Jules (Jules Léon) Montigny, né rue du Midi no2 à Saint-Josse-ten-Noode le , est le fils de Jean Joseph Montigny (1796-1873), autrefois officier et précepteur des enfants du prince d'Orange au château de Tervuren, rentier et de Marie Thérèse Augustine Genatzy (1806), tous deux natifs de Bruxelles. Il a un frère aîné, Paul Montigny (1842-1897), pianiste et professeur de musique à Paris[1]. Jules Montigny épouse à Bastogne le Marie Joséphine Elisabeth Delperdange, née à Bastogne le . Le couple a une fille, Julie Montigny, née à Tervuren le [2].
Formation
En 1855, Jules Montigny, attiré par l'art depuis son enfance, est étudiant à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, où il est formé par François-Joseph Navez, mais ne demeure que peu de temps auprès de ce premier professeur qui lui apprend à dessiner. Paul Lauters, ami de la famille, présente le jeune homme, étudiant librement à la campagne, au peintre de genreHenri Dillens dans son atelier à Schaerbeek, où il étudie les petits secrets de la peinture durant une année[3].
Jules Montigny expose un Portrait de Jeune fille au Salon de Bruxelles de 1860, puis une scène de genre au Salon d'Anvers de 1861, tout en se rendant, pour y puiser son inspiration, régulièrement à Boondael, Boitsfort, et Watermael jusqu'en 1863, date à laquelle il quitte la maison paternelle[3].
Carrière
Il commence à réaliser des peintures animalières et de paysages à partir de 1863, puis il entre au contact de l'École de Tervueren. Désormais, les thèmes de prédilection de Jules Montigny s'inspirent d'Hippolyte Boulenger, chef de file de l'École de Tervueren qu'il connaît depuis plusieurs années, étant autrefois souvent invité chez les parents de Jules Montigny qui souhaitaient l'aider en raison de sa situation financière inconfortable. Jules Montigny réside et travaille successivement à La Hulpe (1863-1866), Ottignies (1866-1867) et officiellement Ixelles (1867), puis d'établit définitivement à Tervuren en 1870[4].
Son champ pictural couvre essentiellement les représentations animalières et les paysages. En formation auprès d'Henri Dillens, il réalise, en 1857, son premier tableau intitulé Gamins jouant aux billes, d'un style conventionnel, inspiré par son professeur. Il peint ensuite plusieurs portraits, assez médiocres, qui connaissent pourtant un certain succès, mais il cherche encore sa voie, même s'il vend aisément sa scène de genreDentellière à un antiquaire en 1859[3].
Après 1860, même s'il a développé une vision individuelle à La Hulpe, ses thèmes artistiques évoluent au contact de ses séjours en pleine nature et sont renforcés par le contact de l'École de Tervueren. Il peint préférentiellement des sites agrestes, des vaches quittant l'étable, des chevaux paissant au pâturage, des chaumières typiques et des drèves ensoleillées[3]. Toutefois, au début, le public n'est pas encore réceptif à la nouvelle voie qu'il persiste à poursuivre, rompant avec les vieilles traditions. Lorsqu'il expose Le Puits mitoyen au Salon de Bruxelles de 1863, le succès est enfin au rendez-vous, et la presse manifeste son admiration devant cette toile très travaillée et achevée comme un tableau gothique[3]. Le critique artistique Auguste Schoy estime que le jeune peintre, qui en est à ses débuts, possède un véritable sentiment de la couleur, bien que son Four banal dont le paysage est nu et les figures trop sèchement dans la masse soit moins réussi[7].
Selon le critique d'art Edmond Louis De Taeye, la peinture de Jules Montigny connaît une dernière phase d'évolution après 1886, il alterne les représentations d'attelages brabançons avec les groupes de bestiaux étudiés fidèlement d'après nature dans des prés accidentés et sous l'ombre d'arbres aux branches puissantes. Sa connaissance de l'anatomie équestre et bovine lui permet de perfectionner la structure de ses toiles. Dans ses études, il décompose les divers mécanismes des allures équestres[3].
Pour sa part, Camille Lemonnier remarque en 1876 que le cheval est pour Jules Montigny une étude de prédilection, qu'il a appréhendée techniquement dans les livres et d'après les planches anatomiques, tout en le peignant d'après nature. Souvent il cherche les effets de son art en plaine, le matin, lorsque la terre fume, que des sillons s'élève une buée légère et le brouillard tend son étamine sur les fonds. À l'avant plan, des chevaux, une charrette ou des bœufs. Parfois, la scène change, des chevaux broutent, derrière l'enclos, l'herbe d'un pré, le soleil est déjà chaud, mais des flocons de vapeur pendent encore aux épines des haies. Ou bien, la neige blanchit la campagne, le ciel est couleur de papier brûlé, le morne hiver a succédé aux mélancolies de l'automne. Il a le sentiment de la note rurale, pittoresque et poétique. Il réussit à communiquer la sensation du silence qui plane sur les campagnes, animées par la vie des bestiaux qui broutent dans les prairies ou par le va-et-vient des attelages roulant le long des chemins sinueux[3].
Au point de vue de la technique, sa peinture est très simple, ne recherchant ni les savants effets de relief de la pâte, ni l'originalité de la touche. Elle est essentiellement honnête et d'aucuns la trouveront même un peu banale. Il utilise rarement l'huile, ne craignant pas de laver, de frotter, ou de nettoyer sa peinture de mille manières[3].
Il interprète parfaitement les effets de pluie, le calme des soirs et la fraîcheurs des matins d'automne. S'il n'a jamais été un luministe, il est capable de rendre à ses œuvres l'atmosphère nécessaire et s'imprègne de la poésie pénétrante des choses. Son indépendance artistique, dont il se vantait, lui cause plus d'un ennui, certains officiels lui tournant le dos. Il affirme «Je ne place pas la couleur au-dessus de la forme. La palette seule est impuissante à réaliser une expression complète d'art, mais il n'en est pas de même du dessin. J'aime la beauté des tonalités harmonieuses, mais je suis loin de les considérer comme le criterium unique d'une véritable œuvre esthétique. La couleur, d'ailleurs est la sœur de la lumière, à laquelle certains peintres modernes accordent beaucoup trop d'importance. Certes, la lumière vivifie la nature, mais elle n'y domine pas exclusivement. Au contraire, tout y est plutôt harmonieux, estompé. Les artistes qui se laissent tenter par la recherche de la lumière brutale, absolue ou du franc soleil sont donc victimes du danger d'une formule exagérée[3].»
Edmond-Louis De Taeye, Les artistes belges contemporains: Jules Montigny, Bruxelles, Alfred Castaigne, , 803p. (lire en ligne), p.597-606.
Patrick Berko et Viviane Berko, Dictionnaire des peintres d'animaux belges et hollandais nés entre 1750 & 1880, Knokke, Berko, coll.«Fine Arts», , 545p. (ISBN978-9027452405), p.358-360.