Le Monde comme si
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| Le Monde comme si nationalisme et dérive identitaire en Bretagne | |
| Auteur | Françoise Morvan |
|---|---|
| Pays | France |
| Genre | essai |
| Éditeur | Actes Sud |
| Lieu de parution | Arles |
| Date de parution | 2002 (rééd. 2005) |
| Nombre de pages | 358 pages |
| ISBN | 2-7427-3985-8 |
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Le Monde comme si est un essai de Françoise Morvan, publié en 2002, sur le nationalisme breton, à partir de ses propres expériences personnelles et professionnelles (enseignante et chercheuse universitaire).
Ce livre « remarqué et polémique »[1] a fait l'objet d'une couverture dans la presse nationale, ainsi que de plusieurs références universitaires et a suscité des critiques, en particulier au sein du mouvement breton.
Françoise Morvan a développé les analyses du Monde comme si dans plusieurs articles ultérieurs.
Françoise Morvan publie en 2002[n 1] Le Monde comme si : Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne[n 2], un essai où elle se livre au « récit de sa propre désillusion »[4]. Elle y entreprend un questionnement sur « l'existence d'une dérive communautariste, parfois même raciste, au sein du mouvement breton »[5] et une « déconstruction des valeurs et des idéaux de ce qui fut pour elle un milieu »[4], à partir de son expérience personnelle[4], dont en particulier « la véritable scène primitive que constitue, pour elle, la querelle [au sujet de Luzel] qui [l'a opposée] à l'une des figures des études celtiques, Pierre Denis, dit Pêr Denez »[4],[n 3] et sa participation à la création d'une école Diwan où elle a scolarisé pour un temps sa fille[14],[15], en menant une « réflexion sur l’instrumentalisation de la langue et de la culture bretonnes à des fins politiques et commerciales »[16] et en dénonçant « d'âpres nationalistes [qui] s'ingénieraient à créer, à coups de reconstructions ou de falsifications, une pseudo-culture celtique asservie aux impératifs de la mondialisation et à dissimuler les origines cléricale, fasciste puis collaborationniste des porte-drapeaux de l'Emsav (le mouvement breton) »[4].
Réception critique
L'ouvrage est « remarqué »[1] dans la presse nationale. Éric Conan considère le livre comme un « récit intime » et une « passionnante introduction aux ambiguïtés du régionalisme »[17] ; Nicolas Weil souligne le « courage intellectuel » de ce livre « drolatique et amer » et, tout en jugeant que Françoise Morvan « décèle de façon convaincante », dans sa polémique avec Pierre Denis, des « a priori politiques », estime qu'elle « cède parfois à une certaine tendance conspirationniste »[4] ; Violaine Ripoll conclut que « ce livre démontre avec passion et humour combien l’identité bretonne est tiraillée de faux-semblants bien inavouables »[14]. À l'étranger, La Libre Belgique trouve que cet essai non « dénué d'humour » sur une « longue immersion dans un univers étrange » est lui-même un « ouvrage étrange pour une approche sociologique éloquente »[18].
La réception en Bretagne est plus controversée : l'ouvrage déclenche, selon Jean-Marie Pottier, « des polémiques virulentes entre son auteure et des militants régionalistes ou d'autres essayistes »[1], Françoise Morvan étant même, selon Charlotte Perry, « littéralement haïe par toute la frange radicale du mouvement breton »[19]. Dans un contexte local si tendu que Thibault Courcelle évoque un « silence » de la presse régionale par crainte d'une « attaque en règle »[20] de la part d'organisations séparatistes, Françoise Morvan donne une conférence en 2003 à Lorient, à la suite de la publication de son livre. Flore Limantour du Télégramme estime qu'elle y confond, « semble-t-il, le devoir de mémoire des Bretons concernant la collaboration de certains d'entre eux pendant la Dernière Guerre mondiale et une histoire familiale douloureuse »[21]. Françoise Morvan lui répond dans le même journal trouver « particulièrement révoltante, sachant que [s]on père a fait partie des résistants qui se sont battus pour délivrer la « poche de Lorient » en 1945, [...] l'accusation d'être liée par une prétendue « histoire familiale » à la collaboration du mouvement breton avec les nazis »[22].
Sur le plan universitaire, plusieurs chercheurs font référence à cet essai. Le politologue Jean-Paul Nassaux, qui considère Françoise Morvan comme une « spécialiste du mouvement breton et de ses dérives »[23], estime que son livre met en évidence « la continuité entre la collaboration nationaliste bretonne durant l’occupation et la renaissance du mouvement breton après-guerre »[24]. L'ethnologue Christian Bromberger note que l'essai de Françoise Morvan est au nombre des travaux qui font la lumière sur les « compromissions » de mouvements régionaux durant la dernière guerre[25],[26]. Pour les sociologues Yohann Abiven et Eugène Calvez, ce « livre témoignage » insiste sur « l’opération de fabrication d’une Bretagne d’opérette, « revue et corrigée » qui correspondrait, selon Françoise Morvan, à une entreprise savante de falsification de l’histoire » [27]. Ils citent une phrase du livre pour en résumer la thèse « acide » d'une « Bretagne-spectacle » : « maïs hybride, orthographe unifiée, même combat »[28]. Katerina Seraïdari et Alexis Léonard, deux anthropologues, y relèvent la mise en relation de l'opposition de « l’âme celtique » à la latinité et du rapprochement dès les années 1920 entre panceltisme et pangermanisme[29]. Pour l'historien Joël Cornette, Le Monde comme si « pointe [...] sous les apparences d'un discours consensuel, un langage explicitement raciste » et met l'accent sur la flexibilité d'un mouvement qui « se dit indifféremment autonomiste, fédéraliste, indépendantiste ou séparatiste, de gauche ou de droite, suivant les conjonctures, les personnes, les groupuscules »[30], une caractérisation réticulaire que la sémioticienne Mariannig Le Béchec relève également[31],[n 4]. Selon le linguiste Iwan Wmffre, Le Monde comme si attaque « frontalement l'ensemble du mouvement breton (de manière parfois excessive et parfois incisive) »[13]. Concernant la querelle avec Pierre Denis, il lui « semblerait que dans le cadre d'un débat soutenu où les deux parties ont laissé certains points dans l'ombre, la question de l'orthographe, qui était à l'origine une composante mineure de la dispute, ait été invoquée ensuite [dans Le Monde comme si] par [Françoise] Morvan de manière tendancieuse pour présenter P[er] Denez de manière plus idéologique que réaliste »[13]. Une autre linguiste, Berthille Pallaud, se référant au propos d'Henriette Walter selon laquelle « ce qui est particulier à la France, c'est que s'y perpétue une longue tradition [...] qui lie la langue à la politique »[42], assure qu'il « suffit pour s’en convaincre de lire l’essai de Françoise Morvan »[43]. En revanche, l'historienne Mona Ozouf[n 5], qui qualifie Le Monde comme si d'« injuste et talentueux pamphlet » et de « prose justicière » traduisant une incompréhension de « la gigue d’opinions et d’engagements qui donne à l’histoire des années 1930 son tempo affolé et frénétique »[45], considère que son auteure « manque de connaissances sur cette période de l'Entre-deux guerres »[46]. Par ailleurs, Fanny Chauffin, dans une thèse consacrée aux écoles Diwan, estime que le « regard très négatif » porté par Françoise Morvan sur celles-ci n'est « pas suffisamment [fondé] sur des sources fiables »[15]. Les politologues Tudi Kernalegenn et Yann Fournis considèrent Françoise Morvan comme « la figure la plus emblématique » de l'engagement « contre le mouvement breton » et qualifient son ouvrage de « réquisitoire contre [ce dernier] qui, sous la forme d’une autobiographie, résume une théorie du complot – et ne recule pas devant les attaques les plus personnelles »[47],[n 6].
Hors le monde universitaire, le juge Gilbert Thiel estime l'ouvrage « pertinent »[48]. En revanche, l'écrivain Michel Treguer critique la méthode de Françoise Morvan consistant, selon lui, à « extraire des détails bibliographiques en ignorant le reste »[49]. Françoise Morvan considère en réponse que le livre de Michel Treguer est « truffé d'erreurs »[50]. Plus généralement, elle répond à certaines des critiques concernant son essai dans un entretien de 2003 où elle revendique le droit à l'humour et à l'ellipse[51].