Duke Reid
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paroisse de Portland,
Kingston, Jamaïque
| Surnom | The Trojan |
|---|---|
| Nom de naissance | Arthur S. Reid |
| Naissance |
paroisse de Portland, |
| Décès |
(à 59 ans) Kingston, Jamaïque |
| Activité principale | Producteur musical, disc-jockey, entrepreneur |
| Genre musical | Ska, rocksteady |
| Labels | Treasure Isle, Dutchess, Trojan[1] |
Arthur « Duke » Reid, né le dans la paroisse de Portland, en Jamaïque, et mort le à Kingston, est un producteur musical et disc-jockey jamaïcain. Fondateur du label Treasure Isle, Il est considéré comme l’une des figures majeures de l’industrie musicale jamaïcaine et comme un acteur central dans le développement du ska et du rocksteady.
D'abord propriétaire d'un des plus populaires sound systems du pays, le Trojan, il monte un studio d'enregistrement puis fonde plusieurs labels discographiques. Il est aussi le rival historique de Coxsone[2]. Il participe à la naissance du rocksteady, mais ne s'implique pas dans le développement de reggae. Cependant, il est encore actif au début des années 1970, collaborant notamment avec le deejay U Roy.
Duke Reid est décoré de l'Ordre de la Distinction de Jamaïque en 2007[3].
Jeunesse et débuts
Arthur S. Reid naît en 1915 dans la paroisse de Portland, en Jamaïque. Il exerce d’abord comme policier pendant dix ans avant de quitter la fonction publique[3]. Il ouvre ensuite, avec son épouse, un commerce d’alcool à Kingston, le Treasure Isle Liquor Store[4]. Au début des années 1950, il devient DJ pour une radio locale, et anime un programme qu’il nomme « Treasure Island Time », où il diffuse du calypso, du mento, du rhythm and blues et du jump blues.
Sound System et rivalité avec Coxsone
Au début des années 1950, il fonde un sound system, le Reid’s Sound System, aussi surnommé « The Trojan », qui devient l’un des plus populaires de Kingston. Il y diffuse principalement du rhythm & blues américain, contribuant à façonner les goûts musicaux du public jamaïcain[2]. Il déplace son matériel et ses disques à l'aide d'un pick-up de la marque Trojan, d'où lui vient son surnom[5].
Il est un des premiers opérateurs de sound system de l’île, avec Tom The Great Sebastian et Coxsone Dodd[6]. Les sound systems, ou « maison de la joie » comme on les surnomme en Jamaïque, sont des sortes de discothèques mobiles, composées d’une quarantaine d’amplis environ, et qui représentent pour le peuple jamaïcain le principal moyen d’accès à la musique. Bien que ceux-ci soient peu nombreux, la compétition entre les sounds systems fait rage, ils s’affrontent sur les « longs » (pelouses) et c’est alors l’originalité du son et le talent des DJ qui fait la différence. Le Duke se démarque notamment par ses performances scéniques souvent spectaculaires, la qualité de ses riddims et de ses DJ : Cuttins et Cliffie. Ce qui ne l’empêche pas à l’occasion d’utiliser la violence pour briser les oppositions[7].
Ancien policier, il inspire le respect de tous, d'autant plus qu'il ne sort jamais sans une arme et une ceinture de munitions, voire une grenade ou une machette en tant qu'accessoires[8]. De plus, il emploie des vieilles connaissances et des voyous (« dancehall crashers ») pour saboter le matériel des sounds systems concurrents et provoquer des bagarres chez eux[9], dans le but d'attirer des danseurs par la bonne ambiance de son sound. Duke Reid est en quelque sorte le précurseur d'un comportement « gangsta » dans la musique jamaïcaine.
Une anecdote célèbre dit que Reid s'est risqué à passer une chanson portant la signature de Coxsone, ce qui entama un « battle » entre Duke Reid et un Coxsone choqué et consterné[10]. Reid est souvent accusé de tactiques peu scrupuleuses à cause, entre autres, de son recours aux « dancehall crashers »[9]. Reid remporte le Jamaica's Top Sound-System Battle trois années consécutives, de 1956 à 1958[7].
Production musicale
À la fin des années 1950, Duke Reid se lance dans la production musicale. Il enregistre d’abord dans des studios existants[11], avant d’installer son propre équipement au-dessus de son commerce. Il enregistre un grand nombre de chansons destinées à « déchainer » les foules lors des soirées organisées à l'aide de son sound system[12]. Il ne pense d'abord pas à les commercialiser. Mais, après quelques mois et devant la demande du public, Duke Reid commence à distribuer certains morceaux en les pressant au format 45 tours en petite quantité (500 exemplaires environ). Devant le succès populaire, Duke Reid se lance dans le commerce de l'édition de disques[12].
Il fonde le label Treasure Isle, qui devient dans les années 1960 l’un des plus influents de Jamaïque, et forme un groupe de studio, le Duke Reid Band, auquel participent ponctuellement Rico Rodriguez, Don Drummond, Roland Alphonso, Baba Brooks, Johnny Moore et Ernest Ranglin[13]. De 1962 à 1965, les labels de Reid, Treasure Isle, Dutchess et Trojan[5], sortent de nombreux hits ska des Skatalites, Stranger Cole, The Techniques ou Justin Hinds & the Dominoes.
Duke Reid joue un rôle déterminant dans l’émergence du rocksteady, un style plus lent et plus mélodique que le ska, qui domine la scène musicale jamaïcaine entre 1966 et 1968[14]. L'apogée du rocksteady (1966-1968) est très fertile pour les productions de Reid, avec Alton Ellis, Phyllis Dillon, The Melodians, The Paragons, The Ethiopians, The Jamaicans et bien d'autres[15]. La plupart d'entre eux sont entourés du nouvel house band de Reid, Tommy McCook & the Supersonics, menés par l'ancien saxophoniste des Skatalites[15]. Ses productions se caractérisent par une grande qualité sonore et des arrangements sophistiqués[15].
Dans une interview pour la radio Kool 97 FM, Jackie Jackson avec Paul Douglas et Radcliffe "Dougie" Bryan sont interrogés sur les nombreux enregistrements réalisés ensemble en tant que section rythmique pour Treasure Isle Records. Ils sont interviewés sur leur travail avec Sonia Pottinger et Duke Reid[16].
Avec la fin du rocksteady et l'avènement du roots reggae à tendance rastafari, Reid se trouve face à un dilemme, cette nouvelle musique n'étant pas de son goût, particulièrement les paroles relatant des revendications sociales. Cette position fait petit à petit de lui un personnage de la « vieille garde », passé de mode. Bien qu'ayant été un des plus grands producteurs jamaïcains, il n'hésite pas à refuser d'enregistrer des chansons rastas, en répliquant « je suis moi-même Babylone, j'ai été flic, c'est de moi que tu parles, pas de rasta-song ici ».
D'autres modes que le reggae émergent à l'époque dans les dancehalls, comme le dub : les deejays commencent à insérer leurs propres rythmes, jouant avec les rimes, et commencent véritablement à « chatter » et à « toaster » sur des mélodies populaires. Le leader des Paragons, John Holt, présente le pionnier du genre, U Roy à Duke Reid en 1970, qui décide très vite de l'enregistrer, et insiste sur l'idée de rajouter simplement des voix sur les anciens enregistrements Treasure Isle[17]. Le résultat rencontre une grande de popularité. Quatre singles de U Roy apparaissent dans le Top 5 jamaicain d'un seul coup. Reid continue d'enregistrer U Roy jusqu'au début des années 1970, et sort également des disques d'autres jeunes DJs, comme Dennis Alcapone.
Déclin et décès
Au début des années 1970, l’influence de Duke Reid décline, notamment en raison de problèmes de santé et de son refus d’adopter les thématiques rastafariennes qui s’imposent alors dans le reggae[18].
Atteint d’un cancer, il cède son label à Sonia Pottinger avant de mourir le à Kingston[3].