Auguste Bénard

éditeur et imprimeur français (1854-1907) From Wikipedia, the free encyclopedia

Auguste Bénard, né le à Paris et mort le à Liège, est un éditeur et imprimeur français.

Faits en bref Naissance, Décès ...
Auguste Bénard
Auguste Bénard (photographie publiée dans les Éloges funèbres d'Auguste Bénard, imprimeur-éditeur en 1907).
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Né à Paris et orphelin dès l'âge de 7 ans, le jeune Auguste Bénard se forme comme ouvrier lithographe à Orléans puis à Saumur. En 1873, il s'installe à Liège, qui devient sa ville d'adoption. Il travaille à l’imprimerie Dessain, où il occupe bientôt le poste de directeur, jusqu'en 1887. La même année, il décide de voler de ses propres ailes et crée son atelier d'impression.

Durant son parcours d'une vingtaine d'années comme indépendant, Auguste Bénard « touche avec un égal bonheur à tous les secteurs de l'imprimerie et de la lithographie » et se distingue par ses innovations techniques. La collaboration qu'il maintient avec les artistes Émile Berchmans, Auguste Donnay et Armand Rassenfosse est à la base d'une production graphique à l'avant-garde de l'art de l'affiche en Europe, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Citoyen français intégré à Liège, « imprimeur-éditeur bien connu », « philanthrope et meilleur ami de ses ouvriers », son décès prématuré en 1907 donne lieu à « d'émouvantes funérailles et d'élogieux commentaires dans la presse ». Son atelier devient en 1908 une société anonyme, qui poursuit son activité jusqu’à sa fermeture définitive en 1970.

Biographie

Jeunesse, formation en France et début de carrière à Liège (1854-1887)

Auguste Bénard, né à Paris le [1],[2], est le fils de Céline Bénard[3],[4] et d’un architecte parisien[2],[5]. Il perd ses parents très jeune et se retrouve orphelin dès l'âge de 7 ans[2],[6].

Il commence à travailler comme ouvrier lithographe[7],[8],[9]. Il se rend ensuite à Orléans où il travaille pour Paul Desjardins père[7],[10]. Il y acquiert « une grande maîtrise »[6] des procédés de la lithographie[6],[7]. Par la suite, il est employé à Saumur avant d'arriver à Liège en 1873[6],[8],[11]. Durant cette première étape d'apprentissage réalisée en France, il épouse Adeline Bordier, originaire de Saumur, avec qui il a une fille, Gabrielle Adeline Bénard, née à Liège en [12],[13].

Une fois installé à Liège en 1873, il travaille dans un premier temps comme dessinateur lithographe puis comme directeur de l’imprimerie Dessain, poste qu'il occupe jusqu'en 1887[2],[7],[8],[14]. À ce moment, il décide de se mettre à son compte et crée son propre atelier spécialisé dans l’imprimerie, l’édition et la typographie artistique[2],[7],[15].

Maître-imprimeur à Liège (1887-1907)

Fondation de Caprice revue et création de sa maison d'édition

Première page du magazine Caprice revue no 5, du 31 décembre 1887, qui fête l'arrivée de l'année 1888. Une illustration occupe la majorité de la page, on y voit une femme japonaise vêtue d'un kimono qui tient un éventail, et vole, utilisant les ailes de libellule qu'elle a dans le dos, légèrement au-dessus du sol.
Georges Marc (rédacteur en chef), Auguste Bénard (fondateur et imprimeur) et Auguste Donnay (illustrateur), Caprice Revue no 5, (première page).

Il fonde en 1887 Caprice Revue, « un hebdomadaire artistique de 8 pages, où les poèmes, les nouvelles et les billets d'humeur côtoient des critiques artistiques et théâtrales et des chroniques mondaines »[16]. Georges Marc en est le rédacteur en chef, puis il est remplacé par Maurice Siville, qui est alors co-directeur de la revue littéraire La Wallonie[16].

Sur les 76 magazines publiés entre et [17], 28 sont agrémentés d'une planche de bande dessinée en quatrième de couverture[16]. Ces planches sont illustrées par un groupe de jeunes artistes liégeois[16]. Parmi ces derniers, certains collaborent également avec l'imprimerie d'Auguste Bénard : Émile Berchmans, Auguste Donnay, et Armand Rassenfosse[16],[18],[19]. « Les illustrations, tantôt caricaturales, tantôt tendres et romantiques, conçues par eux pour Caprice revue […] contribuent à faire de cette publication artistique et littéraire un des plus beaux fleurons de l'édition liégeoise de la fin du siècle dernier »[20].

Marque d'édition de l'imprimerie d'Auguste Bénard, où une illustration présente une femme tentant de cueillir un fruit dans un arbre. À droite, au milieu des branches de l'arbre, la devise "Qui vult potest" (« Qui veut peut ») est inscrite.
Marque d'édition de l'imprimerie d'Auguste Bénard.

L'imprimeur s’installe rue Lambert-le-Bègue[11],[21],[22], dans la « première bâtisse Art nouveau liégeoise », œuvre de l'architecte Paul Jaspar réalisée en 1895-1896 et inspirée par la maison que le beau-frère de Jaspar, Paul Hankar, s'est construite en 1893 à Saint-Gilles[23]. Bénard est, tout au long de sa carrière, « un artiste et surtout un facilitateur de projets »[7], en plus de ses rôles d'éditeur et d'imprimeur où il se distingue par ses innovations techniques. Il serait l’un des premiers imprimeurs à utiliser des papiers de couleur[7],[20],[24] et à renouveler les techniques d’impression de la chromolithographie[7],[25]. Le matériel moderne dont il dote son imprimerie lui permet également de tirer des affiches de grand format[20],[26]. De plus, « […] tous ceux qui l'ont connu dans l'exercice de son métier s'attachent à rappeler sa vision nette et précise, son goût délicat et subtil, alliés à une technique irréprochable »[20]. Armand Rassenfosse conçoit sa marque d'édition, sur laquelle « est inscrite la devise Qui vult potest Qui veut peut »), révélatrice du tempérament d'un homme qui, parti de rien, gravit tous les échelons jusqu'à devenir un maître dans son métier »[2].

À la suite du décès de sa première épouse en [27],[28], il se remarie le à Liège, avec Fanny Gourgne, institutrice (1863-1911)[3],[4],[29]. Le couple a une fille, Eugénie Adeline Bénard, en [30],[31].

Les « affiches Bénard »

Affiche couleur représentant un couple assis à un bar ; l'homme discute avec un serveur, et à droite un enfant regarde une affiche annonçant le genièvre Bitter Wodon.
Armand Rassenfosse, Genièvre La Croix Rouge… Amer Wodon, Bitter Wodon, 1895 (lithographie en couleurs ; 49 × 64 cm), Paris, Bibliothèque nationale de France.

De 1888 à 1907, des affiches à l'avant-garde naissent de la collaboration qu'il maintient avec les jeunes artistes qu'il emploie, particulièrement avec le « triumvirat triomphal de Liège »[32] formé par Émile Berchmans, Auguste Donnay, et Armand Rassenfosse[19],[24],[33],[34], et « ce qui est au départ un simple support publicitaire va atteindre le statut d’œuvre d’art »[7],[32]. « L'étroite association de ces quatre hommes fera dire à un critique de l'époque qu'à l'instar des héros romanesques, les trois mousquetaires liégeois de l'affiche étaient également quatre »[2]. En effet, comme le remarque André Lebrun en 1980 : « Il ne suffit pas de disposer d'un dessinateur apte à concevoir une œuvre d'art, encore ne faut-il pas le trahir lors de la production en série »[18],[9].

Affiche couleur annonçant la "Deuxième exposition internationale d'art photographique", illustrée par un femme aux cheveux noirs et vêtue d'une robe à fleur qui observe une photographie imprimée. Elle se trouve dans une salle où l'on observe de nombreuses photographies encadrées qui sont pendues au mur.
Auguste Donnay, Deuxième exposition internationale d'art photographique, 1896 (lithographie en couleurs; 88 × 125 cm), Ixelles, Musée d'Ixelles.

Les « affiches Bénard » se caractérisent en général par « la spontanéité, le réalisme peu appuyé, la mise en page originale et la maîtrise technique […] »[24]. Chaque artiste apporte des préférences et des expériences qui lui sont propres : Armand Rassenfosse se distingue par « des demi-teintes cernées d'un trait tantôt souple tantôt vigoureux »[24] ; Auguste Donnay « se montre particulièrement sensible à l'atmosphère et à l'émotion »[24] ; Émile Berchmans « donne d'autant plus de vigueur aux aplats de couleurs qu'il les souligne par le dessin »[24]. D'autres artistes collaborent avec l'imprimerie Bénard, comme Ernest Marneffe, Jean Ubaghs, Alfred Martin, Richard Heintz, Ludovic Janssen, Edmond Delsa, José Wolff, Jacques Ochs, Ernest Forgeur, Georges Ista, Georges Koister, Pierre Paulus, Henri Cassiers et Émile Dupuis (1877-1958)[35],[36],[37]. Ce dernier, originaire d'Orléans, arrive à Liège en 1902[37],[38] et dirigera durant de nombreuses années l'atelier de dessin et de lithographie[20],[32],[37].

Comme le remarque le Journal de Liège en 1907 : « M. Bénard, on peut l'affirmer sans craindre d'être démenti, fut un véritable bienfaiteur pour les artistes liégeois ; beaucoup, grâce à lui, qui les lança, firent leurs premiers pas dans la voie du succès et connaissent aujourd'hui la notoriété »[15].

Intégration à Liège et autres travaux d'impression

Imprimé publicitaire annonçant les services fournis par l'imprimerie d'Auguste Bénard, ce qui inclut la lithographie, la chromolithographie et des impressions commerciales et artistiques par les procédés les plus perfectionnés. Le feuillet publicitaire est illustré par une photographie de la maison-atelier de style Art nouveau de l'imprimeur-éditeur construite par l'architecte Paul Jaspar.
Jean Malvaux (d), Imprimerie Aug. Bénard, Liège, rue Lambert-le-Bègue 13, 1895 (imprimé publicitaire), Liège, Centre d’Archives et de Documentation de la CRMSF.

Durant son parcours comme indépendant, Auguste Bénard « touche avec un égal bonheur à tous les secteurs de l'imprimerie et de la lithographie »[2],[8]. André Lebrun poursuit :

« […] en toute matière, qu'il s'agisse de publier un luxueux ouvrage — tel ce recueil commémorant le septante-cinquième anniversaire de l'indépendance belge — ou simplement de réaliser un modeste catalogue industriel, Bénard fait montre d'un même souci de perfection. Livres techniques ou scolaires, éditions d'art, cartons et brochures publicitaires, gravures et diplômes, innombrables sont les œuvres sorties de ses presses, illustrées souvent par des artistes liégeois prestigieux »[2].

Photographie du stand de l'imprimerie Auguste Bénard à l'Exposition universelle de Liège de 1905. On y observe pendues un vingtaine de lithographies encadrées d'Émile Berchmans, Henri Cassiers et Émile Dupuis, entre autres.
Stand de l'imprimerie Auguste Bénard à l'Exposition universelle de Liège de 1905 (photographie publiée dans Le Livre d'Or de l'Exposition universelle et internationale de Liège de 1905, t. II, de Gustave Drèze en 1907).

La maison d'édition d'Auguste Bénard « s'est créé également une spécialité des éditions classiques et scientifiques, tout en ne négligeant point, au surplus, l'exécution du livre moderne »[39] et acquiert rapidement une réputation internationale[26]. En effet, Bénard expose régulièrement sa production à Liège, à Bruxelles et à Paris[26], participe aux foires et expositions universelles, y recevant plusieurs distinctions, et réalise, entre autres, l’édition du Livre d’or et de l’Album commémoratif de l’Exposition universelle et internationale de Liège en 1905[7],[40],[41],[42].

L'imprimeur français s'est pleinement intégré à Liège : il est membre de la Société typographique liégeoise, vice-président de la Chambre syndicale de l’imprimerie et vice-président du Cercle belge de Librairie[7],[43]. Qui plus est, il collabore régulièrement avec le cercle d'études typographique L'Effort[44]. Cependant, il conserve aussi des liens avec la France : il est membre fondateur de la Chambre de commerce française de Liège et membre du Comité de l’Association française de Bienfaisance[7],[20],[45].

Décès et postérité de sa maison d'édition (1907-1970)

Décès et hommages rendus au maître-imprimeur (1907)

Franc-maçon et de religion protestante, il meurt le à Liège[7],[46],[47]. Il est inhumé au cimetière de Robermont[48]. « Sa disparition prématurée […] fut suivie de funérailles émouvantes et donna lieu dans la presse à des commentaires aussi détaillés qu'élogieux »[20]. Le discours prononcé par Émile Defeld au nom du personnel de l'imprimerie Bénard durant les obsèques[49] rappelle qu'Auguste Bénard était, en plus d'un « imprimeur-éditeur bien connu »[50], « un philanthrope et le meilleur ami de ses ouvriers »[51] : « En nous il est et il sera toujours avec sa grande bonté d'âme, dont la préoccupation constante était l'amélioration du sort de ses ouvriers qu'il considérait comme les enfants d'une grande famille […] »[52].

Profil en métal d'Auguste Bénard réalisé par Oscar Berchmans.
Oscar Berchmans, Profil d'Auguste Bénard, vers 1907[53].

La rubrique nécrologique de L'Express du abonde dans le même sens :

« Ses ouvriers, eux aussi, étaient ses amis, et nous nous souvenons d'une fête récente où ils célébrèrent en lui le bon patron, à l'occasion de flatteuses distinctions. Il avait été fait, en effet, chevalier de l'Ordre de Léopold […]. À cette fête, son meilleur ami et collaborateur, Armand Rassenfosse, eut des paroles vibrantes pour retracer la vie d'Auguste Bénard, et Oscar Berchmans avait, en commémoration, modelé de ses doigts amitieux une émouvante silhouette du maître imprimeur »[54].

Cette même rubrique pointe également que le patron avait créé pour ses ouvriers une mutualité et une caisse de retraite[20],[54], et résume la carrière professionnelle de l'entrepreneur et maître-imprimeur :

« Venu fort jeune parmi nous, Bénard, par un travail acharné, par son goût très sûr, par sa grande probité, s'éleva rapidement au-dessus de sa première condition, qui était celle d'un ouvrier lithographe. On peut dire de lui, selon une formule consacrée, qu'il était vraiment le fils de ses œuvres. L'établissement qu'il créa, sous sa direction vaillante, grâce à ses initiatives éclairées, prospéra si rapidement qu'il devint un modèle du genre »[55].

Postérité de l'imprimerie Bénard (1908-1970)

En 1908, l'imprimerie d'Auguste Bénard change de raison sociale et devient une société anonyme[11],[20]. Armand Rassenfosse, qui est associé d'Auguste Bénard depuis 1890, reste membre du conseil d'administration de la société jusqu'à son décès en 1934[8],[20]. L'entreprise continue sans relâche son activité jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de personnalités diverses[20]. Devant faire face à la concurrence grandissante de l'offset, elle fusionne avec l'Imprimerie centrale en 1953, mais rien n'y fait, le déclin se poursuit et la société disparait finalement en 1970[8],[11],[20].

Œuvre

Catalogues (sélection)

En plus des catalogues listés, l'imprimerie d'Auguste Bénard édite, par exemple, divers catalogues pour les cristalleries du Val-Saint-Lambert et la Fabrique nationale d'Armes de Guerre.

  • Auguste Bénard, Première exposition de noir et blanc, Liège, Aug. Bénard, (OCLC 1105220302)
  • Ville de Liège, Musée des beaux-arts : catalogue, Liège, Imprimerie Bénard, , 137 p. (OCLC 27249817)
  • Ville de Liège, Musée des beaux-arts : Supplément au catalogue, Liège, Imprimerie Bénard, , 12 p. (OCLC 27249817)

Livres et autres ouvrages (sélection)

Publications liées aux expositions internationales (sélection)

Affiches de l'imprimerie Auguste Bénard (sélection)

Expositions

Prix et distinctions

Photographie noir et blanc sur fond neutre et de trois-quarts d'un homme, dans la force de l'âge, qui est légèrement dégarni et porte une barbe et une imposante moustache.
Léonard Hubert Zeyen, Portrait d'Auguste Bénard, 1882-1904 (tirage photographique noir et blanc ; 10,5 × 6,4 cm), Liège, musée de la Vie wallonne.

Il remporte plusieurs récompenses lors des différentes expositions universelles qui se tiennent à la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle :

Les distinctions suivantes lui ont été décernées :

Réception critique

« Il serait injuste de ne pas féliciter M. Auguste Bénard, qui est non seulement un éditeur de goût, mais aussi le collaborateur et l’ami de ceux qui lui doivent d’être au premier rang parmi les rénovateurs de la Réclame murale en Belgique. »

 Maurice Bauwens[65].

Notes et références

Annexes

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