Khanat de Djaghataï
ancien empire
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Le khanat de Djaghataï, ou khanat de Tchaghataï, est, avec la Chine des Yuan, le domaine des Ilkhans de Perse et la Horde d'or des steppes russes, l'un des quatre khanats constituant l'Empire mongol aux XIIIe et XIVe siècles.
Islam sunnite (à partir de 1326)
c. 1220 – 1334
Drapeau supposé |
| Statut | Empire nomade, division de l'Empire mongol |
|---|---|
| Capitale | Almaliq, Karchi |
| Religion |
Tengrisme, Chamanisme et Bouddhisme (jusqu'en 1326) Islam sunnite (à partir de 1326) |
| Monnaie | Pièce de monnaie (dirham, kebek et pūl) |
| c. 1220 | Création d'un oulous pour Djaghataï, fils de Gengis Khan |
|---|---|
| 1260 | Extension aux anciens territoires ouïghours |
| 1334 | Scission du territoire entre Transoxiane et Mogholistan |
| années 1670 | Conquête de la région par les Dzoungars |
| (1er) v.1227-1242 | Djaghataï |
|---|---|
| (Der) 1326-1334 | Tarmachirin |
Entités précédentes :
Entités suivantes :
- Khanat de Transoxiane
- Khanat de Mogholistan
Il tire son nom de son fondateur, Djaghataï, deuxième fils de Gengis Khan et recouvrait l'Asie centrale au sens large. Ses khans forment la dynastie des Djaghataïdes.
Histoire
Formation
Du mariage de Gengis Khan avec son épouse principale Börte, sont nés quatre fils Djötchi (1182-1227), Djaghataï (1184-1241), Ögedeï (1186-1241), et Tolui (1190-1232). Les racindes du khanat de Djaghataï se situent dans l'attribution d'un Ulu (domaine) à chacun des fils de Gengis Khan. À sa mort, Djaghataï reçoit un important territoire d'Asie centrale se rapprochant des limites de l'ancien empire Kara-Khitan. Cependant, il n'a aucun droit ni contrôle sur les régions sédentaires de la Transoxiane abritant les cités de Samarcande et Boukhara[1].
Le successeur de Gengis Khan, Ögedei, nomme d'abord Mahmud Yalavach (en) gouverneur de ce territoire, puis il récompense la loyauté de son frère avec certaines propriétés. Ce partage des pouvoirs engendre de vives tensions entre les gouverneurs nommés par le Grand Khan et l'Ordo dirigé par Djaghataï[1].
Crise de succession
La mort prématurée de Mutukan, deuxième fils et héritier désigné de Djaghatai, lors du siège de Bamyan (en) en 1221, déstabilise durablement la lignée. Djaghatai choisit alors le fils de Mö'etüken, Kara Hülegü, pour lui succéder. Celui-ci monte sur le trône en 1242. Mais à l'avènement du Grand Khan Güyük, en 1246, ce dernier impose son ami Yisü-Möngke (cinquième fils de Djaghatai) à la tête du domaine[1].
Les Djaghataïdes s'allient alors massivement avec la faction d'Ögedei. Lors du quriltai de 1251, élisant Möngke, seuls deux princes djaghataïdes font dissidence pour soutenir le nouveau Grand Khan : Kara Hülegü et Mochi-Jebe (un fils de concubine écarté de l'héritage). En récompense, Möngke Khan restitue la direction du domaine à Kara Hulegu. Ce dernier meurt dès la fin de l'année 1251. Son épouse oïrate, Orghana Qatun, fait exécuter Yisü-Möngke et assume la régence jusqu'en 1261 au nom de son jeune fils, Mubarak-Shah, avec l'aval du Grand Khan[1].
Consolidation territoriale

Jaune : Horde d'or
Gris : Khanat de Djaghataï
Vert : Dynastie Yuan
Violet : Empire ilkhanide
La guerre civile toluid opposant Kubilai Khan à Ariq-Böke fragmente le khanat. Ariq-Boke dépossède Orghana Qatun et fait nommer khan le petit-fils de Djaghataï, Alghu (1260-1266). Il le charge de marcher avec son armée sur l’Amou-Daria pour empêcher que le khan mongol de Perse, Houlagou, ne vienne au secours de Kubilai. Alghu profite des hostilités entre les deux prétendants pour renforcer son indépendance[1].
Installé à Kachgar avec une armée de 15 tümens (environ 150 000 hommes), Alghu mène une politique d'unification. Il écrase les partisans de la Horde d'Or, puis lance des offensives au nord (Khorazm, Otrar) et au sud (garnisons des Qara'unas en Afghanistan) dans le but de fusionner les apanages djaghataïdes épars en un bloc territorial compact. Le règne d'Alghu marque la première véritable tentative de fonder un État djaghataïde autonome. Jugeant l'alliance avec une Mongolie appauvrie trop contraignante, il trahit Ariq-Böke vers 1262 pour se rallier à Kubilai Khan[1].
À la chute d'Ariq-Böke, Kubilai réduit temporairement le khanat au statut de satellite et fait réviser le recensement en 1264. À la mort d'Alghu, Orghana et le haut fonctionnaire Qutb-ud-Din Habash ‘Amid placent Mubarak-Shah sur le trône, mais Kubilai impose Baraq[1].
Baraq poursuit la centralisation territoriale. Il combat les forces du prince ögedeide Qaidu et de la Horde d'Or, tout en attaquant les garnisons de Kubilai dans le bassin du Tarim. Vaincu par la Horde d'Or, Baraq opère un revirement en 1269 : il intègre une coalition avec Qaidu et la Horde d'Or, leur abandonnant au passage un tiers des territoires de la Transoxiane en échange d'un soutien militaire pour envahir le Khorasan. L'armée de l'Il-khanat d'Iran écrase cependant Baraq le 22 juillet 1270 près de Hérat. Après la mort de Baraq en 1271, Qaidu prend le contrôle effectif du khanat de Djaghatai[1].
Apogée de la lignée de Douwa
La stabilité dynastique n'est atteinte qu'en 1282 lorsque Qaidu porte au trône Douwa, le fils de Baraq. Les khans djaghataïdes ne récupèrent toutefois la pleine gouvernance de leur État qu'à la mort de Qaidu en 1301. Douwa mène une politique agressive contre la dynastie Yuan entre 1285 et 1289, expulsant leurs garnisons du bassin du Tarim. Au sud, il place son fils Qutlugh Khwaja (en) à la tête des Qara'unas (en) d'Afghanistan, initiant dès 1292 des raids réguliers contre l'Inde et l'Iran. Profitant de la rébellion de Nawroz, Douwa occupe le Mazandaran en 1295. À partir de 1300, confronté à l'épuisement économique, il change de stratégie : il propose une paix générale entre les branches mongoles pour relancer les routes commerciales, tout en poursuivant ses campagnes de pillage en Inde pour renflouer les caisses. À l'automne 1304, la paix générale est signée entre les cinq grandes lignées de l'Empire mongol. Douwa écarte définitivement les princes ögedeides du pouvoir, provoquant l'exil de nombre d'entre eux vers l'Il-khanat[1].
À la mort de Douwa, son fils Kundjuk aligne l'État sur la politique des Yuan, acceptant que ces derniers perçoivent un tiers des taxes de cités majeures. Sa mort prématurée déclenche une crise de succession : Taliku s'empare du trône et tente d'éliminer les descendants de Douwa. Il est assassiné par une conjuration d'émirs orchestrée par Kebek. Celui-ci installe d'abord son frère aîné Esen Buqa I (en) qui établit son campement dans les régions nomades tandis que Kebek administre la Transoxiane et Ferghana. Cependant le Khanat fait face à une attaque combinée des Yuan et de l'Ilkhanat, réduisant le pouvoir politique et provoquant la succession de Kebek[1].
Surnommé « le Juste », il soumet ses troupes à une stricte discipline, met fin aux pillages internes et transfère le centre de gravité politique du khanat vers la Transoxiane en se faisant bâtir un palais à Qarshi. Il conclut la paix avec l'Il-khanat en 1320, rétablit l'autorité djaghataïde sur le Ouïgouristan et les Qara'unas d'Afghanistan, et relance les raids en Inde. Son frère et successeur Eljigidei (1327-30) poursuit cette politique d'influence en soutenant activement le candidat Qoshila pour le trône impérial des Yuan[1].
Désintégration et fin du Khanat
Le règne de Tarmashirin (1331-1334), frère d'Eljigidei, précipite la chute de la dynastie unifiée. Converti à l'Islam, Tarmashirin favorise les élites musulmanes, applique la charia au détriment du code de lois mongol et délaisse le cœur nomade d'Almaligh au profit des régions sédentaires tadjikes. Pour court-circuiter l'opposition de l'aristocratie, il omet de convoquer le traditionnel quriltai. En 1334, ses neveux déclenchent une révolte dans la région d'Almaligh[1].
Une série de khans anti-musulmans se succèdent. L'un d'eux, Changshi (en) (1335-1338), fait ériger des idoles bouddhistes dans les mosquées, provoquant en réaction la prise de pouvoir du prince ögedeide 'Ali-Sultan (en), qui persécute brièvement les cultes non musulmans. La décennie 1335-1345 est marquée par une profonde obscurité documentaire, coïncidant avec la désintégration de l'Il-khanat voisin (1335) et les ravages de la Peste noire à partir de 1338-1339. L'élection de Qazan, un prince non issu de la lignée de Douwa, matérialise la rupture définitive du consensus dynastique[1].
Le khanat se fracture alors irréversiblement en trois grands pôles de pouvoir rivaux commandés par des chefs de clans militaires. Au sud, l'émir Qazaghan, chef des Qara'unas, renverse Qazan et installe un dirigeant fantoche d'origine ögedeide. À l'est, l'émir Dolaji, du clan Dughlat, installe son propre khan subordonné en 1347, fondant l'État indépendant du Mogholistan. Au centre, le clan des Barulas, établi dans la Transoxiane, commence son ascension sous la direction future de Tamerlan[1].
Les derniers Djaghataïdes au Mogholistan (XIVe-XVIIe siècle)
Des princes Djaghataïdes continuent à régner sur le Mogholistan.
Esen Buqa II (en) Vais Khan règne entre 1418 et 1428, suivi par Esen Buqa II (en) (1429-1462) et Yunus Khan (en) (1462-1486). Ce dernier, avec l’appui du timouride Abu Saïd, prend Kachgar, Sairam et Tachkent.
Ahmad Alaq (en) (1486-1503) et Mahmud Khan (en) (1487-1508) se partagent le royaume Djaghataïde en lui gardant sa cohésion.
Saïd (1514-1533) et Mansur Khan (en) (1482/3-1543) lancent des expéditions contre la Chine à Dunhuang et au Gansu.
Chah khan (1545-1570) doit affronter des révoltes qui livrent le bassin du Tarim au chaos. Deux familles opposées, les Ak-Taghlik et les Kara-Taghlik dominent une mosaïque de principautés. La situation perdure jusqu'aux années 1670 quand les Ak-Taghlik font appel aux Dzoungars qui finissent par annexer la région.
Géographie et géopolitique
Le caractère unifié du khanat de la Chine à l'Amou-Daria n'a existé que durant quelques décennies. Le territoire comprend originellement la Dzoungarie, la vallée de l'Ili, le Kirghizistan actuel, la Transoxiane et le sud-est du Kazakhstan. Le khanat n'acquiert une influence stable sur les Qara'unas d'Afghanistan que dans les années 1260 et n'établit un contrôle ferme sur le bassin du Tarim qu'en 1290. Le Ouïgouristan n'est rattaché de manière lâche qu'entre 1295 et 1304[1].
Confronté à des voisins exclusivement mongols (Dynastie Yuan en Chine, Il-khanat en Iran, Horde d'Or en Russie), le khanat de Djaghatai est le principal vecteur des conflits fratricides intra-mongols. Ses relations géopolitiques fluctuent constamment rapidement. Avec la Dynastie Yuan, il passe d'une hostilité pour le contrôle du Tarim à une dépendance économique après 1300. Avec l'Ilkhanat, le conflit est quasi-permanent pour le contrôle du Khorasan et de l'Afghanistan. Avec la Horde d'or, l'hostilité initiale sous Mongke évolue après 1269 en une alliance de circonstance contre l'Ilkhanat, puis une hostilité renouvellée lors de l'apogée du khanat[1].
Mode de vie et gouvernement
Les Mongols du Khanat de Djaghataï ont, pour la plupart, conservé leur mode de vie nomade et le type de gouvernement qui va avec. Ils ne s'installent pas dans les centres urbains du Khanat avant la fin du XVe siècle. A ce mode de vie est associé une forme de dédains des Mongols du Khanat envers les citadins de la Transoxanie et du bassin du Tarim[2].
Le modèle administratif du khanat de Djaghataï est resté plus rudimentaire que chez ses voisins. L'organisation décimale mongole reste notamment en vigueur jusqu'au XIVe siècle, tout comme le système des apanages. Les relations entre le Khan et les gouverneurs restent complexes. Les données numismatiques indiquent que la frappe commence vers 1270, atteint son apogée vers 1286 et cesse complètement après 1294. Cette situation laisse supposer un marasme économique jusqu'aux réformes de Kebek menées en 1319[1].
Les Mongols du khanat de Djaghatai se distinguent par leur attachement prolongé au nomadisme et à la langue mongole. La sédentarisation progressive a toutefois induit des clivages sociaux majeurs. Les commandants militaires mongols du Mawarannahr sont progressivement devenus propriétaires de grands domaines agricoles, de moulins et d'ateliers textiles. À l'inverse, l'appauvrissement d'une frange de la population mongole a alimenté un commerce d'esclaves. Le respect du yassa traditionnel freine la pénétration de l'islam. La branche dynastique de Douwa soutient activement le bouddhisme[1].
Impact
Dans les territoires contrôlés, la conquête de la Transoxiane est très destructrice. Le maintien prolongé de structures administratives nomades, l'instabilité politique structurelle et les conflits incessants bloquant les réseaux commerciaux ont lourdement handicapé la reconstruction des centres urbains. En 1333, Ibn Battuta décrit les cités de Transoxiane comme largement ruinées en comparaison de la prospérité de la Perse ou du Khorazm. Ce marasme culturel explique la quasi-absence de production historiographique locale notable avant 1350. Néanmoins, l'héritage politique du khanat s'est avéré pérenne. Lorsque Tamerlan et ses successeurs unifient la région et initient la Renaissance timouride, ils continuent à revendiquer l'identité et l'héritage politique « djaghatai ». Ce nom a par la suite été retenu par la recherche occidentale pour désigner la langue turque classique de poésie et de culture (tchagatay)[1].
