Mamadi Doumbouya
militaire et homme d'État guinéen
From Wikipedia, the free encyclopedia
Mamadi Doumbouya (ⓘ ; en n'ko : ߡߊ߬ߡߊߘߌ߫ ߘߎ߲ߓߎߦߊ߫), né le [b] à Bananköröda dans la ville de Kankan, est un militaire et homme d'État guinéen qui prend le pouvoir par la force en 2021 et se maintient à la tête de la junte militaire en installant un climat de propagande, de violence politique et d'intimidation visant à faire taire les voix critiques du régime.
(transition)
Bernard Goumou (transition)
Bah Oury
| Mamadi Doumbouya ߡߊ߬ߡߊߘߌ߫ ߘߎ߲ߓߎߦߊ߫ | |
Mamadi Doumbouya en 2022. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Président de la république de Guinée[a] | |
| En fonction depuis le (4 ans, 11 mois et 19 jours) |
|
| Élection | 28 décembre 2025 |
| Premier ministre | Mohamed Béavogui (transition) Bernard Goumou (transition) Bah Oury |
| Législature | CNT Xe |
| Prédécesseur | Alpha Condé |
| Président du Comité national du rassemblement pour le développement | |
| En fonction depuis le (5 ans) |
|
| Chef de l'État | Lui-même |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Bananköröda, Kankan |
| Nationalité | Guinéenne |
| Parti politique | GMD (depuis 2025) |
| Père | Karifala Doumbouya[1] |
| Mère | Hadja Mandioula Sylla[2] |
| Conjoint | Lauriane Doumbouya |
| Enfants | 6 |
| Diplômé de | Université Paris-Panthéon-Assas |
| Profession | Militaire (général d'armée) |
| Religion | Islam |
|
|
|
| Présidents de la république de Guinée | |
| modifier |
|
Nommé commandant du Groupement des forces spéciales de l’armée guinéenne en 2018, il obtient le grade de colonel en 2020. Il conduit en 2021 un coup d'État contre le président Alpha Condé et devient président du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et président de la Transition.
Situation personnelle
Origines et formation
Mamadi Doumbouya naît le , fils de Karifala Doumbouya et de Hadja Mandioula Sylla. Il est originaire de la région de Kankan[1], deuxième plus grande ville de Guinée, dans l'est du pays, où il fait ses études primaires à l'école Dramé Oumar[9].
Légionnaire de l'armée française affecté à Nîmes, il termine son contrat en 2009 au grade de caporal. Il revient en 2012 pour servir dans l'armée guinéenne[10].
Stagiaire guinéen de l'École de guerre en France, il est titulaire d'un brevet français d'études supérieures militaires[11],[12] et d’un master de défense de l’université Paris-Panthéon-Assas. Il est titulaire d'un diplôme de Saumur dans le cadre de la coopération entre la France et les États africains partenaires pour la formation de gradés[13].
Il suit des formations militaires au Sénégal, au Gabon et en Israël et participe à des missions et opérations à l'École de guerre en France, en Afghanistan, en Côte d'Ivoire, à Djibouti, en République centrafricaine, en Israël, à Chypre et au Royaume-Uni[14].
Carrière militaire
Il commande à partir de 2018 le Groupement des forces spéciales (GFS ou GPS), une unité d'élite de l'armée guinéenne spécialisée dans l'antiterrorisme[15],[16]. Il défile en tête de cette unité lors de la fête nationale des 60 ans de l'indépendance de Guinée[17].
En , il est l'un des participants à une formation militaire Flintlock pour l'élite militaire africaine[18]. Comme Assimi Goïta pour le Mali, le lieutenant-colonel Doumbouya représente son pays à Ouagadougou lors d'exercices militaires organisés par l'armée américaine[19],[20].
Il devient lieutenant-colonel en 2019 et colonel en 2020[21].
Au cours de l'année 2021, il tente de rendre le Groupement des forces spéciales moins dépendant du ministère de la Défense nationale, ce qui suscite la méfiance du pouvoir guinéen. En , des rumeurs font même état de son arrestation[15].
Le , Mamadi Doumbouya est élevé au grade de général de corps d'armée des forces armées de la Guinée[22] et quitte la tête des groupements des forces spéciales après six ans de commandement pour être remplacé par le colonel Mouctar Kaba[23]. En , il devient général d'armée[24].
Prise de pouvoir à la tête de la Junte

Coup d'État de 2021
Le , il annonce l'arrestation du président de la République Alpha Condé, la destitution du gouvernement, la suspension de la Constitution, l’instauration d’un couvre-feu ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes[25],[26]. Invoquant « la situation socio-politique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens », il proclame la mise en place d'un Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et invite les militaires à rester dans les casernes[15]. Il déclare alors : « Nous n'avons plus besoin de violer la Guinée : on a juste besoin de lui faire l'amour, tout simplement[27]. »
Le , douze jours après le coup d’État, la junte le désigne comme « président de la République »[28].
Premières mesures à la tête de la Junte
Le est publiée la charte de la transition qui fait de Doumbouya le président de la Transition, et prévoit la désignation d'un Conseil national de la transition — qui fait office de Parlement et devra rédiger la prochaine Constitution — et d'un Premier ministre civil. Par ailleurs, Doumbouya et les autres membres de la junte sont inéligibles pour les prochaines élections[29],[30]. Il prête serment le au palais Mohammed V devant la Cour suprême, qui détient les prérogatives de la Cour constitutionnelle dissoute[31],[32].
Le , il nomme Mohamed Béavogui Premier ministre[33]. Dès le , il reçoit le soutien de Julius Maada Bio, président de la république de Sierra Leone, qui a effectué le déplacement en Guinée devenant le premier président à rendre visite depuis le coup d'État du [34],[35], qui a permis la réouverture de frontières guinéennes avec les pays limitrophes[36],[35].
Le , Mamadi Doumbouya met en place le Bureau de suivi des priorités présidentielles (BSPP)[37]. L'organe veille à l'exécution des programmes prioritaires du président de la transition[38].
Courant 2022, bien qu'il ne quitte pas l'armée, il délaisse l'uniforme militaire[39].
Sur le plan économique, il prend en une mesure phare concernant le secteur minier : il ordonne aux compagnies minières exploitant la bauxite (dont la Guinée possède les plus grande réserves mondiales) de construire des raffineries d'alumine sur le sol guinéen, afin que la transformation du minerai soit effectuée localement[40],[41],[42],[43]. Doumbouya donne aux entreprises jusqu'à fin pour présenter un plan de réalisation des raffineries, sous peine de sanctions en cas de non-respect des délais. Il déclare « Malgré le boom minier dans la bauxite, les revenus attendus sont en deçà des attentes; on ne peut pas continuer ce jeu de dupes qui perpétue une grande inégalité dans nos relations »[41].
Le , il nomme Bernard Goumou Premier ministre en remplacement de Mohamed Béavogui[44].
Le , il nomme Bah Oury Premier ministre en remplacement de Bernard Goumou[45].
Prolongation de la transition et sanctions internationales
Si Mamadi Doumbouya avait initialement assuré vouloir une transition courte, la durée de la transition militaire a fait l'objet de vives négociations avec les instances régionales. En , la junte annonce vouloir rester au pouvoir 39 mois (soit trois ans et trois mois) avant de rendre le pouvoir aux civils[46],[47],[48]. Le délai de la transition est finalement écourté à trois ans[49]. Cette perspective (reportant les élections à 2025) est critiquée par la CEDEAO. Le , en marge de l'assemblée générale de l'ONU, les dirigeants ouest africains décident d'imposer des sanctions progressives contre la junte guinéenne, lui reprochant de ne pas respecter un délai raisonnable pour la transition[46],[50].

La CEDEAO prépare alors une liste de personnalités du régime guinéen visées par des interdictions de voyager et un gel de leurs avoirs financiers. Sous la pression du président de la CEDEAO, Umaro Sissoco Embaló, qui menaçait de « lourdes sanctions », Mamadi Doumbouya finit par accepter le principe d'une transition ramenée à 24 mois à compter de [46],[51]. Un accord est conclu en entre la Guinée et la CEDEAO, fixant la date butoir de la transition à et définissant un chronogramme de 10 étapes à accomplir d'ici la. La Guinée est ainsi temporairement épargnée par de plus sévères sanctions, même si elles restent suspendues des instances de la CEDEAO et de l'Union africaine[52],[53],[54],[55].
En , sous la pression de la CEDEAO et d'une partie de la communauté internationale, Mamadi Doumbouya accepte de raccourcir encore sa présence à la tête du pays[56]. Il s'engage à réduire le délai avant la remise du pouvoir aux civils et annonce deux années de transition à compter de , ce qui place l'échéance électorale à [57].
Entre la fin de l'année 2023 et 2024, Doumbouya ne respecte pas le calendrier promis. Un comité de suivi de la transition est bien mis en place en par celui-ci, mais il est dominé par des membres du gouvernement et l'opposition doute de son efficacité. La redaction de la nouvelle constitution prend du retard[52],[58],[59],[60].
Le , il annonce l'organisation d'un référendum constitutionnel « au cours de la nouvelle année », soit avant la fin de 2024[61]. Cette annonce n'est pas compatible avec l'accord signé avec la CEDEAO et ravive les critiques de l'opposition guinéenne. Une coalition réunissant des partis politiques et la société civile, nommée Forces Vives de Guinée (FVG) appelle la junte à quitter le pouvoir d'ici le et à restituer la gouvernance aux civils[62].
Le , il annonce, via le porte-parole de la présidence, le général Amara Camara, avoir dissous le gouvernement de la transition dirigé par Bernard Goumou sans explication publique claire sur les raisons de cette décision[63],[64]. Dans ce contexte, le CNRD indique le gel des comptes bancaires, le retrait des gardes du corps, la récupération des véhicules de fonction et la saisie des passeports des membres du gouvernement. Il est indiqué que « la gestion des affaires courantes sera assurée par les directeurs de cabinet, les secrétaires généraux et les secrétaires généraux adjoints jusqu’à la mise en place d’un nouveau gouvernement »[65],[66],[67].
Quelques jours plus tard, le , Mamadi Doumbouya nomme un nouveau Premier ministre civil, Bah Oury, figure de l'opposition modérée, pour diriger un gouvernement remanié. Ce changement surprise est interprété comme une volonté de la part de Doumbouya de resserrer son contrôle sur la transition, voir de se défaire de certains alliés devenus encombrants à l'approche des échéances électorales[68],[69],[70],[71].
Le , après la disparition de Foniké Menguè et de Billo Bah, les familles déposent une plainte à Paris en France, via les avocat du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), à l'encontre de Mamadi Doumbouya[72].
En , à l'approche de l'échéance de l'échéance de , le ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté annonce officiellement que l'élection présidentielle ne pourra pas se tenir fin 2024 et qu'elle est repoussée à 2025[73],[74],[60].
Référendum constitutionnel de 2025
Le , il fixe la date du référendum constitutionnel au 21 septembre suivant[75]. Le , la Cour suprême valide les résultats officiels selon lesquels la nouvelle constitution a été approuvée par 89,4 % des votants[76],[77].
Le même jour, Doumbouya promulgue la nouvelle constitution de la Guinée. Celle-ci apporte des changements institutionnels majeurs comme la durée du mandat présidentiel qui est portée de 5 ans à 7 ans, pouvant être renouvelable deux fois. Elle crée aussi un Sénat dont un tiers des membres seront nommés par le président. Cette nouvelle constitution autorise aussi le président de la transition à être candidat à la future élection présidentielle, revenant ainsi sur l'inéligibilité à laquelle il s'était engagée pour les membres de la junte en prenant le pouvoir[76].
L'annonce de ces modifications suscite de vives critiques de la part de l'opposition et des observateurs : des accusations de fraude massive lors du referendum sont formulées avec allégations de bulletins préremplis et d'entrave aux votes. Des opposants estiment que les resultas du référendum étaient « préparés à l'avance » et que le processus visait avant tout à légitimer la prolongation du régime de Doumbouya[76],[78],[79],[80],[81].
Malgré ces contestations, le gouvernement de transition fixe la date de l'élection présidentielle au , accompagnées des législatives la même semaine[82].
Candidature à l'élection présidentielle de 2025
Le , Mamadi Doumbouya dépose sa candidature pour l'élection présidentielle de 2025[83]. Candidat indépendant, il se présente sur la bannière de « Bâtir Ensemble ». Le , la Cour suprême valide sa candidature avec huit autres candidats, sur les 51 autres candidats qui avaient déposé leurs candidatures.
À l'issue de l'élection du , il est proclamé largement vainqueur avec 86,7 % des suffrages[84],[85]. Il est assermenté le [86].
Alors que le pays bénéficie d'investissements directs étrangers dans le secteurs minier, ce qui permet une relance de l'économie, les organisations de défense des droits de l'homme dont l'Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) dénoncent des disparitions forcées, des exécutions extrajudiciaires et un manque d'indépendance de la justice. De même, le juge Algassimou Diallo, qui a siégé lors du procès des événements du 28 septembre 2009, a été arrêté sous les ordres du président Doumbouya[87].
Politique étrangère
Le , Mamadi Doumbouya se rend à Bamako pour une visite de travail, reçu à l'aéroport international Modibo-Keïta à son arrivée par le colonel Assimi Goïta pour 24 heures[88].
Rendant visite au président sierra-léonais par voie terrestre le , il est accueilli à la frontière par le vice-président de la République, d'origine guinéenne, Mohamed Juldeh Jalloh, à Kambia, avant d'être reçu à la présidence de la République par Julius Maada Bio[89],[90].
Le , Mamadi Doumbouya se rend à Ankara pour participer à l'investiture du président turc Recep Tayyip Erdoğan, réélu à la suite de l'élection présidentielle de 2023, aux côtés de cinq autres chefs d’État africains[91],[92],[93].
Il participe à la 78e session de l'Assemblée générale des Nations unies à New York en , avec un discours tourné vers l'Afrique en général et la Guinée en particulier[94],[95].
Il participe, le , à l'investiture du président rwandais Paul Kagame pour son quatrième mandat[96], avant de retourner en Guinée[97], il a été reçu en tête à tête par son hôte rwandais au Urugwiro Village pour discuter des relations bilatérales entre les deux pays[98].
Le , Mamadi Doumbouya quitte Conakry pour Pékin, où il participe au 9e Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) du 4 au . En marge de son séjour, il rencontre le , le président chinois Xi Jinping lors d'une réunion bilatérale au palais de l'Assemblée du peuple entre les délégations guinéenne et chinoise[99]. Au cours de la rencontre, le général Doumbouya présente le programme « Simandou 2040 » en faveur de l’économie guinéenne[100].
Le , Mamadi Doumbouya visite les installations de l'usine de l’acier China Baowu Steel Group à Shanghai en vue de l'avancement du projet Simandou. Le surlendemain[101], il limoge deux de ses conseillers notamment Bocar Baïla Ly[102], conseiller personnel chargé du secteur minier et Sékou Sanfina Diakité, conseiller chargé de l’Énergie et de l’Hydraulique[103].
Le , il effectue sa deuxième visite d'État au Rwanda, avant de se rendre au Gabon pour participer à l'investiture du president Brice Oligui Nguema le [104].
En , Mamadi Doumbouya se rapproche de la Chine et reçoit le vice-Premier ministre chinois Liu Guozhong, émissaire du président Xi Jinping[105].
Répression de l'opposition
Depuis 2021, la junte dirigée par Mamadi Doumbouya a multiplié les restrictions des libertés les enlèvements. Plusieurs partis politiques et médias ont été suspendus, les manifestations (interdites depuis 2022) sont réprimées, et de nombreux dirigeants de l’opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil[106]. Plusieurs opposants à la junte militaire au pouvoir sont victimes d'enlèvements, de tortures et de disparitions[107],[108]. Sous le régime de la junte, le climat politique se durcit fortement, entraînant des violations des droits humains dénoncées par les organisations nationales et internationales[109],[110],[111].
Répression des manifestations
En , le CNRD au pouvoir interdit toute manifestation publique jusqu’à nouvel ordre, invoquant des risques pour l’ordre public[52].
Cette interdiction de manifester vise les mouvements opposés à la junte, notamment la coalition des Forces vives de Guinée et le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) – un collectif ayant mené la contestation contre Alpha Condé et dissous par la junte. Plusieurs rassemblements pacifiques organisés par l’opposition en 2022 et 2023 sont violemment dispersés.
D’après Human Rights Watch, au moins 59 personnes (dont 5 mineurs) ont été tuées lors de manifestations entre et fin 2024, principalement à Conakry, du fait de la répression exercée par les forces de sécurité[112].
En 2023, des protestations contre le pouvoir militaire en mai et en septembre se soldent par des affrontements où les forces de l’ordre ouvrent le feu : au moins 11 morts ont été recensés durant ces deux journées de manifestations en 2023[52]. Les victimes incluent non seulement des manifestants mais aussi des passants touchés par des balles perdues ou suffoqués par les gaz lacrymogènes[112].
En , Amnesty international dénonce un répression des manifestations ayant entrainé 47 morts[113].
Dissolution de médias et de partis politiques
Le , le ministre de l’Information ordonne, en dehors de tout cadre légal, la fermeture de six groupes de médias privés parmi les plus influents du pays (notamment Djoma TV, Djoma FM, Espace FM, Espace TV, Sweet FM et FIM FM)[114].
Plus de dix journalistes guinéens ont été arrêtés arbitrairement dans l’exercice de leur fonction entre 2022 et 2024, et plusieurs ont été détenus provisoirement pour des motifs jugés politiques[115].
Le journaliste Habib Marouane Camara, rédacteur du site Le Révélateur, est kidnappé le par des gendarmes en pleine rue à Conakry, après avoir signalé être suivi. Depuis, il demeure introuvable et aucune charge n’a été officiellement retenue contre lui. Devant l’inaction des autorités, Reporters sans frontières saisit en le Groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées pour qu’il enquête sur le sort d'Habib Marouane Camara[114].
Selon RSF, l’année 2024 a marqué un tournant répressif sans précédent contre les médias en Guinée, qui s’est traduit par un recul de 25 places du pays au Classement mondial de la liberté de la presse (103e rang en 2025)[114].
En , la junte dissous plus de 50 partis politiques[116].
Début , il est annoncé la dissolution de 40 partis politiques dont les trois principaux d’opposition : l'Union des forces démocratiques de Guinée, le Rassemblement du peuple de Guinée et l'Union des forces républicaines. Les locaux des partis dissous sont mis sous scellés et leurs biens, placés sous séquestre, sont transférés sans que le bénéficiaire soit connu. Par ailleurs, des membres des familles d'opposants font l'objet d'enlèvements[117],[118].
Enlèvements et disparitions
En , l’ancien bâtonnier guinéen Mohamed Traoré est enlevé à son domicile de Conakry et passé à tabac et abandonné dans un état critique à 20km de son domicile[108].
En , Mamadi Doumbouya est à l'origine de la disparition des activistes politiques Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah[119],[120],[121]. Il est aussi à l'origine des disparitions journalistes, tel que Habib Marouane Camara[122],[121]. Face au silence des autorités guinéennes, les épouses de Foniké Menguè et de Billo Bah ont déposé plainte en France le pour « enlèvement et séquestration en bande organisée » et « torture » visant directement Mamadi Doumbouya et certains de ses collaborateurs, s’appuyant sur la compétence universelle des tribunaux français en matière de torture[123].
En , il est à l'origine de l'enlèvement du père du journaliste guinéen, critique du pouvoir en exil, Mamoudou Babila Keïta[106],[124]. Le , il est accusé de la disparition des enfants de l'artiste Elie Kamano, notamment Robert et Saa Faoulan Kamano, âgés de 17 et 14 ans, Antoine Sandouno, 17 ans, et de Saa Fomba Kamano, un gendarme trentenaire ; ils sont depuis portés disparus[125],[126].
Propagande
Depuis , des grands panneaux et posters proclament la loyauté du peuple à la vision de Doumbouya dans toute la capitale. The Guardian rapporte que des pots de vin sont offerts aux journalistes étrangers pour faire les relations publiques. Alors que les rassemblements de l'opposition sont interdits, des événements sportifs sont tenus en l'honneur du président. En , le pouvoir offre une voiture d'une valeur de $40 000 a l'artiste Singleton après qu'il a sorti un single en faveur du dirigeant. Cela entraine une émulation parmi les artistes pour critiquer l'opposition[127].
Corruption et conflits d’intérêt
Dès son arrivée au pouvoir, Doumbouya proclame la lutte contre la corruption comme une priorité, créant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour juger les détournements de fonds publics[128].
Sous la transition, plusieurs anciens dignitaires du régime Condé sont inculpés ou emprisonnés pour corruption. En , Doumbouya limoge le ministre des Infrastructures Yaya Sow, ainsi que sept de ses collaborateurs, à la suite de l’ouverture d’une enquête judiciaire pour des faits présumés de malversation dans ce ministère[129].
Parallèlement, la junte est éclaboussée par des scandales financiers. En , la presse révèle qu’une entreprise chinoise impliquée dans le méga-gisement de fer du Simandou aurait versé 75 millions de dollars au pouvoir de Conakry dès 2021, une somme reçue sans transparence par les autorités de transition[130],[131],[132],[133]. La révélation de ce paiement secret, confirmé par le ministre de l’Intérieur, suscite l’indignation et les interrogations sur l’utilisation de ces fonds[131].
Fin 2024, un autre scandale éclate : plus de quatre tonnes d’or manquent à l’appel à la Banque centrale de Guinée, après un transfert opaque vers Dubaï. Le gouverneur de la Banque centrale Karamo Kaba et le président de l’Union des orpailleurs Tidiane Koita sont visés par une enquête pour éclaircir la disparition de cet or, d’une valeur estimée à 400 millions de dollars. Le chef de la junte doit lui-même intervenir pour négocier la restitution partielle du stock d’or détourné, permettant de récupérer environ 3,5 tonnes sur les 4,8 tonnes disparues[127],[134],[135],[136],[137].
Dans le même temps, les pratiques de corruption perdurent. Fin 2024, la CRIEF met au jour un réseau de douaniers et d’agents de transit accusés d’avoir détourné 700 milliards de francs guinéens (environ 80 millions de dollars) de recettes publiques. Une douzaine de cadres des douanes, dont le directeur général, sont arrêtés et inculpés pour faux en écriture, détournement de deniers publics et enrichissement illicite dans ce dossier[127],[138].
Au fil de la transition, plusieurs affaires ont alimenté les soupçons de népotisme, de clientélisme et de conflits d’intérêts autour du pouvoir de Doumbouya. Selon une enquête publiée en par Jeune Afrique, le chef de la junte s’est « assuré la loyauté » de certaines grandes fortunes guinéennes et étrangères en leur octroyant des marchés publics ou des avantages stratégiques. C'est le cas des hommes d’affaires réputés proches du CNRD (comme Kerfalla Person Camara dit KPC ou Mamadou Saliou Diallo dit Kégnéko) ont obtenu d’importants contrats de travaux publics, tandis qu’un opérateur belge aurait décroché de façon opaque la concession du système de suivi électronique des cargaisons au port de Conakry, évinçant une société concurrente. Parallèlement, le colonel Doumbouya a placé plusieurs fidèles aux postes clés des entreprises publiques afin d’en contrôler les ressources : son directeur de cabinet Djiba Diakité préside ainsi l’Autorité de régulation des télécommunications (et le comité de pilotage du projet Simandou), son chef du protocole Ahmed Durak Coumbassa dirige un fonds de garantie, et d’autres conseillers de la présidence ont été nommés à la tête de sociétés nationales de l’eau, des routes ou de la publicité[139],[140].
Vie privée
Mamadi Doumbouya est marié et père de six enfants[141][142],[143]. Lauriane Doumbouya[144], son épouse, est française et sous-officier de gendarmerie[145],[146].
Décorations et honneurs
Décorations
- 2021 ː
Grand-croix de l'ordre national du Mérite (Guinée) ; - 2022 ː
Grand-croix de l'ordre national du Mali[147]; - 2024 : Grand-croix du Colatier de la république de Guinée[148];
- 2024 : Croix de guerre de la république de Guinée[148].
Honneurs
- 2023 ː Docteur honoris causa de l'université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry[149].
- 2025 ː le premier pont à péage de Guinée porte son nom[150].
- 2025 ː le stade de Boké porte son nom[151].
- 2025 ː le centre cardio-diagnostique de Kankan porte son nom[152].
- 2026 : le , il reçoit le Super Prix « Grand Bâtisseur » - Trophée Babacar-Ndiaye 2026, décerné par le comité de sélection de The Africa Road Builders[153].
Dans la littérature
- 2024 ː Lettre au président, roman, aux Éditions Yigui Guinée par Sanassy M'Bemba Camara[154],[155].