Malikisme en Algérie
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Le malikisme en Algérie est considéré comme une composante essentielle de la pratique du droit musulman au sein de l’Islam en Algérie[1]. L’Algérie a adopté le malikisme car les principes de ce rite jurisprudentiel reposent sur des règles tenant compte des évolutions observées au sein de la société musulmane depuis des siècles[2].
La compréhension des règles de ce madhhab sunnite permet de constater qu’elles répondent continuellement aux défis sans cesse renouvelés de la vie quotidienne du peuple algérien[3]. Le rite de l’imam Mâlik ibn Anas a été adopté en Algérie, ainsi que dans les pays du Maghreb et de l’Afrique du Nord, par de larges fractions des populations musulmanes depuis des siècles, en raison de son objectivité et de ses références reconnues, dans le cadre de la Malikisation du Maghreb (en)[4]. Il est généralement admis que l’école malékite a contribué à lutter contre la prolifération des sectes et des courants issus d’interprétations fallacieuses et hasardeuses, ainsi que de lectures erronées (tafsir) des préceptes du Coran[5].
Si l’on retrace l’évolution du Madhhab sunnite du malikisme en Algérie à travers l’histoire, on constate que plusieurs autorités politiques se sont succédé, chacune adoptant une position spécifique à l’égard de cette école de droit musulman, fondée par Mâlik ibn Anas[6].
La première entité politique indépendante à s’établir sur le territoire du Maghreb central, correspondant à l’actuelle Algérie, fut l’État rostémide ibadite. Malgré son affiliation doctrinale distincte, il n’adopta pas d’attitude hostile envers le rite malikite, en raison de la formation juridique de ses dirigeants. Parallèlement, la dynastie idrisside se constitua à sa frontière occidentale, période durant laquelle le malikisme connut un essor notable. À l’est, l’État aghlabide offrit également une place importante au malikisme, bien que marquée par certaines difficultés[7].
L’effondrement de ces entités ouvrit la voie à l’État fatimide, fondé sur le chiisme, dont les doctrines furent progressivement imposées à la population. À sa suite apparut la dynastie ziride sanhadjienne, alliée des Fatimides, puis la dynastie hammadide, sous laquelle le malikisme retrouva une position dominante[7].
C’est toutefois à partir de l’époque des Almoravides et des Almohades que le malikisme se diffusa largement dans le Maghreb central. Ces dynasties favorisèrent l’essor de cette école juridique ainsi que le rôle des oulémass dans plusieurs villes médiévales telles que Tlemcen, Mazouna, Béjaïa et Constantine, contribuant à l’enracinement durable du malikisme dans le référent islamique algérien[8],[9].
Le développement de cette école de fiqh s’est appuyé sur des savants dont l’influence scientifique et spirituelle a largement dépassé les frontières du Maghreb central[10]. Les fuqahâs ont assuré la diffusion du fiqh malikite à travers l’enseignement dispensé dans les mosquées des villes médiévales, notamment à partir de l’ouvrage de référence Al-Muwatta de l’imam Mâlik[11],[12].
Après la période almohade, les dynasties hafside, mérinide et zianide accordèrent une attention particulière au malikisme. Sous la dynastie zianide notamment, l’activité des juristes malikites connut un nouvel essor. De Béjaïa à Tlemcen, ces savants diffusèrent le savoir religieux et s’inscrivirent dans la tradition de l’Ijtihad propre au malikisme maghrébin, reconnu dans l’ensemble du monde musulman[13],[9],[7].
Depuis plus de dix siècles, cette école originaire de Médine participe à la préservation de l’identité religieuse du peuple algérien grâce à l’action des chouyoukh et des savants, qui ont transmis un enseignement structuré du fiqh et produit une littérature religieuse ancrée dans le référent malikite, en lien étroit avec l’identité nationale algérienne[14].
Enfin, sous la Régence d'Alger, le rite hanafite fut introduit dans l’administration judiciaire. Toutefois, en raison de la profonde implantation du malikisme dans la société algérienne, les autorités ottomanes instaurèrent un système de dualité judiciaire combinant les deux écoles juridiques[7],[15].
Pendant la colonisation française de l’Algérie, les savants malikites contribuèrent à la préservation de l’identité religieuse et des valeurs nationales, depuis l’époque de l’émir Abdelkader jusqu’à l’action de l’Association des oulémas musulmans algériens, menée par Abdelhamid Ben Badis et Mohamed Bachir El Ibrahimi[16].
Après l’indépendance, les savants malikites poursuivirent leur action éducative en luttant contre l’analphabétisme par l’enseignement de la langue arabe et des fondements de l’islam, afin de réparer les effets du système colonial sur l’éducation[16].
Conférences
Le renforcement de la tradition malikite dans la société algérienne s’opère notamment à travers l’organisation de conférences thématiques dans de nombreuses universités, villes, zaouïas et mosquées. Ces rencontres réunissent des délégations de savants et de spécialistes qui contribuent à enrichir les débats par leurs interventions[17],[18].
D’autres fuqahâs et professeurs de droit musulman venus de différents pays musulmans participent également à ces rencontres afin d’aborder diverses dimensions du Malikisme à l’échelle du Maghreb, de l’Afrique et du monde arabe[19],[20].
Les thématiques abordées portent notamment sur la fatwa au sein de la communauté malékite, la pratique du rite dans les différentes régions de l’Algérie, ainsi que sur l’étude doctrinale et l’application du Malikisme selon des théologiens tels que Ibn Rochd. D’autres sujets sont également traités, comme le droit islamique, le droit musulman des successions, le takaful (en), ou encore la justice islamique[21],[22].
Mondialisation

La mondialisation médiatique a permis à la nébuleuse salafiste de mener une action active visant à effacer les repères frontaliers, territoriaux et doctrinaux des nations musulmanes, dont l’Algérie[23],[24].
Cette porosité des frontières nationales et religieuses a favorisé une remise en cause du dogme malikite dominant, à travers la diffusion du concept de Non-madhhabisme, sous le regard attentif des théologiens et des autorités algériennes[25],[26].
Face à l’apparition de pratiques rituelles étrangères à l’Islam malikite, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs d’Algérie a pris des mesures visant à protéger la société algérienne contre les divisions et la fitna[27],[28].
Le dogme et le madhhab malikite ont par ailleurs été formalisés par des textes inscrits dans la constitution algérienne, les consacrant comme une composante intégrante du référent islamique algérien[29],[30].
En effet, le peuple algérien a opéré, depuis plus de douze siècles, des choix fondamentaux dans sa manière de pratiquer l’Islam. Il a adopté le rite de Mâlik Ibn Anas en estimant qu’il concilie harmonieusement la Révélation (Wahy) et la raison (Aql), tout en privilégiant le Soufisme comme voie de spiritualité[31],[32].
Enseignement
L’enseignement traditionnel au Maghreb unissait étroitement foi et savoir, autour du kouttab, de la médersa et de la mosquée, avec une dominante juridico-théologique depuis le XIVᵉ siècle. Il visait à transmettre les bases religieuses aux croyants et à former des oulémas pour les besoins de l’État et de la société. Fondé sur la mémorisation et centré sur le Coran, le droit malikite et la grammaire arabe, il privilégiait la transmission des savoirs anciens plutôt que l’innovation intellectuelle[9].
D’importants efforts sont déployés pour perfectionner les imams afin de superviser le culte musulman dans les mosquées selon le rite malékite[33],[34].
Des formations périodiques sont également organisées pour inculquer aux khatibs les préceptes du dogme malikite. Les inspecteurs du ministère de tutelle veillent à la bonne pratique religieuse et à la conformité des muezzins aux directives émises par le corps scientifique chargé de la supervision religieuse en Algérie[35],[36].
