Lucius Siccius Dentatus
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Rome
Crustumerium
| Tribun militaire (455 avant notre ère) Tribun de la plèbe (454 avant notre ère) |
|---|
| Naissance |
Vers 513 avant notre ère Rome |
|---|---|
| Décès |
Vers 450 avant notre ère Crustumerium |
| Surnom | |
| Époque |
République romaine archaïque |
| Activités |
Homme politique, militaire |
| Famille | |
| Gens |
Siccii (d) |
| Statut |
| Conflit |
Faits d'armes :
|
|---|---|
| Distinction |
Lucius Siccius (ou Sicinius) Dentatus (né vers 513 et mort assassiné vers 450 avant notre ère) est une personnalité militaire et politique du début de la République romaine, souvent qualifiée de figure semi-légendaire.
Surnommé l'« Achille romain » par les sources antiques, notamment Aulu-Gelle, il incarne l'archétype de la virtus : vétéran de cent vingt batailles, il est le soldat le plus décoré de la République et aurait arboré quarante-cinq blessures. Si l'historiographie moderne le définit comme un « personnage recomposé », il n'en demeure pas moins central dans le récit traditionnel.
Élu tribun de la plèbe en 454 avant notre ère, il défend les intérêts de la plèbe lors du conflit des ordres. Il s'oppose par la suite aux dérives autoritaires du second décemvirat. Son assassinat en 450, avec l'épisode de Virginie, est considéré comme l'un des événements déclencheurs de la Deuxième sécession de la plèbe en 449.
Exploits militaires

Soldat dès l'an 495 avant notre ère[A 1],[note 1], Dentatus aurait participé à 120 combats durant ses quarante années de service[A 2].

Selon le récit traditionnel, il joue un rôle décisif lors de la guerre contre les Èques en 455 au Mont Algide. Alors que l'armée du consul Titus Romilius Rocus Vaticanus est en difficulté, le consul envoie Dentatus prendre un camp ennemi. Il parvient à s'emparer du camp avec 800 vétérans. Cette manœuvre prend les Èques à revers et provoque leur fuite, assurant la victoire romaine.
Toutefois, le consul refuse de lui accorder les honneurs, ce qui prive Dentatus de la reconnaissance de sa virtus. Romilius omet volontairement de mentionner ses exploits dans le rapport au Sénat, empêchant toute récompense officielle. De plus, il lui refuse la participation au triomphe ou l'octroi d'une décoration militaire et prive ses 800 compagnons de leur part légitime du butin, préférant tout vendre au profit du Trésor public (l'Aerarium).
L'épisode du Mont Algide met en opposition le succès militaire de Dentatus et de ses vétérans avec les difficultés rencontrées par l'armée du consul. Dans la narration des auteurs antiques, le refus du consul Titus Romilius de reconnaître ces exploits illustre les tensions politiques entre les ordres patricien et plébéien, notamment concernant la répartition du butin et l'octroi des distinctions militaires. Le Mont Algide est un lieu de passage stratégique des Èques et des Sabins pour menacer Rome ; de nombreux affrontements y ont lieu de 465 à 431 avant notre ère[A 3],[A 4].
L'« Achille romain »
La réputation de Lucius Siccius Dentatus repose sur une carrière militaire présentée par les auteurs antiques comme inégalée. En raison de sa bravoure extraordinaire (incredibili virtute), les écrivains Aulu-Gelle et Festus le grammairien rapportent qu'il était surnommé l'« Achille romain »[A 5],[A 6].
Selon la tradition[A 2], il aurait participé à 120 batailles, recevant 45 blessures, toutes de face. Cette précision est soulignée par les auteurs antiques pour attester de son courage et de son refus de la fuite.
Valère Maxime dresse l'inventaire précis, reconstruit a posteriori, des décorations militaires accumulées durant ses quarante années de service :
- 18 hastae purae (en) (lances d'honneur sans fer) ;
- 25 phalerae (médaillons pour le harnachement du cheval) ;
- 83 torques (colliers d'or pris à l'ennemi) ;
- 160 armilles (bracelets d'or) ;
- une participation à 9 triomphes de divers imperators ;
- 26 couronnes (coronae), dont :
- 14 couronnes civiques (coronae civicae), décernées pour avoir sauvé la vie d'un citoyen romain au combat ;
- 8 couronnes d'or (coronae aureae) ;
- 3 couronnes murales (coronae murales), pour avoir franchi le premier le mur d'une ville ennemie ;
- 1 couronne obsidionale (corona obsidionalis ou graminea), la plus haute et la plus rare distinction romaine, remise au sauveur de la totalité ou d'une partie de l'armée romaine. Seuls sept Romains l'ont obtenue, comme Sylla en 89[A 7], Scipion Émilien en 148[A 7], Quintus Fabius Maximus Verrucosus en 217[A 7].
Le tribun de la plèbe (454) et le procès de Romilius
En 454, un an après cette victoire, il remporte l'élection au tribunat de la plèbe. S'appuyant sur son prestige militaire et ses talents oratoires, il engage une procédure judiciaire contre l'ancien consul Romilius, qu'il fait condamner à une amende de 10 000 as[A 8],[note 2],[1]. La plainte porte sur le butin : Dentatus exige que les richesses conquises soient distribuées aux soldats ou utilisées pour alléger la charge fiscale de la plèbe, s'opposant à leur versement systématique au Trésor public (l'Ærarium) géré par les patriciens[A 9]. Cette condamnation acte la responsabilité politique des magistrats devant le peuple romain, puisque votée par les Comices tributes sur proposition du tribun de la plèbe (provocatio). Première condamnation historique d'un ancien magistrat disposant de l'imperium, elle préfigure la Loi des Douze Tables qui limite par écrit les pouvoirs et l'arbitraire des patriciens.
Cette lutte politique entre le patriciat et la plèbe s'inscrit dans le contexte historique des débuts de la République, marqué par une monopolisation du pouvoir politique, du sacerdoce et de la terre par les patriciens. À la suite du changement de régime de 509, les plébéiens, ayant perdu l'accès aux pouvoirs politiques dont ils disposaient sous la Royauté et fortement endettés, s'appuient sur les tribuns de la plèbe créés lors de la première sécession de la plèbe pour défendre leurs intérêts[2].
Dentatus reprend les revendications de Spurius Cassius Vecellinus, promoteur de la première loi agraire (Lex Cassia agraria) permettant l'accès à la propriété foncière au mérite du soldat-citoyen[A 10], menaçant ainsi le monopole terrien des aristocrates, et se positionne comme défenseur des intérêts de la plèbe pour l'accès à l'ager publicus[A 11].
Un compromis politique avec le Sénat intervient lorsque Dentatus accepte de suspendre ses revendications agraires en échange d'une codification écrite des lois (loi des Douze Tables). Ce processus aboutit à l'envoi d'une ambassade chargée d'étudier les législations grecques. L'historicité de ce voyage reste débattue par la critique moderne qui privilégie des échanges avec les cités de Grande-Grèce plutôt qu'avec Athènes, en raison du coût et des contraintes logistiques[A 12],[3].
Assassinat (450) et conséquences
En 450, Dentatus s'oppose violemment au second décemvirat. Il accuse les décemvirs de tyrannie, car ils refusent de rendre leur pouvoir absolu et de réélire des tribuns. Selon Tite-Live et Jean le Lydien[A 13], les décemvirs (probablement sous l'impulsion d'Appius Claudius) commanditent son assassinat pour faire taire ce tribun[A 14]. Ils envoient Dentatus inspecter le territoire des Sabins. En réalité, ils lui assignent une escorte de cent éclaireurs-soldats (speculatores) pour choisir un lieu de campement. Le conduisant à un lieu isolé, ils peuvent désormais l'assassiner (combat des 100) à Crustumerium.

Denys d'Halicarnasse relate le combat final :
« Les assassins se jetèrent sur lui de toutes parts ; mais Siccius [Dentatus], loin de perdre courage, s’adossa à un rocher afin de ne pas être enveloppé par derrière. Il se défendit avec une vigueur incroyable, tuant de sa propre main quinze de ses assaillants et en blessant trente autres. Les conjurés, voyant qu'ils ne pouvaient le réduire au corps à corps et que la force du fer restait impuissante face à une telle vaillance, se retirèrent à une certaine distance. Ils l'écrasèrent alors sous une pluie de javelots et de pierres jusqu'à ce qu'il succombât[A 15]. »
Tite-Live décrit la découverte du corps :
« Non seulement on ne trouva pas de cadavre d'ennemi, mais les morts étaient tous des Romains [...] et leurs corps étaient tournés vers Siccius[A 14]. »
Les alliés de Dentatus sont indignés à la découverte du corps[A 16]. Tite-Live évoque un crime infâme (nefanda facinora[A 17]) qui s'ajoute à la perfidie du decemvirat. Cet événement, conjugué au scandale de la mort de Virginie, provoque la deuxième sécession de la plèbe en 449. La plèbe quitte Rome pour se retirer sur le Mont sacré, forçant les décemvirs à abdiquer et permettant la restauration des institutions[A 18].
