Kumi Sugaï

peintre, graveur, caligraphe et sculpteur japonais (1919-1996) From Wikipedia, the free encyclopedia

Kumi Sugaï (菅井 汲, Sugai Kumi?), de son vrai nom Teizō Sugai (菅井 貞三?), est un peintre japonais du XXe siècle, né le à Kobe et mort le dans la même ville. Il est aussi graveur, lithographe, sculpteur, calligraphe.

Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 77 ans)
KobeVoir et modifier les données sur Wikidata
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菅井汲Voir et modifier les données sur Wikidata
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Sugai Kumi
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Ses premières peintures sont ludiques, représentant des figures, paysages, animaux. Partant de l'art figuratif, il a ensuite évolué vers l'art informel puis vers l'expressionnisme abstrait pour aboutir à un art abstrait de plus en plus géométrique qualifié de hard edge abstrait à la suite de la géométrisation de Piet Mondrian. Actif en France à partir de 1952, il rejoint les représentants de la nouvelle École de Paris, appelée Seconde École de Paris après 1950. Bien que sa carrière se soit déroulée principalement en France, il reste un des artistes reconnus de l'abstraction japonaise — dont le groupe Gutai, fondé à Osaka par Jirō Yoshihara[1].

Biographie et parcours artistique

Famille, formation, débuts

Issu d'une famille de musiciens traditionnels[2], à l'âge de 9 ans (1928), Kumi Sugaï expérimente déjà la peinture à l'huile. À 14 ans, il entre à l'école des beaux-arts d'Osaka où, élève de Yoshihara Haruyoshi (1905-1972)[3], il apprend à la fois les techniques de l'art occidental et celles de la calligraphie japonaise qui tiendront dans son œuvre une part importante[4]. Il y reste jusqu'en 1933.

Obligé de quitter ses études pour des raisons financières, il travaille pour le service publicitaire de l'entreprise ferroviaire Hankyu Corporation de 1937 à 1945. Pendant les années 1940, il fait des recherches dans les journaux d'art sur les artistes européens ainsi que les artistes américains.

Première période à Paris

Académie de la Grande Chaumière, Paris.

Lorsqu'il arrive à Paris en 1952, Sugaï Kumi a déjà une solide connaissance de la peinture contemporaine. Il admire en particulier Joan Miró et Alexander Calder[4]. Il suit les cours d'Edouard Goerg à l'académie de la Grande-Chaumière[5] et il présente ses œuvres à la galerie Craven à Paris[6] pour sa première exposition personnelle en 1954. Il expose quatre ans plus tard à l'Exposition universelle de Bruxelles, en 1958[2].

« Sugaï est alors proche du milieu de l’art informel et bénéficie notamment du soutien des critiques Jean-Clarence Lambert et Roger van Gindertael. En dépit de sa vie éloignée de toute agitation mondaine, tout entière consacrée au travail, il est remarqué, dès sa première exposition au Salon d’automne 1952. »

 Extrait de la notice du Centre Pompidou[7]

Dans ses premières peintures parisiennes, Kumi Sugaï utilise la technique des graffitis sur des fonds à peu près sans couleur, il dessine des évocations de paysages urbains et d'êtres vivants, hommes ou animaux, à la limite de l'abstraction, avec quelque chose de l'amenuisement des personnages de Giacometti. Dans une seconde période, autour de 1953, il évoque, plus colorés et tendant de plus en plus aux signes graphiques abstraits, des personnages-insectes, animaux emblématiques, et de nombreux petits diables cornus[8].

Jusqu'en 1955, il suit le mouvement du nouveau réalisme, et de l'abstraction lyrique avec des œuvres comme Oka (Colline)[9], se détachant de ses premières œuvres calligraphiques et monochromatiques pour rajouter à sa palette des violets, verts et jaunes, utilisant des structures formelles purement abstraites, avec encore des contours flous, qui gagnent en netteté à partir de 1962[10].

En 1957, il réalise les œuvres qui décorent la villa sur la Côte d'Azur où est tourné Bonjour tristesse par Otto Preminger d'après le roman de Françoise Sagan[11].

En 1959, il obtient le prix du musée d'art moderne de Zagreb pour l'exposition internationale de gravures de Ljubljana, en 1960 celui du musée national d'Art moderne de Tokyo, en 1961 le grand prix de la Triennale internationale de gravure de Grenchen[8].

Kumi Sugaï se distingue des autres artistes de la seconde École de Paris, dont il fait partie, par « son attitude à l'égard du monde » selon Hans Jaffé[12]. Son œuvre connaît deux périodes distinctes : la première, folklorique, avec des signes très évocateurs qui font son succès, la seconde géométrisée et colorisée[13].

L'abstraction

La période qui commence en 1962 voit apparaître un changement radical dans le style de l'artiste qui abandonne la double signature dont il usait déjà au Japon vers 1950 et dès son arrivée à Paris en 1950 : son prénom était écrit en signes japonais, son nom de famille en lettres de l'alphabet latin. Il ne garde que le nom en alphabet latin.

Il travaille désormais par séries, se livrant à une abstraction intitulée en anglais hard edge painting, à la suite de Piet Mondrian, en réaction à l'expressionnisme abstrait d'Américains tel Robert Rauschenberg, mais aussi au nouveau réalisme[12].

Sa nouvelle inspiration trouve son épanouissement dans de grandes compositions. Puis, à partir de 1960, il évolue brutalement. Il adopte les différentes possibilités de l'abstraction géométrique, jouant des différences de matières, du grumeleux à la transparence, par des agencements de formes tracées à la règle et colorées en aplats bariolés. Ces signes, rubans sinueux, évoquent sa passion pour l'automobile et la vitesse, révélée dans la série Autoroute.

À partir de 1962, il traduit certaines de ses formes en sculptures en bronze. Il réalise de très nombreuses lithographies, illustrant notamment deux recueils de poèmes de Jean-Clarence Lambert, et une fresque pour le hall d'entrée du musée d'art moderne de Tokyo[14].

À partir de 1964, année où il peint Violet[15],[16] achetée pour la collection Peter Stuyvesant, ses toiles prennent des proportions de plus en plus grandes. Peintes à un rythme simple et subtil, utilisant parfois des couleurs que Jaffé qualifie de « stridentes », l'artiste utilise de grandes surfaces ovales « comme les écus de guerriers du siècle passé »[17]. La plupart des œuvres contiennent alors des bandes claires notamment Soleil bleu (1969)[18], et la matière gagne en épaisseur.

« L’œuvre Sans titre, 1986, relève de l’ultime évolution de l’art de Sugaï, lorsque réapparaissent des motifs empruntés à la nature et des variations dans le travail de la matière. Les ondes concentriques, sur le panneau inférieur, et le soleil, sur le panneau triangulaire, sont présents dans des œuvres de la même époque, où ils se combinent de multiples manières avec d’autres motifs dont la série reste limitée. […] Leur efficacité tient à la charge énergétique que les motifs dégagent, due notamment à l’ouverture des rayons et à l’élargissement des ondes, au contraste entre l’expansion du rouge et le poids du noir. Ni éléments descriptifs ni signes formels, ces éléments, combinés par l’assemblage de châssis aux formes variables, invitent le spectateur à une contemplation d’ordre physique[7]. »

Bien qu'il ait toujours exposé avec les artistes de son pays d'accueil, Kumi Sugaï n'a jamais cessé de figurer parmi les artistes japonais dans les expositions internationales. Installé au 91, rue de l'Amiral-Mouchez à Paris[19], il était surtout lié avec une colonie d'artistes japonais vivant dans la capitale parmi lesquels figurent Key Sato, Toshimitsu Imaï, Hisao Dōmoto[20], Yasse Tabuchi, Akira Kito[21], Shu Tanaka, Ado Sato[22].

Selon Michel Ragon, la sculpture abstraite de Sugaï reste assez rare, peu fournie en œuvres[23]. On dispose de peu d'exemples sur sa sculpture. La maison de vente Doré et Giraud, à Paris, a mis aux enchères une Sculpture en U en 2015[24].

Plusieurs estampes et lithographies de l'artiste sont conservées au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France (19 estampes[25] et huit lithographies[26]).

Décès et postérité

Kumi Sugaï meurt le [3], treize ans après la très grande rétrospective de ses œuvres au Seibu Museum of Art[27], groupement artistique[28] de Tokyo (1983), alors qu'il était retourné visiter sa famille à Kobe.

« On ne définit pas d'un seul mot l'œuvre de Sugaï, qui s'étend sur près de 45 ans. Cette œuvre aura été assimilée tour à tour à l'abstraction lyrique ou au matiérisme de l'École de Paris, au hard edge, à l'op art, voire même au surréalisme et, tout récemment, au minimalisme. On verra que toutes ces étiquettes sont, dans son cas, à la fois vraies et fausses. Kumi Sugaï est un grand solitaire qui, comme quelques rares autres irréguliers du XXe siècle, cultive sa différence en demeurant étranger aux stratégies esthétiques et marchandes de ses contemporains. S'il apporte une contribution de premier ordre à l'histoire de l'art, c'est en recommençant pour son propre compte l'odyssée plastique de son temps. L'ensemble de son œuvre contient en lui-même ses principes d'explication, et les recours à des causalités extérieures sont particulièrement périlleux pour ce qui le concerne. »

 Jean-Luc Chalumeau[29]

Contributions bibliophiliques

Jean-Clarence Lambert.
  • Jean-Clarence Lambert, La Quête sans fin, 4 lithographies originales de Kumi Sugaï, 100 exemplaires numérotés, Falaize, Paris, 1957[30]
  • Jean-Clarence Lambert, Alea, 7 lithographies originales de Kumi Sugaï, 60 exemplaires numérotés et signés au colophon par l'auteur et par l'artiste, éditions Pierre-André Benoit, Alès, 1962
  • Hommage à Picasso, 5 volumes ; vol.1 : Daniel-Henry Kahnweiler, Conversations avec Picasso ; vol.5 : portfolio réunissant une suite de douze sérigraphies 71,4x54cm par Gerhard Altenbourg, Arman, Öyvind Fahlström, Renato Guttuso, Hans Hartung, Alfred Hrdlicka, Donald Judd, Wifredo Lam, Michelangelo Pistoletto, Bernard Schultze, Kumi Sugaï, Antoni Tàpies, Günther Uecker et Victor Vasarely ; 120 exemplaires numérotés, Propyläen Verlag, Berlin / Panthéon Presse S.A., 1974-1974[31]
  • Jean Clarence Lambert, Accident, 5 eaux-fortes originales de Kumi Sugaï, 135 exemplaires numérotés et signés au colophon par l'auteur et par l'artiste, éditions Robert et Lydie Dutrou, Paris, 1992
  • Yorguy Karakatzanis, Les Nostalgies, poèmes enrichis d'une gravure originale de Kumi Sugaï, se poursuivant sur 5 feuillets pliés en accordéon et signés par l'artiste, 135 exemplaires numérotés et signés par l'auteur au colophon, vol. V de la collection « Lisière des mots », éditions Robert et Lydie Dutrou, Paris, 1994
  • Kumi Sugaï, Variations, portfolio de 5 lithographies originales (65 x 50 cm) numérotées et signées, 125 exemplaires imprimés par Clot Bramsen, éditions Georges Fall, 1995
  • Kumi Sugaï, Ultimes, portfolio de 5 lithographies originales (56 x 76 cm) numérotées et signées, 99 exemplaires imprimés par Clot Bramsen, éditions Georges Fall, 1996

Expositions

Expositions personnelles

Maison de la culture du Japon à Paris.
Musée d'Art contemporain de Tokyo.

Expositions collectives

Art Institute of Chicago
Pavillon de la France Montréal, exposition universelle de 1967.
Musée national d'art, Osaka.
Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

Commentaires

Dits de Kumi Sugaï

« Quand je peins, je pense toujours à la forme. Si l'on emploie beaucoup de couleurs, la forme est plus facile. Quand on veut montrer sa pensée, il est aisé de s'exprimer avec beaucoup de paroles. Mais il est difficile de parler par sentences. Je voudrais arriver à montrer tout ce que je pense, avec peu de moyens[54]. »

« Il n'y a pas de mots pour définir ce que je fais. Mes toiles tiennent aussi du panneau de signalisation routière — modelé, à mes yeux, d'une communication étroite avec autrui. Sur l'autoroute, les panneaux donnent une indication claire, que tout conducteur saisit en une fraction de seconde, sans ambiguïté possible, quelles que soient sa nationalité ou sa culture. C'est un signe muet et vital. De même, je ne veux employer que les termes les plus directs, analogues aux éléments insécables de la physique moderne. D'où mon recours aux couleurs simples, fondamentales… C'est dans un univers complètement dépouillé et, à la limite, sans parole, où l'on ne communiquera plus qu'à l'aide de signaux, que l'art tel que je le conçois apparaîtra comme indispensable. Quand nous nous serons débarrassés de toute ce qui n'est pas nécessaire, l'art deviendra nécessaire : lui seul pourra soutenir un monde réduit à sa plus simple expression[55]. »

Réception critique

« Sugaï est japonais, c'est-à-dire qu'il est d'abord poète… Son monde est celui des fleurs, des pétales, des corolles, des cailloux, mais aussi des démons, des masques, des poupées magiques. Il aurait manqué quelque chose à la jeune École de Paris si Sugaï n'était pas venu s'y joindre… »

 Jean-Clarence Lambert[56]

« Voici un peintre qui pose à nouveau le problème de la peinture en n'utilisant que des formes géométriques élémentaires et une seule couleur sur le plan de la toile. Tout se passe comme si les conventions de la peinture moderniste avaient scrupuleusement été réunies : le projet de Sugaï semble donc appeler une approche à la fois formaliste et moderniste. L'histoire de la peinture reprendrait son cours, interrompu par deux ou trois décennies de dérives minimalistes diverses. »

 Jean-Luc Chalumeau[29]

« Les œuvres les plus recherchées, des amateurs nippons entre autres, sont les toiles des années 1950-1960 qui placent Kumi Sugaï dans le peloton de tête des peintres abstraits de l'École de Paris d'après guerre. Sugaï se fixe en effet à Paris en 1952 et participe jusqu'à la fin des années 1960 à toutes les manifestations artistiques internationales d'avant-garde. Plusieurs étapes marquent son cheminement, depuis les premières compositions, gestuelles et en technique de graffiti, jusqu'aux abstractions géométriques des années 1970. »

 Gérald Schurr[57]

Jacques Busse.

« Dans ses premières peintures européennes, en technique de graffiti sur des fonds à peu près sans couleurs, il dessinait des évocations de paysages urbains et d'êtres vivants, hommes ou animaux, à la limite de l'abstraction, avec quelque chose de l'amenuisement des personnages d'Alberto Giacometti. Dans une seconde période, autour de 1953, il évoquait, plus colorés et tendant de plus en plus aux signes graphiques abstraits, des personnages-insectes, animaux emblématiques, et de nombreux petits diables cornus. Ce fut en 1958 qu'il aboutit logiquement à renoncer à toute évocation, pour la seule force plastique du signe occupant désormais à lui seul la surface de la toile, faisant comparer Sugaï à un Gérard Schneider japonais, la gestualité s'infléchissant selon un ésotérique vocabulaire de signes extrême-orientaux rappelant ceux qui s'affirment sur les poteries ou les lanternes de pierre que l'on voit dans les jardins du vieux Japon. Cette nouvelle écriture trouva son épanouissement dans ce qu'on a appelé les grandes compositions emblématiques. Puis, à partir de 1960 environ, Sugaï, en une évolution assez brutale, adopta une manière très proche des différents possibilités de l'abstraction géométrique, remplaçant des signes emblématiques d'un graphisme raffiné et sensible, jouant du jeu des différences de matières, du grumeleux à la transparence, par des agencements de formes tracées à la règle et colorées en aplats bariolés. Ces lignes, rubans sinueux, évoquent sa passion pour l'automobile et la vitesse, révélée dans la série Autoroute. À partir de 1962, il a traduit certaines de ses formes en sculptures en bronze. »

 Jacques Busse[8]

Collections publiques

(Liste non exhaustive.)

France

Allemagne

Australie

  • Nagasaki, lithographie 65x50cm, vers 1955[79]
  • Composition, lithographie 66x50cm, vers 1955[80]
  • Bleu et noir, lithographie 65x50cm, 1960[81]
  • S (Festival), lithographie 76x56cm, 1990[82]
  • S Three, lithographie 65x50cm, 1990[83]
  • S Four arrows, lithographie 76x56cm, 1990[84]
  • S Blue arrows, lithographie 76x56cm, 1990[85]
  • S Yellow arrow, lithographie 76x56cm, 1990[86]
  • S Red arrows, lithographie 76x56cm, 1990[87]
  • S Mirror, lithographie 65x50cm, 1990[88]
  • S Large sun, lithographie 76x56cm, 1990[89]
  • S Red and blue, lithographie 76x56cm, 1990[90]
  • S (rose), lithographie 76x56cm, 1990[91]

Brésil

Canada

Danemark

États-Unis

Irlande

Japon

Drapeau de la Macédoine du Nord Macédoine du Nord

Drapeau de la Norvège Norvège

Pays-Bas

Royaume-Uni

Drapeau de la Suède Suède

Prix et distinctions

Notes et références

Annexes

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