Janette Bertrand

journaliste, comédienne et écrivaine québécoise From Wikipedia, the free encyclopedia

Janette Bertrand est une écrivaine, journaliste et animatrice québécoise née le 25 mars 1925 à Montréal. Figure médiatique incontournable au Québec, elle s'est fait connaître du grand public par sa tenue du courrier du cœur dans Le Petit Journal, du début des années 1950 jusqu'en 1967.

Naissance (101 ans)
Montréal
Activité principale
Faits en bref Naissance, Profession ...
Janette Bertrand
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Janette Bertrand en 2025.
Naissance (101 ans)
Montréal
Profession
Activité principale
Formation
Conjoint
Jean Lajeunesse (1947-1981) Donald Janson (depuis 1982)
Auteur

Œuvres principales

Quelle famille! (1969-1974)
Grand-Papa (1976-1979)
Janette veut savoir (1979-1982)
Parler pour parler (1984-1994)
L'Amour avec un grand A (1986-1996)

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Écrivaine prolifique, elle est principalement connue pour ses séries humoristiques et dramatiques pour la télévision, dont Quelle famille!, diffusée de 1969 à 1974 à Radio-Canada, Grand-Papa, de 1976 à 1979, et Avec un grand A, diffusée à Radio-Québec de 1986 à 1996. Déterminée à traiter des questions de société, même les plus controversées ou taboues, elle a également été l'animatrice de plusieurs talk-shows, dont Janette veut savoir et Parler pour parler, diffusés dans les années 1980 et 1990.

Figure majeure du féminisme au Québec, Janette Bertrand est aussi l'autrice d'une abondante œuvre littéraire sur les questions liées à la sexualité, la famille, la condition féminine et l'exclusion sociale.

Biographie

Jeunesse et formation

Enfance

Janette Bertrand est la cadette et seule fille d'une famille de quatre enfants nés d'Armand Bertrand, un commerçant originaire de Valleyfield, et de son épouse Alma Bédard. Elle grandit dans une famille de classe moyenne, sur la rue Ontario, entre D'Iberville et Frontenac,à Montréal, dans un logement situé au-dessus de la mercerie de son père[1].

Son enfance est marquée par la crise économique des années 1930 ainsi que par sa relation complexe avec ses parents, en particulier sa mère[2]. De tempérament froid et distant, elle était peu affectueuse avec ses enfants, son mari, et repoussait fréquemment leurs gestes et marques d'affection. La jeune Janette, dotée d'une grande sensibilité et d'un besoin d'amour, est marquée très tôt par cette dynamique. Dans un premier temps, afin de gagner l'affection de sa mère, elle tente de contourner les valeurs d'obéissance fortement promues par l'Église et intériorisées par bon nombre de Canadiens français à l'époque[3].

Sa relation avec son père la marque aussi. Neuvième d'une famille de douze enfants, Janette Bertrand décrit son père comme un homme naturellement enjoué, bon vivant et affectueux[4]. Cependant, le père Bertrand était également un homme de sa génération. Imprégné des idées reçues sur les hommes et les femmes, il ne comprenait pas pourquoi sa fille aspirait à travailler comme un homme, à vivre une vie qui la ferait abandonner son rôle traditionnel de femme au foyer. Ainsi, lorsqu'elle lui dit un jour qu'elle veut poursuivre ses études dans le but de travailler un jour, son père lui répond : « Un cours classique? T'as pas besoin de ça pour changer des couches[5]! » Cette inégalité entre les garçons et les filles au sein même de sa propre famille finit par indigner Janette Bertrand. Espérant un amour maternel qui ne viendra jamais, elle finit peu à peu par se construire contre sa mère. Comme elle le confie en entrevue : « toute ma vie, j'ai cherché à ne pas lui ressembler, à ne pas faire comme elle[6] ».

Son enfance est aussi marquée par sa relation avec ses frères. Ceux-ci la taquinent fréquemment avec une certaine férocité, la traitant de laide ou d'idiote, choses qu'elle finira par intérioriser, malgré elle[7].

École primaire

Janette Bertrand entre à l'école primaire à l'âge de sept ans. Elle fréquente l'école Gédéon-Ouimet, tenue alors par les Filles de la Sagesse[8]. À l'école, elle est décrite comme une élève moyenne. Sans le savoir, elle souffre de dyslexie (chose qu'elle n'apprendra qu'à l'âge de 45 ans), ce qui rend son apprentissage difficile[9]. Se sentant inférieure par rapport aux autres élèves, Janette Bertrand demeure néanmoins une enfant profondément curieuse et sensible, dotée de beaucoup d'imagination. De tempérament solitaire, se trouvant peu d'amies avec qui jouer, elle se réfugie dans la lecture. Elle développe un goût pour l'écriture et commence à écrire des histoires pour elle-même. Inspirée par une famille de gitans habitant le voisinage, elle écrit alors son premier roman, racontant l'histoire d'une fille enlevée par des gitans et vendue à un cirque. Elle avait alors huit ans[10].

À l'école, elle tente de trouver de l'affection auprès de ses amies et de ses professeures pour pallier la froideur de sa mère. Elle constate cependant que la qualité de l'instruction offerte aux filles est inférieure à celle des garçons. Alors que ceux-ci sont encouragés à poursuivre leurs études pour obtenir un emploi, les filles se voient surtout préparées à assumer leur rôle de maîtresse de maison, comme le voulait la société de l'époque. Cette réalité l'amène peu à peu à une prise de conscience, en particulier sur le patriarcat et la condition de la femme :

« Mes parents ne se préoccupent pas de mon avenir. L'avenir des filles de classe moyenne est tout tracé : se marier, élever des enfants et avoir juste assez d'instruction pour tenir une maison. [...] Dans un monde de plus en plus urbain, on imprègne les filles du culte de la famille jusqu'à la treizième année. Cet endoctrinement se fait au détriment des matières scolaires, les autorités religieuses et politiques s'assurant ainsi que les femmes ne deviendront jamais docteures ou avocates, surtout par députées ou ministres. La place des hommes comme dominants est assurée. Moi, je ne veux pas aller perfectionner ce que je déteste. Je veux m'instruire comme mes frères, faire mon cours classique comme eux, mais je dois obéissance à mes parents [...] Je veux briser ce cercle »[11].

Études secondaires

À la fin de ses études primaires, Janette Bertrand réussit à convaincre ses parents de la laisser poursuivre ses études. Elle effectue ses études secondaires en Lettres et Sciences au pensionnat Mont-Royal, dirigé par les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie sur le Plateau Mont-Royal à Montréal. Elle y prend conscience de la discrimination entre gens de milieux différents. Elle-même fille de la classe moyenne, ses parents lui défendaient de se tenir avec des filles ou des garçons de classe ouvrière afin de se tenir avec des enfants du même milieu qu'elle[12].

Cette interdiction la heurtait : « "Qui se ressemble s'assemble", dit mon père. Moi, ce raisonnement m'énerve. Je veux briser les frontières, les préjugés, les tabous. Je suis curieuse des autres, je veux apprendre des autres […] Je veux abolir les classes sociales. Je suis persuadée qu'on est tous égaux […] Dans le fond, ce que je veux, c'est que les filles soient égales aux garçons, les religieuses, égales aux prêtres, les épouses, égales à leur mari[13] ». Elle éprouve le même sentiment d'injustice par rapport à la situation des Canadiens français, jugeant inacceptable que les francophones du Québec doivent apprendre l'anglais, mais que les anglophones n'ont pas l'obligation d'apprendre le français[14].

Université

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Janette Bertrand termine son secondaire. Son ambition est de devenir journaliste, plus particulièrement grand reporter. Au bout de maints efforts, elle réussit une fois de plus à convaincre ses parents de la laisser poursuivre des études en vue de se trouver un travail. Même si elle n'a pas fait le cours classique, elle est admise à l'Université de Montréal en 1944. Elle a pour professeurs entre autres Jean-Marie Nadeau et le chanoine Lionel Groulx[15]. Un soir, à la sortie d'un cours du professeur Nadeau, elle est abordée par un camarade de classe : Jean Lajeunesse. Étudiant la comptabilité aux HEC, Lajeunesse payait ses études en jouant à la radio dans des romans-savons. Les deux se mettent à se fréquenter. Elle forme un couple très uni avec lui. Elle l'accompagne dans toutes ses répétitions et ses performances. Par son entremise, elle fait la rencontre d'autres artistes de la radio, dont Amanda Alarie, Monique Miller, Janine Sutto, Yvette Brind'Amour, Roger Garceau, Juliette Huot et Jean Duceppe[16].

Découvrant peu à peu le monde artistique québécois, durant cette même période, elle commence à écrire pour le théâtre. Elle écrit son premier sketch comique pour une revue de l'année montée par Jean-Louis Roux, un camarade de classe[17]. En juin 1945, elle obtient un diplôme en lettres de l'Université de Montréal. Son ambition de devenir journaliste, plus particulièrement grand reporter, est enfin réalisable[18].

Débuts professionnels

Premiers emplois

Peu de temps après avoir obtenu son diplôme, Janette Bertrand se fait offrir son premier emploi. Un professeur d'université l'embauche pour rédiger à sa place des articles dans un journal spécialisé sur la faune et la flore du Québec. Toutefois, l'homme s'avère moins intéressé à son travail qu'à Janette elle-même. Il commence aussitôt à lui faire des attouchements sexuels. À cette époque où les femmes étaient tenues responsables de ce genre de comportement (plutôt que les hommes), elle décide alors de ne pas continuer dans cet emploi[19]. Elle donne durant quelque temps des cours de diction à des jeunes, tout en se cherchant un emploi régulier comme journaliste. Elle se présente à la rédaction de tous les grands journaux montréalais. Même si elle leur offre d'être mise à l'essai de façon bénévole pour commencer, aucun patron n'y donne suite. Dans ses mémoires, elle attribue ses premiers échecs à la mentalité dominante de l'époque sur la place des femmes en journalisme, ainsi qu'à sa jeune figure et ses vêtements atypiques (portant souvent une jupe écossaise, des chandails d'homme et des souliers à talons cubains). Seul le journal Le Canada lui proposera une chronique, pour « couvrir les mariages et les enterrements [et] décrire les "toilettes" [tenues des femmes] » — une offre qu'elle aura le courage de refuser[20].

À l'automne 1945, Janette Bertrand se présente à la rédaction de l'hebdomadaire Le Petit Journal. Elle fait la rencontre du rédacteur en chef, Jean-Charles Harvey, et lui fait parvenir quelques-uns de ses poèmes provenant de ses fonds de tiroir. Il propose à la jeune femme de les réunir et d'en faire un recueil[21]. Avec l'aide de Gérard Dagenais, éditeur du roman Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, elle publie ainsi son premier ouvrage, Mon cœur et mes chansons. Elle le signe « Janette Bertran », afin de se distinguer d'une autre Janette Bertrand, travailleuse sociale connue à cette époque[22],[23].

Le même automne, Janette Bertrand contracte la tuberculose. Sa mère, malade depuis des années, souffrait de cette maladie et l'avait involontairement contaminée. Janette est alors envoyée à un sanatorium près de Sainte-Agathe dans les Laurentides où elle passera un séjour de dix mois. À son retour, sa mère meurt en juin 1946. Janette a alors 21 ans[24].

Radio et cinéma

Jean Lajeunesse, Janette Bertrand et leur fille en 1950.

Mariée à Jean Lajeunesse au printemps 1947, elle devient mère avec la naissance de sa fille Dominique en novembre 1948. Dans ses mémoires, Janette Bertrand raconte qu'au moment où son père a appris que son enfant était une fille, il lui a dit : « C'est pas grave. Tu te reprendras[25] ».

À la même époque, elle conçoit sa première émission de radio, Déjeuner en musique, une série de sketchs comiques ponctués de pièces musicales choisies. À cette époque, le milieu radiophonique est peu ouvert à l'idée de laisser une jeune femme avoir sa propre émission. Pour contourner ce problème, Jean Lajeunesse propose à Janette Bertrand de participer à son émission, afin de leur permettre de toucher deux salaires plutôt qu'un. Elle accepte aussitôt. Puis, étant un homme, Lajeunesse prend sur lui d'aller voir les patrons de la radio de Radio-Canada pour leur proposer le concept de l'émission. Ceux-ci acceptent. Bien que l'émission mette en vedette les deux amoureux, Janette Bertrand sera la seule autrice des textes[26] [27].

Cette première émission marque le début d'une longue série de collaborations entre Janette Bertrand et Jean Lajeunesse. À compter de 1950, le couple anime l'émission quotidienne Jean et Janette, puis Les Lajeunesse en pantoufle sur les ondes de CKAC[28]. Couple d'artistes, la frontière entre leur vie privée et leur vie professionnelle finit peu à peu par s'effacer. Ils apparaissent ainsi non seulement à la radio, mais aussi au cinéma, dans le film La Petite Aurore, l'enfant martyre de Jean-Yves Bigras et dans un film publicitaire de Fernand Seguin sur l'électrification rurale[29]. Elle jouera également la jeune épouse d'Émile Genest dans le film Compagnon d'aventure (Big Red), produit par le studio Walt Disney en 1962[30].

Courrier du cœur

En 1953, Jean-Charles Harvey lui confie le courrier du cœur (« Le Refuge sentimental ») du Petit Journal[31]. Dès ses premières lettres, l'expérience la bouleverse :

« Les lettres viennent de femmes mariées à des hommes rustres qui ne se lavent pas pour faire l'amour, qui ne les caressent jamais, qui se sentent insultés si elles ont mal à la tête certains soirs. Pour les forcer à faire leur devoir, ces hommes invoquent la loi de l'Église qui stipule qu'une femme n'a pas le droit de refuser ça à son mari. [...] D'autres lettres sont signées par des filles qui veulent savoir comment mettre fin aux relations sexuelles qu'elles ont, des fois depuis l'âge de trois ans, avec leur père, leur grand-père ou leur frère. [...] Un jeune homme de dix-sept ans pense à se tirer une balle dans la tête parce qu'il est attiré par des garçons. [...] D'autres ont peur que leur père se pende ou les tue s'il apprend la vérité sur leur homosexualité »[32].

Curieuse, cherchant à repousser les interdits et les préjugés, Janette Bertrand décide de parler ouvertement de ces difficultés vécues en silence par les femmes et les hommes qui lui écrivent. Cependant, cette volonté à discuter de sujets tabous irritera certains lecteurs et lectrices, qui lui exprimeront beaucoup d'hostilité et l'accuseront d'exhibitionnisme, voire de voyeurisme[33].

Malgré ces critiques, le courrier du cœur de Janette Bertrand demeurera l'une des sections les plus populaires auprès des lecteurs du Petit Journal. L'aventure se poursuivra jusqu'à l'été 1969. Elle tient aussi une rubrique pour célibataires en quête d'amour (« L'agence matrimoniale ») jusqu'en 1971[34]. Cette rubrique d'ailleurs inspirera les paroles de la chanson populaire Madame Bertrand de Robert Charlebois et Mouffe.

Télévision

Toi et moi

En 1954, Pierre Pétel propose au couple Bertrand-Lajeunesse de porter au petit écran leurs histoires de couple. La télévision venait de faire son apparition au Québec. Elle commençait à connaître un succès, notamment avec le téléroman La Famille Plouffe de Roger Lemelin[35]. C'est ainsi que naît la série Toi et moi à la télévision de Radio-Canada. Cette série à sketchs humoristiques met en vedette Jean et Janette, dans le rôle d'un couple de jeunes mariés se retrouvant dans toutes sortes de situations de la vie de tous les jours. La série se distingue en présentant, pour la première fois à la télévision québécoise, un couple dormant dans le même lit, plutôt que dans deux lits séparés[36]. Un succès, cette série reste à l'écran durant six ans. Selon l'avis de Janette Bertrand, par son esprit même, Toi et moi sera un peu « l'ancêtre d'Un gars, une fille[37] ».

Toujours avec son mari, au début des années 1960, elle anime ensuite Adam ou Ève, un jeu-questionnaire où s'affrontent de jeunes couples, sur les ondes de Télé-Métropole, alors une nouvelle station[38]. Elle est également choisie pour animer Comment? Pourquoi?, une émission hebdomadaire de chroniques pour les jeunes, sur des sujets comme la santé, la sexualité et les nouveautés leur étant destinées. Pour se documenter sur les sujets à traiter, elle fait appel à une panoplie de spécialistes (médecins, psychologues, travailleurs sociaux, etc.) Pour la première fois, Janette Bertrand anime une émission seule et négocie elle-même ses conditions de travail. Une fois de plus, cette émission suscite des critiques négatives d'une portion du public, jugeant indécents les propos et les thèmes discutés par l'animatrice et ses invités. Malgré ces réactions, Télé-Métropole appuiera sans retenue Janette Bertrand et les cotes d'écoute croissantes confirmeront l'intérêt du public pour ces questions et le style avec lequel elles sont discutées. Elle animera ainsi cette émission pendant cinq ans[39].

Puis, elle anime l'émission à sketchs L'École du bonheur. Inspirée par des problèmes ou des situations exposées chaque semaine dans son courrier du cœur, Janette Bertrand propose une mise en situation à un groupe de comédiens. Ceux-ci improvisent ensuite une scène à partir de ce canevas jusqu'à son dénouement. Cette émission préfigure la Ligue nationale d'improvisation et sera diffusée pendant trois ans[40].

Quelle famille!

En 1968, la télévision de Radio-Canada est à la recherche d'une nouvelle série dramatique pour sa programmation du dimanche soir. Voulant une série pour la famille et populaire, elle approche Jean Lajeunesse (et accessoirement Janette Bertrand) pour combler ce créneau horaire. Janette Bertrand conçoit alors Quelle famille!, une émission mettant en scène une famille québécoise fictive de classe moyenne, comprenant un père (Gérard Tremblay, joué par Jean Lajeunesse), une mère (Fernande, jouée par Janette Bertrand), leurs cinq enfants âgés de cinq à dix-huit ans (incluant deux des enfants du couple Bertrand-Lajeunesse) et leur golden retriever Macaire (d'après le nom d'un chien dans la saga Les Thibault de Roger Martin du Gard[41]). À travers ses histoires, la série se penche sur des phénomènes de société de l'époque, tels que les rapports homme-femme, la drogue, la sexualité et le sort des personnes âgées. S'éloignant de la formule de l'émission américaine Papa a raison, dans Quelle famille!, les parents sont présentés comme des « êtres humains faillibles, pleins de défauts, qui n'ont aucun mode d'emploi pour élever leurs enfants et qui cherchent des solutions[42] ».

L'émission est diffusée au Québec de 1969 à 1974. Elle est également diffusée dans le reste de la francophonie sous le titre Les Tremblay. À la suite de cette émission, malgré son large succès, Janette Bertrand connaîtra un passage à vide et se retrouvera sans travail pendant un an[43][44]. C'est ce qui la motivera à créer l'émission de radio Mon mari et Nous, diffusée sur les ondes de CKAC[45].

Grand-Papa

À la suite de Quelle famille!, Janette Bertrand écrit une nouvelle série dramatique, Grand-Papa. Mettant en scène son mari Jean Lajeunesse dans le rôle-titre, Grand-Papa raconte l'histoire d'un homme de 73 ans inspiré par le père de Janette Bertrand, et de ses tribulations familiales. Encore une fois, chaque épisode cherche à parler de faits de société, cette fois-ci en mettant l'accent sur les problèmes du grand âge. La série est diffusée à Radio-Canada de 1976 à 1979.

Janette veut savoir, incursions au théâtre et à la LNI

Janette Bertrand joue brièvement dans la LNI.

Dans les années 1980, Janette Bertrand revient aux émissions de type talk-show. D'abord, avec Janette veut savoir, elle cherche à créer un rendez-vous télévisé où des personnes sont invitées à s'exprimer sur des sujets qui touchent de près le public : le mariage, la famille, la sexualité, la maladie, etc. À l'aide de deux recherchistes, elle s'éloigne de la formule|titre=radio-canadienne » plaçant l'animateur en position de tout connaître sur un sujet pour laisser plus de place aux invités. Autre succès populaire, cette émission est diffusée jusqu'en 1982[46].

Durant cette période, elle produit également ses premières pièces de théâtre. Moi Tarzan, toi Jane, mis en scène par Janine Sutto en 1981, est un drame racontant l'histoire d'un joueur de hockey professionnel (Raymond Legault), obnubilé par son rôle d'homme puissant et viril, et de son épouse (Louise Turcot), une secrétaire qui cache sa souffrance sous son rôle de ménagère et d'épouse dévouée à son mari[47]. Deux ans plus tard, elle met en scène Dis-moi-le si j'dérange, une tragédie mettant en vedette Juliette Huot. La pièce est un monologue d'une femme âgée de 58 ans qui raconte ses déboires. Son mari l'a abandonnée pour une femme plus jeune. Son fils lui a révélé être un homosexuel. Ses autres enfants la négligent. Se sentant esseulée, de trop, dans son désespoir, elle sombre dans un gouffre dans lequel il n'y a apparemment pas d'issue[48]. Ces deux pièces marquent la dramaturgie québécoise, tant par leurs sujets (le sexisme, la solitude des personnes âgées) que par les thèmes modernes et complexes qu'elles mettent en scène.

En 1984, à l'invitation de son amie Janine Sutto, Janette Bertrand fait une incursion à la Ligue nationale d'improvisation (LNI)[49]. Elle fait partie de l'équipe des Verts pendant une saison, aux côtés de son amie Janine Sutto, Diane Lavallée, Raymond Legault, Yves Jacques et Diane Jules[50]. Elle revient en 1988 pour disputer une rencontre annuelle entre des membres de la LNI et des membres des médias. Elle affronte ainsi Marie-France Bazzo, Marguerite Blais, Francine Grimaldi, Dominique Lajeunesse (sa fille), Danielle Rainville, Yves Corbeil, Michel Desautels, Tom Lapointe, Mario Lirette, Winston McQuade et Guy Richer[51].

Parler pour parler

Reprenant la même formule que Janette veut savoir, mais en la modifiant légèrement, avec l'aide du réalisateur Gaëtan Lavoie, Janette Bertrand conçoit cette fois l'une des émissions les plus marquantes de sa carrière : Parler pour parler. Chaque émission se déroule autour d'un repas à table, où Janette Bertrand et sa complice Violette (rôle de femme de ménage fictive incarné par Diane Jules) discutent avec des invités de sujets qui les touchent personnellement. En plus de s'occuper de l'animation, elle assure également la recherche et l'écriture de tous les scénarios. L'émission est diffusée de 1984 à 1994 sur les ondes de Radio-Québec[52].

Avec un grand A

Avec le succès de cotes d'écoute de Parler pour parler, Radio-Québec demande à Janette Bertrand une nouvelle série dramatique. Elle propose alors Avec un grand A, une série d'émissions traitant de sujets encore tabous ou controversés à cette époque, comme la violence conjugale, l'amour entre personnes avec un grand écart d'âge, la détresse des personnes âgées, l'inceste, l'homosexualité et le sida. Ces dramatiques sont inspirées d'expériences vécues par Janette Bertrand ou par ses proches. Elles touchent non seulement à des débats de société mais aussi à des préoccupations individuelles, où les messages ne sont pas nécessairement d'une moralité à toute épreuve[53]. Comme le résume Janette Bertrand dans ses mémoires : « Si la télévision doit divertir, elle peut aussi faire réfléchir [...] Dans mon cas, écrire, c'est effectuer une étude, une recherche sur la nature humaine. J'écris aussi pour me comprendre et comprendre les autres, et transmettre ce que j'ai appris[54] ».

En 1996, Janette Bertrand entre à l'Institut national de l'image et du son (INIS), alors nouvellement fondé, pour y enseigner l'écriture dramatique[55].

Depuis 2000

Autobiographie et romans « pour déranger »

Janette Bertrand en 2010.

À compter des années 2000, elle se consacre à l'écriture de livres.

Elle publie en 2004 Ma vie en trois actes, une autobiographie dans laquelle elle retrace en détail le récit de son enfance, ses rapports avec sa famille, son mariage avec Jean Lajeunesse, ainsi que ses débuts dans le journalisme et à la télévision. Elle pose un regard sur l'évolution de la condition de la femme au Québec au fil du temps, de l'époque de Maurice Duplessis jusqu'à l'époque contemporaine. Elle raconte également comment ses projets d'émissions de télévision ont pris forme[56]. Tout son récit montre sa motivation profonde : celle de prouver qu'une femme valait autant qu'un homme, et qu'aucun tabou ne devait empêcher d'avoir une discussion franche, même sur un sujet plus délicat[57]. Très bien reçu par la critique, ce livre connaît un succès inattendu auprès du public[58].

À l'automne 2005, elle publie Les Recettes de Janette, une réédition augmentée d'un livre de recettes publié à l'origine en 1968 (et vendu à l'époque à plus de 150 000 copies[59]). Elle publie ensuite trois romans « pour déranger ». Le Bien des miens, sorti en 2007, raconte l'histoire d'une saga familiale. Germaine Maltais, une femme d'affaires vieillissante, est déchirée entre deux obligations difficiles à réconcilier : le bonheur de sa famille (en particulier de ses petits enfants) et la succession de son entreprise de produits naturels[60].

En 2007, Janette Bertrand écrit les paroles de Berceuse pour mon fils, une chanson interprétée par Céline Dion sur son album D'elles, sur de la musique de David Gategno[61].

Son deuxième roman, Le Cocon, paru en 2009, raconte l'histoire d'un groupe de résidents d'un même immeuble qui se retrouvent ébranlés par le suicide de l'un des leurs. Le roman raconte comment cette tragédie affecte les personnages d'un point de vue individuel, chacun trouvant dans cette tragédie une résonance particulière avec son quotidien et ses drames personnels[62]. Le troisième roman montre toute la maîtrise de l'art du récit et de la narration de Janette Bertrand. Lit double, sorti au printemps 2012, explore la vie intime de cinq couples de milieux et de groupes d'âges différents, qui traversent tous une forme de crise conjugale. Au centre se trouve le personnage principal, Clara, une dame de 71 ans, propriétaire d'une ferme de légumes biologiques près de Montréal, agissant comme confidente de tous les autres. À travers son regard, et surtout celui de Janette Bertrand, le récit plonge au cœur de ces personnages, avec leurs contradictions, leurs frustrations, leurs désirs, ainsi que leurs secrets et leurs moments de tendresse[63].

Engagement politique

Le 15 octobre 2013, dans la foulée des débats entourant la Charte des valeurs québécoises, elle cosigne une lettre ouverte avec une vingtaine d'autres femmes en appui à une telle charte[64]. Redoutant un « retour en arrière » qui remettrait en question l'égalité entre les hommes et les femmes au nom de principes religieux, Janette Bertrand encourage toutes les Québécoises à appuyer cette charte[64]. Toutefois, des adversaires de cette Charte lui reprocheront ses positions, notamment de mettre en doute le choix des femmes musulmanes qui décident volontairement de porter le voile[65],[66].

Commémorations pour le 100e anniversaire

Pour fêter ses 100 ans et souligner son engagement pour la cause des femmes, une série de commémorations sont organisées un peu partout à Montréal et au Québec. Entre autres, le 22 mars, une vidéoprojection monumentale conçue par Martin Bundock et Léa Clermont-Dion est installée au pavillon Président-Kennedy de l'UQAM. Également, à la salle d'exposition de la Place des Arts, on présente Le siècle de Janette, une installation documentaire racontant un siècle de transformations sociales et féministes, avec une narration de Janette Bertrand[67].

Vie privée

Elle épouse Jean Lajeunesse le 22 mai 1947[68]. Le couple aura ensuite trois enfants : Dominique (née en 1948), Isabelle (née en 1951) et Martin (né en 1959). Le couple se sépare en 1981[69].

Depuis 1982, Janette Bertrand est en couple avec Donald Janson, un homme de 19 ans son cadet.

Œuvre

Œuvre littéraire

  • 1946 : Mon cœur et mes chansons, Éditions Pascal
  • 1968 : Les Recettes de Janette, Éditions du Jour
  • 1983 : Dis-moi-le si j'dérange (OCLC 15980256)
  • 1990 : Avec un grand A, Libre Expression, (OCLC 22279316)
  • 2004 : Ma vie en trois actes, Libre Expression, (OCLC 56419824)
  • 2005 : Les Recettes de Janette, Libre Expression (OCLC 61216801)
  • 2007 : Le Bien des miens, Libre Expression, (OCLC 82772191)
  • 2009 : Le Cocon, Libre Expression,
  • 2011 : Ma vie en trois actes, Autobiographie : réédition, format poche Collection 10/10, Stanké,
  • 2012 : Lit double, tome 1, Libre Expression,
  • 2013 : Lit double, tome 2, Libre Expression,
  • 2014 : Lit double, tome 3, Libre Expression,
  • 2016 : La vieillesse par une vraie vieille, Libre Expression,
  • 2018 : Vous croyez tout savoir sur le sexe? essai avec Michel Dorais, Libre Expression
  • 2020 : Un viol ordinaire, Libre Expression
  • 2021 : Un homme, tout simplement, Libre Expression
  • 2024 : Cent ans d'amour, Libre Expression
  • 2024 : Les recettes de Janette (3e édition), Libre Expression[70]

Théâtre

  • 1981 : Moi Tarzan, toi Jane
  • 1983 : Dis-moi-le si j’dérange
  • 2000 : Le Choix

Écriture pour la télévision

Animation à la télévision

Animation à la radio

  • Déjeuner en musique
  • Les Lajeunesse en pantoufles
  • Jean et Janette
  • L'école du bonheur
  • Mon mari et Nous

Rôles au cinéma

Rôles à la télévision

Distinctions

Décorations

Prix

Honneurs

  • Salon du livre de Montréal - Le Prix littéraire Janette-Bertrand, annoncé en 2023, récompense les auteurs et les autrices qui abordent l'égalité des sexes, l'autonomie des femmes et la lutte contre la violence de genre[81].

Archives

En 2017, Janette Bertrand confie officiellement ses archives[83] à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Notes et liens externes

Voir aussi

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