Juliette Huot
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| Naissance |
Montréal, Canada |
|---|---|
| Nationalité |
|
| Décès |
(à 89 ans) Brossard |
| Profession | Actrice |
| Films notables |
Le Curé de village Pousse mais pousse égal Les Plouffe Le Crime d'Ovide Plouffe |
| Séries notables |
Cré Basile Symphorien Peau de banane Jamais deux sans toi |
Juliette Huot, née le à Tétreaultville (Montréal) et morte le à Brossard, est une comédienne québécoise. Active pendant plus de soixante-dix ans, elle est l’une des figures majeures du théâtre, de la radio et de la télévision au Québec. Sa carrière, amorcée dans les années 1930, traverse l’âge d’or du radioroman, l’essor du burlesque, l’émergence du théâtre moderne et les débuts de la télévision québécoise.
Étroitement associée à des créateurs et artistes marquants de la culture québécoise, elle collabore notamment avec Gratien Gélinas, participant pendant plusieurs années aux Fridolinades, revues satiriques fondatrices du théâtre populaire québécois. À la radio, elle devient une voix incontournable des radioromans, en particulier dans Le Curé de village de Robert Choquette, premier feuilleton radiophonique québécois, où elle s’impose auprès du grand public. Elle travaille également avec Marcel Gamache, figure importante de la radio et de la télévision, consolidant sa place dans les médias naissants.
Dans le domaine du burlesque, Juliette Huot marque les esprits par son duo comique avec Juliette Béliveau, notamment dans le numéro Les Deux Jumelles, dont le succès repose sur leur forte complicité scénique. Cette collaboration contribue à sa popularité durable auprès du public québécois.
Parallèlement à son travail sur scène et à la radio, Juliette Huot est aussi une pionnière de la télévision, participant aux premières productions dramatiques du médium. Elle joue dans La Famille Plouffe, où elle incarne la voisine. Elle apparaît également dans plusieurs séries et dramatiques télévisées, dont Jamais deux sans toi, Symphorien et Montréal P. Q.
Au cinéma, elle se distingue dès les débuts du septième art québécois avec Le Curé de village (1949), où elle reprend le rôle de Mademoiselle Jolicoeur, qu’elle avait longtemps incarné à la radio. Elle connaît un large succès populaire avec Les Plouffe (1981), réalisé par Gilles Carle, puis dans Le Crime d’Ovide Plouffe (1984) de Denys Arcand, rôle qui lui vaut une nomination au prix Génie de la meilleure actrice de soutien.
Elle demeure également une figure populaire de la culture québécoise grâce à ses activités d’animatrice et d’auteure culinaire, qui participent à la diffusion et à la valorisation de la cuisine québécoise. Engagée socialement, elle est reconnue pour son implication de longue date auprès de l’organisme Les Petits Frères des pauvres.
Enfance et formation
Juliette Huot, née le à Tétreaultville (Montréal), est la fille d'Aldéric Huot et de Delima Bélanger[1]. La jeune Juliette fréquente une école dirigée par la Congrégation de Notre-Dame, où elle est une élève « turbulente »[2]. Issue d’une famille de six enfants particulièrement frappée par la crise économique, elle doit toutefois commencer à travailler très jeune[3], en l'occurrence à l’imprimerie Wilson.
Une formation théâtrale auprès des Maubourg, Dorsenn et Auger
Très tôt attirée par les arts de la scène, notamment le théâtre, elle obtient un petit rôle de figurante dans la pièce La Fille du sonneur de cloches dans la troupe des Enfants de Marie de sa paroisse mais celle qui devait interpréter le rôle principale tombe malade. Juliette doit la remplacer à pied levé. Alors âgée de 14 ou 15 ans, elle a déjà le théâtre dans le sang[4]. Juliette Huot s'intègre rapidement à une troupe amateure d'Hochelaga avant de rejoindre Les Compagnons du Masque, où elle fait la rencontre de camarades comme Léo Rivet[5].

Juliette Huot fait ses véritables débuts sur les planches dans les années 1930. Elle se forme alors auprès de Jeanne Maubourg puis au Théâtre-École de Jeanne Maubourg et Laurette Auger (plus tard connue sous le nom de Jean Desprez)[6]. Pour les classiques, elle étudie auprès de Liliane Dorsenn. C'est une époque de grande effervescence du milieu théâtral montréalais. Depuis une décennie, les troupes se multiplient en effet et contribuent à l’émergence d’une scène locale dynamique. Elle commence à y côtoyer les jeunes Guy Mauffette et Gratien Gélinas, des personnes qui seront déterminantes dans sa carrière[7].
Son nom apparaît de plus en plus fréquemment dans les distributions alors qu'elle enchaîne les rôles sur scène. En 1934, Juliette Huot joue entre autres dans la pièce Primerose aux côtés des Compagnons du Masque[8]. En 1935, elle participe à la comédie Une petite qui voit grand avec d'autres élèves de Maubourg et Auger, dont Gratien Gélinas, Albert Cloutier et Guy Mauffette[9].
En 1936, elle participe à un sketch présenté à la Palestre du National par les élèves du studio Maubourg-Roberval, Chut ! Voilà la bonne puis l'année suivante elle joue dans Les Femmes savantes avec la Renaissance théâtrale au Monument national aux côtés notamment de Judith Jasmin et de Claude Jasmin[10]. On la retrouve encore à une soirée organisée par le MRT français dans la pièce Le gouvernement est renversé de Guy Saint-Pierre. Son jeu est jugé juste. On dit d'elle qu'elle est : « très en progrès depuis le Théâtre-École, [et] est aujourd'hui une des comédiennes les plus intéressantes du groupe amateur[11] ». Elle commence alors à être remarquée par la critique[12].
En 1937, c’est avec Le Dernier Miracle du Frère André de Jean Desprez qu'elle effectue sa première tournée à travers le Québec[13]. À l'automne, une fois la tournée terminée, Gratien Gélinas l'encourage à contacter Robert Choquette, ce qu'elle fait par écrit. Il la rappelle dès le lendemain ; elle jouera rapidement dans ses radioromans, amorçant ainsi une carrière radiophonique particulièrement prolifique.
En 1938, à l'occasion de sa participation au Festival d'art dramatique, on peut lire dans L'Illustration nouvelle : « Du côté des femmes, Mlle Juliette Huot a été pour moi la plus intéressante »[14]. Elle remporte d'ailleurs le prix de la meilleure comédienne de ce festival (Trophée du Prince Paul Lieven). Encouragée par sa mère, elle choisit de persister dans une carrière artistique[15].

Les Fridolinades
Alors qu'elle joue déjà beaucoup à la radio, une autre occasion se présente à elle. Depuis le début du XXᵉ siècle, le genre de la revue théâtrale émerge à Montréal, proposant des sketches inspirés de l’actualité[16].
Gélinas signe l'une des plus populaires : Les Fridolinades. La première est présentée le . Cette revue théâtrale, écrite et mise en scène par Gratien Gélinas, est d’abord jouée au Monument national avant d’être présentée en tournée pendant près de dix ans[17]. Gélinas recrute son amie Juliette Huot pour sa deuxième revue, en 1939. Elle participe ensuite à toutes les autres jusqu'en 1946 puis de nouveau en 1956[18].
Tit-Coq et Bousille et les justes
Gratien Gélinas lui propose des rôles dans les deux pièces de théâtre qu'il signe par la suite. Dans Tit-Coq (1948), elle retrouve les mêmes camarades que dans Les Fridolinades, c'est-à-dire Amanda Alarie, Juliette Béliveau, Fred Barry et Muriel Guilbault. Se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale, la pièce met en scène un enfant illégitime, Arthur Saint-Jean, dit Tit-Coq, qui a grandi dans un orphelinat et qui est sur le point de partir pour le front. Considérée comme un tournant majeur du théâtre québécois, la pièce connaît un immense succès et est présentée à plus de 500 reprises au Québec et au Canada[19].

En 1959, Juliette Huot remonte sur les planches, cette fois à la Comédie canadienne, dans Bousille et les justes. Elle y joue la mère[20] avec Gratien Gélinas (Bousille), Jean Duceppe (Phil Vezeau), Yves Létourneau (Henri Grenon), Béatrice Picard (Aurore Vezeau), Nicole Filion (Noella Grenon), Paul Hébert (l'avocat), Gilles Latulippe (le Frère Nolasque), Monique Miller (Colette Marcoux) et Pascal Desgranges (le garçon). La pièce connaît également un grand succès populaire[21].
Une voix incontournable des radioromans

Tôt dans sa carrière, Juliette Huot fait son entrée à la radio, un milieu qui est en plein développement. Elle obtient son premier rôle en 1935 dans Les cloches de Corneville, diffusé dans Le Théâtre de l’Opérette à Radio-Canada, alors qu’elle est encore étudiante auprès de Madame Maubourg[3].
Elle joue ensuite dans Le Curé de village de Robert Choquette, diffusé à CKAC de 1935 à 1938, puis à Radio-Canada de 1949 à 1955. Il s’agit du premier feuilleton radiophonique au Québec. Elle y interprète le rôle de Mademoiselle Castonguay, une commère[3].
Dès le début de sa carrière à la radio, Juliette Huot multiplie les lectures en direct, passant rapidement d’un radioroman à l’autre, chacun d’une durée d’environ 15 minutes, tant pour CKAC que pour Radio-Canada. Elle personnifie d'innombrables rôles notamment dans Rue Principale (1937-1959) d'Édouard Baudry, Paul Gury et René-O. Boivin, La pension Velder (1938-1942) de Robert Choquette, Un homme et son péché (1939-1962) de Claude-Henri Grignon, Les Secrets du docteur Morhange (1940-1947) d'Henry Deyglun[22], Jeunesse dorée (1940-1966) de Paul Gury et Jean Desprez, Métropole (1943-1956) de Robert Choquette, Je vous ai tant aimé (1951-1959) de Jovette Bernier[5].

Juliette Huot participe également à plusieurs émissions de radio à CKAC, entre autres Le Caroussel de la gaieté animée par Gratien Gélinas[23], Les Deux commères[5], La Baie Quille et Sans cérémonie de Marcel Gamache, de même qu'à CKVL (La chasse-galerie)[24],[25].
Toujours à la radio, on la retrouve en outre dans plusieurs opérettes des Variétés Lyriques parmi lesquelles Balalaika, Rêve de Valse et Blossom Time[26].
Un homme et son péché

Jeune comédienne, elle connaît beaucoup de succès dans le radioroman Un homme et son péché[27] de Claude-Henri Grignon à Radio-Canada (1939-1962). Elle y tient le rôle de Bertine, fille d'Alexis Labranche, dont la beauté trouble Séraphin Poudrier (Hector Charland)[26].
Un duo avec Juliette Béliveau

Dans les années 1940, elle entame une carrière particulièrement prolifique dans le burlesque, où elle côtoie notamment Rose Ouellette, Olivier Guimond et Denis Drouin. Toutefois, c’est surtout son duo avec Juliette Béliveau, très populaire pendant près de deux décennies, qui marquera durablement les esprits[28].
Juliette Béliveau et Juliette Huot développent un numéro intitulé Les Deux Jumelles, qui repose sur le contraste marqué de leur apparence physique : la première est de petite taille, tandis que la seconde est beaucoup plus grande. L’incongruité même de ce prétendu duo de jumelles constitue le ressort comique du numéro. Elles se produisent ensemble à deux nombreuses reprises, tant sur scène qu'à la radio. En 1942, les deux femmes se retrouvent dans une série de sketches appelés Les femmes à l'usine. Elles jouent encore ensemble l'année suivante dans Le Mariage d'Aurore. Les deux Juliette ne se contentent pas d'interpréter des personnages, elles chantent aussi, dont la chanson Les Deux orphelines[29].
À la télévision
Très active au théâtre et omniprésente à la radio, Juliette Huot est également une pionnière de la télévision. Elle joue en effet dans le tout premier téléroman de l’histoire : La Famille Plouffe (Radio-Canada, 1953-1959). Elle enchaîne ensuite les rôles. On la retrouve ainsi dans Je vous ai tant aimé (Radio-Canada, 1958-1959) de Jovette Bernier (Nastasie Chardonnel), Joie de vivre (Radio-Canada, 1959-1963) de Jean Desprez[30] (Clémentine Sénécal), Rue de l'Anse (Radio-Canada, 1963-1965) de Jovette Bernier, Pierre Patry et Guy Fournier, réalisé par Pierre Gauvreau (Églantine)[31] et Rue des Pignons de Louis Morisset et Mia Riddez (Radio-Canada, 1966-1977). Celle que plusieurs appellent simplement Juju[32] est élue Miss Radio-Télévision en 1969[32].
La Famille Plouffe
Après le succès radiophonique (1952-1955), Les Plouffe est adapté en téléroman à Radio-Canada (La Famille Plouffe, 1953-1959). Il met entre autres en vedette Amanda Alarie (maman Plouffe), Françoise Graton (Hélène Giguère), Émile Genest (Napoléon Plouffe), Jean Duceppe (Stan Labrie), Yves Létourneau (Jos), Janine Mignolet (Rita Toulouse) et Denise Pelletier (Cécile Plouffe). Juliette Huot y incarne Jeannette Vallerand aux côtés de Julien Lippé, qui joue son mari Narcisse. Le couple est voisin des Plouffe[33].
D’abord un livre paru en 1948, Les Plouffe de Roger Lemelin obtient un grand succès à sa sortie. Il est considéré comme l’un des premiers romans urbains de la littérature québécoise. Par ses nombreuses adaptations, il est aussi devenu une œuvre emblématique de la culture québécoise. Dans Les Plouffe, l’auteur situe son récit dans le quartier ouvrier de Saint-Sauveur, « en bas de la ville », d’où il est lui-même originaire. Lemelin y dépeint le quotidien d’une famille modeste confrontée aux nombreux bouleversements sociaux de l’époque, notamment ceux liés à la Seconde Guerre mondiale[33].

Le public québécois se reconnaît en cette famille ouvrière qui ressemble à tant d’autres qui ont traversé les bouleversements liés à la transition d’un Québec rural et catholique à un Québec urbain et moderne[33].
Les comédies
La télévision lui permet de faire montre de son talent pour le comique qu'elle avait développé sur les planches, et ce, sur les deux principales chaînes : au 2 (Radio-Canada) et au 10 (Télé-Métropole). Juliette Huot y renoue avec des camarades dont Amulette Garneau, Fernand Gignac, Denis Drouin, Jean-Pierre Masson, Yves Létourneau et Jean-Louis Millette[34].
Juliette Huot se retrouve ainsi dans la première comédie de la télévision québécoise : Cré Basile (Télé-Métropole, 1965-1970). Écrite par Marcel Gamache, elle met en vedette Olivier Guimond (Basile Lebrun), Denis Drouin (Fabien Chaput), Gilles Latulippe (Symphorien Laperle), Béatrice Picard (Alice Lebrun) et Amulette Garneau (Colombe Chaput). Juliette Huot y joue le rôle de Régina Ladouceur[35].
Elle est ensuite Madame Sylvain dans une deuxième comédie de Marcel Gamache : Symphorien (Télé-Métropole 1970-1977). On y découvre le quotidien des habitants d'une maison de chambres, propriété de Berthe L'Espérance (Janine Sutto) et administrée par le concierge et père d'une famille nombreuse Symphorien Laperle (Gilles Latulippe)[36]. Elle interprète aussi le personnage de sœur Angèle dans Grand-Papa (Radio-Canada, 1976-1979) de Janette Bertrand[37]. On la retrouve dans Chez Denise (Radio-Canada, 1979-1982), qui suit les diverses petites aventures qui surviennent dans un restaurant. Denise Filiatrault incarne la propriétaire, Denise Dussault, en plus de signer les textes de cette populaire comédie[38].
Au cinéma

Juliette Huot a apporté une contribution marquante au cinéma québécois. Elle joue notamment dans l’un des premiers longs métrages, Le Curé de village (1949), scénarisé par Robert Choquette et réalisé par Paul Gury. Elle y reprend le rôle de Mademoiselle Jolicoeur, qu’elle avait incarné pendant plusieurs années dans le radioroman du même titre[39].
Elle partage l’écran avec Ovila Légaré dans le rôle du curé, Camille Ducharme dans celui du notaire, Rolland D’Amour en détective, Denis Drouin dans le rôle de Lionel Théberge et Margot Lavoie dans celui de Mademoiselle Bissonnette[39].
Elle enchaîne avec Le Rossignol et les Cloches (1950), puis plus tard avec Les Plouffe, Le Crime d'Ovide Plouffe, Les Tisserands du pouvoir en deux parties (1988) (dans lequel elle joue à nouveau avec son partenaire des débuts, Gratien Gélinas) et le téléfilm Le grand jour de Michel Tremblay tourné pour Radio-Canada en 1988[39].
Maman Plouffe
Après avoir incarné pendant plusieurs années la voisine dans la version télévisée, Juliette Huot interprète le personnage de maman Plouffe (auparavant joué par Amanda Alarie) dans le film Les Plouffe (1981). Cette adaptation cinématographique de l’œuvre de Roger Lemelin est réalisée par Gilles Carle. Doté d’un budget important, le film met notamment en vedette, outre Juliette Huot, Émile Genest, Pierre Curzi, Gabriel Arcand, Denise Filiatrault et Serge Dupire[40].
Le succès est au rendez-vous, tant auprès du public que de la critique. La chanson-thème, Il était une fois des gens heureux, signée Stéphane Venne et interprétée par Nicole Martin, connaît elle aussi une grande popularité. Le film est couronné de plusieurs prix[40].
Gilles Carle en tire par la suite une mini-série, tandis que Denys Arcand adapte au cinéma Le Crime d’Ovide Plouffe en 1984, à partir du roman publié en 1982. Le rôle de Joséphine Plouffe vaut à Juliette Huot une nomination au Prix Génie de la meilleure actrice de soutien en 1982[40].
Encore de grands rôles au théâtre et à la télévision

Habituée de la scène, Juliette Huot fait partie du spectacle Le Rirathon en 1956, qui réunit les meilleurs sketches de trois revues. Elle joue à nouveau avec Marcel Gamache, Juliette Béliveau, Colette Bonheur et Paul Guèvremont[41].
Juliette Huot fait aussi partie de la distribution de la pièce Un simple soldat de Marcel Dubé aux côtés de Gilles Pelletier, Ovila Légaré et Monique Mercure en 1958 et en 1969[42].
Elle interprète souvent le sketch, un classique du burlesque, En revenant du bar, avec Olivier Guimond. Elle y incarne l'épouse excédée par le comportement de son mari[43].
En 1967, elle participe à la revue Terre des Femmes de Muriel Millard à l'occasion de l'Expo 67[28] puis à celle intitulée Frissons en 1969, réunissant Gratien Gélinas et Muriel Millard[44].
Dans les années 1970 et 1980, Juliette Huot demeure très active sur les scènes théâtrales. En 1973, elle est de la distribution de la pièce de théâtre Les Belles-sœurs[45] de Michel Tremblay qui connaît un grand succès tant à Montréal et à Paris. Elle y interprète le rôle de Germaine Lauzon[46].
En 1977, elle joue dans Sonnez les matines de Félix Leclerc, présenté au Théâtre du Rideau Vert. L’année suivante, en 1978, elle participe à la production de Un otage de Brendan Behan[47].
En 1983, Juliette Huot est l'unique interprète de la pièce Dis-moi le si j'dérange de Janette Bertrand, qu’elle présente en tournée dans les principales villes du Québec. La pièce est également enregistrée et diffusée à la télévision l’année suivante[48].
Du côté de la télévision, elle se fait remarquer dans le téléroman Jamais deux sans toi (Radio-Canada, 1977-1980). Elle incarne le personnage de Marie-Ange Duval alors que Jean Besré interprète celui de Rémi Duval et Angèle Coutu celui de Francine Duval. Juliette Huot joue ensuite le rôle de Clarisse, mère de Claude Cayer, dans la populaire comédie mettant en scène le quotidien d'une famille reconstituée Peau de banane (Télé-Métropole, 1982-1987) de Guy Fournier aux côtés d'Yves Corbeil, Louise Deschâtelets (Simone St-Laurent), Sébastien et Marie-Soleil Tougas (Renaud et Zoé Cayer)[49].
Dans les années 1990, elle continue de jouer dans plusieurs téléromans dont Les Héritiers Duval (Radio-Canada, 1990-1992) de Guy Fournier où elle reprend son rôle de Marie-Ange Duval. On la voit également dans Montréal P.Q. (Radio-Canada, 1992-1994) de Victor-Lévy Beaulieu où elle incarne Délicia, la bonne du curé Odilon Caron (Jean-Louis Millette)[50].

Une figure populaire de la cuisine québécoise
Déjà bien connue comme comédienne, Juliette Huot devient une figure populaire du monde culinaire québécois. Après avoir présenté des recettes une fois par semaine à l'émission de variétés De 5 à 6[51],[52] (1968-1970), animée par Gilles Latulippe et Fernand Gignac sur les ondes de CFTM-TV (actuel TVA), elle anime durant cinq ans sa propre émission culinaire, Les Recettes de Juliette, tous les jours en semaine sur les ondes de Radio-Canada[53],[54].
Elle refuse pourtant l'étiquette de cordon-bleu, confiant à un journaliste : « Moi, je suis une bonne cuisinière, par goût, par tempérament (il faut de la patience!), et par curiosité, car les bonnes recettes on les invente rarement: on les trouve. Je n’ai rien de la cuisinière professionnelle: je cuisine en bonne mère de famille! Mais comme je n’ai ni mari ni enfants, je cuisine pour mes amis[6] ».
Juliette Huot publie en outre sept livres de recettes, dont plusieurs obtiennent un franc succès. Elle est également apparu dans de nombreuses publicités, notamment pour les supermarchés Dominion durant les années 1960 et 1970, la margarine Monarch et Dind'or[53].
Implication auprès des Petits frères des pauvres
De 1962 jusqu'au terme de sa vie, Juliette Huot s'implique activement et bénévolement dans la cause des Petits frères des pauvres, destinée aux personnes âgées, et devient la principale porte-parole de l'organisme. Elle est rejointe à ce titre par Jean Besré dans les années 1990[55].
Mort
Juliette Huot est décédée le , à l’âge de 89 ans, des suites d’un cancer généralisé, au centre de soins palliatifs Marcelle-Ferron de Brossard[56].
Elle était demeurée célibataire et n’avait pas eu d’enfants. À ce sujet, elle confiait dans une entrevue : « Personnellement, moi, mon état me plaît infiniment[57]. » Elle est décédée quelques jours à peine après Jean Besré, décédé le , un autre comédien très apprécié du public[58].
Grande comédienne et pionnière du théâtre, de la radio, du cinéma et de la télévision québécoises, elle a mené une carrière remarquable s’étendant sur plus de 70 ans. À 84 ans, elle interprète son dernier rôle à la télévision dans Avec un grand A (L’enfer de l’âge d’or) en 1996[59].
« Son jeu naturel, d'une extrême simplicité, a fait d'elle une interprète qui passait sans le moindre problème du drame à la comédie[60]. »
Très impliquée auprès des plus démunis, Juliette Huot avait fondé avec Jean Duceppe, Paul Guèvremont et Gérard Delage la Caisse de fonds de secours pour venir en aide aux artistes en difficulté[61]. En 1940, elle avait en outre été élue au conseil de l'Union des Artistes, fondé trois ans plus tôt par le chanteur René Bertrand. Elle y avait siègé pendant 8 ans[62].
Filmographie
- 1945 : Fridolinons
- 1949 : Le Curé de village : Mlle Jolicoeur
- 1951 : La Treizième lettre, film américain d’Otto Preminger
- 1952 : Le Rossignol et les cloches : La serveuse de restaurant
- 1953 : La Famille Plouffe (série télévisée) : Jeannette Vallerand
- 1954-1955 : Les Quat' fers en l'air (série télévisée, Radio-Canada)
- 1954-1957 : 14, rue de Galais (série télévisée) : Rita
- 1956 : Grandville, P.Q.
- 1957 : Un simple soldat (TV) : Bertha
- 1958 : Pays neuf
- 1959-1963 : Joie de vivre (série télévisée) : rôle inconnu
- 1962 : La Balsamine (série télévisée) : La mère de Léontine
- 1963 : Amanita Pestilens (en)
- 1963-1965 : Rue de l'anse (série télévisée) : Églantine
- 1964 : The Luck of Ginger Coffey (en) : Mme Beaulieu
- 1965-1970 : Cré Basile (série télévisée) : Mme Leclaire, la belle-mère
- 1970-1977 : Symphorien (série télévisée) : Mme Aurore Sylvain
- 1975 : Pousse mais pousse égal
- 1976 : Je suis loin de toi mignonne (en) : La mère
- 1976-1979 : Grand-Papa (série télévisée) : Sœur Angèle
- 1981 : Les Plouffe (film) : Joséphine Plouffe (la mère)
- 1982-1987 : Peau de banane (série télévisée) : Clarisse Cayer
- 1983 : Dis-moi le si j'dérange (pièce de théâtre) : Simone
- 1984 : Le Crime d'Ovide Plouffe : Joséphine Plouffe (la mère)
- 1988 : Les Tisserands du pouvoir (feuilleton TV)
- 1988 : Les Tisserands du pouvoir II: La Révolte
- 1988 : Le grand jour de Michel Tremblay tourné pour Radio-Canada (TV)
- 1990 : La manière des blancs (court métrage dramatique)
- 1990-1992 : Jamais deux sans toi (série télévisée) : Marie-Ange Duval
- 1992 : Montréal P.Q. (série télévisée) : Délicia (Mme Curé)
- 1994-1996 : Les Héritiers Duval (série télévisée) : Marie-Ange Duval
- 1996 : L'enfer de l'âge d'or, Avec un grand A : Yolande Foisy
Publications
- En cuisinant de 5 à 6 : avec Juliette Huot, Montréal, Éditions de l'Homme, , 128 p. (présentation en ligne) Recettes, présentées par Juliette Huot, à l'émission de variétés De 5 à 6 de CFTM-TV, animée par Gilles Latulippe et Fernand Gignac.Édition en braille: En cuisinant de 5 à 6, Québec, Institut National Canadien pour les aveugles, , 128 p.
- Recettes au "blender", Montréal, Éditions de l'Homme, , 171 p. (ISBN 0-7759-0308-6)
- Maigrir tout en cuisinant, Cité de Saint-Laurent, Studio anti-obésité, , 186 p.
- Mes meilleures recettes aux pommes, Montréal, La Presse, , 159 p.[63]
- Les recettes de Juliette, Montréal, Éditions de l'Homme, (réimpr. 1982), 229 p. (ISBN 0-7759-0439-2, présentation en ligne)
- La bonne table, Montréal, Éditions de l'Homme, , 334 p. (ISBN 0-7759-0564-X)
- Les 100 meilleures recettes aux pommes, Montréal, Stanké, , 142 p. (ISBN 2-7604-0415-3)[63]
Annexes
Hommages et distinctions
- 1938 - Trophée du Prince Paul Lieven, Festival d'art dramatique
- 1945 - Elle est proclamée « meilleure comédienne de l’année » au Gala des Artistes[6].
- Le , Les Petits frères des Pauvres inaugure à Oka la Maison Juliette-Huot, un lieu de vacances pour les personnes âgées, baptisée ainsi pour honorer leur marraine à vie (Juliette Huot).
- 1988 -
Chevalier de l'Ordre national du Québec. - Le prix Juliette-Huot est décerné annuellement aux gens qui se sont le plus distingués par leurs engagements caritatifs.
- Le Parc Juliette-Huot, à Montréal, et la rue Juliette-Huot, à Cowansville, ont été nommés en son honneur.