Le Fils de-la-femme-mâle

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Le Fils de-la-femme-mâle
Auteur Maurice Bandaman
Pays Côte d'Ivoire
Genre Roman
Distinctions Grand prix littéraire d'Afrique noire (1993)
Éditeur L'Harmattan
Collection Encres noires

Le Fils de-la-femme-mâle est un roman de l'écrivain ivoirien Maurice Bandaman[1]. Paru en 1993 aux éditions L'Harmattan[2],[3], l'ouvrage reçoit le Grand Prix littéraire d'Afrique noire la même année[4].

Il est qualifié de conte romanesque en raison de ses emprunts hybridant les deux genres littéraires et le fantastique. Quête initiatique sur trois générations en vue de lutter contre les abus de pouvoir d'un dictateur, ses transgressions de la langue et des frontières entre genres littéraires le rattachent au courant du nouveau roman ivoirien apparu dans les années 1970.

Résumé

Ce roman raconte, de façon épique, l'histoire d'un héros représenté dans le récit par trois personnages du même nom et qui s'y succèdent. Des indices montrent qu'il s'agit en réalité de trois personnages dont les deux derniers sont des hypostases de nature surnaturelle.

La première partie du roman relate l'aventure du premier Awlimba Tankan qui décide une nuit de partir chasser, pendant que son épouse enceinte reste à dormir. Au gré de ses recherches, il se retrouve dans « le ventre de la terre », un monde peuplé de personnages étranges dont en particulier une très vieille femme dotée d'une plaie immonde et à la puanteur cadavérique. Ayant accepté de la soigner des jours durant en léchant ses plaies, il la voit finalement se transformer en une très belle jeune fille. Alors qu'elle lui propose une récompense à choisir entre la richesse, la gloire et le pouvoir ou son ventre, il choisit son ventre. Il reçoit donc un nouveau-né étrange, à la fois mâle et femelle, sachant déjà parler. Pour ne pas dévoiler l'infidélité de son père, ile nouveau-né intègre son pénis, et son père l'introduit à son tour dans le ventre de sa femme, dans d'affreuses soufrances. La grossesse de celle-ci perdure plus de vingt mois, et les sorciers du village, craignant pour l'ordre établi et leur propre pouvoir, décident d'assassiner le couple en l'empoisonnant.

Après la mort d'Awlimba Tankan, la mère, par peur que son fils soit tué lui aussi, fuit avec lui et l'emmène en ville. Là, l'enfant refuse de continuer d'aller à l'école. occidentale - qui ne lui apporte rien. Il entame alors la quête de la vraie Connaissance auprès de sept maîtres initiateurs qui sont des animaux : un chien, un bélier, un cochon, un coq, un caméléon, un éléphant et une pie.

Ancienne statuette de la déesse des mers Mamy-Watta, qui dans le roman conçoit le troisième Awlimba avec Bla Yassoua
Mami Wata, génie des mers et l'une des mères d'Awlimba.

À l'issue de cette initiation, le fils, qui s'appelle Awlimba Tankan comme son père, parcourt le monde pour partager les enseignements reçus. Considéré comme un révolutionnaire et un élément dangereux par le terrible dictateur Nanan Aganimo, il est arrêté et exilé sur une île déserte. Avant d'y mourir, il a le temps d'avoir un enfant, lui aussi nommé Awlimba Tankan, et conçu à la fois avec Bla Yassoua, la femme mâle qui n'a peur de rien ni de personne, et Mami-Watta, un génie, la reine de l'océan.

Ce fils, en faisant preuve d'un courage hors du commun, après avoir tenté de ramener le tyran Nanan Aganimo à la raison, finit par se battre avec lui , et victorieux, libère son peuple du joug du dictateur et instaure un climat de paix, de justice, de solidarité et de liberté, au grand bonheur de tous[5],[6],[7].

Personnages principaux

  • Awlimba Tankan, villageois akan, chasseur intrépide qui n'hésite pas à affronter une panthère avec un arc et une unique flêche, meurt à la naissance de son fils Awlimba[8]. Son nom signifie en baoulé « Qui a un cœur de roc et ne recule devant rien »[9].
  • Awlimba Tankan, fils du précent et conçu par une femme-génie puis réinjecté dans l’utérus de l'épouse d'Awlimba 1. Hermaphrodie et doué de pouvoirs surnaturels il naît avec 33 dents, deux sexes, et sachant déjà parler , il meurt lui aussi à la naissance de son fils, Awlimba.
  • Awlimba Tankan fils du précédent, lui aussi hermaphrodite et doué de pouvoirs surnaturels. Il peut se métamorphoer en différents personnages non anthropomorphes[8].
  • Bla YASSOUA est la femme mâle qui donne son titre au conte. Son nom vient des mots baoulé « bla » (femme, femelle) et « yassoua » (homme, garçon). Il désigne habituellement les femmes un peu viriles, mais aussi les femmes particulièrement courageuses ou intrépides, dans l'idée que ce caractère serait propre aux hommes. Sa graphie spécifique, avec le second mot en majuscules, sert à marquer que l'histoire s'incrit dans une société phallocrate[10]. Elle est à la tête d'un groupe d'amazones s'opposant au dictateur Nanan Aganimo pour récupérer leurs maris emprisonnés[11]. Tout comme Eurydice, du mythe d'Orphée, elle est d'une grande beauté[12]. Hermaphrodite, elle est la mère d'Awlimba 3, conjointement avec Mami-Watta[13]. Elle meurt brûlée vive.
  • Nanan Aganimo, « le roi dy pays de l'or » est un terrible dictateur. Dans un dialogue avec Awlimba 3 faisant appel à des termes symboliques , il se montre vexé qu'on puisse le mettre dans même lot que d'autres rois des pays de la forêt et de la savane. Il répond à des propositions d'union et de paix par le mépris, des provocations et des déclarations explicites de guerre[14].

Thèmes

Le thème principal du livre est une quête initiatique, à travers trois générations, pour débarrasser un pays africain d'un dictateur issu de même peuple et parvenir à une société plus juste et plus solidaire, et à une vie plus digne[15].

La sexualité, décrite de façon imagée mais en termes très crus ou violents[16] cotoie la mort[15].

Dédoublements et métamorphoses constituent enfin des figures récurrentes[15].

Éléments narratifs

Narrateurs

L'ouvrage emprunte au domaine du conte traditionnel africain, comme l'indiquent à la fois la structure, et les formules stéréotypées « Il était une fois... » dès la fin du préambule, ou « Voilà le mensonge sorti cette nuit de mon ventre marécageux. » qui précède de peu la conclusion, elle aussi composante traditionnellement présente dans le conte[17]. Le narrateur-conteur y reprend dans les deux passages l'idée que le vrai et le faux forment un couple inséparable, et que c'est de cette confrontation que jaillit la lvérité[17]:

« ((Ecoutez! Ecoutez!
Gens d'ici et gens d'ailleurs!
Ecoutez ma voix! Je vais dire une histoire
Cette histoire est un conte
Cette histoire est comme un conte !
Elle dit vrai
Elle dit faux
Le vrai n'est pas forcément vrai
Et le faux n'est pas forcément faux !
Le vrai et le faux sont un couple !
Gens d'ici, gens d'ailleurs !
Ecoutez ma voix !
il était une fois. ..))
 »

Le conte comporte trois niveaux de narration, les deux premiers, que Pierre N'Da qualifie alternativement de « narrateur-il » ou extradiégétique pour le premier, qui relève des romans classiques, et de« narrateur-je », homodiégétique ou conteur, qui relève du rôle attribué au griot ou au conteur, correspondent à une classification connue établie par Gérard Genette. Toutefois, le rôle du conteur, peut aussi utiliser le « nous » pour englober l'auditoire, est quelquefois assuré par les protagonistes, qui offrent ainsi une polyphonie en rupture avec les romans classiques[18].

Fatou Touré Cissé y distingue un troisième type, le parent à plaisanterie, typologie introduite par l'historien de la littérature Bernard Mouralis, en sus de typologie narrateurs hétérodiégétique et homodiégétique, décrite par Genette[8].

Registres de langue

Trois niveaux de langue cohabitent : un français académique, quelquefois interrompu par des insertions de mots en baoulé, le « français ivoirien »[19] ou « nouchi »[20], caractéristique de la langue spontanée des marchés et des classes populaires chez certains des personnages, et enfin un français grossier et très vulgaire employé aussi bien par les narrateurs que par certains des personnages[19].

Contexte

L'histoire se déroule en pays Akan et dans ses mondes parallèles (le centre de la terre, le blôlo ou monde des morts,…), à une époque imprécisée[15].

Si l'imaginaire prédomine, les références historiques, chrétiennes et mythologiques sont très nombreuses. La révolte des amazones menée par Bla Yassoua est une transposition de la marche des femmes de Grand-Bassam en 1949. Dans un épisode, Bla Yassoua accepte la demande de Mami-Watta d'avoir un enfant en sacrifice, et livre son bébé aux flots pour obtenir un passage dans la mer en furie afin qu'elle et ses amazones puissent atteindre l'île où sont enfermés leurs maris. Cet épisode s'inspire directement de la légende la reine Abla Pokou, et le personnage de Mami-Watta, génie des eaux, « reine des océans », est tiré du personnage mythologique du même nom[21].

Analyse et commentaires

Notes et références

Bibliographie

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