Juliana (poème)
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aucun dans le manuscrit |
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le martyre de sainte Julienne |
Juliana est un poème en vieil anglais de 731 vers qui relate le martyre de Julienne de Nicomédie. C'est l'un des quatre textes attribués au poète Cynewulf. La seule copie connue, qui souffre de deux lacunes, figure dans le Livre d'Exeter.
Juliana se distingue des autres poèmes de Cynewulf par sa diction plus simple. Pour cette raison, il est considéré soit comme le plus ancien, soit comme le plus récent des quatre[1].
L'intrigue se déroule sous le règne de Maximien, empereur romain réputé pour sa persécution des chrétiens. Un riche noble de Nicomédie, Euloge (Heliseus), convoite une jeune vierge nommée Julienne (Juliana), fille d'Africanus (Affricanus), qui s'est convertie au christianisme. Son père, toujours païen, accepte qu'ils soient fiancés, mais la fortune d'Euloge indiffère Julienne, qui annonce publiquement son refus d'épouser un païen. Humilié et furieux, Euloge convoque Africanus, qui s'engage à lui donner sa fille en mariage. Il tente de la convaincre en soulignant la richesse et la noblesse d'Euloge, mais Julienne s'obstine, même lorsqu'il la menace des pires tortures. Incapable de la faire céder, son père la livre à Euloge.
Euloge s'adresse d'abord avec douceur à Julienne, qui persiste dans son refus de l'épouser s'il ne devient pas chrétien. Il ordonne qu'elle soit dénudée, suspendue à une branche d'arbre par les cheveux et battue pendant des heures avant de la faire jeter en prison. Dans sa cellule, elle reçoit la visite d'un démon qui se fait passer pour un ange et tente de la convaincre de blasphémer pour sauver sa vie. Une voix venue du ciel invite Julienne à se saisir de son interlocuteur pour lui faire avouer sa véritable nature : elle s'exécute. Julienne a le dessus sur le démon et le contraint à confesser ses mauvaises actions, ce qu'il fait sur plusieurs centaines de vers.
Après le dialogue entre Julienne et le démon, Euloge fait tirer la jeune vierge de sa cellule. Comme elle se refuse toujours à lui, il veut la brûler vive, mais un ange la protège des flammes, même lorsqu'elle est plongée dans du plomb en fusion. Elle finit décapitée d'un coup d'épée. Euloge meurt peu après dans un naufrage en mer, alors que Julienne est conduite à son tombeau en grande pompe.
Le poème se conclut sur un épilogue dans lequel le poète s'adresse directement à son lectorat. Il se décrit comme un pécheur en grand besoin de l'intercession de sainte Julienne. Il espère également que son nom subsistera et qu'on priera en sa faveur à l'avenir.
Sources
Le poème s'inspire des Acta Sanctæ Julianæ, une hagiographie latine de sainte Julienne dont une version figure dans les Acta Sanctorum[2],[3]. L'intrigue du poème suit de près celle de l'hagiographie, mais il ne s'agit pas d'une simple traduction en langue vernaculaire, comme en témoignent les nombreuses omissions et ajouts effectués par le poète[4].
Manuscrit
L'unique copie connue de Juliana figure dans le Livre d'Exeter, un recueil de poésie vieil-anglaise compilé vers 975 et conservé à la cathédrale Saint-Pierre d'Exeter. Elle y est précédée par The Phoenix et suivie par The Wanderer. Elle débute au bas du folio 65v et occupe les 21 folios suivants avant de s'achever au bas du folio 76r. Deux passages manquent en raison de la disparition d'une ou plusieurs pages entre les folios 69v et 70r et entre les folios 73v et 74r[5]. Le poème est divisé en sept sections numérotées dans le manuscrit.

Le dernier folio du poème a pour particularité d'inclure des runes au sein du texte qui est autrement écrit entièrement en alphabet latin. Elles sont regroupées en deux séries de trois runes (avec un et tironien avant la troisième) et une paire de runes : ᚳᚣᚾ « cyn », ᛇᚹᚢ « ewu » et ᛚᚠ « lf ». Cette « signature » permet d'attribuer Juliana à Cynewulf, un poète dont le nom apparaît de manière similaire dans trois autres poèmes, Crist II (également présent dans le Livre d'Exeter), Elene et The Fates of the Apostles (ces deux derniers conservés dans le Livre de Verceil). L'interprétation la plus couramment acceptée des runes figurant dans Juliana consiste à lire les deux premiers groupes de runes comme les mots qu'elles forment : cyn « peuple, nation, tribu » et ewu « brebis, mouton ». En revanche, il serait nécessaire de nommer les runes du troisième groupe pour obtenir le mot composé lagu-feoh[6].
Analyse
Juliana a donné lieu à des analyses variées. Rolf H. Bremmer compare sa structure à celle d'un conte de fées sur le modèle de Vladimir Propp, avec la succession d'épreuves dont Julienne doit triompher pour obtenir sa récompense finale, la montée au paradis, tandis que son adversaire Euloge est puni de mort pour ses méfaits[7]. Joseph Wittig propose de lire le poème comme un exemple de « récit figural » théorisé par Erich Auerbach, dans lequel Cynewulf retravaille le personnage de Julienne pour la rapprocher de Jésus-Christ, à la fois dans le récit de son martyre, qui évoque la Passion du Christ, et de sa lutte contre le démon, qui évoque la Descente aux Enfers. Elle devient ainsi une sorte d'archétype et de modèle à imiter pour tout chrétien[8]. Ses fréquents prêches en feraient quant à eux une figure de l'Église[9].