Joe Higgs
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Los Angeles (États-Unis)
| Naissance |
Kingston (Jamaïque) |
|---|---|
| Décès |
(à 59 ans) Los Angeles (États-Unis) |
| Activité principale | Musicien |
| Genre musical | Reggae, ska |
| Instruments | Voix, guitare |
Joe Higgs né le et mort le est un chanteur et guitariste jamaïcain. Dans les années 1960, il faisait partie du duo Higgs & Wilson (en) accompagné de Roy Wilson (décédé en 2012 à l'âge de 72 ans[1]).
Débuts et première formation
Joe Higgs naît le à Kingston, en Jamaïque[2]
Dès son enfance, il se nourrit d'influences musicales variées et éclectiques, citant notamment les chanteurs Mario Lanza et Enrico Caruso parmi ses références majeures[3].
Joe Higgs fait ses débuts sur la scène musicale jamaïcaine à la fin des années 1950[4]. Il forme avec Roy Wilson le duo vocal Higgs and Wilson, dont le single le plus marquant, Oh Manny Oh (1960) s'est vendu à plus de 50 000 exemplaires en Jamaïque[2]. Le morceau illustre la capacité de la musique populaire de s affranchir du rythm'n'blues pour s'engagerdans la voie du ska [5]. Edward Seaga, futur Premier ministre de la Jamaïque dans les années 1980, gère alors le duo et organise pour Higgs des engagements en première partie de spectacles d'artistes américains tels que Sam Cooke et Jackie Wilson[2].
Le duo poursuit sa carrière avec des titres comme There's a Reward et Mighty Man, avant de rejoindre Studio One où Higgs and Wilson enregistrent pour Clement « Coxsone » Dodd[3]. Higgs travaille également comme artiste solo pour d'autres producteurs, notamment Prince Buster, Duke Reid, King Edwards, Lindon O. Pottinger et Leslie Kong[3]. En 1964, il enregistre sur Studio One le single There's a Reward for Me, où se mêle la souffrance et l'espoir et qui rencontre un succès immédiat[4],[2]. En 1966, il enregistre les versions originales de I Am The Song My Enemy Sings et Change of Plan pour le même label[3]
Mentor des Wailers et passage à Studio One
Higgs a connu Bob Marley au début des années 1960. Higgs vit à Trenchtown, dans une cour située juste derrière celle de la famille Marley. Bien qu'il ait enregistré plusieurs singles à succès, les pratiques de rémunération de l'industrie du disque jamaïcaine sont alors aléatoires. Higgs ne touche qu'un forfait d'environ vingt dollars par disque enregistré, insuffisant pour quitter le quartier[6].
Ennseignant dévoué, Higgs organise régulièrement des rassemblements de chanteurs et de musiciens débutants dansa cour. Ces sessions qui durent souvent toute la nuit viendront à être surnommées le « reggae college »[6]. Parmi les participants les plus assidus figurent le jeune Bob Marley et son ami Bunny Livingston, qui fabriquent encore leurs guitares de fortune à partir de bambou, de fil électrique et de boîtes de sardines[6]. Higgs leur enseigne les principes de l'harmonie, du rythme et de la mélodie, mais les pousse aussi à écouter des musiques très éloignées du répertoire jamaïcain, conseillant notamment à Marley de se familiariser avec des jazzmen comme John Coltrane[6].
Plus largement, Higgs est respecté comme compositeur, arrangeur et interprète, mais surtout en tant que pédagogue ; parmi ceux qu'il forme figurent également Derrick Harriott, Peter Tosh, Bob Andy et les Wailing Souls, qui le surnomment « The Maestro »[2],[3]. C'est lui qui affine les harmonies vocales brutes des Wailers pour en faire le produit qui attire l'attention du producteur Clement « Coxsone » Dodd[4].
Higgs déclare lui-même à ce sujet : « Beaucoup de gens ne le savent pas. C'est vrai… Bob Marley chantait avec les Wailers. Ce n'était pas le chanteur principal. Je lui ai appris à chanter »[3].
Marley dit lui-même plus tard que Higgs a été quelqu'un qui l'influença beaucoup. Higgs était considéré par Jimmy Cliff comme le « père du reggae », même si cette opinion est contraire à ce que pensent de nombreux spécialistes du reggae classique.
Carrière solo et évolution musicale
Après la séparation du duo, Roy Wilson ayant émigré aux États-Unis en 1964, Higgs travaille comme chanteur principal avec Carlos Malcolm and the Afro-Jamaican Rhythms, puis collabore avec le groupe de Lynn Taitt et les Soul Brothers[7],[4].
Higgs contribue à accompagner les évolutions stylistiques du ska au rocksteady, puis au reggae, et exerce une influence considérable sur la génération d'artistes reggae qui émerge à la fin des années 1960 et au début des années 1970[4]. Dans les années 1970, il enregistre avec Rupie Edwards (Mother Radio) et Harry J, réalisant des titres comme The Wage of War et World Upside Down, qui s'inscrivent dans son parcours de musicien engagé[3]. En 1972, il remporte le concours de la chanson touristique jamaïcaine avec sa composition Invitation to Jamaica[7].
Tournées avec les Wailers et Jimmy Cliff
En 1973, Bunny Wailer quitte les Wailers. Joe Higgs est appelé pour combler le vide et rejoint Peter Tosh et Bob Marley lors d'une tournée américaine, en première partie de Sly and the Family Stone. Ils donnent des concerts acclamés par la critique de New York à San Francisco, faisant de Higgs l'un des premiers artistes à apporter le reggae aux États-Unis[7].
En 1974, Higgs travaille comme chef d'orchestre et chanteur lors de la tournée de Jimmy Cliff, qui l'avait embauché après le succès du film The Harder They Come et de sa bande originale[4]. Ils se produisent devant des foules immenses dans des lieux comme Central Park et le Madison Square Garden[7]. Higgs ouvre chacun des spectacles de Cliff et interprète deux morceaux au milieu de ses sets, recevant souvent plus d'attention que Cliff lui-même, ce qui conduit à sa relégation aux chœurs[7]. Les duos enregistrés à cette époque, Sound of the City et Sons of Garvey, comptent parmi les plus belles œuvres des deux artistes.
Life of Contradiction et exil
L'album Life of Contradiction est enregistré à l'origine en 1972 au Harry J Recording Studio de Kingston, sous l'égide de Chris Blackwell pour Island Records, avec des musiciens tels que Mikey « Boo » Richards à la batterie, Val Douglas à la basse, Mikey Chung et Eric Gale aux guitares lead, et Earl « Wire » Lindo aux claviers, le tout sous la direction de l'ingénieur du son Sylvan Morris[3].
Cependant, Blackwell hésite à le publier, ne voyant pas de marché pour un chanteur folk jamaïcain[3]. Après trois ans de blocage, Higgs récupère les droits de l'album, qui paraît finalement en Jamaïque en 1975 sur le label Grounation, une filiale de Vulcan, l'une des nombreuses entreprises indépendantes ayant émergé après l'effondrement de Trojan Records, puis au Royaume-Uni l'année suivante[3].
Peter Weston avait auparavant sorti le premier album de Higgs sur son propre label Micron[3]. Le disque rencontre le succès et consolide la position de Higgs parmi l'élite de la musique populaire jamaïcaine[4]. L'album place Higgs aux côtés d'artistes comme Bob Marley & The Wailers, The Mighty Diamonds et Burning Spear auprès du nouveau public du reggae[3].
Une majorité des chansons de Higgs faisaient référence à la pauvreté dans laquelle il a vécu, étant jeune, à Trenchtown. Higgs considérait que le reggae était né (et avait grandi) de la pauvreté et de la violence qui régnait dans certains bidonvilles de Kingston comme Trenchtown ou Johnstown. Avant qu'il ne devienne vraiment populaire et connaisse le succès qu'on lui connait sur la scène musicale occidentale notamment grâce à Bob Marley, le reggae était compris comme une musique de ghetto. Higgs a été le premier, en dehors des artistes du « ghetto », à principalement parler dans ses chansons des problèmes de la vie quotidienne. Il dit lui-même :
« The music originated from the confrontation of the struggle... It's not even going to be known as the Jah from Trenchtown. It is the kind of strength that you have to accumulate. Reggae is the confrontation of the soul, man. Reggae has to have a basic vibrant song which is... to be heard in a ghetto is like playin' the bass very loud and the drum. Those harbor the basic songs. A classical reggae should be accepted in a part of the world in the same sense; freedom, that's what it's askin' for; acceptance, that's what it means. An understanding. That's what the reggae says. ».
(Traduction approximative : « La musique provient de la confrontation des luttes… Elle ne sera même pas reconnue comme celle du Jah de Trenchtown. C'est le genre de force que vous devez accumuler. Homme, sache que le reggae est la confrontation de l'âme. Le reggae doit être un rythme élémentaire et vibrant qui doit… résonner dans le ghetto comme un son fort de basse et de tambour. C'est de là que viennent ces tempos. Un reggae classique doit être accepté dans ce sens dans le monde ; la liberté, c'est ce qu'il demande, l'acceptation, c'est ce qu'il signifie. Une compréhension, c'est ce que le reggae dit. »)
« A certain love comes from hard struggle, long suffering. A certain love that through pain, gorge yourself with that hope for freedom. Not to give up. »
(« Un certain amour vient de luttes difficiles, de longues souffrances. Un certain amour surgit à travers la peine, vous emplit d'un espoir de liberté. Ne pas abandonner. »)
Les paroles suivantes extraites de There's a Reward (Life of Contradiction, 1975) reflètent cette attitude. Higgs commenta cette chanson comme étant son hymne et sa chanson biographique, détaillant une vie d'être souvent maltraité et sous-estimé, maintenant pourtant la force en lui et ayant de l'espoir pour son avenir :
- Everyday my heart is sore
- Seeing that I'm so poor
- But I shall not give up so easy
- There's a reward for me, there's a reward for me
- Though I'm bordered down with shame
- There's no one for me to blame
- But I shall not give up so easy
- There's a reward for me, there's a reward for me
- Sometimes I feel like a motherless child
- You know no one cares for me
- I've never known sympathy
- Sometimes I look to this world with a smile
- Man you hear what I say…
(Source: iration.com[8]).
- « Joe Higgs était un frère parmi les Wailers depuis des années. Il était un encouragement, il nous inspirait et rassemblait. » — Peter Tosh (1976).
- « Nous avons recherché Joe Higgs. Il était comme un gardien musical pour nous. Il était un chanteur encore plus professionnel, car il a travaillé des années avec Fella appelé Roy Wilson dans Higgs et Wilson. Ils ont eu beaucoup de succès et ont eu la connaissance des techniques harmoniques, ainsi il nous [The Wailers] les a enseignées. Et il aida dans le studio, pour établir nos différentes parties. » — Bunny Wailer (années 1980).
- « Joe Higgs m'aida à comprendre cette musique. Il m'a beaucoup appris. » — Bob Marley.
À la fin des années 1970, Higgs sort le single controversé « So It Go », dont les paroles politiquement engagées dénoncent l'absence de prise en compte des difficultés des classes défavorisées jamaïcaines[7]. Mal reçu par le gouvernement jamaïcain, le morceau entraîne des pressions qui conduisent Higgs à s'installer à Los Angeles pour échapper au harcèlement sur l'île[4].
Dernières années
Higgs traverse les années 1980 et 1990 en poursuivant ses efforts de mentorat auprès des artistes émergents et lors de ses tournées[4]. En 1990, il enregistre l'album Blackman Know Yourself, accompagné par les Wailers[9]. Peu avant sa mort, il travaille au studio de U2 à Dublin sur un projet intitulé Green Is Black, collaboration entre musiciens reggae et artistes celtiques[9]. Il poursuit ses concerts et entreprend un projet de biographie avec Roger Steffens, projet interrompu par son décès survenu des suites d'un cancer le [3] au Kaiser Hospital de Los Angeles, à l'âge de 59 ans[9].
Discographie
Albums
- 1975 : Life of Contradiction (Micron Music Ltd)
- 1978 : Unity Is Power (Island Records)
- 1985 : Triumph (Alligator Records)
- 1988 : Family (Shanachie Records)
- 1990 : Blackman Know Yourself (Shanachie Records) — avec les Wailers
- 1995 : Roots Combination: Joe & Marcia Together (Macola Records) — avec Marcia Higgs
Singles
Joe Higgs & Roy Wilson
- 1960 : Oh Manny Oh (WIRL)
- 1960 : I Long For The Day (WIRL)
- 1960 : It Is A Day (WIRL)
- 1960 : How Can I Be Sure (Studio One)
- 1961 : Come On Home (Studio One)
- 1961 : Sha Ba Da (Studio One)
- 1961 : Mighty Man (Studio One)
- 1963 : If You Want Pardon (Blue Beat Records)
- 1964 : Gone Is Yesterday (Blue Beat Records)
- 1964 : Love Not For Me (Blue Beat Records)
- 1964 : To Spend An Evening (Islam) — avec Prince Buster
- 1964 : Pain In My Heart (Islam)
- 1965 : Saturday Night (Blue Beat Records)
- 1970 : Don't Mind Me (Clandisc)
Joe Higgs seul
- 1963 : Dinah (Studio One)
- 1964 : There's A Reward (Studio One)
- 1964 : Your Love Is (Studio One)
- 1964 : Burning Fire (Studio One)
- 1967 : Change Of Plan (Studio One)
- 1967 : Keep Cool (Studio One)
- 1967 : I Am The Song (Island Records)
- 1967 : Worry No More (Island Records)
- 1968 : You Hurt My Soul (Island Records)
- 1969 : Hit Me Back Baby (Camel)
- 1970 : Mademoiselle (Clandisc)
- 1970 : Fire Burn (Success) — avec Rupie Edwards (en)
- 1970 : Burning Fire (Success) — avec U Roy
- 1971 : Mother Radio (New Beat)
- 1971 : The World Is Upside Down (Roosevelt)
- 1972 : World Is Spinning Round (Sioux)
- 1972 : Lay A Foundation (Blue Mountain)
- 1972 : Journey To Freedom (Elevation)
- 1972 : Invitation To Jamaica (Elevation)
- 1973 : The World Is Upside Down (MCA Records)
- 1973 : Wave Of War (Harry J)
- 1974 : Let Us Do Something (Elevation)
- 1975 : More Slavery (Micron Music Ltd)
- 1976 : Sincerely (Solomonic)
- 1979 : Sons Of Garvey (One Stop)
- 1979 : Devotion (One Stop)
- 1980 : Talk To That Man (Solomonic)
- 1985 : Creation (Ethnic Fight)
- 1985 : So It Go (Ethnic Fight)
- 1988 : Day O (Shanachie Records)