignaient auparavant 50 000 à 100 000 exemplaires en Jamaïque, sont retombées à 20 000 ou 30 000, tandis que les coûts de production continuent de croître[5].
Les Mighty Two et le studio de Retirement Crescent
En 1972, Gibbs ouvre un nouveau studio à Retirement Crescent, dans le secteur de Cross Roads à Kingston[9]. Il s'y associe à l'ingénieur Errol Thompson, ancien de Randy's Studio. Le duo prend le surnom de « Mighty Two »[7]. Leur groupe maison, les Professionals, réunit Robbie Shakespeare à la basse, Sly Dunbar à la batterie et Earl « Chinna » Smith à la guitare[10]. Les Mighty Two totalisent plus d'une centaine de numéros un jamaïcains[9], parmi lesquels Money in My Pocket de Dennis Brown, Ah So We Stay de Big Youth et Eviction de Black Uhuru.
En 1975, Gibbs dote le studio d'un équipement seize pistes et y installe une presse à disques[6],[8]. La même année débute la série African Dub, enregistrée avec Santa Davis à la batterie, George Fullwood à la basse et plusieurs membres du Soul Syndicate, l'ensemble créditté sous le nom des Professionals[11]. Le line-up évolue ensuite vers Sly Dunbar et Robbie Shakespeare[11]. Le troisième chapitre de la série (1978) s'impose comme sa pièce maîtresse, Thompson y déployant toutes ses techniques d'effets stéréo — flanger, delay, slapback echo[11]. Gibbs élargit par ailleurs son catalogue au roots reggae, au rockers et au dub, produisant entre autres Dennis Brown, Jacob Miller, Sylford Walker, les Mighty Diamonds, Gregory Isaacs, Prince Alla et Junior Byles[9]. La production est distribuée à l'international à partir de 1977 sur Lightning, filiale de Warner-Elektra-Atlantic, puis sur Laser, autre sous-label du même groupe[3].
Two Sevens Clash de Culture (1977) touche le public punk rock britannique et assure au label une audience internationale[8]. Les albums dub des Mighty Two, mixés par Thompson, s'écoulent largement au Royaume-Uni[3]. Parmi les autres artistes produits à la fin des années 1970 : Marcia Aitken, Althea & Donna, John Holt, Barrington Levy, Dean Fraser, Beres Hammond, Prince Far I, I-Roy[6].
En marge de sa carrière musicale, Gibbs apparaît dans son propre rôle dans les films The Harder They Come (1972) et Rockers (1978)[6].
Déclin et dernières années
Dans les années 1980, la reprise de Someone Loves You Honey par J.C. Lodge apporte un succès international, mais déclenche un procès pour droits d'auteur impayés qui contraint à la fermeture du studio[8]. Dans les années 1990, Gibbs tente un retour en s'associant de nouveau à Errol Thompson et à Sidney « Luddy » Crooks des Pioneers[10], puis noue un partenariat avec Chris Chin de VP Records[10].
Joe Gibbs meurt d'une crise cardiaque le , laissant douze enfants[2].
Discographie sélective
Albums
| Année | Titre | Label |
|---|---|---|
| 1972 | Dub Serial | Joe Gibbs |
| 1973 | African Dub All-Mighty | Joe Gibbs |
| 1974 | African Dub Chapter 2 | Joe Gibbs |
| 1976 | State of Emergency | Joe Gibbs |
| 1978 | African Dub All-Mighty Chapter 3 | Joe Gibbs |
| 1979 | African Dub Chapter 4 (avec les Professionals) | Joe Gibbs |
| 1979 | Majestic Dub | Joe Gibbs |
| 1980 | Rockers Carnival | Joe Gibbs |
| 1984 | African Dub Chapter 5 | Joe Gibbs |
Compilations (sélection)
| Année | Titre | Label |
|---|---|---|
| 1988 | The Reggae Train 1968–1971 | Trojan Records |
| 1991 | Explosive Rock Steady 1967–1973 | Heartbeat Records |
| 1992 | The Mighty Two | Heartbeat Records |
| 1998 | Uptown Top Ranking – 1970–1978 | Trojan Records |
| 2000 | Love of the Common People 1967–1979 | Trojan Records |
| 2002 | No Bones for the Dogs 1974–1979 | Pressure Sounds |
| 2003 | Joe Gibbs Productions | Soul Jazz Records |
| 2008 | Scorchers From The Mighty Two | VP Records |
| 2009 | Scorchers From The Early Years 1967–1973 | VP Records |