Kaivalya
From Wikipedia, the free encyclopedia
Cet article est une ébauche concernant le monde indien, la philosophie indienne et le sanskrit.
Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment ?) selon les recommandations des projets correspondants.
Consultez la liste des tâches à accomplir en page de discussion.Kaivalya (devanāgarī : कैवल्य) est un terme sanskrit qui signifie « isolement », « détachement de tous les liens » ou encore « libération » dans la philosophie du yoga[1] et du samkhya[2]. Associé au terme mukti, kaivalyamukti désigne la libération éternelle (des renaissances), but du rāja yoga[3].
Kaivalya dans le Yoga de Patañjali
Dans l'hindouisme, kaivalya est l'état de celui qui a réussi à se détacher entièrement de la nature ou prakriti. Sa conscience (purusha) est alors libérée de la matière. Ce terme sanskrit vient de la philosophie du samkhya et des Yoga-sûtra de Patanjali[4]. Il est employé par les mouvements religieux se référant à ceux-ci, notamment la tradition Virashaiva — une tradition shivaïte fondée par Basava (1125-1167) — de l'époque Vijayanagar, qui fournit une abondante littérature dite kaivalya[5].
Dans la tradition du Yoga classique tel que le codifie Patañjali, kaivalya désigne l'isolement libérateur du puruṣa — la conscience pure — hors du flux de la prakṛti — la Nature. Le kaivalya est l'état contemporain du samādhi, l'absorption de l'esprit en lui-même, au terme d'un processus de discernement (viveka) progressivement exercé par le pratiquant.
Contrairement à ce que suggère parfois l'étymologie populaire du mot yoga (« union »), Patañjali entend par ce terme, selon l'interprétation du roi Bhoja reprise par S. Radhakrishnan, non pas une union mais une séparation : celle du puruṣa d'avec la prakṛti[6]. Le kaivalya ne dissout donc pas la dualité fondamentale entre Nature et Esprit : il en délivre le sujet en lui permettant de s'en retirer.
Ce retrait est rendu possible par la figure du draṣṭar, le « témoin intérieur » ou voyant, qui, par-delà le moi empirique, échappe à la souffrance en se désidentifiant du flux des guṇa (les qualités constituantes de la prakṛti). Le yogin « s'établit dans sa propre forme » (svarūpe)[7], condition que Patañjali énonce dès les premiers sūtra. Il peut ensuite continuer de vivre ordinairement — car la vie ne l'attire plus ni ne lui pèse — sans que son être profond soit plus engagé dans le spectacle mondain.
Kaivalya et mokṣa : une distinction doctrinale
Kaivalya et mokṣa désignent tous deux une forme de libération, mais leurs présupposés métaphysiques divergent. Dans le Yoga, la dualité puruṣa/prakṛti est maintenue : le yogin se retire du flux naturel, mais celui-ci continue de produire le monde apparent. La finalité propre du Yoga est ainsi une « atténuation » (tanukaraṇa) des misères existentielles, non leur effacement total[8].
Le mokṣa védantin — et plus radicalement le mokṣa de l'Advaïta-Védānta — va plus loin en affirmant l'identité ontologique de l'ātman et du brahman et en dissolvant toute altérité[9]. À ce titre, la formulation kaivalyamukti tend à effacer une frontière que la pensée hindoue traditionnelle s'attache au contraire à maintenir : kaivalya présuppose une pluralité de puruṣa distincts, là où le mokṣa advaïtin postule leur résorption dans l'unicité du brahman.
Notes et références
- ↑ Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, version DICO en ligne entrée « kaivalya », lire: . Consulté le .
- ↑ A. E. Esnoul, Les Strophes de Samkhya. Éd. Les Belles Lettres, 1964.
- ↑ Gérard Huet, DICO en ligne entrée « rājayoga », lire: . Consulté le .
- ↑ Encyclopedia of Hinduism par C.A. Jones et J.D. Ryan publié par Checkmark Books, page 220, (ISBN 0816073368)
- ↑ K. Ayyappapanicker, Medieval Indian Literature: Surveys and selections, Sahitya Akademi, 1997.
- ↑ Martine Chifflot, « La libération selon le Yoga et le Védānta », L'Enseignement philosophique, 72e année, no 4, 2022, p. 38. DOI 10.3917/eph.725.0035.
- ↑ Chifflot, art. cit., p. 39.
- ↑ Chifflot, art. cit., p. 40.
- ↑ Chifflot, art. cit., p. 40-41.
| A | |
|---|---|
| B | |
| C | |
| D | |
| G | Guṇa |
| H | |
| I | |
| J | |
| K | |
| L | |
| M | |
| N | |
| O | |
| P | |
| R | |
| S | |
| T | |
| U | |
| V | |
| Y | |